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DIPLOMATIE Plusieurs nominations d’afrocolombiens mettent fin à une ancienne omission au sein du service diplomatique. Certains pensent que ce n’est que justice, d’autres interprètent ce phénomène comme de l’opportunisme. Au cours des derniers mois, on a pu noter un phénomène intéressant à la Casa de Nariño et au Ministère des Affaires Étrangères : la nomination d’afrocolombiens à des postes importants à l’ambassade de Colombie à Washington. Pour certains analystes, cette décision du président Álvaro Uribe n’obéit pas à un désir sincère d’aider les minorités noires du pays, mais elle sert plutôt à éviter qu’aux États-Unis, l’on pense qu’il y a du racisme en Colombie, surtout en cette première année de l’administration du premier président afroaméricain : Barack Obama.

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D’autres observateurs pensent, cependant qu’aucun chef d’état avant Uribe n’avait autant joué à fond la carte des négritudes jusqu’ici largement oubliées. Le plus incroyable, c’est que les uns et les autres ont un peu raison. Deux des nominations à l’ambassade ont été judicieuses. La première, celle du général Luis Alberto Moore en tant qu’attaché militaire. À 50 ans, Moore possède une grande expérience à différents niveaux, et il y a trois ans, il est devenu le premier général noir de l’histoire de la Colombie.

L’autre nomination est celle de Natalia Peña, qui depuis Octobre est l’assistante de l’ambassadrice Carolina Barco. À 32 ans, cette économiste diplômée de l’Université Externado parle et écrit anglais à la perfection et possède une grande expérience dans le commerce extérieur. La troisième nomination est, cependant en attente de confirmation. Il s’agit de celle de Lidia Mosquera comme consul de Washington. Mosquera et qui fut secrétaire des Affaires Ethniques au Gouvernement de la Valle del Cauca occupé par Juan Carlos Abadía. Elle n’a pas foulé le sol de la capitale américaine après qu’on ait appris que son parrain politique est l’ancien sénateur Juan Carlos Martínez, proche du gouverneur et qui est actuellement détenu et accusé de liens avec les paramilitaires.

Ce n’est pas la première fois qu’Uribe choisit des afrocolombiens pour des postes de haut niveau. Il en avait auparavant nommé deux. En mai 2007, il plaça Paula Marcela Moreno à la tête du Ministère de la Culture et deux mois plus tard, il nomma dans une décision éclair Andrés Palacio comme vice-ministre de la Protection Sociale. "Je veux que ce soit fait demain matin même", avait ordonné Uribe par téléphone, un soir alors qu’il se trouvait à Washington où il venait de rencontrer différents membres du Congrès noirs. Cependant, il ne fit pas ces nominations de sa propre initiative, mais pour satisfaire aux États-Unis l’afroaméricain Gregory Meeks, représentant démocrate américain, et pour envoyer un message à un autre démocrate afroaméricain, Charles Rangel, président du Comité des Voies et Moyens à la Chambre des Représentants.

L’idée d’Uribe était que ces deux personnalités qui font partie du Black Caucus (le caucus noir au Congrès qui contrôle pas moins de 40 des 435 sièges) soutiendraient le Traité de Libre Échange qui n’est toujours pas soumis au vote à la Chambre des Représentants ni au Sénat qui compte 100 membres. Meeks, qui a toujours soutenu Uribe, en était heureux. Pas Rangel. Logique: Uribe n’avait pas prévu que les activistes de la cause afrocolombienne s’opposeraient au traité et rendraient constamment visite à Rangel. Tandis que pour les critiques du Président, il est honteux que ce dernier nomme des afrocolombiens à l’étranger sous la pression du Congrès américain ou pour être en phase avec l’époque Obama ses défenseurs soutiennent qu’il ne s’agit pas de ça.

Ils rappellent que Paula Moreno a été la première afrocolombienne nommée ministre. Ils disent qu’Uribe a investi des millions sur la Côte Pacifique et qu’il a impulsé les politiques d’Action Affirmatives qui permettent que les Noirs puissent être en compétition sur le marché du travail avec des blancs. Et ils affirment qu’un gamin afrodescendant d’un petit village du Chocó peut légitimement rêver qu’un jour il travaillera dans un ministère ou dans une ambassade. Le sujet suscite en tout cas de nombreuses interprétations. Et tout n’est ni noir ni blanc.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga