30 septembre 2009

Des sons afrocolombiens pour inspirer Shakira

antonio_de

Son fiancé Antonio de la Rúa a passé 15 jours dans différentes localités pour découvrir divers genres du folklore national.

Antonio de la Rúa a parcouru pendant quinze jours dans des communes, des localités, les hameaux et des villes colombiennes pour trouver dans la forêt colombienne pouvant apporter des nouveautés à la musique de Shakira.

Il était accompagné par María Clara Posada, chargée de la production artistique de la tournée; Jhon Hill, producteur International de musiciens tels que Yoko Ono, Satogold et Natasha Bedingfield; John Morrical, ingénieur du son; Carlos Andrés Vallejo, que l’on catalogue actuellement comme ‘un des meilleurs photographes en Colombie; Luis Fernando Ochoa, producteur de Shakira; et du conseiller de De la Rúa, Rodrigo Iervolino. Durant le voyage, l’équipe de production a réalisé plus de 100 rencontres ethniques et culturelles dans des régions aussi éloignées que Guapi, Timbiqui, Quibdó, San Pelayo et San Basilio de Palenque. Ils ont également visité et travaillé à Cali, Valledupar, Montería, Cartagena, Villavicencio et Barranquilla.

Parmi les rencontres musicales qu’ils ont pu faire au cours de la visite, l’équipe a principalement souligné celles avec Carlos Rojas dans les Plaines Orientales ( Llanos Orientales), Pablito Flórez del Porro à San Pelayo, Juancho Fernández (de Los Gaiteros de San Jacinto), Lorenzo Morales à Valledupar, Nafer Duran (trois fois Roi du Vallenato), la chanteuse de Bullerengue, Etelvina Maldonado, Petrona Martínez, ainsi qu’avec les frères Torres et Diego Balanta. Du matériel photographique et filmé a été tiré de cette visite, car lors de chaque rencontre, l’équipe a enregistré la population en train de danser le currulao, la salsa, la musique llanera, vallenato et porro. Selon l’équipe de production, cette compilation sera utilisée dans les studios d’enregistrement pour créer une nouvelle musique, basée sur ces rythmes et adaptée aux temps modernes. Antonio De La Rua affirme qu’une deuxième visite en Colombie est déjà programmée, car "la richesse que possède la Colombie est si digne et si belle qu’il faut essayer de la faire exister dans le monde".

Durant son passage sur le territoire national, le fiancé de Shakira en a également profité pour visiter toutes les écoles de la Fondation Pies Descalzos, sans lesquelles il a participé à des réunions informelles avec les enseignants et a pu parler avec les enfants. Une donnée curieuse, il semble qu’à chaque danse qu’ils organisaient dans les localités visitées par l’équipe de productions, les petites filles voulaient danser avec De la Rúa, en pensant qu’il bougeait aussi bien que Shakira.

En fin de compte, plusieurs d’entre elles sont convenues que "il serait bon que Shakira enseigne quelques pas à Antonio qui en a bien besoin".

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Source : Elespectador.com http://www.elespectador.com/articulo162645-antonio-de-rua-busco-colombia-nuevos-ritmos-shakira

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28 septembre 2009

« Je ne me couperai pas les cheveux... »

R. E. France-Antilles Martinique 09.09.2009 franceantilles.fr 09.09.2009

rastaNoé, Guadeloupéen, mention très bien

Des représentants de la communauté rasta ont manifesté leur indignation face au nouveau règlement du proviseur. Le lycée professionnel Joseph-Gaillard, à Pointe des Nègres, est, une fois de plus, sous les feux des projecteurs. On se rappelle de l'affaire des cours de salsa, il y a quelques mois, quand le nouveau proviseur, David Yoyotte, avait interdit l'accès de son établissement aux élèves de l'association « Les Amoureux de la Salsa » . Aujourd'hui, le proviseur, fort de son nouveau règlement intérieur, a interdit l'accès aux cours à l'un de ses élèves. La semaine dernière, Noé Bervin, nouvel élève de l'établissement, tout droit venu de la Guadeloupe où il a obtenu son baccalauréat avec la mention « très bien » , se présente aux inscriptions. Il a les cheveux longs, type « rasta » . « Je suis rasta. Et j'ai donc le look aux cheveux longs » , explique le jeune homme. Lundi, jour de la rentrée, Noé croise le proviseur, David Yoyotte, dans la cour de l'établissement. Il se voit immédiatement convoqué dans le bureau du chef d'établissement et le verdict de la rencontre tombe, implacable : interdiction d'accéder au cours. « Nous avons tenu à établir un règlement intérieur strict. Les cheveux longs pour les garçons sont interdits » , aurait expliqué le proviseur à l'élève.

Délit de faciès ou non...

« Délit de faciès » , clament alors les représentants de Ethiopia Africa Black International Congress, en la personne du prêtre Stéphane. Et ils étaient un petit groupe de rastafaris à manifester leur soutien à Noé Bervin, hier matin, dans le cadre d'une nouvelle rencontre entre l'élève et le proviseur. Une réunion qui avait pour but d'éclaircir la situation et de trouver un consensus. Finalement, Noé Bervin se retrouve au point mort : « Le proviseur m'a à nouveau demandé de me couper les cheveux ou de les arranger pour qu'ils ne se voient pas. Ce que je veux, c'est poursuivre mes études. Si je dois me plier au règlement intérieur, je le ferai dans la mesure du possible. Mais je ne me couperai pas les cheveux » , explique Noé Bervin. Pour les représentants de Ethiopia Africa Black International Congress : « ce n'est pas suffisant. Le règlement intérieur est à remettre en cause, s'il permet des interprétations qui sont proches du délit de faciès » , concluait le représentant de la communauté des rastas. Noé Bervin a promis de se présenter à la porte de son établissement ce matin et de faire en sorte que l'accès à ces cours ne lui soit pas refusé. Une affaire à suivre...

