Montevideo, (dpa) - Un jour au mois d'août dernier, alors que le gouvernement Paraguayen de Fernando Lugo fêtait sa première année, une fillette noire a demandé au Président ce qu’il pensait faire pour la reconnaissance des siens, et il lui a répondu : "Nous devons travailler fort dans le cadre d’une Constituante".

Depuis lors, peu et même rien n’a avancé au Paraguay sur cette question. La communauté noire, en plein processus d'organisation, revendique sa place et insiste pour obtenir une reconnaissance comme c’est le cas pour les populations autochtones, également discriminées malgré leur forte présence dans la population de quelque six millions de personnes.

Nancy Medina et Fatima Saracho sont membres du Réseau Paraguayen des Afrodescendants (Red Paraguaya de Afrodescendientes) et elles ont pris part à la fin du mois de septembre à une rencontre internationale réunissant des femmes noires de 17 pays latino-américains à Montevideo, qui ont discuté sur l'identité et le développement des Afrodescendants.

"Nous recherchons une plus grande visibilité dans la société paraguayenne et c’est ce qui nous a poussé à créer ce réseau" qui, pour l'instant, regroupe les afrodescendants des départements Central et Cordillera, signale Nancy Medina à DPA.

La communauté noire s’exprime "pour le moment" par le biais des organisations communautaires et de développement, mais elle souhaite avoir "plus d'incidence politique", comme c’est le cas des amérindiens, qui jouissent d'une reconnaissance officielle grâce à l'Institut National de l’Indigène (INDI).

La présence des Noirs en Amérique du Sud résulte de l'esclavage, et en ce qui concerne le Paraguay, on pense que les premiers d’entre eux arrivèrent en 1549 et furent installés dans le centre du pays, longtemps avant la naissance de la ville d’Emboscada, fondée en 1740 par le gouverneur Rafael de la Moneda.

Beaucoup de Noirs sont également arrivés avec les Jésuites au XVIIe siècle et une autre vague importante fut enregistrée vers 1820, avec l'arrivée des Noirs qui accompagnèrent   l'exil du héros national uruguayen José Artigas, en exil au Paraguay jusqu'à sa mort en 1850.

"Selon mes grands-parents, ceux d’entre nous qui vivent dans la région centrale du pays sont originaires de l'Angola, " indique Medina.

Les communautés Emboscada, Paraguarí et les régions avoisinantes dans le centre du pays, sont celles que l’on "voit le plus
", car elles ont résisté grâce à la culture, à leurs traditions ", alors que dans d'autres communautés, ils les ont perdu."

"Nous avons de nombreux projets en cours, comme un centre pour les enfants entre 2 et 5 ans, des espaces récréatifs et le renforcement de l'identité à travers des activités culturelles telles que l’élaboration et la percussion du tambour ", ajoutent les deux femmes du Paraguay.


L'objectif est "que l'enfant se reconnaisse afrodescendant quand il est encore tout petit " tout en travaillant également avec  les adolescents et les personnes de race blanche" pour qu'ils puissent comprendre et diffuser la culture" noire.

La participation à une rencontre internationale avec des femmes noires de l’ensemble du continent a permis de constater que le problème de la discrimination "est pareil partout." "Nous vivons dans les mêmes conditions", sauf au Brésil, où il y a eu plus d’avancées grâce à la forte présence de la population noire.

Un rapport spécial sur la situation des Noirs dans le pays apparaîtra pour la première fois au Paraguay le 10 Décembre prochain pour marquer la Journée mondiale des Droits de l'Homme

Il sera transmis la Coordination Nationale des Droits Humains (CODEHUP) qui publie un rapport annuel, sans jamais avoir consacré un chapitre spécial à ce segment de la population.

Selon Medina et Saracho, on ne dispose pas encore d'un registre complet du nombre  d’Afrodescendants au Paraguay. "En 2004, un recensement a été réalisé dans la capitale et le département de Cordillera et on a enregistré 9000 afrodescendants, mais nous savons que dans (le département) de Ñeembucú (à environ 300 kilomètres au sud d'Asunción) et d'autres régions, il existe des communautés qui ne sont pas sont enregistrées".
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Pour mener cette bataille contre les discriminations et progresser vers la reconnaissance d’une place au sein de la société paraguayenne, les afrodescendants  pensent que "l'outil le plus important dont nous disposons est la culture, l'identité" en tant que communauté. "C'est par son biais que nous pouvons réaliser beaucoup de choses," conclu Medina.

Source: Carlos Castillo (dpa)| 30/09/2009

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga