Par Arin Gencer | arin.gencer@baltsun.com

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com/

avid

Les étudiants de Woodlawn High ont été divisés en trois groupes placés face à des tableaux noirs, chacun d’eux rédige des questions. • En quelle année fut créé le microscope? • Qu'est-ce qui vous permet de voir les micro-organismes? •  Et enfin: Décrivez les similitudes entre les procaryotes et les eucaryotes.

"C'est une excellente question",  déclare James Martin, attirant l'attention des 25 élèves de sa classe. Les jeunes - tous des noirs en première année et de sexe masculin – étaient en train de s’exercer à des problèmes nécessitant la "pensée critique" sur divers sujets dans le cadre d'un programme bihebdomadaire de Tutorat en Classe.

"Ce n'est pas quelque chose qu'on peut se contenter de regarder dans un livre et dont on obtiendra une réponse directe. ... C'est le genre de question sur laquelle on doit travailler de manière progressive "

La classe de Martin fait partie d'un projet pilote mené par le Advancement Via Individual Determination (Progrès Par la Détermination Individuelle) ou Avid, un programme national de préparation d'entrée à l’Université pour les élèves capables d'un travail leur demandant plus de défis, mais qui ont besoin de ressources supplémentaires pour atteindre leur potentiel.

Le Woodlawn High du Comté de Baltimore fait partie de six écoles à travers le pays qui prennent part à l'Initiative en faveur des Jeunes Hommes Africains-Américains ( African-American Male Initiative) du Centre AVID et qui vise à augmenter la réussite chez ces étudiants. 

"Être ensemble tous les jours, poursuivre le même objectif aura à coup sûr un impact sur le fait d'aller à l'Université ", déclare Maria Cobb, directrice de l'initiative. Et la rigueur du programme  d'Avid qui enseigne les compétences comme la prise de notes, l'organisation et une réflexion à un niveau plus poussée " les rendra prêt pour l'Université".

" Les hommes Afro-américains sont doués, mais ils sont trop souvent perdus " selon Barbara Dezmon,  adjointe du surintendant en charge des Finances et des Assurances dont le bureau a présenté AVID au district. "Cette branche d'AVID leur bénéficiera grandement."


Les classes comme celles de Woodlawn permettent d'intégrer l'enseignement par sexes en se concentrant sur les styles d'apprentissage des jeunes, indique Cobb. Une " tranche d’enseignement culturellement pertinent" dans le processus de progression aiderait à reconnaître les différentes cultures des élèves - comme un débat sur le rôle des Noirs pendant la guerre civile.

"Ils ne se voient pas eux-mêmes dans le programme, et ils ne voient pas à quel niveau cela est pertinent à l'extérieur de l'école ...par conséquent, ils ne considèrent pas cela comme un investissement pour leur avenir."

Dans le cadre de l'initiative financée par une subvention de la Fondation Citi, les écoles devaient faire intégrer 25 élèves noirs de sexe masculin au programme AVID, indique Cobb. Ils devaient également engager des tuteurs et des enseignants noirs de sexe masculin.

Les cinq autres écoles participantes se trouvent à Arlington au Texas, Fresno en Californie, Las Vegas, Los Angeles et New York. Woodlawn et le Mojave High School de Las Vegas sont les seules écoles-pilotes ayant des classes par sexe, indique Cobb. Les autres ont créé des mentorats - avec déjeuners périodiques, des rencontres après l'école et des excursions - pour établir des relations entre les étudiants et un adule jouant le rôle de modèle, ajoute-t-elle.

L'initiative "peut avoir un effet énorme" selon Roxanna Harlow, une ancienne professeure du McDaniel College spécialisée en sociologie de l'éducation, de la race et des relations ethniques. Harlow a récemment lancé le Higher Learning, une organisation à but non lucratif basée à Westminster dont le but est de favoriser la pensée critique et la réussite dans la vie chez les élèves des minorités du Comté de Carroll.

"C'est une très bonne stratégie pour ces jeunes hommes,  de se construire une sorte de camaraderie autour d'expériences similaires, tout en créant une attente de résultats scolaires, en en faisant un choix rationnel", explique Jo Harlow, ajoutant qu'une classe constituée uniquement de jeunes hommes contribue à éliminer les distractions. "Si vos pairs croient à la réussite scolaire ... alors vous êtes davantage susceptible de croire à votre propre réussite scolaire."

L'enseignement par des hommes noirs est encore plus crucial selon elle.

"Beaucoup de ces jeunes gens ne bénéficient pas d'une présence adulte masculine régulière  dans leur vie, et ils ont un immense besoin d'une orientation par des hommes pour savoir ce que cela signifie d'être un homme", indique Harlow. "La question est donc: vont-ils voir quelque chose de positif devant eux tous les jours ou vont-ils voir d’autres types d'images qui, à terme, pourraient avoir un impact négatif sur eux?"

La capacité d’établir des liens avec ses élèves a favorisé un environnement qui permet "des discussions d’homme à jeune " en classe, indique M. Martin. "
Notre relation est plus personnelle. ... Du seul fait de n’être que des hommes, nous sommes une classe plus familiale, car tout ce dont nous parlons, nous le faisons ensemble. Rien n'est vraiment secret."

Les adolescents ont différentes opinions sur l'absence des filles dans leur classe. Certains le voient comme une bénédiction, d'autres moins. Mais une chose sur laquelle ils sont tous d’accords, ce sont les liens qu’ils ont établis.

"Nous sommes tous comme une fraternité", affirme Eric Muldrow, 14 ans, ajoutant que M. Martin va droit au but, en les poussant lorsque leurs notes sont faibles.

"Nous pouvons participer plus" et ils sont plus à l’aise pour échanger avec les autres, dit Léon Timmons qui a 14 ans. "
On n’a pas à s’inquiéter des histoires de filles. C'est plus civilisé".

Âgé de 14 ans, Devin Swinton dit qu'il sent que la classe lui apporte "davantage de possibilités d'éducation, parce qu'il n'y a pas la distraction" des filles. Ce qui été particulièrement utile lorsqu'ils ont mené certains projets, comme celui décrivant ce qu'ils aiment en eux-mêmes, dit-il.

Et sans que Martin ne lui demande des comptes sur son travail, il ajoute: "
Mes notes auraient probablement baissé."

"L'approche même de la classe est différente", affirme Ari Jones, un tuteur senior et faisant partie de l’Initiative AVID, qui est lui-même passé par le programme du centre. "
Ça ne fonctionne pas comme une classe AVID typique."

Le groupe a pris le temps de parler de ce qu'il faut pour réussir en tant qu’hommes afro-américains, au sujet de la prise de parole en public, sur la façon de traiter les femmes, déclare Jones.

Ils ont aussi eu des cours très pratiques: un lundi récent, Jones a enseigné aux élèves la manière de faire un nœud de cravate correctement, ce qui cadre avec l’effort qui est fait pour leur offrir une expérience du monde réel, indique M. Martin.

Chaque adolescent a suivi les instructions de Jones, étape par étape, certains avec plus de succès que d'autres - et plusieurs d'entre eux avec une cravate provenant d’un lot important reçu en don et remis par leur professeur.

Cette session est venue après que Martin ait passé en revue une liste d’élèves dont les résultats des progrès indiquaient qu'ils obtenaient un "D" ou un "E" dans un cours.

"Que se passe-t-il avec le gouvernement américain et les mathématiques?" demande Martin à un adolescent qui hausse les épaules pour toute réponse.

"Donc tu iras chez le répétiteur cette semaine ", poursuit ostensiblement M. Martin, en parlant des cours qui se déroulent après l’école et pendant lesquels les élèves peuvent bénéficier d’une aide supplémentaire.

Il attend alors jusqu'à ce qu'il obtienne un signe de la tête avant de passer au prochain élève.

Brian Scriven, le principal de Woodlawn dit que l’idée qu’il avait en tête lorsqu’il a entendu parler du projet pilote pour la première fois c'est la relation de Martin avec la classe, et le sens de la fraternité. Il affirme avoir immédiatement pensé à Martin,  un ancien étudiant qui pouvait désormais avoir l'opportunité de "donner en retour" et avoir un impact positif sur ses élèves.

"Pour moi, c’est tout simplement une histoire de relations", affirme Scriven.

AVID a déjà commencé à étudier le déroulement de l'initiative. Pour cela, ils ont embauché Karen Watt, professeure à l'Université du Texas-Pan American qui effectue des recherches pour le centre. Idéalement, les enseignants seront avec les étudiants pendant quatre ans, et AVID suivra leurs progrès, affirme Cobb.

Watt dit qu'elle a observée les élèves répondant à leur mentor dans leur école lors de ses premières visites, qu'il s'agisse d'un enseignant ou d’un autre adulte noir qui les rencontre dans un cadre différent.

On apprend bien de choses par rapport aux compositions variées des classes parmi les écoles pilotes, et par leurs emplacements variés dans les zones urbaines, de banlieues et rurales selon Watt. "
Je pense que nous pouvons apprendre quelque chose de chaque site-école."

Pour Scriven, la composition raciale de la classe est secondaire par rapport aux possibilités et au fait que la classe offre aux jeunes hommes la possibilité de se forger
"une mentalité poussant à se fixer des objectifs."

"Je pense que ce sont les relations qui vont s’établir dans cette classe [qui] qui rendront cette expérience spéciale" dit-il. "C'est un réseau qui va se constituer à l’interne dans le cadre de ce cours comme ils y aspirent tous. Espérons que le soutien qu’ils se donnent les uns aux autres perdurera longtemps après que cette expérience au secondaire aura pris fin".


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