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27 septembre 2009

La triste histoire de Marcos Antonio

Toujours sous contrat avec Auxerre, le défenseur, soigné pour un cancer de la gorge au Portugal, accuse l'AJA de l'avoir lâché dans L'Equipe de mardi.

marcosMarcos Antonio n'a joué que dix matches avec Auxerre, avant son prêt en Grèce.(EQ)

Le football est un monde impitoyable. Marcos Antonio l'a appris à ses dépens. Le défenseur brésilien, toujours sous contrat avec l'AJ Auxerre, s'est retrouvé malgré lui au centre d'une triste affaire. On récapitule.

La première recrue brésilienne de l'AJA est prêté en 2008 au PAOK Salonique. En avril dernier, la maladie le rattrape : un cancer de la gorge est détecté. «Je me suis d'abord blessé à la jambe, explique le joueur dans L'Equipe de mardi. Puis j'ai senti une douleur à la gorge. Les médecins grecs m'ont affirmé qu'il s'agissait juste d'une infection sans gravité. Mais deux mois plus tard, la douleur persistait. L'entraîneur m'a alors conseillé d'aller me faire soigner à Porto. Là-bas, ma femme, qui est portugaise, m'envoie chez son dentiste, lequel me conseille d'aller immédiatement consulter un spécialiste. Résultat : je me suis fait opérer en urgence... d'un cancer de la gorge!»

Sans salaire depuis trois mois

Depuis juin et la fin de son prêt en Grèce, l' AJA l'ignore. D'après Marcos Antonio, non seulement son salaire de 52 000 euros par mois ne lui est plus versé, mais la préfecture de l'Yonne refuse de lui délivrer un nouveau titre de séjour (le dernier expirait le 11 juillet), puisque le club n'a pas fait les démarches nécessaires. Le Brésilien, qui se soigne au Portugal, espère obtenir gain de cause, et s'il n'y parvient pas, est prêt à porter l'affaire devant les tribunaux internationaux.

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Curaçao : l’Afrique dans les Caraïbes

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Musée de l'esclavage- Hotel Kura Holanda

Willemstad - Sur une île des Caraïbes non loin du Brésil et à seulement 60 kilomètres des côtes du Venezuela se trouve un morceau d'Afrique. Il s’agit de Curaçao. Le journaliste Dojival Filho, du Diário do Grande ABC, révèle à Afropress les couleurs et les saveurs de ce territoire Africain / Caribéen. Lire la suite.

Des plages aux eaux cristallines qui séduisent le visiteur par une couleur bleue qui semble sortie tout droit d’un  programme informatique. La chaleur intense, de beaux paysages et le raffinement de l'architecture européenne. Il s’agit de quelques-uns des attraits de l’exubérante Curaçao, principale île des Antilles Néerlandaises, située sans le Sud des Caraïbes, à 60 kilomètres de la côte du Venezuela.

Pour ceux qui veulent s'étendre dans le sable et se détendre sous le soleil, qui apparaît presque tous les jours, il y a 38 plages et 40 baies sur une zone de 472 kilomètres carrés (environ la même taille que Florianópolis). Situé à environ 12 kilomètres de la capitale de de Curaçao - Willemstad - Porto Mari est l'une des belles plages privées dont les touristes peuvent profiter pour à partir de 2 $.

De plus, bien que la monnaie locale soit le florin, le dollar est largement accepté dans les magasins et les restaurants (1 dollar équivaut à 1.75 de la monnaie locale).


Parmi les plages publiques, les visiteurs devraient considérer Knep, à l'ouest. Bercés par le son de la tumba (l'un des styles musicaux les plus populaires de l'île, qui évoque d'autres rythmes dansants des Caraïbes comme le merengue et lambada), les jeunes de Curaçao escaladent la digue de pierre avant de faire un plongeon.

Il est intéressant de noter que sur les deux plages, le touriste ne trouvera ni pollution visuelle, ni débris et ordures dans la mer et dans le sable.


La gastronomie locale est une chose à découvrir à Knep. Pour se rappeler du Brésil, goûtez le panceiko, une sucrerie (sorte de pied de gamin géant) et le  Kala, un savoureux petit gâteau salé avec du haricot qui ressemble à l’acarajé de Bahia. Ces mets délicats sont vendus sous une tente près de la plage et coûtent 2 $ en moyenne.

Après avoir fait connaissance avec les plages de l'ouest, si vous souhaitez peu dépenser tout en mangeant bien dans deslieux simples et accueillants, une visite du Restaurant Janchiee s’impose. La maison sert des poissons et des fruits de mer - Plats typiques de l'île - en plus de la viande d'iguane traditionnelle, assaisonnée et de consistance semblable au poulet.

Les plages de cette région sont entourées par des terres à la végétation aride, où l’on trouve facilement des iguanes. Le plat coûte 16 $ pour une personne et selon son propriétaire Cristians Janchiee, qui a hérité du commerce de son père, il a des vertus aphrodisiaques, selon le propriétaire.

Le commerçant est un personnage, beau parleur et toujours plein d'humour. "Je mange de la soupe d’iguane chaque jour et j’ai 12 enfants. On dit que la nuit,  l'iguane que vous avez mangé passe de l’estomac au cœur et commence à le faire battre plus vite", explique Janchiee en rigolant.

