par Adriana Carranca

Source: Estado de São Paulo -

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Auma Obama est une femme fascinante. J'ai eu la chance de parler avec elle dans le cadre d’une interview publié par Estado, lors d’un événement sportif à Sao Paulo et j’en suis sorti convaincu par la force du changement social. Universitaire, ayant étudié les lettres en Allemagne, titulaire d’un PhD  en linguistique, parlant couramment l'anglais, l'allemand, le swahili et le Luo, la langue de sa tribu de naissance, et militante sociale, la sœur du président américain Barack Obama travaille pour l’inclusion des enfants et des jeunes des pays les plus pauvres d’Afrique, parmi lesquels le Rwanda et le Congo, en se servant des activités sportives.

Fière avec ses cheveux en dreadlocks, la Kényane qui cache son âge s’est rendue au Brésil pour montrer le travail qu’elle réalise en tant que consultante de l'ONG Care et directrice du réseau Sports Network for Social Change.

Fille de Barack Hussein Obama Sr. et de sa première femme, Auma a fait la connaissance de son cadet lorsqu’il lui a écrit après la mort de son père en 1982. Ils se sont réunis à Chicago, et plus tard, elle l'a accompagné à Kogelo, le village natal des Obama, au Kénya, comme le raconte Barack dans son livre Dreams from My Father. Auma a pris part intensément à la campagne de son frère et l'a entendu lui adresser un remerciement spécial lors de son discours de victoire. Pour sa part, Auma évite de parler de son frère.

Ci-dessous, l'intégralité de l'interview:

Que pensez-vous de la victoire de Rio sur Chicago dans la course pour accueillir les jeux olympiques en 2016, malgré un lobbying du président Barack Obama?

(Rires) C'était une compétition, il ne nous reste donc plus qu’à féliciter le vainqueur.

Certains estiment que Rio et le Brésil ne méritaient pas d'accueillir la Coupe du monde 2014 et les Jeux olympiques à cause de la violence et la corruption ...

Aux critiques, je dirais que du moment que Rio a été choisi pour accueillir la Coupe du Monde et les Jeux olympiques, ils doivent maintenant canaliser leur énergie à faire en sorte que les deux événements apportent des avantages à long terme au Brésil.

Sur la corruption ... Vous voyez, les règles existent déjà et sont là, elles ne sont simplement pas appliquées, c’est pour cela qu’on appelle cela la corruption. Conditionner les investissements à davantage de lois et de règlement ne préviendront pas la corruption et je pense qu'il éloigne du plus important, du point central, c'est-à-dire le sport. Ce que le gouvernement brésilien doit faire maintenant c’est de concentrer ses efforts pour prouver au monde qu’il est prêt à accueillir un événement de cette ampleur et de se servir des investissements pour apporter des avantages à long terme au Pays.

De quelle manière ?

Le Brésil est une nation d'amateurs de sport. On voit ce qui se passe lors des matches de football, lorsque tout le monde se rassemble dans les stades et que les inégalités disparaissent. Quand il s'agit de sport, le Brésil devient une seule nation. Et un événement international de cette taille augmente l'auto-estime des gens, motive les enfants, les jeunes, les adultes et des communautés entières. Maintenant, ce qu’on ne peut pas faire, c’est de créer de grandes attentes et qu’après l'événement tout revienne à la normale. Si le gouvernement est malin, il canalisera ses investissements pour réduire les inégalités. Le sport c’est la participation et l'inclusion. Les organisations de base qui travaillent quotidiennement avec les sports et les enfants et les jeunes des communautés pauvres devraient être impliquées dans l'organisation. D'abord, parce qu'ils vivent dans leur peau le manque d'investissement dans le sport et savent la valeur que cela a. Ensuite, ils peuvent trouver des solutions pour que les millions qui seront investis dans les Jeux soient destinés à l'infrastructure, qui plus tard, pourra être mise à la disposition des communautés.

Pourquoi travailler avec le sport?

Car nous avons besoin d’attirer les enfants et de nous assurer qu'ils continuent de revenir, et le sport est un excellent outil dans ce sens. L'attraction est la garantie de pouvoir jouer et s’amuser, ce qui est un luxe pour de nombreux enfants pauvres, sans espace dans les communautés. Avec cela, nous avons réussi à leur faire passer des jours avec les gens. Puis, nous créons un lien et eux-mêmes commencent à se transformer. Ils commencent par exemple à s’occuper de leur propre santé. Les enfants des rues dont nous nous occupons ont lâché la drogue parce qu'ils voulaient améliorer leurs performances dans le sport. Les familles commencent à venir voir les jeux, et c’est donc une façon d’engager l’ensemble de la communauté, et nous finissons par joindre à ces événements sportifs des conférences et des campagnes sur des sujets tels que le VIH. Nous changeons progressivement leur vie et il n'y a rien de plus grand comme potentiel de transformation économique que le sport. Pour la musique, vous avez besoin d'instruments. Pour le théâtre, d’un espace adéquat et d’une audience. Dans le sport, en particulier le football, vous avez juste besoin d’une balle en plastique.

La part du budget public allouée aux sports doit-elle être obligatoire, comme c’est le cas pour la santé et l'éducation au Brésil?

Ce serait une législation difficile à suivre. Mais je pense que les gouvernements doivent se rappeler que le sport est un outil d'éducation et de santé.

Comment c’est être une Obama aujourd’hui?

Ma vie a complètement changé. Soyons honnêtes, vous ne seriez pas ici à m'interviewer si je n'étais pas une Obama ... Donc, j'essaie de canaliser toute cette attention et la visibilité que j'ai désormais pour mon travail. D'autre part, c’est une très grande responsabilité parce que partout où je vais, les gens veulent entendre mon opinion et je finis par jouer le rôle de porte-parole des organisations que je représente. Et c’est compliqué, alors j'essaie de contrôler le nombre d'entrevues.

Comment ce fut pour vous le fait de voir Barack Obama parvenir à la présidence américaine?

Je ne voudrais pas répondre à des questions sur ce point. Qu'est ce que cela a à voir avec mon travail?

Il s'agit du premier afrodescendant à occuper la présidence de la nation la plus puissante au monde. Cela a à voir avec le droit à l'égalité, aux chances, au développement ...

Je suis d’accord avec vous dans ce sens. Mon frère est un exemple du fait que si vous travaillez et que vous vous formez, vous pouvez devenir ce que vous voulez, même le président des États-Unis. Ce message est très puissant, un encouragement pour les enfants et les jeunes pauvres à travers le monde.

Comment est votre relation avec le président Obama?

Comme celle entre des frères. Il est là, à travailler pendant que je donne cette interview. Parfois, on se téléphone. D’autres fois, on se rend visite. Nous sommes frères.

Est-ce qu’il soutient votre travail?

Bien sûr. Beaucoup. Comme moi, Barack sait que les enfants sont l'avenir d'une nation, quelque chose que beaucoup d'adultes oublient.

D'où provient l'inspiration des Obama à vouloir changer le monde?

Mon père était un homme plein de principes, qui a travaillé pour le gouvernement du Kénya et a vu beaucoup de choses qui n’allaient pas. J’ai donc grandi avec ses propres frustrations, mais en même temps, en le voyant rester ferme sur ses convictions et nous encourager à faire de même. C'était un homme d’un grand caractère, qui traitait tout le monde de manière égale, qu'il s'agisse d'un dirigeant ou d’un sans-abri. Il disait: On ne doit pas juger de la valeur d’un livre par sa couverture.

Traduit du Portugais par guy Everard Mbarga