Susana Andrade

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

VAUDOU

Vaudun ou vaudou signifie Orixá dans la langue de la culture et de la mythologie fon des esclaves originaires du Dahomey, aujourd’hui République du Bénin en Afrique de l’Ouest.

Orixá ou Orisha, c’est la force de la nature, par conséquent le Vaudun, ou sa phonétique actuelle simplifiée "Vaudou" fait allusion à la religion qui vénère la Nature, ce qui devrait amener l’humanité entière à chercher à savoir si l’on obtiendra le pardon pour les abus contre les ressources naturelles et si nous réussirons à faire que la planète Terre continue à prendre soin de notre descendance dans l’avenir, et de nous pour le temps qu’il nous reste à vivre.

Je le répète au cas où ce n’est pas clair, le mythique vaudou, fabulé et exploité au cinéma par la reproduction de stéréotypes stigmatisant sans réparer le préjudice social et la discrimination qu’il alimente, il s’agit d’une pratique religieuse ou une religion de matrice africaine comme tant d’autres. Elle est semblable à l’Umbanda, le Candomblé, le Batuque et

la Kimbanda

dans notre région, la Règle d’Ocha,

la Santería

, le Palo Mayombe et l’Abakuá à Cuba, le Tambor ritual au Venezuela et ainsi de suite.

Toutes ces variantes ont des similitudes puisqu’elles sont dérivées des crédos des tribus africaines arrivées sur Notre Amérique par le biais de la diaspora cruelle occasionnée par le trafic des esclaves vers des territoires conquis dans le nouveau monde par les puissances européennes.

Certains de ces cultes ont maintenu presque toute leur pureté, dans d’autres cas, des mélanges logiques ou syncrétismes se sont produits entre ceux-ci et la foi des peuples natifs ou aborigènes et également avec la religion des colonisateurs.

La légende des morts ressuscités fut et reste utilisée par des personnes sans scrupules qui capitalisent l’ignorance et la méconnaissance d’un certain auditoire enclin à de tels effets. Un dictateur sanguinaire en Haïti s’est servi de la terreur à des fins despotique tant avec des pseudos policiers meurtriers qu’avec les supposés zombis.

Comme si toute cette désolation ne suffisait pas, sont apparus au Brésil et aux États-Unis, deux individus un –diplomate!?- qui semble faire étalage de sa stupidité d’ignare et un autre ayant une coalition d’intérêts –le pasteur multimillionnaire Robertson- disant que le peuple haïtien était lui même responsable du tremblement de terre du 9 janvier dernier à cause de la pratique de tant de "macumba" et d’avoir signé des pactes avec le Diable pour réussir à vaincre la monarchie française comme ce fut le cas après une longue séance. Haïti fut la première nation noire indépendante au monde à se libérer de

la France

en 1804.

En plus de la souffrance épouvantable qu’ils vivent, on leur attribue la faute de l’avoir cherchée ?!

Actuellement, les télé-pasteurs néo-pentecôtistes vendent leurs services anti Satan au meilleur offrant en incarnant l’ "axe du mal" par les rituels afro spirituels, tandis que beaucoup d’entre eux sont accusés de blanchir l’argent par le biais des dîmes. Ils savent bien que lorsqu’ils utilisent le vocable "macumba" péjorativement ou qu’ils l’utilisent comme adjectif offensif, ils font référence à quelque chose de semblable à une messe et d’également sacrée.

Les religions africaines furent démonisées dans une forme de mépris maximal visant à les anéantir, car elles étaient –et demeurent – un élément de cohésion, d’identité et de résistance. De là provient l’idée du Vaudou et de la macumba perçus comme de la sorcellerie ou de pactes avec Satan, une figure qui n’existe même pas dans le panthéon mythologique afro.

Comprenez une fois pour toutes que les haïtiens qui pratiquent le vaudou, fidèles à la religion de leurs prédécesseurs, exercent un droit humain en le faisant. Et heureusement qu’ils conservent la foi.

Ils n’ont presque rien, ne leur enlevez pas cela en plus.

La population perpétuellement immolée dans un pays appauvri de manière endémique, subit les effets destructeurs des ouragans de forte magnitude, plus dévastateurs que dans les îles voisines à cause de l’abattage systématique des arbres en brûlant la forêt pour agrandir les plantations de sucre avec lesquelles les négriers esclavagistes accumulèrent d’immenses richesses. Tout cela pour que les haïtiens se trouvent contraints de rassasier leur faim avec des galettes de boue cuites au soleil, parfois mélangées avec du sel et de la graisse végétale, hautement néfastes pour la santé.

La collectivité afrodescendante locale, impulse le Comité Afrouruguayen pour la Reconstruction et le Développement de Haïti, active qui apporte son aide de diverses manières et qui est ouverte à tous ceux qui souhaitent nous accompagner.

En réponse à cet acte de vandalisme verbal contre une nation qui dure depuis plus de 500 ans harcelée depuis plus de 500 ans, nous prendrons part à la célébration d’une cérémonie interreligieuse d’essence africaine pour le peuple de Haïti en fin de mois, pour faire les adieux à leurs morts et prier pour le réconfort et la paix pour les survivants.

En Uruguay, on ne compte plus de conventillos, de bastions profonds de la mémoire patrimoniale de l’Afrique, et nos femmes, autrefois esclaves continuent d’être majoritairement des domestiques ou des objets de luxure durant le Carnaval. Des espaces politiques ont surgi timidement qui sont encore assez loin d’être efficaces en termes de développement et d’équité sociale. Cela dépend de nous, disait le Père Artigas pour la cause patriotique plurielle duquel beaucoup de nos chers ancêtres périrent. Fortifions-nous à la défense des droits propres en tant que communauté intégrée et intégratrice.

Nous invitons la société sensible. Parmi les corps en décomposition physique et les corps vivant en décomposition émotionnelle, une fillette haïtienne de seize mois a vécu presque trois jours dans les décombres avant de revoir la lumière avec ses grands yeux. Il y  a des espoirs.

Aujourd’hui des "négrologues" apparaissent de toute part avec des recettes à la mesure du racisme structurel concevant une société partant d’eux-mêmes, sans contempler la réalité diverse qui les entoure.

Peu importe la couleur de la peau, nous les afro-conscients nous devons nous unir davantage pour transmettre le discours de l’action. Nous sommes capables de concevoir et de gérer les changements selon nos besoins, comme nous l’avons fait en léguant au monde une culture dont l’humanité entière est fière aujourd’hui.

Faisons tous ensemble le grand vaudou pour vaincre l’injustice et la discrimination qui apparait. N’attendons pas l’ouragan ou le tsunami, car si les inégalités continuent, le malheur nous envahira.