ENTRE requins et dauphins

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Situé à l'est, le Curaçao Sea Aquarium est un parc qui offre de bonnes options
pour ceux qui souhaitent connaitre les beautés sous-marines. Sur place, on trouve 70 aquariums dans lesquels on peut observer des requins, des lions de mer, des raies, des tortues géantes, entre autres espèces.

Le spectacle de dauphins (qui, d'après les guides, descendent du célèbre Flipper) constitue le clou de la programmation. Les personnes intéressées peuvent participer à des cours collectifs, donner des caresses ou nager avec les animaux en payant des frais 79 $. "Il y a deux ou trois endroits au monde qui font ce que nous faisons", affirme la responsable des relations publiques de Sea Aquarium, Mary Williams.

Sont également offerts des cours de plongée en haute mer et un centre de thérapie avec des dauphins qui prennent soin des enfants atteints de paralysie cérébrale et du syndrome de Down (la méthode est similaire à l'équitation thérapeutique que l’on réalise avec des chevaux).

Les patients paient 7000 $ pour un traitement de deux semaines et disposent d’un physiothérapeute, un ergothérapeute et d’un psychologue.

Les responsables du parc sous-marin souhaitent mettre en évidence les soins qu'ils apportent à l'environnement. "Nous invitons les écoles et nous sensibilisons les gens à ne pas jeter des ordures, car ils peuvent peut-être ne pas les voir, mais les dauphins les voient ", dit Maria.


PETIT CURACAO – Un tour sur l’'île Klein Curaçao (en français, Petit  Curaçao) constitue une autre visite intéressante et taillée sur mesure pour ceux qui aiment la nature sauvage. Pour vous y rendre, vous devez supporter environ une heure et demie de bateau (ceux qui ont le mal de mer doivent être très prudents lors de ce type de voyage, car l’embarcation bouge beaucoup).

La visite coûte 80 $ par personne (petit déjeuner et déjeuner compris), et de 7h à 17h, en plus de la belle plage, où les Néerlandais pratiquent souvent le topless, les touristes trouveront des épaves de navire ainsi qu’un phare mystérieux.

Grottes à la ‘Goonies''

Le site est très rustique et il n y a aucun guide pour superviser le voyage, ce qui procurerait plus de confort aux visiteurs. Mais si ces derniers aiment l’aventure, il s’agit là pour eux d’un paradis.

À ne pas manquer pour ceux qui souhaitent découvrir les mystères de Curaçao : la visite des Grottes de Hato, situées sur un territoire de végétation aride et utilisées par les esclaves pour se cacher des colons qui les poursuivaient il y a environ  250 ans. Elles mesurent 4900 mètres carrés, dont 120 ouverts aux visiteurs accompagnés de guides.
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Dans les Grottes de Hato


Les visites coûtent 8 $ pour les adultes et 6 $ pour les enfants âgés de 4 à 11 ans. Après la visite, les touristes peuvent se rafraîchir dans le petit bar situé à l’avant.

Formées par des éruptions volcaniques, les grottes sont des incrustations de quartz, de corail et de coquillages de mer, dans un environnement avec une humidité de 90%. Le site rappelle les paysages du film classique pour enfants et jeunes des années 1980, Goonies, dans lequel un groupe d'enfants vivaient des aventures fantastiques à la recherche d'un trésor.

Les guides indiquent que l’on peut visualiser plusieurs figures formées par les pierres, parmi lesquelles le cœur et la tête d'un pirate. Et avec un peu d'imagination, on peut même les voir.

À noter, comme c’est le cas dans d'autres sites touristiques de l'île, qu’on n’y trouve pas de pollution visuelle ou tout autre signe de saleté. Les responsables des Grottes de Hato tiennent à souligner l'importance de la préservation de l'environnement et mettre en garde les touristes contre le bruit, les appareils photos avec flash et le jet des ordures.

Le Journaliste Dojival Filho s'est rendu à Curaçao en juillet dernier, à l'invitation de l'Office de Tourisme de Curaçao et de Gol. Les reportages que nous mettrons en ligne ont été initialement publiés par Diario do Grande ABC.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

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20 septembre 2009

L’Afrique en Colombie: La première communauté noire libre dans les Amériques continue sa lutte

Par Garry Leech ·

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga

Palenque

Il y a quatre cents ans, les Afro-Colombiens vivant sur le long de la côte caribéenne de Colombie pleuraient à la naissance d’un enfant, car ce jeune était destiné à subir une vie d'esclavage sous la domination coloniale espagnole.

Et lorsqu’un Afro-colombien mourait, les gens s'engageaient dans une veillée longue de neuf jours et neuf nuits pour célébrer le retour du défunt en Afrique. A l'époque, la mort semblait être la seule issue pour la libération. Mais aujourd'hui, les parents du village reculé de San Basilio de Palenque ne pleurent plus quand leurs enfants naissent, grâce à la bravoure et à la résistance de leurs ancêtres, qui réussirent à se libérer de la couronne espagnole en 1603.

Les résidents contemporains de San Basilio de Palenque – que les locaux désignent  simplement par le nom de Palenque – revendiquent le fait de vivre dans la première communauté noire libre des Amériques. Ils ont écrit une lettre invitant Barack Obama, le Premier président noir des États-Unis à visiter leur village. "Nous invitons Barack Obama et nous espérons qu'il nous rendra visite", explique le leader de la communauté, Enrique Márquez. "Nous n'allons rien lui demander. Nous voulons juste que lui, et tous les noirs et tous les peuples du monde, s’informent sur le Palenque. "

Et il y a beaucoup à apprendre sur Palenque. D’abord le nom,  «Palenque», qui se traduit généralement par «ville emmurée», était appliqué à des centaines de communautés lointaines créées par les esclaves fugitifs pendant le 17e siècle à cause des murs circulaires construits avec de grands bâtons qui visaient à protéger les villageois des Espagnols.

Conséquemment, le nom lui-même symbolise à la fois la résistance et l'isolement qui ont aidé à préserver la culture unique de San Basilio de Palenque, en particulier sa langue afro-descendante, pendant les siècles de répression coloniale et de la violence contemporaine du pays.

palenqu4

Beaucoup des esclaves noirs qui arrivèrent dans la ville coloniale de Cartagena durant les années 1500 provenaient de la côte ouest de l'Afrique, en particulier de la région du Congo. Selon Marquez, "Parmi eux, il y avait des princes et des chefs, et ces Noirs n'acceptèrent jamais les conditions d'esclavage. Beaucoup se suicidèrent, ce qui revient à dire qu'ils furent tués, et d'autres s’organisèrent et s’échappèrent de Cartagena. "

Durant la fin des années 1500 et au début des années 1600, de nombreux esclaves en fuite étaient dirigés par un chef de la résistance africaine du nom de Benkos Bioho, qui lança des attaques répétées sur Cartagena, jusqu'à ce qu’il fut finalement tué par les Espagnols en 1619.

C'est durant cette période que les ancêtres de San Basilio établirent pour la première fois un Palenque à Mazuna, qui était relativement proche de Carthagena. Mais les Espagnols les poursuivirent et ils durent s’enfuir vers l'intérieur, jusqu’à San Basilio dans ce qui est aujourd’hui le département, ou la province de Bolívar. Les villageois de San Basilio réclament Benkos comme étant le fondateur de leur communauté et une statue en son honneur se trouve sur la place centrale.

Finalement, les Espagnols réussirent à détruire la plupart des palenques d'origine,

San Basilio étant l'un des seuls à survivre. Selon Marquez, San Basilio "est situé à un endroit stratégique car elle est entourée d'une petite chaîne de montagnes, par conséquent, il était facile de voir les gens qui venaient dans sa direction. Les gens communiquaient avec des tambours lorsque les Espagnols descendaient la montagne et lorsqu’ils arrivaient à Palenque, ils trouvaient des maisons, mais pas les noirs. "

Les gens disparaissaient tout simplement dans les collines tandis que les Espagnols brûlaient leurs maisons. Les villageois réapparaissaient alors, reconstruisaient leurs maisons et reprenaient le cours de leurs vies. Ce processus se reproduisit encore et encore jusqu'à ce que les Espagnols décidèrent finalement d'offrir la liberté aux esclaves de San Basilio en fuite.

Mais la liberté arriva sous conditions. Les Espagnols exigèrent que les habitants de San Basilio adoptent des noms catholique, pratiquent le catholicisme et renoncent à leurs propres religions. Les gens ont accepté, affirme Marquez, "C'est pourquoi je m’appelle Enrique. Ce n'est pas un nom africain, c'est un nom espagnol. Mais les pratiques culturelles et la religion des noirs sont éthérées, intangibles, il était donc facile de poursuivre leurs pratiques. Même aujourd'hui, les pratiques qui nous étaient imposées ne sont pas bien reçues. Si vous allez à l'Église catholique le dimanche, vous ne verrez personne là-bas. Le Palenqueros ont accepté certaines conditions pendant les négociations en échange de leur liberté, mais ils ne les ont jamais respecté. "

Pendant des siècles, Palenque a existé dans un isolement virtuel, les Noirs étant les seuls autorisés à pénétrer dans la communauté. Cet isolement a aidé à préserver de nombreuses pratiques culturelles liées à la religion, la musique, la danse et la cuisine qui existent encore de nos jours. La religion Palenquera, qui reflète les pratiques africaines, est davantage axée sur les esprits que sur les saints vénérés par les catholiques.

Dans le même temps, le tambour est l'instrument le plus important dans la musique palenquera, avec les danses et les vêtements traditionnels africains, qui sont couramment utilisés lors des cérémonies telles que les mariages.

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Sexteto Tabala est le groupe de musique le plus célèbre de ce petit village, qui semble être disproportionnellement béni par le talent musical. Emelina Reyes en est un bon exemple, elle qui vit dans une case traditionnelle faite de bois et de terre battue, et d’un toit de chaume.

De sa maison, elle vend des copies d'un CD qui contient des performances d’elle et d’une autre chanteuse locale, Graciela Salgado.

Un après-midi chaud et humide de Juin, Reyes a réalisé une interprétation acapella émouvante d’une chanson palenquera dont la mélodie est indéniablement influencée par l'Afrique.

Le chant et la musique”, dit Reyes, "sont des moyens importants de préserver et de renforcer notre culture."

L'isolement du village a également conduit au développement d'une langue unique. Le Palenquero, comme on l’appelle, est unique à Palenque et est couramment parlé par près de la moitié du village de 5.000 habitants, tandis que les autres peuvent le comprendre. La langue a émergé il y a des centaines d'années et est fortement influencée par la langue kikongo d’Afrique de l'Ouest ainsi que par le Portugais et l’Espagnol.

