sida

WASHINGTON — "Le sida m'a sauvé la vie": tirée in extremis de l'enfer de la drogue grâce à un dépistage du sida, Charlene Cotton, une Afro-Américaine séropositive de 48 ans, a reconstruit sa vie malgré la maladie, ultime vestige de ses sombres années accrochées à l'héroïne.

Charlene est tombée dans la drogue à 12 ans, peu après le décès de sa mère. A Washington, elle se retrouve avec sa soeur chez un oncle violent. Son adolescence, c'est le monde de la nuit, la prostitution, la naissance d'un fils à 18 ans. Et la dépendance à la drogue.

Les doses servent simplement à soulager le manque, à se tenir debout et à se déplacer. Utiliser des seringues propres est secondaire. "Tout ce qui m'importait c'était d'en avoir encore et encore et encore. C'est ça, la maladie de l'héroïne".

En octobre 2003, alors que Charlene sort chercher sa dose, une travailleuse sociale l'accoste et lui offre un dépistage gratuit du sida, dans une camionnette. A 42 ans, Charlene apprend qu'elle est séropositive et le vit comme une révélation: "C'est Dieu qui est venu vers moi et qui m?a secouée. J'avais le choix entre mourir à petit feu ou bien revivre", raconte-t-elle.

Aux Etats-Unis, le nombre de femmes séropositives n'a cessé d'augmenter depuis le début de l'épidémie. Les Afro-Américaines représentent une part disproportionnée des nouvelles contaminations: comme Charlene, 66% des femmes malades du sida sont noires. Et la capitale des Etats-Unis est la région la plus touchée du pays: 3% de la population est porteuse du VIH.

Charlene n'a gardé qu'un souvenir de ses trente années de toxicomanie, une photo floue en noir et blanc. Sa maigre silhouette se détache de celles de proches venus à l'enterrement de sa soeur, peu avant qu'elle apprenne sa séropositivité. "Je ressemblais à un squelette, à un sac d'os", commente-t-elle.

Repenser à ces années de drogue reste pénible, car soigner une dépendance est un travail quotidien. "Le plus dur, ça a été de me faire confiance. C'est de ma faute si je suis séropositive, c?était de ma faute si j'étais à la rue. Si je suis partie de chez moi c'est parce que j'avais envie de me défoncer", explique-t-elle.

Les femmes séropositives ont tendance à avoir des revenus et un accès aux soins inférieurs à ceux des hommes séropositifs, mais davantage de responsabilités familiales.

"Il faut payer le loyer, s'occuper des enfants. La dernière chose à laquelle pensent ces femmes, c'est le sida", explique Layeida Hugues, du Women's Collective, une association qui aide les femmes afro-américaines séropositives à Washington.

Charlene bénéficie de Medicaid, une assurance maladie totale pour les plus démunis: ses médicaments sont gratuits et elle présente depuis six ans un état stable.

"Mamie est séropositive!", s'exclame Charlene en montrant les photos de son petit-fils dans son appartement. Charlene croit à la prévention et à l'éducation des plus jeunes: expliquer la différence entre la séropositivité et le déclenchement du sida et surtout montrer que l'on peut vivre avec deux prises de médicaments par jour.

Pour le Women's Collective, elle arpente maintenant les quartiers sensibles de la capitale. Entre distribution de préservatifs et de dépliants sur le sida, Charlene incite les habitants à se faire dépister gratuitement dans la camionnette de l'association. Tout comme la femme qu'elle était il y a encore six ans.