ALBERTO S. BARROW N*

pana

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Le titre de cet article, le premier d'une série que je publierai sur le thème des Recensements de 2010 provient du fait qu’au Panamá celui qui n'a rien de Tinga a quelque chose de Mandingue. Première question que je me pose : combien d'hommes et de femmes noires composent la population panaméenne ? Et est-ce important?

Au delà des appréhensions “ naturelles ” que pourrait générer la question, il y a une réalité irréfutable : Il n'existe aucun pays qui puisse entreprendre avec sérieux des politiques publiques de développement sans disposer d'indicateurs sociaux rendant compte de la réalité économique, politique et sociale de la population. Et cela est possible grâce au Recensement en tant que instrument de mesure. Et dans les Recensements, tout le monde compte.

Le 16 mai 2010, le Panamá réalisera son 11ème Recensement National de Population et le 7ème Recensement des Foyers, un exercice important auquel le pays s’adonne tous les dix ans. Cette fois-ci, on intégrera la variable ethnique. Une question d'ouverture sur les membres du foyer sera formulée : “ Une personne de ce foyer se considère t'il ou t'elle noir(e) ou afrodescendant(e) ? ”. Une réponse positive entrainera une autre question spécifique: “ Vous considérez-vous noir(e) de la colonie, noir antillais(e) ou simplement noir(e) ? “. On pourra aussi choisir comme réponse autre ” ou “ ni l'un, ni les autres ”.

Il faut donc compter les noirs au Panama. C’est tout à fait logique et cela obéit à diverses raisons.

La visibilité statistique comme stratégie pour la conception de politiques publiques pour le développement est devenue une revendication citoyenne des afrodescendants en Amérique Latine et heureusement, les États ont peu à peu compris, non sans résistance, qu'il est impossible de construire des démocraties avec des exclusions.


Jusqu'à la fin du 20ème siècle, les données démographiques et socioéconomiques sur les populations afrodescendantes étaient presque méconnues. L'absence d'indicateurs sociaux décrivant avec certitude leur réalité économique, politique et sociale était devenu un obstacle pour l'accès à des opportunités qui leur auraient garanti leurs droits citoyens, puisque, comme on le sait, actuellement, chaque personne ans nos sociétés ne dispose pas des mêmes possibilités de satisfaire l'ensemble de ses besoins existentiels.

L’égalité, compte tenues des structures socioéconomiques existantes dans la majorité des pays de l'Amérique Latine demeure une aspiration. C’est pourquoi la société civile afrodescendante organisée a dû mettre de la pression sur la société politique et sur ses gouvernements pour l'inclusion et la reconnaissance de la référence ethnique dans les instruments de recensement. À coup sûr, le débat sur l'exclusion sociale à cause de l'ethnie ou de la race a encore un long chemin à parcourir chez nous. Mais sur cette route, il y a des faits qui laissent penser que nous nous dirigeons vers le mûrissement de cette thématique et que nous allons vers des issues ” constructives pour l'édification d'une société davantage et mieux intégrée.

Dans ce sens, l’année 2001 a marqué un point d'inflexion. La revendication de l'incorporation dans les recensements de la thématique Ethnie Noire est devenue un mandat pour les États participants au Troisième Sommet Mondial Contre le Racisme, organisé par les Nations Unies à Durban (Afrique du Sud). On y demanda aux gouvernements de réaliser des enquêtes exhaustives sur les comportements manifestant le racisme, et qui serviront par la suite de supports empiriques pour l'application de politiques de lutte et d'éradication du phénomène.

Le Panama s’apprête à générer, par le biais des recensements, des pratiques d'identification ethnique afin d’obtenir des mesures statistiques permettant de diagnostiquer la situation en terme d'éducation, de santé, d'emploi, de logement et de pauvreté des afrodescendants par rapport à d'autres groupes sociaux.

À l’Institut National de la Statistique et du Recensement (Instituto Nacional de Estadística y Censo - INEC) du Contrôleur Général de la République d’inclure une question d’auto-identification ethnique afro-panaméenne. Allons-nous découvrir les grands-mères noires d’une bonne partie des panaméens ?

*L’auteur est membre de l’équipe de l’Observatoire Panamá Afro “Dr. George Priestley”.albertobarrow@yahoo.com