L'influence africaine est évidente dans des mots tels que Nguba (arachide), changama (femme) et Kumina (nourriture), ainsi que dans des expressions comme Kumo bo ata? (bonjour, comment allez-vous?). Pour assurer la survie de la langue, l'école locale a commencé à enseigner le palenquero dans les années 80.

Au cours des dernières décennies, le monde extérieur a de plus en plus gagné du terrain sur l'isolement de Palenque. Alors que de nombreux villageois continuent de survivre en cultivant le maïs, le riz, l'arachide, le manioc, les bananes et d’autres cultures traditionnelles sur les sept millions d’hectares de terres de la communauté, d'autres sont allés chercher un emploi ailleurs. On estime à environ 20.000 le nombre d’anciens résidents de Palenque vivant et travaillant à Cartagena, Barranquilla et les autres villes situées le long de la côte caribéenne de la Colombie. Beaucoup d'entre eux reviennent régulièrement à Palenque pour rendre visite à leurs familles, rapportant avec eux des idées et des influences extérieures.

L’influence accrue de l'extérieur a été facilitée en partie par la construction d'une route asphaltée qui passe désormais à moins de cinq kilomètres du village, réduisant ainsi la durée du voyage à Cartagena de trois jours à dos de mule à deux heures en autobus. De plus, dans les années 70, le gouvernement a apporté l'électricité à Palenque, par gratitude pour les exploits d’Antonio Cervantes, aussi connu sous le nom de Kid Pembele,  double champion du monde poids welter en boxe et héros national né dans le village. L'introduction de l'Internet à Palenque a constitué une avancée plus récente, permettant de connecter les étudiants de l'école locale au monde en général.

L'amélioration de l'accès et la visibilité ont conduit à une meilleure connaissance tant au niveau national qu’international de l'histoire et de la culture uniques de Palenque. En 2005, l'Organisation des Nations Unies a classé le village comme un "Chef-d'œuvre  du Patrimoine Oral et Immatériel de l'Humanité." Certains résidents veulent encore plus mettre à profit l'exposition accrue du village afin d'attirer les touristes pour à la fois améliorer l'économie locale et encourager la conservation de sa culture unique. Beaucoup de jeunes du village sont activement engagés dans la musique et des projets de danse, et ils se produisent même régulièrement pour des touristes sur les places publiques de Cartagena. Cependant, d'autres habitants n’aiment toujours pas l'intrusion de personnes extérieures et ne souhaitent pas devenir des expositions pour les visiteurs.

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Le conflit armé qui secoue actuellement le pays est une autre intrusion que la communauté doit supporter. L'arrivée des groupes armés il y a près d'une décennie a provoqué le déplacement de nombreuses personnes vivant sur le territoire environnant de Palenque. “En tant que Palenqueros, nous avons été le seul groupe ethnique en Colombie à ne pas avoir subi un déplacement”, explique German Arturo Herazo qui est membre du Conseil autonome de la communauté. "Mais à partir de 2000, nous avons commencé à souffrir de la violence en Colombie et des déplacements." Selon Herazo, lorsque les groupes armés illégaux sont arrivés dans la communauté ils ont essayé de réaliser “une transformation sociale au sein de la population, parmi les jeunes, chez les adolescents et chez certains des adultes, et cela a créé un problème pour nous. "

Les villageois ont non seulement souffert aux mains des groupes armés illégaux, mais aussi des actions de l'armée colombienne déployée par le gouvernement à Palenque. Dans les années qui ont suivi, dix villageois ont été tués et, selon Marquez, "Il y a beaucoup qui disent que c'est le gouvernement, l'armée, qui a tué le Palenqueros.

Palenque ne souffre plus désormais de la présence de groupes armés illégaux. Aucun poste de police, ni base militaire n’existe sur son territoire. "Nous avons protesté, en disant que nous n'avions pas fait le choix d'entrer dans cette guerre, que nous sommes une ville neutre”, explique Herazo. "Nous ne voulons pas d'une relation avec les forces gouvernementales ou avec les groupes illégaux. Ici, nous appliquons la loi de Palenque; pas la loi nationale ".

Les populations de San Basilio de Palenque n’ont pas seulement survécu pendant plus de 400 ans, ayant subi l'esclavage, le colonialisme et les conflits armés contemporains de la Colombie. Ils ont également réussi à conserver un degré impressionnant d'intégrité culturelle. Au 21e siècle, les dirigeants communautaires ont l'intention de continuer à forger un chemin indépendant pour Palenque. “Nous continuons avec notre vision consistant à constituer une Afrique en Amérique. Par conséquent, nous créons des stratégies visant à maintenir la culture Palenquera ”, note Marquez. "Aujourd'hui, nous avons notre langue, nous avons notre hymne, notre drapeau, notre propre mode de vie privée. Dans notre vision, nous formons une municipalité à caractère spécial, que nous voulons transformer en un État indépendant. Ce n'est pas facile, nous savons que ce n'est pas facile, mais nous savons aussi que ce n'est pas impossible. "

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19 septembre 2009

Joseph Beasley, messager de la dignité, pour l’unité des Afrodescendants



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Joe Beasley est un ancien soldat américain qui lutte contre la discrimination raciale depuis plus de trente ans. Un combat pour le bien-être et l'unité du monde afro.

Par Esaúd Urrutia Noel et  David H. Rosales

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Joe Beasley a une voix très profonde, semblable à celle de l'acteur James Earl Jones ou d’un baryton de jazz. Mais ce n’est pas une star du grand écran, ni un collègue de Billy Eckstine. C’est un leader qui est passé par les épisodes les plus dramatiques et les plus triomphaux de l'histoire afro.

