Haïti, terre de noirs insurgés
Haïti, terre de noirs insurgés
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Haïti est la base de la seule révolution victorieuse au monde menée par des anciens esclaves africains, et qui en 1804 a battu la plus grande armée impérialiste de l’époque, l'armée de Napoléon Bonaparte.
Les grandes puissances industrielles, France, États-Unis, Angleterre et d'autres, n'ont jamais digérer cette défaite impérialiste de grande importance historique pour tous les opprimés et particulièrement pour les Noirs à travers le monde, et ils brisèrent toutes les possibilités d'autonomie et d'indépendance du peuple haïtien.
Lorsque la présence américaine n’était pas directe par le biais de ses troupes, les États-Unis ont encouragé tout au long de l'histoire des dictatures fantoches comme celle de Jacques Duvalier, ou Papa Doc et par la suite celle de Baby Doc. Une période de dictatures sanguinaires qui avaient même comme une de ses principales base économique l'exportation de sang haïtien pour approvisionner les hôpitaux américains aux États-Unis.
Il s'agit d'une présence si néfaste, qui n’accepte pas de gouvernement social-démocrate, du genre de Jeanne Baptiste Aristide, qui a subi deux coups d'État militaires, le dernier alors qu’il préparait les commémorations des 200 ans de révolution victorieuse des anciens esclaves haïtiens.
À travers l’Organisation des Nations Unies, fut créé le MINUSTAH, des forces militaires composées par plusieurs pays du monde, sous la coordination des troupes brésiliennes, qui sont en train de faire le travail de répression en Haïti avec des organisations locales sous prétexte que sans la présence étrangère, les groupes criminels prendront possession du territoire. Il s’agit là d’un argument honteux contre la souveraineté du peuple haïtien.
Plusieurs régions du Brésil sont contrôlées par le narcotrafic, des groupes de vol de cargaisons, détournement du bois dans des régions dont l'environnement est protégé, et on ne réfléchit à l’idée que ces régions puissent être occupées par des troupes militaires étrangères. Il s’agit là d’un racisme pur en l’endroit d’Haïti.
À travers les médias, des campagnes sont menées pour convaincre l'opinion publique mondiale de la nécessité de la présence des troupes.
Haïti, comme tous les Africains du monde est victime d'une action raciste, colonialiste, impérialiste, qui trouve son origine dans le capitalisme qui a émergé en Europe dès le XIIème siècle et s’est répandu à travers les guerres génocidaires, en Asie, en Afrique et dans les Amériques.
En particulier, le Génocide des Africains: invasion du territoire Africain, assassinats et enlèvements d’africains, morts durant la traversée de l'Atlantique, exploitation du travail des Africains au Brésil pendant la période de l'esclavage, trois siècles et demi de racisme, après l'abolition de l'esclavage, en 1888 au Brésil.
La situation en Haïti est le résultat de l'exploitation historique et REPRESALIA suite à la Révolution Victorieuse dans ce pays en 1804.
Chaque action étrangère doit avoir pour axe (EIXE) la RÉPARATION HISTORIQUE AUX AFRICAINS DU MONDE, avec une action particulière pour Haïti, l'une des principales victimes du racisme international.
Nous adhérons aux propositions approuvées par le Front De Solidarité avec le Peuple Haïtien:
Limogeage du raciste Consul Général d'Haïti au Brésil.
Retrait des troupes brésiliennes d'Haïti et transformation en aide humanitaire.
Annulation de la dette extérieure illégitime.
Envoi de personnel technique pour travailler la terre, développer des actions dans le domaine de l'éducation et de la santé.
Aide Humanitaire pour la reconstruction à court, moyen et long terme.
Envoi d’eau, de nourriture et de semences pour les plantations.
Octroi d'un soutien financier et du matériel directement aux organisations locales et non au gouvernement fantoche imposé par l'impérialisme.
Activités nationales le 21 Mars, JOURNÉE INTERNATIONALE POUR L'ÉLIMINATION DE LA DISCRIMINATION RACIALE.
Actions du MNU avec d'autres secteurs du Mouvement Noir et d'autres mouvements sociaux du Forum social mondial thématique de Salvador de Bahia, où nous allons travailler sur le Génocide de la Jeunesse Noire et la question du genre, et les thématiques du Forum Social Mondial à Porto Alegre, où nous avons priorisé la Lutte des Quilombolas au Brésil pour venir en aide au peuple haïtien.
Des débats, des séminaires, des activités culturelles, la vente de matériel pour divulgation et obtention de financements.
Milton Barbosa
Coordonnateur national des Relations internationales
Unified mouvement noir Movimento Negro Unificado
HAITI « Bienvenue au bal des hypocrites »
Depuis qu’Haïti a été terriblement secouée par un tremblement de terre, le syndicat des ex empires négriers s’est aussitôt empressé de lui porter secours. Les Etats-Unis et la France ont été les premiers ex empires à ouvrir le bal des hypocrites, en dépêchant des secouristes à Port-au-Prince. L’aide humanitaire c’est très bien, mais pourquoi avoir attendu le pire pour réanimer un pays depuis longtemps à l’agonie ? Ça fait des décennies qu’Haïti attend impatiemment son plan Marshall, certains de ses habitants se sont même nourris de galettes d’argile dans l’indifférence totale. Ni le P.N.U.D, ni la F.A.O n’ont envisagé de convoquer une conférence internationale pour délivrer ce pays d’une misère chronique. Combien de conférences internationales n’ont-elles pas été convoquées en faveur du Proche-Orient ?
Comme tout peuple en quête de liberté et de dignité, le peuple haïtien a combattu les troupes napoléoniennes pour être libre et digne, alors pourquoi cette rancune tenace ? Ce qui est valable pour les autres est interdit aux Nègres, notamment la dignité et le devoir de mémoire. Nicolas Sarkozy (chantre de la non repentance) a même prévu de se rendre très prochainement en Haïti. Mais pour y faire quoi ? Un pays où tous les symboles de l’Etat sont à terre. Plus de palais présidentiel, de gouvernement, de trésor public, de Parlement, d’hôpitaux, de force publique et que sais-je d’autres. En 206 ans d’indépendance, cette ex colonie française, pourtant membre de l’O.I.F (Organisation Internationale de la Francophonie) n’a jamais reçu la moindre visite d’un chef d’Etat français. Il a fallu que des dizaines de milliers d’Haïtiens se retrouvent sous les décombres pour que chacun manifeste une compassion contrefaite. Non, Haïti n’a pas besoin de compassion, mais de compensation. Pendant plus de deux siècles, des générations d’Haïtiens ont été condamnées à payer le prix de leur audace, celui d’avoir vaincu l’esclavagiste au cours d’un combat loyal, car partout ce dernier avait triomphé sur le Nègre, sauf en Haïti et en Ethiopie (uniques symboles de fierté pour les Nègres), raison de leur condamnation.
En 1915, l’armée américaine a envahi Haïti, violant du coup sa souveraineté acquise après d’âpres batailles. Il était insupportable pour l’Oncle Sam de voir des Nègres bomber le torse sur le continent américain. L’occupation militaire américaine en Haïti dura 19 ans. Celle-ci était intervenue 4 ans après le décès d’Anténor Firmin, précurseur de la littérature haïtienne et auteur de l’ouvrage « de légalité des races » en réponse à « l’essai sur l’inégalité des races » du Comte Arthur de Gobineau (suprématiste aryen). Hormis d’être tous les deux écrivains, Anténor Firmin et Arthur de Gobineau n’avaient en commun que leur premier prénom (Joseph). Il est aussi important de rappeler que l’honorable Anténor Firmin s’était opposé en tant que Ministre de Florvil Hippolyte à l’installation d’une base militaire américaine en Haïti 24 ans avant son incursion. En janvier 2010, le grand empire a récidivé en déployant un bataillon composé de 12000 soldats. Ce n’est pas avec le fusil qu’on soigne les blessés.
En 2004, les Etats-Unis et la France, pourtant « brouillés » au sujet de la seconde guerre du Golfe, se sont vite réconciliés sur le dos d’Haïti en y menant une opération commando conjointe nommée « Bonaparte », comme pour rappeler aux Haïtiens que le syndicat des ex empires tenait sa revanche sur Toussaint Louverture. Et qui était le chef de la diplomatie française à cette époque ? Un certain Dominique De Villepin, grand bonapartiste devant l’éternel. C’est au cours de cette opération que fut débarqué Jean-Bertrand Aristide, président légitime. Ce dernier avait eu le tort avant la célébration du bicentenaire de son pays, de réclamer des sous (21 milliards $) à la France qui avait rançonné Haïti 200 ans auparavant. En 1825, Haïti a dû s’endetter auprès des banques françaises pour payer 150 millions de francs or, afin de faire valider son indépendance par l’ex métropole qui la menaçait d’une invasion militaire. Ce n’est qu’à ce prix que la France sous le règne de Charles X « lâcha prise ».
C’est ainsi qu’en 2004, la célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti (la plus grande victoire du peuple noir) fut torpillée. Thabo Mbeki, président de l’Afrique du sud à l‘époque et inconditionnel prosélyte de la renaissance africaine, supplia ses pairs africains de faire le déplacement jusqu’à Port-au-Prince, au nom de la dignité africaine. Malheureusement, son appel ne fut pas entendu. Les valets de l’impérialisme à la tête des Etats africains (surtout « francophones ») préférèrent éviter l’incident diplomatique avec Paris, car Jacques Chirac les surveillait de près. Haïti est l’incarnation de l’Afrique dans le nouveau-monde, il fallait y aller. Maintenant que la première république noire est à terre, la plupart des Chefs d’Etats africains manifestent leur solidarité en débloquant des millions de dollars. Il n’est jamais trop tard pour s’amender. En 2004, il leur suffisait d’acheter un billet aller-retour pour Port-au-Prince pour sauver l’honneur.
N’oublions pas qu’Haïti fut le seul Etat à protester à la Société des Nations en 1936 contre le largage de bombe à gaz par l’aviation militaire italienne sur le peuple éthiopien. En 1960, par solidarité panafricaine, Haïti dépêcha des enseignants, des médecins, des administrateurs et des instructeurs militaires au Congo-Léopoldville (actuellement Congo-Kinshasa) pour aider le Premier Ministre Patrice Lumumba en difficulté, lorsque la Belgique sabota l’indépendance de son ex colonie. Simon Bolivar s’est inspiré de la révolution haïtienne pour déclencher la sienne en Colombie avant que celle-ci ne s’étende dans toute l’Amérique du sud et aboutisse à l’indépendance de tous ses Etats. Ce n’est pas seulement l’Afrique qui est redevable à Haïti, c’est tout le monde noir.
En 2004, le président Jean-Bertrand Aristide a été kidnappé pendant son sommeil pour être embarqué de force jusqu’en Afrique du sud en pyjama via Bangui, comme au bon vieux temps de la traite transatlantique. Sauf que cette fois, le captif avait fait le parcours inverse, toujours avec la bénédiction du Vatican qui n’a jamais pardonné à cet ancien curé d’avoir troqué la soutane et la croix contre des talismans indigènes.
Je profite de la période de deuil pour laver le linge sale en public. Il n’y a aucune raison d’économiser la lessive, le moment est venu de sortir tous les dessous. Posons-nous d’abord la question suivante : « pourquoi Haïti a été haïe par les siens ? ».
Partout dans le Nouveau monde, les Haïtiens sont devenus la risée de leurs propres frères, parce qu’ils ont osé s’affranchir de la servitude en mettant en déroute la plus puissante armée du monde de l’époque. La France, les Etats-Unis, l’Espagne, le Portugal, la Hollande, le Danemark et le Vatican se sont ligués contre ce petit pays devenu la cible de tous les embargos depuis son indépendance en 1804. Autrefois, Saint-Domingue (actuellement Haïti) était la colonie française la plus prospère des Antilles grâce à sa production sucrière. Une fois indépendante, Haïti est devenue un îlot de pauvreté. Chaque empire négrier redoutait la contagion et voulait préserver son cheptel, puisque le Nègre n’était qu’une bête (d’après Montesquieu in Esprit des lois). Il fallait à tout prix effrayer les Nègres pour prévenir toute forme d’insurrection. Résultat, dès qu’on évoque Haïti dans le Nouveau-monde, le Nègre (particulièrement francophone, hispanophone et lusophone) flippe. Combien de fois ne l’ai-je pas vu pointer du doigt Haïti (l’exemple à ne pas suivre).
La République Dominicaine, voisine d’Haïti, autrefois créée par les Oncles Tom (fayots) avait reçu toutes les bénédictions, celle du syndicat des empires et du Vatican. Pourquoi le Vatican? Parce qu’Haïti a jalousement gardé le Vaudou (culte authentique africain). Les négriers avaient pour ambition d’effacer toute trace d’africanité chez le Nègre du Nouveau-monde, mission presqu’accomplie, sauf en Haïti, à Cuba, à San Basilio de Palenque (Colombie), à Salvador de Bahia (Brésil), chez les Saramakas (Guyane), les Jukas (Surinam), les Garifunas (Honduras et Belize). Dans ces contrées d’Amérique, les Nègres ont dit niet à la Vierge Marie et tout le tralala religieux devant lequel le Nègre ne cesse de s’agenouiller pour être d’avantage soumis.
Certains illuminés W.A.S.P comme le pasteur Pat Robertson ont cru bon d’évoquer la malédiction divine pour justifier la tragédie haïtienne. Non, Haïti n’est pas maudite, sinon elle n’aurait pas fait face aux cyclones ravageurs qui ont balayé les bidonvilles des Gonaïves et noyé l’île de la Tortue (au moment où le pays était dirigé par le Premier Ministre du même nom). La résistance d’Haïti n’a jamais été entamée.
Combien de villes transalpines n’ont-elles pas été secouées par des calamités naturelles ?
Le 6 avril 2009, l’Aquila n’a-t-elle pas été touchée par un séisme? Et que dirait-on de Pompéi définitivement ensevelie par le Vésuve il y a plusieurs siècles ? Dès qu’il s’agit d’un pays habités par des Nègres, les vieux préjugés refont surface. Il n’y a pas si longtemps, lorsque l’Argentine a connu une crise économique sans précédent, on a vu à la télé des Argentins attaquer des camions frigorifiés et s’emparer des kilos de viande. Les commentateurs se sont abstenus de parler de malédiction, parce qu’il s’agissait de leurs semblables.
On peut également relever quelques coïncidences, en faisant notamment un parallèle avec les cyclones Katrina et Rita qui ont dévasté la Louisiane, territoire vendue aux Etats-Unis par Napoléon Bonaparte en 1802, conséquence de la révolution haïtienne. C’est la Louisiane qui a doublé la superficie des Etats-Unis d’Amérique. L’Oncle Sam peut remercier les Haïtiens de posséder un si vaste empire. Ne dit-on pas aux Etats-Unis « New-Orleans is the Caribbean of the United States», parce que la Nouvelle-Orléans se tourne vers la Caraïbe et sa population demeure toujours accros aux Mojos (talismans). C’est peut-être pour cela qu’en 2005, George Bush ne s’y était pas précipité pour sauver les Nègres de la noyade.
Le 12 janvier 2010, moins de deux semaines après la célébration du 206e anniversaire de l’indépendance d’Haïti, dame nature a assené le coup de grâce au brave peuple haïtien. On estime à plusieurs milliers, le nombre de victimes, sans compter les habitations détruites, un véritable bilan de guerre. Ce n’est pas la fin des temps, mais probablement le début de la résurrection d’un peuple abandonné (aussi par les siens). Nous avons péché en oubliant l’axiome africain « Je suis nous» (l’individu est indissociable de sa communauté). Aujourd’hui la douleur et l’émotion nous accablent tous, de l’Afrique aux Amériques, parce qu’Haïti c’est nous.
Meno ba dia nseke di fua di sasa (Je suis le palmier sacré qui fane et se régénère à tout moment) chantent les Kongo.
Haïti ne mourra pas, c’est un palmier sacré qui se régénère au milieu de l’Océan.
Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY
Ecrivain, documentariste, historiographe (Institut Cercle-Congo)
Par Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY mwinda.org
Présentation d’un ouvrage à venir sur les Actions Affirmatives et la citoyenneté afrocolombienne
De Claudia Mosquera Rosero-Labbé et Ruby Esther León Díaz (Éditrices et Co-Auteures)
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Lorsqu'on aborde les thématiques raciales en Colombie, on se heurte inéluctablement à un certain scepticisme, qui se manifeste par des phrases telles que : " je pensais que ça n'existe pas" ou encore : " les petits noirs se plaignent et mendient encore ".
Compte tenu de cette réalité et à la veille des célébrations relatives aux Bicentenaires des Indépendances, il est impératif de parler la ‘Race.’ Non pas parce qu'elle existe d'un point de vue biologique, mais parce que sa construction historique et sociale affecte de manière disproportionnée les projets de vie individuels et collectifs de ceux et celles que l'on considère des "Noir(e)s". Le pacte du silence qui existe sur la thématique raciale doit être brisé pour le bien de la légitimation démocratique.
Au cours du 19ème siècle, l'institution économique de l'esclavage s'est maintenue jusqu'en 1851, malgré le projet républicain qui promettait égalité, liberté et fraternité comme les idéaux de la citoyenneté abstraite et universelle. On sait désormais que l'idéal républicain n'a pas été réalisé en ce qui concerne les personnes de descendance africaine. Au 20ème siècle, le pacte multiethnique et pluriculturel de la constitution de 1991 fixèrent l'équité, la liberté et la solidarité comme les principes de citoyennetés différenciées que l'État et la société civile doivent concrétiser de manière dialogique.
Les inégalités sociales concentrées en grand nombre dans les territoires frontaliers et sur les personnes de couleur et de phénotype noirs, porteurs d'une histoire passée sous silence au sein de la Nation, montrent la présence d'inégalités sociales qui nuisent aux processus de cohésion sociale et de démocratie inclusive ; elles sont source d'un profond malaise socio-historique que l'État et la société n'ont pas voulu écouter de manière franche. De la même manière, ils n'ont pas non plus essayé de comprendre sa complexité pour agir à ce sujet.
Ce livre présente les résultats d'une importante recherche menée dans huit villes colombiennes sur le thème des Actions Affirmatives. On y trouve les avis, les idées et les résistances de divers acteurs relativement au sujet en question et de précieuses contributions aux débats actuels sur la construction d'une citoyenneté différenciée ethnico-raciale noire, afrocolombienne, palenquera et raizal au sein de l'État multiethnique et pluriculturel.
Titre : Acciones Afirmativas y ciudadanía diferenciada étnico-racial negra, afrocolombiana, palenquera y raizal: entre Bicentenarios de las Independencias y Constitución de 1991.
Editorial Universidad nacional de Colombia.
Les femmes afroéquatoriennes prêchent le droit
Las Martinas est un groupe de femmes qui font la promotion des actions contre la discrimination à l’encontre de leur groupe ethnique. 
Douze femmes afro- équatoriennes de la communauté de San Martin, située dans le quartier Caminos de la Libertad au nord de la ville forment le groupe Las Martinas.
Selon, Alba Pavón, l'une des membres de ce groupe, il est né suite aux conversations entre voisines qui se racontaient leurs problèmes quotidiens avant de réaliser qu'elles étaient toutes semblables.
Elles ont ainsi décidé de parler avec les autres femmes et familles du secteur, de les écouter et de voir de quelle manière elles pouvaient aider à résoudre les principaux problèmes et, surtout, lutter contre la discrimination qu’elles subissent dans leurs relations quotidiennes.
Selon Pavon, la discrimination est un problème très grave pour ce groupe, puisque ce n'est pas un phénomène qui prendra fin uniquement par la lutte de la communauté afro. Il est également nécessaire que l'État garantisse l'accès aux droits ainsi que la protection de ces mêmes droits.
"Être noire en Équateur fait que vous devez vous battre deux, trois, dix fois plus pour quelque chose que vous voulez obtenir."
Las Martinas ont commencé leur travail il y a quatre ans. Alba était l’initiatrice de ce groupe, elle qui après avoir été abandonnée par son partenaire et devant s’occuper de deux filles décida de s’en sortir et de venir en aide à ses voisines.
Justement, parmi les problèmes rencontrés par les femmes, on retrouve l’abandon des enfants par les parents et la violence intrafamiliale, la non légalisation de leurs terres, le manque d'éducation et l'analphabétisme.
On estime que 80% des femmes de ce groupe ethnique subissent les agressions et ne dénoncent pas leurs partenaires.
