Par Jesse Hardman

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga

gari

Depuis des siècles, la notion de chez soi est éphémère pour la communauté ethnique connue sous le nom de garifuna.

Bousculés de part et d’autres des Caraïbes par différentes puissances coloniales, beaucoup d’entre eux ont cherché leur refuge à New York depuis les années 1940. Ils continuent d’arriver par petites vagues, mais ont toujours conservé un profil bas - jusqu'à présent.

À l'approche du recensement de 2010, les dirigeants communautaires demandent aux résidents Garifuna de se lever pour être comptés.

Ruben Gwaite à l’accent typique de la côte Est.

"Pour vivre, j’expédie des limousines", dit-il. "Mais je suis aussi un musicien. Je suis née et j’ai grandi à Boston. Je suis dans le Bronx depuis 16 ou 17 ans."

On ne le saurait jamais par son accent,  mais l'anglais est en réalité la troisième langue de Gwaite. Originaire du Honduras, il parle également l'espagnol, et est actuellement en train de  réapprendre une langue qui porte le même nom que son groupe ethnique, le  Garifuna.

Lorsque Gwaite se promène dans les du South Bronx, les gens supposent sans doute qu'il est noir à cause de sa couleur de peau, ou Latino, parce qu'il parle l’espagnol. Officiellement, il n'est pourtant ni l’un ni l’autre. Comme tous les Garifuna, Gwaite est un descendant d'esclaves naufragés qui ont débarqué sur terre à Saint-Vincent et les Grenadines dans les années 1600. Ils se sont mariés avec des groupes autochtones des Caraïbes et ont donné naissance à un groupe ethnique totalement nouveau et distinct,  avec sa propre langue, ses croyances et ses pratiques. Les compatriotes de Gwaite ont depuis lors essayé de s’agripper à leur culture unique.

La scène de ce samedi matin à la Casa Yurumein, un ancien couvent transformé dans le South Bronx, suggère qu'ils n’ont fait que cela. Gwaite, et une douzaine d'autres adolescents et des adultes prennent ici un cours hebdomadaire de langue Garifuna.

Casa Yurumein est un refuge communautaire rempli de vieilles photos des ancêtres et des objets culturels, comme des ustensiles de bois. Non seulement cela ressemble et résonne comme un renouveau  Garifuna, mais les effluves sont dans la même veine. Mirtha Colon y cuisine certains des plats typiques de son village natal du Honduras.

"On est en train de préparer le hoodootoo, l'un des plats principaux Garifuna", dit-elle. "Des plantains écrasées et de la soupe de poisson."

Historiquement, les Garifuna furent punis parce qu’ils exprimaient leur culture et leur langue dans leur pays d'origine - une liste qui comprend le Belize, le Guatemala, Saint-Vincent et les Grenadines, le Nicaragua et le Honduras.

Maria Elena Baltazar , résidente du Bronx dit que pour cette raison, tous ceux qui sont nés Garifuna ne restent pas communauté.

"Nous avons toujours vécu parmi les autres", dit Baltazar. "Au Guatemala, au Honduras, nous vivons parmi la majorité, et on essaye donc d’être comme ces autres, pour faire partie de leur classe, on doit donc renier ce qui nous sommes pour rentrer dans le moule"

Baltazar admet que dans le passé, elle et ses amies Garifuna ont eu tendance à s’assimiler à l'extérieur de chez elle, en passant pour des noirs ou des latinos, et lorsqu’elles retournent chez elles, les portes fermées, elles redeviennent Garifuna.

Mais leader de la communauté Jose Avila dit qu'elles devraient être Garifuna tout le temps. L’an passé, il a organisé des rassemblements culturels, des cérémonies de remises de prix et même le Garifuna Month dans le Bronx.

Avila est convaincu que plus de 100.000 Garifunas vivent à New York City, et il essaie de se servir du prochain  recensement de 2010 pour le prouver.

"Il ne s'agit pas seulement d'être comptés," dit Avila. "C'est une question de répartition des ressources. C'est une question de logement. C'est une question de transport, d'éducation - qui se traduit en écoles."

Avila est occupé à donner des conférences et à faire des présentations, expliquant comment il est facile d'être comptés et pourquoi c'est important. Il affirme que lors du dernier recensement, des centaines de milliers d'habitants du Bronx ont mis «autres» pour leur appartenance ethnique. Pour que les Garifuna obtiennent un décompte exact, ils ont tout simplement besoin d'écrire le nom de leur groupe.

Chaque troisième dimanche du mois, les Garifuna célébrent leur culture par une messe traditionnelle à l'Église catholique Saint-Antony of Padua. Les femmes dans leurs robes colorées bleues et roses traditionnelles et portant des foulards, dansent dans l’allée, accompagnées par des hommes avec des tambours et des tambourins.

Récemment, après une messe, Raul Melendez, 47 ans, s'est adossé à l'Église, en essayant de rester au chaud sous une pluie battante. Melendez a dit qu'il aime les États-Unis, mais qu’être Garifuna est plus important pour lui.

"Le Garifuna qui ne parle pas Garifuna n'a pas d'identité", dit-il. "Celui  qui n'a pas d'identité, qui n'a pas d'origine est mort."

D’ici deux ans, lorsque les résultats du nouveau recensement seront publiés,  Melendez découvrira pour la première fois le nombre de ses compatriotes Garifuna vivant aux États-Unis qui sont d'accord avec lui.