Joseph Henry Beasley est le directeur régional pour le Sud de la Rainbow / Push Coalition, formée par deux initiatives qui se consacrant au soutien des afrodescendants aux États-Unis et dans le monde : la Rainbow Coalition, fondée par le Révérend Jesse Jackson et Push Opération, People United To save Humanity - dont les activités remontent à la lutte pour les droits civils de l'Amérique des années soixante.

Aujourd'hui, après 71 ans de défis et de victoires, Beasley est le témoin d’une prouesse pour laquelle il a travaillé pendant plus de vingt ans : voir un afrodescendant Président  des États-Unis. Barack Hussein Obama est celui qui a réalisé cet exploit, mais Beasley avait déjà travaillé en 1984 et 1988 pour les deux campagnes présidentielles du révérend Jesse Jackson.

Je pense que nous avons remporté les deux campagnes. Quatre millions d'Afro-Américains se sont inscrits pour voter en 1984, et en 1988, sept autres  millions s’inscrivirent. Plusieurs Afro-Américains sont devenus des sénateurs d’État et fédéraux après ces campagnes. C’est la raison pour laquelle je pense que nous avons gagné "déclare Joe Beasley.

Celui qui est actuellement l’un des dirigeants de la coalition Rainbow PUSH / a servi pendant 21 ans dans l’Armée de l’Air des États-Unis, d'où il a pris sa retraite à titre de surintendant. Mais Joe Beasley est un opposant de nombreuses politiques capitalistes et depuis les années de la guerre au Vietnam, il s’interroge sur le rôle de son pays dans ce conflit: "La guerre du Vietnam était une guerre de libération et nous étions du mauvais côté de l'histoire".

Beasley est né en 1936 dans une plantation située à Inman en Géorgie. Il a rejoint l'armée de l'air après le collège à Cincinnati, Ohio: "J'envisageais d’y rester quatre ans, mais ce ne fut pas le cas, car je n'arrivais pas à trouver un emploi décent après avoir terminé mon baccalauréat. "

Ainsi, comme il doutait des principes moraux de l’aventure belliqueuse au Vietnam, Beasley suivait avec admiration les consignes de Martin Luther King dans la presse, la radio et à la télévision à partir des casernes: "Il est préférable de marcher avec dignité, plutôt que de monter dans le bus avec honte ", rappelle Joe Beasley.

Il prenait alors la décision de se consacrer à la lutte pour les droits civils des Afro dès qu’il sortirait de l’Armée de l’Air. Il rentra de la guerre le 4 avril 1968, jour de l’assassinat de Martin Luther King et  rejoignit les rangs du Révérend Jesse Jackson, l’un des leaders afroaméricains noirs appelés à continuer le combat pacifique de celui qui avait dit : “J'ai fait un rêve”.

Après sa première campagne à la présidence des États-Unis, Jesse Jackson fonda la Rainbow Coalition, dont le message d'intégration s’étendait à d'autres communautés marginalisées en Amérique du Nord, que ce soit pour leur appartenance raciale, leur nationalité, leur sexe ou leur orientation sexuelle.

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À travers des propositions telles que le Projet de Wall Street, (Wall Street Project) dédié à l’aide aux noirs pauvres dans les grandes villes des États-Unis, Beasley s’est consacré à soutenir les exploits de Nelson Mandela pour son premier mandat à la présidence de l'Afrique du Sud, après 28 ans de prison. Il visita d'autres pays du continent noir comme la Zambie, le Zimbabwe, l'Ouganda, le Kenya, entre autres, et il comprit alors que le colonialisme n'avait pas disparu en Afrique.

Pour Beasley, les multinationales sont les véritables empires d'aujourd'hui. “Nous avons découvert qu’il existe des entreprises plus puissantes que des pays”, dit-il. “Dans les années quatre-vingt en Afrique du Sud, Coca-Cola a refusé de faire des affaires, de nous vendre une de leurs compagnies. L'attitude de la direction était ‘nous n’allons pas vendre des industries à des noirs’. Nous avons montré à Coca-Cola que nous avions d’autres options de consommation, que nous pouvions acheter des produits d’autres compagnies et nous leur avons fait reconsidérer leur position ”, se souvient Beasley.

Il cite également un autre cas de son combat contre les multinationales: “Il y a cinq ans, nous avons découvert à Atlanta, en Géorgie, que Coca-Cola payait aux blancs une moyenne de 26 dollars de plus pour des emplois que des Noirs exerçaient également." Comme il y avait déjà le précédent du boycott des boissons gazeuses en Afrique, la société a également modifié cette attitude discriminatoire.

Un autre de ses appels à la prise de conscience à Coca-Cola s'est produite lorsque l'entreprise productrice de boissons a commencé à se déplacer en Inde et en Asie du Sud-Est à la recherche de la main-d'œuvre servile: “Nous nous sommes réunis avec la direction et on leur a dit que nous voulions que leurs industries s’installent en Afrique parce que des millions d'Africains consommaient leurs produits. Nous leur avons demandé des opportunités d'emploi pour les Africains. Et nous ne l’avons pas fait comme une demande, mais plutôt comme une exigence”.

Après son passage par le continent de ses ancêtres, il s’est déplacé en Amérique du Sud.

Au Brésil, ses démarches ont rendues possible la construction de l'Université Zumbi dos Palmares en 2003. Beasley a appris que 50 % de la population brésilienne est d'origine africaine, mais que seuls 2% des afrobrésiliens avaient l’opportunité de faire des études supérieures. Il a encouragé de nombreuses multinationales américaines ayant des industries au Brésil, telles que Coca-Cola à collaborer à la fondation de cette institution et à contribuer pour soutenir les nouveaux étudiants noirs.