Tania Moreno, Procureur du Ministère Public spécialisée en délits sexuels dit que la violence intrafamiliale au sein de ce groupe ethnique est un problème qui reste caché, puisqu’on estime que 80% de ces femmes subissent des agressions et ne portent pas plainte car , compte tenu de leur situation économique, elles dépendent de leurs partenaires pour soutenir leurs familles.
Et puis il ya les femmes qui décident de porter plainte, et peu de temps après, se laissent convaincre par les promesses de leurs partenaires et retirent la plainte.
Pour éviter la répétition de ce cercle, Alba indique que les Martinas se réunissent tous les mardis, pour planifier le travail à réaliser et elles rendent des visites les mercredi dans leur quartier.
Lorsqu’elles détectent un problème de violence au sein du foyer, elles tentent de convaincre les femmes de la nécessité de faire respecter leurs droits.
"En cas d'abus, nous n’encourageons pas la dénonciation, mais plutôt à ne pas se laisser de nouveau maltraiter. On atteint cet objectif quand les gens s’aiment, se respectent et augmentent leur estime de soi", dit-elle.
Lidia Lara, une autre membre du groupe, dit que l’un des moyens d'augmenter l'estime de soi des gens est qu’ils apprennent davantage sur l'histoire africaine.
C’est dans ce cadre que les Martinas ont obtenu le soutien de l'Institut de Formation Afroéquatorien, où elles reçoivent des cours en trois modules pour apprendre l'histoire de leur peuple en Équateur et dans le monde. Ainsi, les femmes prennent possession de leurs origines et lors de visites dans les maisons, elles transmettent ce savoir.
En outre, elles ont créé des manières ludiques d’enseigner aux enfants sur cette thématique et de faire qu’ils se sentent fiers d'être noirs.
Lydia dit que dans le secteur, par exemple, ils ont célébré la Neuvaine de Noël, au cours de laquelle chaque jour un groupe d'enfants était chargé de raconter des histoires sur les héros et les personnages africains qui ont joué un rôle très important pour la liberté de leur peuple et qui se sont battus pour leurs droits.
Juan Espinoza a participé à la Neuvaine et il affirme que le fait d’avoir des connaissances sur les noirs qui ont joué un rôle important le fait se sentir fier de ses origines.
"À l'école, on ne nous apprend des histoires qu’avec des personnes blancs et métisses. Nous les noirs, nous n’apparaissons nulle part et cela fait que tout le monde pense que nous n'avons rien réalisé et que cela justifie le racisme ", soutient-il.
Alexandra Ocles, secrétaire général adjointe du Secrétariat des Peuples, des Mouvements Sociaux et de la Participation Citoyenne pense qu'une façon de vaincre le racisme et d'autres problèmes qui touchent son ethnie, c’est que le peuple afrodescendant s’approprie son passé de lutte et qu’il sache qu’il a le droit d’occuper des espaces qui lui ont été refusé historiquement et pour lesquels il s’est battu.
Selon Ocles, la société dans son ensemble doit également connaitre ces antécédents pour respecter et surtout, pour qu’elle ne vive pas en croyant que les noirs n’ont pas pris part aux luttes sociales de manière active.
Concernant les droits sexuels et de la reproduction, Les Martinas donnent également de l’information à ce sujet pour que les femmes prennent connaissance des méthodes de planification familiale et qu’elles aillent se faire faire des bilans de santé. Elles préparent également des présentations sur le respect du corps et au sujet de l’abus sexuel.
Le groupe a également obtenu que l’une des coopératives de la région leur accorde des crédits. Alba indique que dans un premier temps, ils devaient servir à créer des micro- entreprises, mais que, compte tenu des nouveaux besoins de chaque famille, elles ont utilisé l’argent pour acheter des la nourriture, des appareils électroménagers, payer des dettes, des soins médicaux et pour l’éducation de leurs enfants.
Les prêts sont accordés de manière périodique, avec des délais prolongés et, une fois qu’un prêt est annulé, elles peuvent immédiatement accéder à un autre. Les montants prêtés vont de 100 à 500 dollars.
Quant au problème de l'éducation, Alba dit que le quartier est composé de 80 familles, soit environ 320 personnes originaires de Juncal et de Chalguayacu, dont 80% des adultes, particulièrement les femmes, ne savaient ni lire ni écrire.
La conséquence, selon elle, est qu’ils ne trouvaient pas d’emplois décents et lorsque c’était le cas, ils ne percevaient pas le salaire qui leur était dû. "Les chefs abusaient de ceux qui ne savaient pas lire et les faisaient signer des reçus et des contrats qui les faisaient exploiter ".
Désormais, avec le soutien d'une volontaire, les femmes de la zone ont été alphabétisées, et pour confirmer leurs connaissances, et ont fréquenté une école où elles ont pu passer des épreuves pour obtenir le certificat.
D’autre part, en raison de l'afflux d'Haïtiens, grâce au Service Jésuite pour les Réfugiés le quartier a été en mesure d’obtenir que des cours d’Espagnol soient donnés à ce groupe, car nombre d'entre eux sont exploités ou n’ont pas d'emplois parce qu’ils ne connaissent pas la langue.
Carline Merilien, une haïtienne membre de Las Martinas, affirme que l'appartenance à ce groupe l’a aidé à atteindre ses autres compatriotes de manière à améliorer leur séjour dans le pays. "Faire partie d’un groupe te fait te sentir soutenue et on a plus de force pour se battre et survivre."
Grâce à ce travail, Les Martinas aspirent à avoir 50 membres cette année.
lreal@telegrafo.com.ec
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Haïti en cette année de Bicentenaire des indépendances en Amérique Latine
Par William Ospina
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Il suffit de regarder les documentaires des années quarante pour percevoir qu'à Haïti, régnait une sérénité et une sorte d'ordre qui ont presque totalement disparu ces derniers temps. Même les montagnes semblaient davantage couvertes de végétation.
Le pays recevait des visiteurs du monde, ses terrasses chaudes célébraient des fêtes caribéennes, et dans les villes se développait une belle et sereine architecture.
Mais les graines du chaos qui a par la suite envahi le pays devaient certainement être semées.
Haïti fut le premier pays d'Amérique Latine à déclarer son indépendance, et ce, sous l'influence des idées libérales qui avaient auparavant activé la Révolution française dans la métropole. C'était la deuxième République du continent américain, l'une des premières au monde, et pour diverses raisons, elle était la plus admirable.
La France, qui l’avait dominé pendant des siècles, compta en Haïti l’une de ses plus importantes richesses, à tel point qu’au cours du 18ème siècle, l'île produisait 75% de sucre mondial, et ce fut donc pour cette raison que la jeune république fut l’objet de la première manifestation d'hostilité de son ancienne métropole, qui lui exigea une indemnisation considérable pour être devenu Indépendant.
Haïti s’éternisa par la suite à son tour dans l’exigence d’une compensation de 20 milliards de dollars à la France, pour le pillage auquel elle l’avait soumis.
Le reste du monde lui fit également payer son audace. Presque personne au XIXe siècle ne semblait disposé à respecter un pays gouverné par des gens qui gardaient encore la marque des chaînes. Ce fut pourtant ce pays qui favorisa le plus l’Indépendance du reste de l'Amérique du Sud.
Bolivar n’oublierait jamais l’aide que lui accorda le Président Pétion: en navires, en armes et en soldats, pour débarquer au Venezuela et lancer sa campagne. Après son expulsion par les Espagnols, Bolivar retourna ruiné en Haïti, et Pétion lui fournissait de nouveau les ressources, à la seule condition qu’il libère tous les esclaves.
Quand et comment Haïti a-t-il perdu l'initiative que ces actes de bravoure révèlent ? C'est peut-être dans le courant des soixante dernières années que l'on trouve ce qui explique qu'un pays si semblable aux autres pays antillais ait coulé comme nul autre dans la pauvreté, l'impuissance et la mauvaise gouvernance. Et l'histoire de François Duvalier est à la fois troublante et révélatrice.
Toute personne qui étudie ses origines peut se rendre compte qu’il représentait la promesse du salut pour sa patrie. D'origine modeste, il était devenu médecin grâce à ses capacités et à la chance, et il fut un temps où il ne semblait qu'être un bienfaiteur de la communauté, désintéressé. On dit que le pouvoir corrompt : il a suffi que celui-ci tombe entre ses mains pour qu’il commence à agir de manière autoritaire, et violente. Le Vaudou, manipulé par lui, cessa d'être l'expression complexe d'une culture, pour devenir un instrument de répression, de propagande et de domination.
L’avidité pour le pouvoir, la passion maladive pour la domination des autres, de se défaire de ses opposants, de devenir une terreur, ont fait de lui un monstre de vanité et de tyrannie. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que ses services de sécurité deviennent une secte d’horreur et d'arbitraire, ces Tontons macoutes qui dans les années soixante étaient le symbole d'un pouvoir monstrueux.
Et évidemment, le gouvernement des États-Unis vit en ce tyran, comme en Trujillo, un mur pouvant contenir les communistes cubains. De sorte qu’un despotisme délirant se vit encourager par une grande puissance internationale, et la plaie au sein de sa société se fit alors profonde et permanente.
La tyrannie devint héréditaire et à vie, la seconde république américaine fut vicieusement pervertie par cette dernière, et personne aux États-Unis ne sembla se rendre compte de l'inconséquence dans le fait pour la première démocratie au monde de parrainer la plus sombre des dictatures. C'est ainsi que l'on mine les fondements d'une société et les bases de la cohérence mentale d'un peuple.
Sous le pouvoir de la corruption, une économie de subsistance désordonnée a ravagé la nature du pays, en contraste frappant avec la nation voisine, qui conserva sur l'autre moitié de l'île ses arbres et les rudiments de son économie. Malgré le fait qu'elle subissait une autre dictature sinistre, la République dominicaine ne s'enfonça pas dans le chaos, quelque chose sauva sa vocation d'ordre et de vie en commun.
Les calamités naturelles sont plus graves lorsque les populations sont abandonnées à leur sort et dépourvues de la capacité de s'unir et de résister. Déboisée, avec une agriculture en ruines, une population entassée dans les villes, la moitié d'entre elle plongée dans l'analphabétisme et le manque d'eau potable et d'installations sanitaires, avec une pénurie alarmante en terme d'emplois , une bonne partie de la population qui rêve de fuir vers des endroits où leur cerveau et leurs mains seront productifs, une infrastructure effondrée, la moitié de la population composée d' enfants, et subissant une crise alimentaire qui pendant des années les a obligé à se nourrir de boue, les haïtiens font désormais face à l'effondrement, avec le tremblement de terre le plus destructeur de ces derniers temps.
Les fonctionnaires colombiens qui ont admirablement réussi la reconstruction physique et sociale d’Armenia et de la région caféière en très peu de temps pourraient beaucoup apporter. Mais bien sûr, ils pouvaient compter sur l'économie florissante et la force spirituelle d'une communauté vigoureuse. Haïti, accablé par la corruption et miné par le trafic de drogue a besoin d'un traitement beaucoup plus profond et global. Les millions de dollars qu’elle réclame depuis des années et dont elle a vraiment besoin ne suffiraient pas.
Ce pays a besoin d’une solidarité continentale véritable et inédite: l'art de la cohabitation, l'intelligence des savants et l'habileté des techniciens, la sensibilité des artistes et l'ingéniosité des inventeurs pour essayer de convertir cette catastrophe en un atelier de réinvention de la vie dans le berceau de la démocratie latino-américaine. Il s'agit là à coup sûr d'un premier défi pour l'année du Bicentenaire.
Entrevue de Melanie Taylor, afropanaméenne lauréate du Prix Rafaela Contreras
Par Letzira Sevilla Bolaños
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
La littérature féminine a gagné des espaces insoupçonnés, ce qui justifie grandement sa promotion. Face à cette réalité, l'Association nicaraguayenne des écrivaines, Anide s’est donnée la mission d'encourager le talent des femmes, à travers différents axes de travail parmi lesquels le Concours Centre –Américain Rafaela Contreras sur les Contes écrits par des femmes.
L'annonce a été bien accueillie en Amérique centrale, mais comme une seule récompense était en jeu, la compétition n’en était que plus rude.
Une jeune écrivaine sensible a remporté le prix offert par Amerrisque et Anide. Camino a Mariato a donné la victoire à Melanie Taylor, une musicothérapeute Panaméenne qui compte à son actif trois livres d'histoires courtes Tiempos Acuáticos (2000), Amables predicciones (2005) y Microcosmos (2009).
L’œuvre gagnante fait partie de 13 histoires multithématiques qui captivent le lecteur par la particularité qu’ils ont d’être proches de la réalité de chaque être humain. Les instincts charnels, les dettes accablantes en temps de crise, les légendes populaires, les déviances sexuelles et un nombre incalculable d’éléments excessivement vraisemblables sont tressés dans des histoires racontées dans un langage standard et subtil, qui en font sans aucun doute un excellent choix des membres du jury.
Pour la première fois dans l'histoire du Prix Rafaela Contreras, la remise de la récompense a eu lieu dans le pays d’origine de la lauréate.
La Bibliothèque Nationale du Panama était le théâtre de la remise du prix offert par Anide à Taylor, une femme simple, spontanée et expressive avec laquelle nous évoquons Camino a Mariato, une des circonscriptions de la Province de Veraguas, située dans la partie occidentale de la péninsule d’Azuero au Panama.
Depuis quand écrivez-vous?
Ma mère dit que j'ai appris à lire par moi-même à l'âge de cinq ans et qu’à six ans, j'ai écrit un journal de mes propres mains, y compris les bandes dessinées. Malheureusement, le document s’est perdu lors un grand nettoyage. À vingt ans, j’ai pris un cours avec l'écrivain Jaramillo Levy, ce cours m'a aidé à me concentrer et à apprécier mon talent.
Les histoires que vous racontez sont-elles autobiographiques ou un reflet de la réalité humaine découverte chez vos patients, car franchement, chaque histoire me semble familière, ce sont des exemples si réels et si proches, et leur majesté réside dans le fait qu’elles sont bien racontées?
Ces histoires ne sont pas basées sur des patients ou sur des expériences personnelles. La réalité qui vient à moi à travers les histoires que les gens me racontent, des commentaires et des informations est en elle-même incroyable. Rappelez-vous que je vis dans un pays où le maire de la ville a déclaré qu'il donnerait des piscines en plastique aux enfants moins fortunés, et on a même déjà sorti une chanson en son honneur. Enfin. Par exemple, l'histoire des femmes qui ont la nostalgie de deux gars qu’elles ont rencontré dans un bar et qui s’avèrent être des sicaires m’est venue parce que j’ai entendu aux nouvelles qu’après avoir tué un homme, l’assassin est parti en moto en envoyant un baiser à une femme qui passait par là. Dans l'histoire de l'enseignante de yoga, la partie où l'enseignante meurt en donnant ses cours provient d’une histoire que m’a racontée mon mari et qui lui avait été racontée.
Pourquoi utilisez-vous des adjectifs forts dans les titres?
Le titre d'un conte doit inciter le lecteur à le découvrir et, si possible, il doit résumer l’essence du récit.
Le Texte de la Tulivieja renferme-t-il un message d'opposition à la transculturation? Ou met-il l'emphase sur en que le désir de vendre nous amène à perdre l'essence de note culture et de notre être?
Je ne suis pas contre la transculturation. Cependant, quand nous “empaquetons” des produits culturels pour la consommation de masse par la force, quelque chose se perd et s'altère en chemin. Mon objectif en écrivant le conte était d'exorciser en moi le sentiment que j'avais sur l'urbanisation étourdissante subie par la ville de Panamá au cours de la dernière décennie. Je serais hypocrite si je disais que je ne profite pas de certaines des choses liées au développement de la ville, mais d'autres choses ont également été perdues, des choses que je croyais établies et qui ont désormais disparues.
Dans Camino a Mariato, on se retrouve face à l'homosexualité ou la transsexualité, mais le message est-il une critique des hommes dissolus capables de provoquer la fin du monde dans leur quête du sexe?
Les hommes dissolus sont des athlètes de l'usure. En réalité, les hommes et nous les femmes nous faisons des choses incroyables pour profiter du sexe, mais nous nous tendons des pièges à nous-mêmes.
J'ai particulièrement trouvé une certaine richesse dans le récit des assassines morbides. D'où vous vient cette idée?
Cette histoire est venue toute seule et elle faisait partie de plusieurs histoires à la fois des histoires de crimes et des histoires sombres, que j’ai finalement abandonnées. Heureusement!
Comment avez-vous entendu parler de la convocation d’Anide?
Sur un portail Internet, je ne me souviens plus duquel, puis je suis tombée sur le site web de l’Anide.
Que pensez-vous de la promotion de la littérature féminine?
Je pense que c’est vraiment super, puisque l’on peut devenir invisible autant dans les concours que dans le canon littéraire en général.Le travail d’Anide tout comme celui de l’Association Costaricienne des Écrivaines avec ces concours permettent aux écrivaines d’Amérique Centrale d’avoir la possibilité d’être connues.
Comment la critique panaméenne a reçu votre prix?
Il y eu de nombreuses manifestations de joie de la part des écrivaines et des écrivains et une bonne couverture de la presse culturelle.
Quels sont vos projets immédiats?
Si vous parlez des idées qui trottent dans ma tête, elles sont très nombreuses. Je travaille actuellement sur un roman et une série de micro-récits érotiques que je ne publierai peut-être jamais par pudeur. Disons, peut-être pas sous mon vrai nom.
Ceux et celles qui souhaitent profiter de la lecture de ces belles histories peuvent se procurer le live dans les bureaux de l’Anide et dans la plupart des librairies du pays. Pour seulement 100 córdobas, vous aurez l’occasion de voyager sur les chemins qui conduisent à Mariato et dans beaucoup de recoins de l’âme et de l’esprit des êtres humains qui vivent notre réalité.
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L'annonce a été bien accueillie en Amérique centrale, mais comme une seule récompense était en jeu, la compétition n’en était que plus rude.
Une jeune écrivaine sensible a remporté le prix offert par Amerrisque et Anide. Camino a Mariato a donné la victoire à Melanie Taylor, une musicothérapeute Panaméenne qui compte à son actif trois livres d'histoires courtes Tiempos Acuáticos (2000), Amables predicciones (2005) y Microcosmos (2009).
L’œuvre gagnante fait partie de 13 histoires multithématiques qui captivent le lecteur par la particularité qu’ils ont d’être proches de la réalité de chaque être humain. Les instincts charnels, les dettes accablantes en temps de crise, les légendes populaires, les déviances sexuelles et un nombre incalculable d’éléments excessivement vraisemblables sont tressés dans des histoires racontées dans un langage standard et subtil, qui en font sans aucun doute un excellent choix des membres du jury.
Pour la première fois dans l'histoire du Prix Rafaela Contreras, la remise de la récompense a eu lieu dans le pays d’origine de la lauréate.
Ma mère dit que j'ai appris à lire par moi-même à l'âge de cinq ans et qu’à six ans, j'ai écrit un journal de mes propres mains, y compris les bandes dessinées. Malheureusement, le document s’est perdu lors un grand nettoyage. À vingt ans, j’ai pris un cours avec l'écrivain Jaramillo Levy, ce cours m'a aidé à me concentrer et à apprécier mon talent.
Les histoires que vous racontez sont-elles autobiographiques ou un reflet de la réalité humaine découverte chez vos patients, car franchement, chaque histoire me semble familière, ce sont des exemples si réels et si proches, et leur majesté réside dans le fait qu’elles sont bien racontées?
Le Texte de la Tulivieja renferme-t-il un message d'opposition à la transculturation? Ou met-il l'emphase sur en que le désir de vendre nous amène à perdre l'essence de note culture et de notre être?
Je ne suis pas contre la transculturation. Cependant, quand nous “empaquetons” des produits culturels pour la consommation de masse par la force, quelque chose se perd et s'altère en chemin. Mon objectif en écrivant le conte était d'exorciser en moi le sentiment que j'avais sur l'urbanisation étourdissante subie par la ville de Panamá au cours de la dernière décennie. Je serais hypocrite si je disais que je ne profite pas de certaines des choses liées au développement de la ville, mais d'autres choses ont également été perdues, des choses que je croyais établies et qui ont désormais disparues.
Dans Camino a Mariato, on se retrouve face à l'homosexualité ou la transsexualité, mais le message est-il une critique des hommes dissolus capables de provoquer la fin du monde dans leur quête du sexe?
Les hommes dissolus sont des athlètes de l'usure. En réalité, les hommes et nous les femmes nous faisons des choses incroyables pour profiter du sexe, mais nous nous tendons des pièges à nous-mêmes.
J'ai particulièrement trouvé une certaine richesse dans le récit des assassines morbides. D'où vous vient cette idée?
Comment avez-vous entendu parler de la convocation d’Anide?
Je pense que c’est vraiment super, puisque l’on peut devenir invisible autant dans les concours que dans le canon littéraire en général.Le travail d’Anide tout comme celui de l’Association Costaricienne des Écrivaines avec ces concours permettent aux écrivaines d’Amérique Centrale d’avoir la possibilité d’être connues.
Il y eu de nombreuses manifestations de joie de la part des écrivaines et des écrivains et une bonne couverture de la presse culturelle.
Si vous parlez des idées qui trottent dans ma tête, elles sont très nombreuses. Je travaille actuellement sur un roman et une série de micro-récits érotiques que je ne publierai peut-être jamais par pudeur. Disons, peut-être pas sous mon vrai nom.
Ceux et celles qui souhaitent profiter de la lecture de ces belles histories peuvent se procurer le live dans les bureaux de l’Anide et dans la plupart des librairies du pays. Pour seulement 100 córdobas, vous aurez l’occasion de voyager sur les chemins qui conduisent à Mariato et dans beaucoup de recoins de l’âme et de l’esprit des êtres humains qui vivent notre réalité.
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PARAGUAY: Les afrodescendants sortent peu à peu de l’anonymat
Par Natalia Ruíz Díaz
ASUNCION, Jan (IPS) Les communautés afrodescendantes sont pratiquement restées dans l’anonymat et l’oubli au Paraguay, mais elles sont désormais organisées, et exigent l'égalité devant la loi et demandent des droits économiques et sociaux pour construire une citoyenneté afroparaguayenne.
"L'État paraguayen ne nous reconnaît pas comme une minorité ethnique", indique José Carlos Medina, secrétaire général de l'Association AfroParaguayenne Kamba Cua (refuge de noirs en guarani).à IPS,
En 2006-2007 a eu lieu au Paraguay le premier recensement des afrodescendants, avec pour objectif de disposer d’un outil permettant de connaitre la réalité de ce groupe de population servant de base pour la lutte sociale pour surmonter le déni historique qui existe au sein de société la paraguayenne.
L'Association fut la principale instigatrice de l'initiative, avec l'appui de la Direction Générale de la Statistique, des Enquêtes et des Recensements(DGEEC) et de la Fondation Interaméricaine, une organisation d’État Américaine.
L'étude a établi l'existence de 8013 personnes d'ascendance africaine, ce qui équivaut à 0,13 % sur les 6,1 millions d’habitants de ce pays du cône sud de l'Amérique.
Les données ont été recueillies auprès de trois localités spécifiques, Kamba Cua, dans le département Central, Kamba Kokue qui signifie " ferme des noirs" en guarani et se trouve dans le département de Paraguarí, et Emboscada dans le département de Cordillera. Les trois se trouvent dans la région orientale du pays.
Sur l’ensemble des afrodescendants, 5,6% vivent à Kamba Cua, 4,9% à Kamba Kokue et 89,5% à Emboscada.
Les origines de ces colonies de peuplement remontent à la période coloniale espagnole. En 1782, la population d'origine africaine représentait 11,2% de la population totale de ce qui fut la Province du Paraguay, un territoire où les esclaves ont commencé à arriver en provenance d'Afrique en 1556.
Emboscada, une ville qui compte aujourd'hui près de 14.000 habitants fut fondée en 1740 sous le nom de Emboscada de Pardos Libres, car il s’agissait d’un lieu d'embuscades fréquentes et parce que ses premières populations furent 500 pardos( des noirs et métis) libres.
La même chose s'est produite à Paraguarí et ailleurs dans la région, où il existait des haciendas d'esclaves des missionnaires religieux comme la catholique Compañía de Jesús plus connue sous le nom de l’Ordre des Jésuites.
Dans le cas de Kamba Cua, la population était composée de membres d'un régiment de 250 lanciers , hommes et femmes, qui accompagnèrent le général José Gervasio Artigas, le chef indépendantiste révolutionnaire de la Banda Oriental( territoire qui constitue aujourd'hui l'Uruguay)dans son exil au Paraguay à partir de 1820.
Cette communauté afrodescendante est la plus connue au Paraguay pour avoir préservé son identité et sa culture, dont elle fait la promotion par le biais de ses fêtes traditionnelles.
"Le recensement a permis un rapprochement entre les communautés et structuré ainsi le Réseau paraguayen des Afrodescendants, car nous étions convaincus qu’ensemble, nous aurions plus de force dans notre revendication", a déclaré Medina.
Il affirme que la demande principale est la reconnaissance en tant que minorité ethnique par l'État paraguayen, et, comme action immédiate, que l’on envisage l'intégration de la population afrodescendante lors du prochain recensement national qui aura lieu en 2012.
À cette fin, les membres du Réseau sont en pourparlers avec le DGEEC, mais Medina se plaint que le processus est de plus en plus lent.
Le Rapport sur les Droits Humains au Paraguay 2009, élaboré par la coordination des droits de l'homme du Paraguay, contient un article qui présente pour la première fois, la situation des afrodescendants dans le pays.
Le document souligne que le racisme reste présent dans les politiques d'État, par omission ou par manque de politiques à l'égard de la population d'ascendance africaine et rapporte que le cadre culturel entretient le préjugé racial et les comportements discriminatoires.
"Il est très difficile pour nos enfants de construire leur identité afro quand à l'école, ils sont très souvent discriminés, que ce soit pour la couleur de la peau ou pour leurs vêtements", soutient le rapport.
L’accès à l'éducation et à la santé sont deux piliers des revendications des communautés. On souligne que 7,4 % de la population en âge d’aller à l'école est analphabète et seulement 15% du total de ce groupe ethnique bénéficie d’une assurance santé.
Pour Kamba Cua, l'abandon scolaire constitue l’une des principales difficultés. Cela s’explique par le fait que la communauté ne dispose pas d’un établissement scolaire dispensant un enseignement de base.
Lorena Medina, une jeune mère de deux enfants et membre du Ballet Kamba Cua, a abandonné les études de niveau intermédiaire à cause de difficultés économiques.
"Telle est la réalité pour de nombreux membres de notre communauté. On arrête les études, car on ne dispose pas des moyens pour en couvrir les frais", indique-t-elle dit à IPS.
Dans la plupart des cas, les femmes de la communauté sont des travailleuses domestiques, tandis que les hommes sont des ouvriers de la construction, des employés et des vendeurs informels.
Pour José Carlos Medina, grâce à la création du Réseau, les communautés travaillent de manière articulée, ce qui leur permet d'occuper des espaces en tant que groupes organisés.
"Parce que nous défendons notre identité et nos origines, nous exigeons notre reconnaissance par l’État Paraguayen en tant que population afroparaguayenne", conclut-il. (FIN/2010)
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Haití, África y la inconsecuencia con su historia
El actual presidente francés dijo recientemente en Dakar que "el hombre africano no ha entrado realmente en la historia". Él objetivo aquí no es revisar esas palabras como tal, sino más bien analizar la mirada, o mejor, la ausencia de mirada por parte de los africanos, los afrodescendientes, de la diáspora africana de su Historia, de sus historias. Y este análisis se hará a la luz de las promesas de ayuda y del despliegue "humanitario" por la catástrofe que afecta a Haití querido.
Haití y África no sólo tienen enlaces por tener poblaciones negras. Haití comparte la historia de África Post-Encuentro con los europeos: una historia de colonización violenta, de explotación escandalosa, de pseudo-independencia, de los planes de ajuste estructural, de golpes de Estado orquestados desde del exterior... Haití querido y África son también clientes de la famosa asistencia humanitaria internacional. La ayuda es siempre de los mismos países occidentales que se proclaman la "comunidad internacional".
Cuando uno echa una mirada sobre las relaciones entre las potencias occidentales que permanecen imperialistas con África, Haití querido y el Mundo Negro en general, se nota que los Estados, los franceses, los americanos, los británicos y sus aliados en Europa o América del Norte nunca han ayudado en el verdadero sentido de la palabra sin exigir, recuperar o esperar algo a cambio (como dice un canción). Con sus opiniones públicas y en el contexto de sus estrategias internacionales de comunicación, su vocabulario está bien elegido y bien experimentado. Sin embargo, sus acciones siempre se oponen sistemáticamente a sus palabras y promesas. Es necesario aquí de precisar de nuevo que se habla de los Estados, y no de las poblaciones.
Todo el mundo sabe esto y debe educarse, o aprender a entender mejor el mensaje real de estos Estados para nunca más dejarse engañar. Cuando usted oye a partir de ahora la "caridad", piensa que eso significa en sus bocas "oportunidad". Piensan en el negocio de la caridad, que precede los negocios reales…
Cuando oye "AYUDA HUMANITARIA" o "apoyos" piensa "Hacer Negocios" o "enormes beneficios"...
No olvida que la Comunidad Internacional NUNCA hace nada para nada. Ella sabe cómo simular un" robo" o un "saqueo organizado" con "planes de desarrollo". Si duda, pregúntese por qué, a pesar de los Estados y las instituciones que los representan que afirman ayudar para el desarrollo de África desde numerosas decenios, continuamos hablamos de pobreza en África? ¿No sería que desde este tiempo, estamos viviendo un empobrecimiento bien orquestado de este continente? Y como es lógico, lo que tomamos a alguien, los damos a un otro...
No es necesario que demos ejemplos, si usted es capaz de leer estas líneas, usted puede encontrar unos cuando quieras.
Creo profundamente en la caridad del fontanero, del maestro, del empleado, del profesor, del agricultor, del científico, del informático estadounidense, canadiense, francés, belga, británico, australiano, español... Pero con las innumerables muestras de apoyo de los diferentes países del mundo, tenemos que seguir siendo escépticos acerca de las verdaderas intenciones de los de la comunidad internacional. ¿Cómo puede ser de otra manera, ya que la historia nos ha enseñado bien y habituado a conocerlos?
La Historia de las relaciones de Haití con Francia y con los Estados Unidos, con la complicidad de muchos otros países e instituciones vasallas de estos estados, es la historia del Incendiario que apaga el fuego y luego se presenta como un héroe que salvó... ruinas.
El incendiario que organiza el rapto durante más de 5 siglos de cientos de miles de hombres en África. Que les obliga a trabajar durante siglos por la fuerza, por ejemplo, en la isla La Española. Que saca un extraordinario beneficio de esta dominación sobre otros seres humanos, y consolida su poder a través del trabajo de estos.
Cuando se rebelan y exigen su independencia, el Incendiario les impone una gigantesca indemnización porque les ha negado el derecho de explotarlos... Y así sucesivamente...Se dice en francés "querer la mantequilla, el dinero de la mantequilla, y la mantequera". Pero esto no es nada en comparación.
Los desastres naturales han realmente ayudado estas potencias en la historia reciente. Pero estos no hubieran tenido ningún impacto en la infraestructura de Haití querido si se había permitido a Haití la oportunidad de desplegarse económicamente, sin la deuda impuesta por Francia después de 1804, por ejemplo. Hubieran sido capaces de construir casas con cemento u hormigón menos pobres, cumpliendo con las normas antisísmicas.
Y ahora, todos estos países se están posicionando para la famosa asistencia humanitaria (Negocios a hacer…). Cuando la comunidad internacional da con una mano, toma con dos manos.
Bueno, ¿cree que la entrada de muchos inmigrantes o refugiados haitianos de ayer a causa de la pobreza o la dictadura, los huracanes y de mañana, los del sismo costarán a los contribuyentes canadienses o americanos? ¿Cree usted que los cerebros huyendo los países africanos son inútiles para los países occidentales que los reciben?
- Los inmigrantes de Haití, si no son graduados trabajaran en las fábricas que faltan de mano de obra, con bajos salarios, pagaran impuestos o tasas, contribuirán a pagar las pensiones.
- Las familias francesas, europeas o canadienses adoptarán en breve los huérfanos. Sí, gracias al terremoto, el mercado de la adopción es ahora un poco más lleno de pequeños niños negros para ser adoptados. Muchas familias occidentales verán su mayor deseo hacerse realidad. Refugiados, inmigrantes, niños adoptados contribuirán al consumo interno o a su reactivación por ejemplo.
- ¿Quién se hará cargo de la reconstrucción de Haití? Tienes razón, esté papel será atribuido a la comunidad internacional, a sus negocios, a sus ingenieros, a sus arquitectos.
- Haití es peligroso, al parecer, los estadounidenses han desplegado miles de soldados ahí. Pero esto no es insuficiente. No problema: todos los Blackwater de los países occidentales están ahí para prestar sus servicios. No para nada. Y parece que la ONU tiene la intención de involucrar a los haitianos para la reconstrucción de su país... por $ 5 cada día.
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Así que, africanos, descendientes de africanos, de la diáspora africana, no simulan la ignorancia de la realidad. Se dice que, nada se crea, todo se transforma. La historia ya está escrita, y para nosotros, mientras seguimos siendo inconsecuentes en relación con ella, sólo se va a repetir, reconstruyéndose, tomando nuevas formas.
Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Haïti, l’Afrique et l’inconséquence face à l’Histoire
Le Président Français actuel disait récemment à Dakar que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire". Il ne s’agit pas ici de revenir sur ces propos en tant que tels, mais plutôt d’analyser le regard ou mieux, l’absence de regard de l’Afrique, des afrodescendants, de la Diaspora africaine sur leurs histoires, sur leur Histoire. Et cette analyse se fera à la lumière des promesses d’aide et du déploiement dit humanitaire suscités par la catastrophe qui touche Haïti chérie.
Haïti et l’Afrique n’ont pas pour seul lien le fait d’avoir des populations noires. Haïti partage également l’Histoire de l’Afrique Post-Rencontre avec les européens : une histoire entre autre de colonisation violente, d’exploitation outrancière, de pseudo-Indépendance, de plans d’ajustements structurels, de coups d’états orchestrés de l’étranger…Haïti chérie et l’Afrique sont également les abonnés de la fameuse aide humanitaire internationale. L’aide vient toujours des mêmes pays occidentaux, qui s’autoproclament la "communauté internationale".
Lorsqu’on jette un œil sur les relations entre les puissances occidentales restées impérialistes avec l’Afrique, Haïti Chérie et le Monde Noir en général, on constate que JAMAIS les États Français, Américain, Britannique et leurs alliés européens ou nord américains n’ont aidé, dans le vrai sens du terme sans rien exiger, reprendre ou attendre en retour (comme dit la chanson). Auprès de leurs opinions publiques et dans le cadre de leurs stratégies médiatique internationale, leur vocabulaire est bien choisi et bien rodé. Pourtant leurs agissements sont toujours systématiquement opposés à leurs paroles et leurs promesses. Il est nécessaire ici de repréciser qu’il s’agit des États et non des populations.
Chacun de nous le sait et doit s’éduquer, apprendre à bien ou mieux comprendre le message réel de ces États pour ne plus Jamais se laisser leurrer. Lorsque vous entendrez désormais "CHARITÉ", pensez que cela signifie dans leurs bouches "OPPORTUNITÉS". Ne parle-t-on pas du business de la charité qui précède le vrai business?
Lorsqu’on vous dira "AIDE HUMANITAIRE", vous devrez penser "AFFAIRES À FAIRE", les "SOUTIENS" et "APPUIS" devront vous faire penser à "PROFITS EN VUE"…Parce que la Communauté Internationale JAMAIS ne donne rien pour rien. Elle sait même faire passer du Vol et du Pillage organisé pour des plans de développement. Si vous doutez, demandez-vous pourquoi malgré les États et les Institutions qui les représentent et qui sont sensés aider l’Afrique à se développer, depuis des décennies qu’ils s’y attèlent, on ne parle que de pauvreté en Afrique? Ne s’agirait-il pas depuis le temps d’un appauvrissement bien orchestré? Et comme la logique le veut, si on enlève à l’un, on donne à l’autre…
Pas besoin de donner des exemples, si vous êtes capables de lire ces lignes, vous pouvez les trouver quand vous voudrez.
Je crois profondément à la charité du plombier, de l’enseignant, de l’employé, du professeur, de l’agriculteur, de l’informaticien américain, canadien, français, belge, anglais, australien, espagnol… Mais, au regard des innombrables manifestations de soutien provenant des différents États à travers le monde, on est amenés à demeurer sceptiques quant aux véritables intentions de ceux de la communauté internationale. Comment peut-il en être autrement, puisque l’histoire nous a appris et habitués à bien les connaitre?
L’Histoire des relations d’Haïti avec la France et les États-Unis, avec la complicité de nombreux autres pays et d’institutions vassales de ces États, c’est l’histoire du Pyromane qui éteint le feu et se présente ensuite comme un héros qui a sauvé…des ruines.
Le pyromane organise il y a plus de 500 ans l’enlèvement pendant des siècles de centaine de milliers d’hommes en Afrique. Il les contraint pendant des siècles à travailler par la force durant des siècles, par exemple sur l’île Hispaniola. Il retire un gigantesque profit en argent de cette domination sur d’autres êtres humains, tout en renforçant sa puissance grâce à leur labeur. Lorsqu’ils se révoltent et réclament leur indépendance, il leur impose des dédommagements parce qu’ils l’’ont privé du droit de les exploiter…Et ainsi de suite…Vouloir le beurre, l’argent du beurre, la crémière, c’est vraiment rien à côté !
Les catastrophes naturelles ont bien aidé ses puissances au cours de l’histoire récente. Mais, celles-ci n’auraient eu aucune conséquence sur l’infrastructure haïtienne si Haïti chérie avait eu le droit, la possibilité de se déployer économiquement, sans la dette imposée par la France après 1804 par exemple. Ils auraient pu construire des habitations avec du ciment ou du béton moins pauvre, répondant aux normes antisismiques.
Et à présent, tous ces pays se positionnent pour l’aide dite humanitaire (…Affaires à faire). Quand la communauté internationale donne avec une main, elle reprend avec deux mains.
Tiens, pensez-vous que l’entrée de nombreux haïtiens, réfugiés ou immigrants d’hier à cause des la pauvreté ou de la dictature, des ouragans et de demain, ceux du séisme coûteront aux contribuables canadiens ou américains? Pensez-vous que les cerveaux fuyant les pays africains sont inutiles aux pays occidentaux qui les reçoivent?
- Les immigrants haïtiens s’ils ne sont pas diplômés travailleront dans les usines qui manquent de main d’œuvre, à bas salaire, ils paieront des impôts ou des taxes, aideront à payer les retraites.
- Les familles françaises, européennes ou canadiennes recevront plus vite des orphelins à adopter. Oui, le marché de l’adoption est désormais un peu plus achalandé en petits enfants noirs à adopter, grâce au tremblement de terre. Bien des familles occidentales pourront voir leur plus grand souhait réalisé. Les réfugiés, les immigrants, les enfants adoptés contribueront tous à consommer ou à relancer la consommation par exemple.
- Qui reconstruira Haïti? Vous avez raison, ce rôle sera dévolu à la Communauté Internationale, à leur entreprises, à leurs ingénieurs, à leurs architectes.
- Haïti est dangereux, semble-t-il, et les américains ont déployé par exemple des milliers de soldats. Mais c’est insuffisant. Pas de problème : tous les Blackwater des pays occidentaux sont là pour fournir leurs services. Jamais pour rien. Et il semble que l’Onu envisage de faire participer les haïtiens à la reconstruction de leur pays…pour 5 dollars par jour.
Alors, ne simulons pas l’ignorance des réalités, Africains, afrodescendants, diaspora africaine. On dit que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. L’histoire est déjà écrite, et pour nous, tant que l’on restera inconséquent par rapport à elle, elle ne fera que se répéter en se recréant, sous de nouvelles formes.
Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/
Haïti n'est pas maudit, la France et les États-Unis sont responsables de sa situation!
Pour Haití Honneur et Respect: La catastrophe qui frappe Haïti
servicios espacinsular
La catastrophe qui frappe Haïti a soulevé un élan de solidarité impressionnant à l’échelle mondiale. Cela est bon : la solidarité c’est la tendresse des peuples ! Et l’aide d’urgence est indispensable, quand tout manque -à commencer par l’eau potable-, quand on ne parvient même pas à enterrer les dizaines de milliers de morts…et quand le chaos occasionné par le tremblement de terre vient s’ajouter à une réalité quotidienne déjà marquée par la pénurie d’eau potable et par la faim pour l’immense majorité du peuple haïtien.
