Fernando Cajías de la Vega | Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

AFROBOLIVIANOS

Le siège parlementaire occupé par un afrobolivien du nom de Jorge Medina est l'une des réalisations les plus importantes de l'actuelle Assemblée Législative. Cette réussite est personnifiée par un député, mais c'est le résultat d'un travail de tous et par tous les afrodscendants, car beaucoup d'entre eux ont joué un rôle dans ce long combat qui a duré un peu plus que deux décennies. Une lutte de 2 décennies avec différentes phases et chacune d'elle avec son paradigme; les plus importantes furent et restent : l'identité, la visibilité, la reconnaissance, la représentativité politique.

L'identité, car lorsqu'un groupe de jeunes femmes afrodescendantes, ayant à leur tête Julia Pinedo, originaire des Yungas et immigrante à la La Paz, lancèrent l'organisation du Mouvement Culturel Saya Afroboliviano, beaucoup de noirs n'avaient pas d'estime de soi par rapport à leur culture, beaucoup de tambours prenaient du vieux dans les poulaillers, attendant qu'un ainé les ravive. Diverses circonstances ont permis que ce soit ces jeunes qui raniment les tambours et les chants lors de la fiesta de Coroico. Et plus tard, alliés à la forte communauté de Tocaña, ces tambours pénétrèrent sur les scènes de La Paz, Sucre, Potosí, Cochabamba; les immigrants à Santa Cruz se l'approprièrent dans cette ville.

Puis il y eut les entrées folkloriques, les boliches, les fêtes patronales, les mariages dans les villages et dans les quartiers résidentiels de La Paz, puis au Venezuela, et en Argentine. Enfin, le défi de l'identité fut pleinement relevé, et il n y a désormais aucun noir qui ne soit pas fier de sa saya et qui ne se soit engagé pour la culture afrobolivienne, un nom qui reflète leurs deux plus importantes appartenances: les racines en Afrique, et la Bolivie qui représente leur histoire et leur vie présente.

La Visibilité, parce que, comme l'affirmait ironiquement un de ses leaders: “Bien que nous soyons noirs, nous sommes invisibles”.

Invisibles dans les textes scolaires, dans les compilations de musique bolivienne, dans le recensement, dans les droits culturels. Des décennies de lutte pacifique les ont rendus visibles, même s'il reste encore beaucoup à faire. La saya est désormais positionnée, même s'il y a toujours des personnes désorientées qui la confondent avec le caporal.

La Reconnaissance, car après une décennie de lutte pour la visibilité, il n y a toujours aucun indicateur réel de reconnaissance par l'ÉTAT, et pire, quand on sait que le recensement de 2001 ne les avait pas pris en compte. La lutte s'est enrichie, ils ne voulaient pas simplement demeurer de sympathiques petits noirs danseurs de saya, la reconnaissance de leurs droits était nécessaire. Ainsi, en conservant leur autonomie et leurs méthodes de lutte, ils ont uni leurs voies à celles de ceux qui luttaient pour les droits des indigènes et des autres groupes marginalisés.

La représentation politique, car il ne suffit pas de revendiquer auprès de ceux qui détiennent le pouvoir ; pour changer les choses, il faut disposer d'espaces de pouvoir. Se battre pour améliorer les niveaux de vie des afroboliviens est aussi important que de renforcer l'identité afrobolivienne. Obtenir pour tous une ishi vizuri (bien vivre).

Avec beaucoup de difficultés, mais avec la conviction de la justesse de leur combat, par leurs propres moyens et une politique d'alliances adéquates, ils ont pleinement obtenu la reconnaissance par la Constitution Politique de l'État. Les objectifs se sont enrichis, mais ils sont toujours restés fidèles à la saya comme le moyen de se faire plaisir, mais aussi d'exprimer toutes leurs aspirations. Ainsi, en chantant à Sucre et avec des discours fermes, ils ont atteint leur objectif. Ce fut probablement la seule organisation déclarée “convives agréables ” dans la ville de Sucre. Ils sont désormais dans la voie de la représentativité politique après avoir obtenu la députation qui ouvre le chemin d'un grand espoir, ainsi que d'une énorme responsabilité. Félicitations Jorge, Marfa, Julia et à tous ceux qui ont été impliqué dans cette victoire et qui continuent de personnifier ce qu'est un peuple pacifique, optimiste et animé d'une joie de vivre.

Historien