"Nous avons commencé avec 200 étudiants. Aujourd’hui, l’université en compte deux mille. La bibliothèque universitaire porte mon nom. Je pense que cet honneur est immérité ", soutient Beasley, avec la modestie accablante de celui qui n’a pas le temps de dormir sur ses lauriers.

Ses activités en Colombie, un pays qui est également dans la ligne de mire de Beasley et de l'organisation à laquelle il appartient également, ont contribué à la modernisation des équipements pour les soins de santé des insulaires dans plusieurs hôpitaux de San Andres.

Joseph Beasley a aussi un rêve: il souhaite que les afrodescenants du monde cessent de se sentir uniquement citoyens d’un pays, qu’ils arrêtent de se considérer uniquement comme nord-américains, brésiliens, colombiens ou kényans.

"Si nous sommes conscients de notre origine africaine et que nous nous unissons  dans le monde entier, nous pourrons exiger des opportunités d’emploi et d’égalité à tous les gouvernements", explique Beasley.

Sa façon de concevoir les relations internationales des États-Unis est également unique : “Après les attentats du 11 septembre qui ont détruit les Tours Jumelles, j'ai réalisé que mon pays a de puissants ennemis et que nous devons commencer à changer notre conduite. Nous ne pouvons pas être les gendarmes du monde. Nous devons commencer à prendre le chemin de l'amitié et du partage”.

Témoignage d’une collègue

Je travaille avec M. Joe Beasley depuis plus de 20 ans.

Je me souviens particulièrement d'un de ses voyages. On est allé à Haïti après l'ouragan Ivan, alors que le pays était extrêmement fragile. Il y avait eu un coup d'État.

Joe Beasley a rencontré des fonctionnaires du gouvernement local et l'administration de l’hôpital de Gonaïve pour assurer de la nourriture, des vêtements et des médicaments aux personnes dans le besoin. Puis, nous avons demandé un rendez-vous avec l'ambassadeur américain en Haïti, James Foley. Nous sommes arrivés un peu avant le rendez-vous et les soldats nous ont empêchés d'entrer et ils ont pointé leurs armes sur nous. Joe a insisté pour parler avec les soldats. Ils ont menacé de nous tuer sur le champ, mais Joe a indiqué que la situation se prêterait alors à un scandale international.

Les soldats nous ont donc laissé passer. Joe a parlé avec calme et lucidité avec l'Ambassadeur, tandis que moi je bouillais d’indignation. Joe Beasley a demandé que le blocus d'Haïti qui dure depuis 200 ans prenne fin le plus tôt possible, car il s’agit là d’une politique fondée sur le racisme avec lequel les États-Unis considèrent Haïti depuis si longtemps."

Linda Harper, collègue de travail.

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La minorité oubliée des Noirs Mexicains

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Gaspar Yanga était le chef d'une rébellion d'esclaves au Mexique pendant les débuts de la domination coloniale espagnole - Anwar Vazquez

Par Alexis Okeowo / Yanga

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga

La première ville d'esclaves africains affranchis dans les Amériques ne se trouve pas exactement là où on s’imaginerait - et il ne s’agit pas précisément non plus de celle à laquelle on penserait.

Tout d’abord, elle ne se trouve pas aux États-Unis. Yanga, sur la côte du Golfe du Mexique, est un Pueblito calme fondé par son homonyme, Gaspar Yanga, un esclave africain qui a dirigé une rébellion contre ses maîtres, des colons espagnols pendant la fin du 16ème siècle et a repoussé des tentatives de reprise du territoire.

La deuxième chose qui saute tout de suite aux yeux des visiteurs qui atteignent la place centrale rustique de la ville c’est qu’il n'y a presque pas de noirs parmi les quelques centaines d'habitants qui grouillent au centre de la ville.

À l’image de l'histoire du Mexique même, la majorité de la population afromexicaine de Yanga a été poussée dans les villages ruraux voisins qui se distinguent principalement par leur extrême pauvreté et la peau remarquablement foncée de leurs habitants.

L'indépendance du Mexique de l’Espagne et la nouvelle focalisation sur la construction d'une identité nationale basée sur l'idée de mestizaje, ou du métissage a conduit les AfroMexicains dans l'invisibilité alors que les dirigeants choisirent de ne ni les compter ou ni d’évaluer leurs besoins.

Aujourd’hui, un grand nombre de noirs veulent se battre pour améliorer une éducation et des services sociaux de mauvaise qualité qui sont mis à leur disposition et demandent que la constitution reconnaisse les Afromexicains comme un groupe ethnique distinct,digne d'une attention particulière.

"Les deux races les plus discriminées ici sont les noirs et les autochtones -, mais la discrimination est plus acceptée à l'encontre des Noirs", explique Hemeregildo Fernandez, médecin à Yanga et l'un des rares Noirs qui vivent encore dans la ville. Son bureau est niché dans une rue étroite qui se prolonge sur la place principale, où l'homme rondouillet à la peau brune chaude et aux cheveux poivre et sel reçoit un flot fluctuant de patients.

La majorité de la population noire mexicaine travaille dans l'agriculture, la pêche ou la construction, et si comme Fernandez, certains ont atteint des positions importantes dans les villes côtières, il dit que: "La plupart des Noirs n'ont pas de pouvoir économique."

