ANA ELENA PORRAS*

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

panam

J'ai récemment lu dans les journaux locaux, la nouvelle intéressante selon laquelle un groupe de citoyens afropanaméens mène actuellement une campagne visant à inclure la question raciale sur les ancêtres de race noire dans les Recensements Nationaux de 2010, avec l'intention de rendre visible la présence afrodescendante au sein de la société panaméenne.

Jusqu'à présent, et ce depuis 1970, nos recensements Nationaux n'incluent la question ethnique et raciale que lorsqu'elle s'applique aux autochtones du Panama, et elle a pour but de compter sa population, évaluer ses caractéristiques vitales, socioéconomiques et ses migrations.

Les conclusions que suggère cette information statistique sont brutales: (1) que les foyers de pauvreté extrême se situent dans les régions indigènes, (2) que l'État et la Nation du Panama soutiennent des pratiques systémiques d'exclusion et de discrimination de ses populations indigènes et (3) que les populations indigènes, pour leur part, ont besoin d’élaborer des projets de développement économique pour leurs régions.

Si  ces expériences de recensement serviront effectivement de référence aux nouvelles proposition d'inclusion de la question sur l'ascendance africaine, il s'agira d'une action inédite en République du Panama et beaucoup plus difficile, étant donné qu'il n'existe pas de territoire régional pour les groupes afrodescendants, ni de langue différenciée de la culture dominante (face à la perte croissante de l'anglais chez les afroantillais ), en plus de la réalité d'une société raciste qui pousse culturellement l'afrodescendant à déprécier et à nier ses racines africaines par le biais de pratiques de travail, matrimoniales, de systèmes de prestige et d'exclusion économique.

Partant de là, pour obtenir des résultats raisonnablement crédibles, il faudra une campagne didactique expliquant les objectifs et les bénéfices de ce recensement, autant pour les premiers concernés que pour les autres. Il faudra également affiner la méthodologie de classification par filiation, dans les cas de métissage et dans les cas de métissage et prendre des décisions quant à suivre ou non le modèle nord-américain d'hypofiliation, par lequel seul un des ancêtres, appartenant à une minorité, dans ce cas d'origine noire, définira la classification de la personne recensée.

À mon avis, le Recensement National 2010, avec une question sur la race, offrira à tous les panaméens une opportunité précieuse de réfléchir sur la présence et la contribution socioéconomique des groupes humains afrodescendants du Panama actuel, de même que sur ce que nous sommes et ce que nous aspirons à être comme Nation, au 21ème siècle.

Cet exercice nous donnera l’occasion de faire face à la contradiction abyssale que nous avons créé entre l’utopie d’un Panama divers et pluraliste et le pays le plus inégal au monde (après le Brésil) dans les pratiques de distribution de la richesse. Les chiffres récents et fiables (2008) établissent la pauvreté  au Panama à un taux de 32,7%. Je pense qu’il est absolument légitime et pertinent de rechercher entre autre chose où se situe la population afropanaméenne dans ces chiffres. Existe-t-il des relations socioculturelles entre la race, l’ethnie et la pauvreté au Panama?

Sur la route conduisant aux recensements de mai 2010,  j'essaierai de contribuer à la campagne visant à rendre visible la présence de la population afrodescendante au Panama, à travers l'examen de certains concepts autour des termes “Race”, “Ethnicité ”, et “ Classe sociale ”, selon les paradigmes en vigueur de l'anthropologie culturelle et physique, de même que leurs interrelations dans les pratiques culturelles de la société panaméenne. Je vous invite à lire les articles successifs dans lesquels j'aborderai ces thèmes, qui, malheureusement, dans notre environnement, reçoivent encore le traitement que l’on dispense aux tabous : Le silence.

*Anthropologue et professeure de l'Université de Panamá.aeporras@gmail.com