Mais cette aide s’accompagne d’un discours tenu par tous les médias et les gouvernements occidentaux qui est une offense à Haïti et qui laisse présager le pire quant aux principes qui régiront la reconstruction du pays. On nous rabâche à longueur d’antenne et d’articles ce qui caractériserait Haïti : pauvreté extrême, délinquance et violence, proximité avec la France qui fait tout pour aider ce pays francophone. Enfin, Haïti, éprouvée il y a deux ans par quatre ouragans dévastateurs et aujourd’hui par ce séisme, serait frappée par une malédiction ! Quand on est maudit, c’est qu’une puissance divine vous punit : on doit être bien criminel pour attirer pareil châtiment !
Ne faudrait-il pas commencer par se demander pourquoi Haïti est si pauvre ?
Haïti colonie française jusqu’à la fin du XVIIIème siècle -alors appelée Saint Domingue et surnommée « la perle des Antilles »- a fait, grâce aux denrées qui y étaient produites au premier rang desquelles le sucre, la richesse de la France. Plus de 400 000 noirs travaillaient pour 30 000 propriétaires français. Les conditions de l’esclavage étaient si atroces que l’espérance de vie des esclaves ne dépassait pas 9 ans et que par conséquent la majorité d’entre eux étaient des « bossales » directement venus d’Afrique.
Lorsque ces esclaves se soulèvent contre leurs bourreaux et la puissance coloniale, leur chef Toussaint Louverture est emprisonné par les Français et meurt dans une prison glaciale du Jura ; Napoléon envoie son armée pour mater la révolte. Le général Leclerc, son beau-frère, dirige l’expédition et écrit à l’empereur : « Voilà mon opinion sur ce pays : il faut supprimer tous les nègres des montagnes, hommes et femmes, et ne garder que les enfants de moins de douze ans, exterminer la moitié des Noirs des plaines, et ne laisser dans la colonie aucun mulâtre portant des galons. » (1) L’armée française est défaite : en 1804, Haïti devient un état indépendant. C’est la première et l’unique fois dans l’histoire de l’humanité que des hommes et des femmes soumis à l’esclavage furent capables à la fois d’abolir l’esclavage, de rendre leur pays indépendant, de le défendre contre une armée réputée invincible et de mettre fin aux structures coloniales.
La révolution haïtienne fut et demeure un exemple pour les peuples opprimés : antiesclavagiste, anticoloniale, dès l’indépendance elle offre sa solidarité à ceux qui luttent pour libérer leurs propres peuples : le Venezuela, Cuba, le Mexique et la jeune république des Etats Unis (où l’esclavage perdurait) reçoivent l’aide d’Haïti pour leur propre émancipation du joug colonial ou de l’esclavage.
Considérée comme un exemple hautement dangereux pour les autres peuples, Haïti fut soumise à un long blocus international. Et elle fut lourdement châtiée, non par un quelconque dieu, mais par la France : alors qu’elle avait été dévastée par la guerre contre la France où un tiers de sa population avait péri et où toutes les infrastructures avaient été détruites, en 1825
(1)cité par Michel Collon dans « les sept pêchés de Chavez »
Haïti fut sommée, sous la menace d’une invasion militaire, de payer à la France une rançon de 150 millions de francs or pour dédommager ce pays des pertes subies par les colons. Le gouvernement haïtien se plia à cette exigence et Haïti, pour rembourser à la France cette somme dont l’équivalent actuel serait de plus de 20 milliards de dollars, coupa ses arbres pour vendre du bois précieux et surtout s’endetta auprès de banques étrangères : c’est ainsi que se constitua au XIXème siècle la première dette extérieure d’un pays du Sud. Haïti mit près de soixante dix ans à s’acquitter de sa rançon et les ultimes agios couraient encore au début du XXème siècle…
Par la suite, le trésor haïtien fut pillé par une expédition de marines en décembre 1914. S’en suivit une occupation militaire du pays par les Etats Unis qui dura vingt ans, à la fois parce que la résistance haïtienne fut particulièrement farouche (Charlemagne Peralte qui dirigea la résistance paysanne est un martyr dont les Haïtiens gardent la mémoire), parce que les Nord Américains tentèrent d’instaurer à nouveau de grandes plantations qui furent à l’origine d’une nouvelle déforestation et parce que les Etats Unis ne se retirèrent qu’après avoir obtenu l’abolition de l’article de la Constitution qui interdisait à des étrangers de posséder des entreprises en Haïti.
La dictature de la famille Duvalier dura ensuite 29 ans. A leur chute, ils furent accueillis en France avec une fortune de 900 millions de dollars, une somme qui dépassait le montant de la dette extérieure d’alors. Les Duvalier jouissent tranquillement de ces biens en France (tandis que la Suisse vient de restituer à l’Etat haïtien 6 millions de dollars déposés par les Duvalier dans des banques suisses: c’est peu par rapport aux sommes volées à Haïti, mais c’est dans ce sens que la justice devrait s’exercer). En 1971, Bébé Doc avait succédé à son père: alors que le pays produisait son alimentation jusqu’à cette époque, il fut investi président par le Département d’État pour lancer les politiques qui allaient mettre fin à la souveraineté alimentaire d’Haïti, avec l’intervention du FMI et de la Banque mondiale.
A titre d’exemple : tous les porcs « créoles », base de l’économie de toute unité familiale rurale, furent abattus par un organisme spécialisé pour enrayer la peste porcine africaine soi disant imminente en Haïti –ce dont aucune preuve ne fut apportée-. Cet organisme haïtien d’élimination des porcs opérait à l’instigation des Etats Unis via la BID (Banque Interaméricaine de Développement) et avec la complicité d’autres pays tels le Canada. Les Etats Unis, en inondant le marché haïtien de riz subventionné dont le prix était inférieur au prix du riz produit localement ont brisé la filière nationale de production de riz. Il en a été de même de tous les produits agricoles de base, de sorte que le dumping des denrées nord-américaines subventionnées par l’État nord-américain pour détruire la production locale qui n’a ni subventions ni moyens, a fini par avoir raison de l’alimentation produite sur place. Victime de cette concurrence déloyale, Haïti est devenue le réceptacle des produits alimentaires de mauvaise qualité des Etats-Unis.
Il faut se demander pourquoi les Etats Unis se sont livrés à cette destruction délibérée de l’agriculture haïtienne au cours des quarante dernières années : au-delà de l’intérêt à disposer d’un marché pour ses produits, intérêt fort relatif au demeurant vu le pouvoir d’achat limité des Haïtiens, a primé le besoin qu’avaient les Etats Unis d’installer des entreprises d’assemblage dans un pays proche de façon à approvisionner le marché nord américain. Les « maquilas » sont massivement installées au Mexique dans la région frontière avec les USA ; elles le sont également en Haïti. Tout a donc été fait pour disposer dans ce pays d’un réservoir de main d’œuvre réduite à l’oisiveté suite à l’exode rural et prête à accepter n’importe quels salaire et conditions de travail. La voie de l’émigration est pratiquement bloquée et l’on sait combien l’émigration clandestine sur des embarcations de fortune est meurtrière. Des dirigeants haïtiens se sont flattés du résultat de cette politique, qui constitue pour eux l’avantage comparatif d’Haïti dans la compétition mondiale: elle place la main d’œuvre haïtienne parmi les moins chères du monde. Tout au long de la frontière avec la République dominicaine et dans la capitale se sont donc développées ces entreprises d’assemblage. L’année 2009 a été marquée par de longues luttes ouvrières, relayées par les étudiants, pour obtenir une augmentation du salaire minimum : le président Préval s’est lui-même impliqué fortement dans ce débat pour éviter l’augmentation de ce salaire minimum initialement votée par l’assemblée nationale ; il faut dire qu’il subissait la pression de chefs d’entreprise menaçant de fermer leurs usines au cas où les salaires augmenteraient.
Il nous faut terminer cette revue de l’histoire de deux siècles où la misère d’Haïti est fabriquée par les grandes puissances qui ont continué à faire payer à ce pays de noirs son audace anticoloniale. En 1991, au cours des premières élections démocratiques que connaît Haïti, est élu le prêtre Aristide, issu de la théologie de la libération. Il est renversé par un coup d’état neuf mois plus tard. Il reviendra à la présidence en février 2001, non sans un passage par les Etats Unis qui rend à Haïti un personnage qui n’a plus grand-chose à voir avec le président qui avait soulevé tant d’espoir dix ans plus tôt. Pourtant, à l’approche de la célébration du bicentenaire de la Révolution, Aristide a l’audace de réclamer à la France réparation du tort qu’elle a causé à Haïti en demandant la restitution de la somme qui lui fut extorquée au siècle précédent.
La réponse ne se fit guère attendre : en 2004, Aristide fut à nouveau renversé par une expédition militaire menée par les Etats Unis, la France et le Canada. Enlevé manu militari, il fut expulsé et vit depuis lors en exil en Afrique du Sud.
L’expédition a fait place à une occupation militaire déguisée en mission de paix : la MINUSTAH, la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti. Déployée depuis juin 2004, son mandat a été récemment prolongé à la demande du président Préval. Alors qu’elle est composée de près de 9000 hommes -dont d’importants contingents de Brésiliens, Argentins, Chiliens et des contingents moins nombreux de Guatémaltèques, Boliviens et Equatoriens-, seuls 2 des 20 membres de l’Etat Major sont sud-américains et les Etats Unis contrôlent le renseignement militaire. Cette « intervention sous-traitée par les Etats-Unis », selon l’expression du Prix Nobel de la paix l’argentin Adolfo Esquivel, est pour les Haïtiens le symbole de la perte de l’indépendance nationale. Qui a visité Haïti sait que la majorité de la population haïtienne ressent la présence de la MINUSTAH comme une offense. La tension s’est aggravée quand les 114 soldats du Sri Lanka, accusés de viols de femmes et d’adolescentes, ont été rapatriés. Ils ont bien sûr bénéficié d’une totale impunité.
Alors, qu’on ne vienne surtout pas nous parler d’une quelconque malédiction ! La pauvreté d’Haïti n’est pas tombée du ciel, elle a été fabriquée au cours de deux siècles d’interventions étrangères, elle a été l’œuvre délibérée de grandes puissances au premier rang desquelles figurent la France et les Etats Unis. Les Français d’aujourd’hui doivent connaître l’histoire tragique des relations entre la France et Haïti, le rôle que la France, directement et à travers les Institutions financières internationales, joue dans le maintien et l’aggravation de la misère d’Haïti. Patrick Poivre d’Arvor, au titre d’ambassadeur de l’UNICEF, ose écrire dans le Figaro du 15 janvier : « c’est un des peuples…les plus maudits par l’histoire. Mais il n’est pas responsable de cette histoire là. Le peuple français non plus ». Ce ne sont pas là d’innocentes âneries, mais l’expression de la pensée unique à l’œuvre sur Haïti.
Nous ne pouvons pas oublier que l’extrême précarité de la situation sociale haïtienne, d’où dérive réellement la dimension gigantesque de la présente catastrophe, est le résultat de deux siècles de colonialisme violent, d’interventions militaires et de pillage qui ont amené Haïti à recevoir le triste titre de " pays le plus pauvre de l’Amérique". Cette situation a été aggravée au cours des deux dernières décennies avec l’application sauvage des programmes d’ajustement néolibéral dans l’économie et la société haïtienne, avec le maintien d’une dette extérieure illégitime qui épuise les ressources de la nation, avec la dévastation de l’environnement et de l’agriculture et avec l’imposition des intérêts des compagnies transnationales.
Voilà deux siècles que l’histoire d’Haïti est le symbole du racisme et de l’anti-humanisme blanc, exprimé sans ambages par le président Jefferson au XIXème siècle quand il évoquait « cette peste indépendantiste et antiesclavagiste de nègres qui ont pris leur indépendance par les armes » L’uruguayen Eduardo Galeano l’écrivait déjà en 1996 : « L’histoire de l’acharnement contre Haïti, qui de nos jours prend des dimensions tragiques, est aussi l’histoire du racisme dans la civilisation occidentale » (2).
Tout porte aujourd’hui à craindre que, sous couvert d’aide d’urgence puis de reconstruction, face à un état haïtien déliquescent et fragilisé -ce dont l’écrasement du palais national, du palais de justice et de divers ministères est comme la matérialisation symbolique-, des puissances étrangères ne profitent de la situation offerte par le chaos pour mettre de manière radicale et définitive le pays sous tutelle. La MINUSTAH constituait déjà une mise sous tutelle militaire, la mission d’envoyé spécial des Nations Unies confiée à l’ex-président Bill Clinton au cours de l’année 2009 ouvrait la voie à une mise sous tutelle économique. Aujourd’hui, les Etats Unis ont pris le contrôle de l’aéroport et ont annoncé le déploiement de dix mille soldats dont deux mille marines. Ailleurs ou en d’autres temps, cela provoquerait une protestation mondiale. S’agissant d’Haïti et sous couvert de mission humanitaire, la nouvelle occupation a un coût diplomatique presque nul (la France a élevé une légère protestation face à l’impossibilité d’atterrir à Port au Prince pour un avion français chargé d’un hôpital, quand le besoin de soins hospitaliers de la part d’innombrables blessés est des plus criants). C’est le Commandement Sud de l’armée nord-américaine qui a pris la direction des opérations.
Il est nécessaire ici de rappeler que la position géostratégique d’Haïti dans la mer des Caraïbes fait de son contrôle un élément essentiel de la politique nord-américaine dans la région. La catastrophe qui frappe Haïti fournit une occasion rêvée aux Etats Unis d’exercer ce contrôle.
On ne peut non plus manquer d’être choqués du mensonge par omission de nos médias : apparaissent chaque jour à l’écran un médecin français, ou canadien ou nord-américain. Leur dévouement est magnifique. Mais pas un mot et pas une image de l’aide apportée par Cuba à Haïti. Or elle est sans commune mesure avec l’aide des pays occidentaux et n’est pas seulement donnée dans l’urgence : elle a commencé il y a plus de dix ans à la suite de
(2)Galeano « los pecados de Haiti » l’ouragan Mitch. Les 100 premiers médecins cubains sont arrivés en Haïti fin 1998. Des centaines d’Haïtiens étudient à Cuba avec des bourses. Près de 400 médecins et personnel de santé cubains travaillent tous les jours dans 227 des 337 communes du pays. Le Venezuela et Cuba ont un programme commun de coopération pour monter en Haïti dix centres de santé (appelés centres de diagnostic intégral) : les quatre premiers, déjà installés, dispensent une assistance médicale gratuite et de qualité à des milliers d’Haïtiens. Cuba a envoyé à la suite du tremblement de terre son Contingent international de médecins spécialisés dans les situations de désastres et d’épidémies baptisé Henry Reeve formé de 152 médecins. Pourquoi nos médias passent-ils sous silence la solidarité de ce petit pays de la Caraïbe, d’autant plus exemplaire que Cuba est un pays appauvri par un blocus d’un demi-siècle et par les ouragans qui l’ont durement frappé en 2008?
Je voudrais enfin récuser absolument cette réputation de violence qui est faite aux Haïtiens. La délinquance n’est d’ordinaire pas plus forte à Port au Prince que dans les autres grandes villes du Sud. Hors de la capitale, on vit plus en paix en Haïti que dans bien des pays. Il n’est jamais rien arrivé de mal aux médecins cubains dispersés dans le pays.
Les chaînes de télévision montrent à plaisir des images de pillages dégradantes pour Haïti: n’est-il pas légitime, quand on est depuis plusieurs jours sans eau et sans nourriture, d’aller les chercher là où on peut les trouver, quand plus rien ne fonctionne normalement ? Qui vit en Haïti sait à quel point la dignité des Haïtiens est blessée par l’image fausse qu’on présente d’eux. Cette image s’est renforcée depuis le tremblement de terre : misère, chaos, délinquance et incapacité de résoudre leurs propres problèmes.
Qui vit en Haïti sait aussi à quel point ce peuple est dans la vie quotidienne doux, hospitalier, bienveillant, courageux, travailleur, créatif. Ce pays fourmille de poètes, de déclamateurs, d’écrivains, de peintres, de sculpteurs, comme si créer de la beauté était la seule dignité de ceux à qui l’on a tout pris, la seule échappatoire à la laideur de la misère. Par ailleurs, il n’est pas un illettré haïtien qui ne connaisse et ne tire fierté de l’histoire de son pays.
Ce peuple fait aussi face avec un courage et un optimisme rares aux épreuves successives qui l’accablent. Le 16 janvier, sur le parvis des droits de l’homme au Trocadéro, au cours du rassemblement pour rendre hommage aux victimes du tremblement de terre et pour se recueillir, les Haïtiens sont venus dire qu’ils n’étaient pas un peuple maudit, mais un peuple vaillant qui se relèvera de ses cendres.
Comment exprimer notre solidarité avec le peuple haïtien ?
D’abord ne pas prêter nos consciences à l’infâme discours dominant tenu sur Haïti basé sur l’hypocrisie et la charité : même l’héritier des Duvalier nettoie sa conscience en offrant aujourd’hui les fonds d’une fondation familiale, dérisoires par rapport au vol commis par cette même famille ! Etre en permanence en alerte pour défaire mentalement cette pensée dominante. Etre convaincu que le peuple haïtien est un grand peuple qui ne quémande pas d’aide pais mérite une totale solidarité et un engagement à ses côtés pour briser les entraves à son émancipation.
Au-delà de l’indispensable aide d’urgence, il faudra exiger réparation : non seulement l’annulation de la dette extérieure d’Haïti mais le remboursement des sommes indûment ponctionnées par les Institutions Financières Internationales (IFIs) au titre de la dette extérieure et la mise en place d’un fonds correspondant à la rançon payée à la France afin que soient menés des projets de reconstruction.
Il faut savoir que des milliards pourraient être déversés sur Haïti : cela ne changerait rien et ne ferait que renforcer la dépendance et la corruption, s’ils sont administrés par un Etat soumis au diktat des grandes puissances et des institutions financières internationales, ou pire encore si ces puissances (ou l’une d’elles) décident de prendre en main le sort d’Haïti, lui déniant ainsi sa capacité à s’administrer elle-même. Une manière d’aider les Haïtiens, c’est de lutter pour la non-ingérence de chacun de nos gouvernements pour qu’enfin, une fois pour toutes, les Haïtiens puissent être responsables de leur destin. Il faudra exercer une pression politique pour empêcher que la catastrophe ne serve de prétexte à l’aggravation de la mise sous tutelle d’Haïti.
Enfin être à l’écoute des demandes de la société civile haïtienne et leur répondre.
Le directeur de la PAPDA (Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif) a fait parvenir le 14 janvier une première information dont je reprends l’essentiel de la partie concernant la « SOLIDARITE STRUCTURANTE » qu’appelle cette plateforme d’organisations populaires : « C’est l’heure d’une grande vague de solidarité de peuple à peuple qui permette de :
a) Vaincre l’analphabétisme (45 % de la population)
b) Construire un système d’enseignement public efficace gratuit qui respecte l’histoire, la culture, l’écosystème
c) Vaincre la crise de l’environnement et reconstruire avec la participation massive des jeunes et des internationalistes les 30 bassins hydrographiques
d) Construire un nouveau système de santé publique en articulant médicine moderne et traditionnelle et en offrant des services primaires de qualité accessibles à 100 % de la population pour vaincre la mortalité infantile, la malnutrition, la mortalité maternelle
e) Reconstruire une nouvelle ville avec une autre logique basée sur une urbanisation humaine et équilibrée en respectant les travailleurs et les vrais créateurs de richesse, en privilégiant les transports collectifs, la recherche scientifique, l’agriculture urbaine, l’artisanat et les arts populaires, les parcs qui favorisent la biodiversité
f) Construire la souveraineté alimentaire sur la base d’une réforme agraire intégrale, avec priorité aux investissements agricoles pour utiliser les réserves de productivité dans une logique qui respecte les écosystèmes, la biodiversité ainsi que les besoins et la culture de la majorité de la population.
g) Détruire les liens de dépendance avec Washington, l’Union Européenne et l’impérialisme. Abandonner les politiques dictées par les diverses versions du consensus de Washington. Rompre avec les IFIs et leurs plans (…) »
PAPDA propose enfin d’en finir avec la MINUSTAH et de construire des brigades de solidarité de peuple à peuple. Que chacun et chacune de nous se mobilise ! Anne Cauwel, Paris, 18 janvier 2009















