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PAR JUAN TH* 

*L’auteur est avocat et journaliste.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

Les États-Unis et les puissances européennes, surtout la France, ont une bonne occasion de rendre à Haïti une partie des richesses qu’ils ont arrachées à ce peuple pendant des siècles.


Je ne parle pas des miettes humanitaires suite aux 400 mille tonnes de TNT, représentant la force du tremblement de terre de 7,3 qui a dévasté Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Les aides humanitaires ne résoudront pas le problème haïtien. Avant le séisme, Haïti était un territoire fantôme de neuf millions de morts-vivants, sans éducation, sans santé, sans avenir. Le tremblement de terre n’a fait que reprocher au «monde civilisé» la misère de la population la plus misérable du continent. Haïti, comme Fidel Castro a rappelé dans sa réflexion jeudi dernier, mérite un meilleur sort, car il s'est battu pour obtenir son autodétermination et son bien-être.

L'écrivain uruguayen Eduardo Galeano, auteur de Las Venas Abiertas de América Latina, écrivait il ya quelques temps: "En 1803, les Noirs d'Haïti administrèrent une terrible raclée aux troupes de Napoléon Bonaparte, et l'Europe ne pardonna jamais cette l'humiliation infligée à la race blanche. Haïti fut le premier pays libre des Amériques. Les États-Unis avaient conquis leur indépendance auparavant, mais il y avait un demi-million d'esclaves qui travaillaient  dans les plantations de coton et de tabac. Jefferson, qui était propriétaire d’esclaves, disait que tous les hommes sont égaux, mais il affirmait également que les Noirs furent, sont et demeureront inférieurs. Le drapeau des hommes libres s’éleva sur les ruines. La terre haïtienne avait été dévastée par la monoculture du sucre et détruite par les calamités de la guerre contre la France, et un tiers de la population était tombée au cours du combat. Commença alors le blocus. La nation qui venait de naitre fut condamnée à la solitude. Personne ne lui achetait rien, personne ne lui vendait, personne ne la reconnaissait. "

Le professeur Juan Bosch, auteur du formidable livre " De Cristóbal Colón a Fidel Castro”, écrivit dans son œuvre “Composición Social Dominicana” que la révolution haïtienne fut “la seule qui constitua à la fois une guerre sociale des esclaves contre les maîtres, une guerre raciale de noirs contre blancs, une guerre civile entre les forces de  Toussaint et celles de Rigaud, une guerre internationale des français et des haïtiens contre les espagnols et les anglais, et enfin une guerre de libération nationale qui allait aboutir à la création de la première république noire le monde ”.

Mais Haïti n’a connu ni la paix ni la tranquillité tout au long de son histoire. Les tyrans et les traîtres en ont eu raison, tout comme les interventions militaires. On peut dire que l'histoire d'Haïti, comme celle de la plupart des pays d'Amérique latine, est l'histoire du pillage et de la mort.


Haïti n'a pas de pétrole, ni or, ni diamants, ni forêts. Les puissances ont tout pris ce qui peut avoir de la valeur. Les multinationales ne sont pas présentes à Haïti, parce qu’il n y a pas d’affaires à y faire. C’est une partie de la tragédie de ce peuple. À Haïti il n'y a que la pauvreté, il n'y a que la mort et la désolation. Pas à cause du tremblement de terre, cela dure depuis de nombreuses années. Le tremblement de terre majeur en Haïti, c'est la faim qui les tue chaque jour, c'est la misère qui les exclut et les condamne à mort.

Les États-Unis et la France, partenaires dans de nombreuses guerres en cours, peuvent  mettre en place un plan pour reconstruire Haïti. Après la Seconde Guerre mondiale, il y eut le plan Marshall qui permit de reconstruire les pays européens qui avaient été dévastés par la guerre. Taiwan doit ses progrès, non pas à un miracle, mais au soutien financier des puissances capitalistes qui tentaient de miner la révolution socialiste de Mao Tse-Toung en Chine. Les États-Unis et les autres puissances économiques du  monde disposent de ressources plus que suffisantes aller au secours d'Haïti en créant un plan de reconstruction. Haïti n'est pas digne de pitié ou de tristesse.  Haïti mérite une coopération économique massive qui contribue à son développement intégral.