Beaucoup des Mexicanos negros (noir Mexicains) du pays, comme on les appelle,  savent que leurs ancêtres sont arrivés enchaînés sur des bateaux qui ont accosté dans les ports du voluptueux et vaporeux État de Veracruz. Mais ils ne savent pas grand-chose d'autre. En effet, les Afro-Mexicains disent qu'une grande partie de l'histoire des Mexicanos negros n’est pas enseignée ou reste ignorée par le reste du pays. En dehors de Yanga, les Afro-Mexicains revendiquent Vicente Guerrero, qui fut brièvement Président au début du 19ème siècle et qui donna son nom à l'état de Guerrero, comme étant l'un des leurs, ainsi que le révolutionnaire José María Morelos, qui fut exécuté par la Espagnols en 1815.

Les activistes Noirs mexicains estiment la population des Afro-Mexicains à environ 1 million, mais il n'existe aucun chiffre officiel. Plus tôt cette année, ils ont demandé à l’Institut National de la Statistique et de la Géographie d’inclure la population afro-mexicaine comme une catégorie distincte lors du prochain recensement en 2010.

Les statistiques officielles ne reconnaissent pas les Noirs comme groupe ethnique distinct (56 groupes autochtones sont officiellement reconnus, les plus importants étant les Nahuatl et les Mayas, qui dépassent 2 millions d’habitants chacun).

En conséquence, les Afro-Mexicains disent qu'ils ont été exclus des programmes institutionnels et n’ont pas d’identité culturelle.

Le groupe Mexico Negro AC est en train d’établir des liens avec des organisations afro-descendantes similaires en Amérique latine qui ont réussi à obtenir un meilleur traitement.

"Nous ne voulons plus être détenus par des agents de sécurité dans notre propre pays qui disent qu'au Mexique il n'y a pas de Noirs", indique Rodolfo Prudente Dominguez, un militant de Mexique Negro.

Les Afro-mexicains font face à des obstacles considérables. Les stéréotypes existants les dépeignent comme étant heureux de vivre la vie simple à part du reste de la société, et sans intérêt pour l'éducation.

Les bidonvilles entièrement peuplés de noirs près de Yanga manquent d’écoles, et les jeunes migrants avides qui se déplacent dans les grandes villes pour le travail se plaignent de discriminations flagrantes. Un rapport publié à la fin l'année dernière par le Congrès Mexicain indique que près de 200.000 noirs Mexicains résidant dans les zones rurales de Veracruz et Oaxaca et dans les villes touristiques comme Acapulco sont hors de portée des programmes sociaux tels que l’aide à l'emploi, la couverture sanitaire, l'éducation publique et l'aide alimentaire.

La spécialiste de la culture Afro-Mexicaine Luz Maria Montiel admet que les Noirs sont particulièrement marginalisés et exclus, au point qu'il est impossible de trouver une quelconque mention d'eux dans les registres officiels.

Elle soutient pourtant qu’il est peu réaliste de la part des Noirs de rechercher une reconnaissance constitutionnelle. "Il serait impossible de faire une loi pour chacune des populations qui composent notre nation multiculturelle", dit-elle.

Dominguez n'est pas d'accord: "Nous sommes un groupe culturel totalement différent des groupes autochtones et les mestizos de notre pays, avec un mode de vie et des caractéristiques particulières qui ne correspondent pas aux politiques publiques qui sont conçues pour des groupes autochtones."

Alexis Okeowo

Alexis Okeowo

Alexis Okeowo est une journaliste free-lance basée à Mexico City.

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18 septembre 2009

Luiza Bairros, Directrice du Sepromi :‘‘le racisme est une question de pouvoir’’

Luiza

Patrícia Negrão / Foto divulgação

L'une des leaders les plus respectées en matière de lutte contre la discrimination raciale, la sociologue Luiza Bairros a pris ses fonctions au Secrétariat de la promotion de l'égalité (Sepromi) de Bahia en 2008. Créé en Décembre 2006, le Sepromi dont le siège est situé à Salvador est le tout premier secrétariat d’un état Brésilien à travailler spécifiquement sur les politiques publiques en faveur des hommes et des femmes noir(e)s.

Faire reconnaître et combattre les inégalités est le défi de Luiza Bairros , la Gaucho,  qui vit dans la capitale bahianaise depuis plus de deux décennies. ‘‘ le racisme reste, partout dans le monde, une question de pouvoir’’, soutient-elle. À la tête du Sepromi, Luiza et son équipe proposent et contrôlent les politiques publiques visant à assurer et à étendre les droits de la communauté noire.

Parmi les priorités du Sepromi figure la lutte contre la violence faite aux femmes, la création pour les hommes et les femmes noirs de projets générateurs des revenus dans les zones urbaines et rurales, et la régularisation et l’octroi de titres de propriété pour les communautés quilombolas ainsi que leur inclusion dans les programmes gouvernementaux, assurer l’accès à des service tels que l'eau , la lumière, et l'éducation, la santé, la culture, le sport et les loisirs.

CLAUDIA - La création d'un secrétariat tel que le Sepromi est-elle le résultat de la lutte du mouvement noir dans le pays?

Luiza -- La résurgence des mouvements noirs à partir de la moitié des années 70 a conduit à ce que la lutte contre le racisme devienne une question nationale. Surtout au cours de la dernière décennie, on peut citer plusieurs actions affirmatives dans le secteur d’intervention du gouvernement en faveur de la population noire comme la création du système de quotas dans les universités brésiliennes et la création du Secrétariat Spécial de Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (SEPPIR), qui a favorisé l'émergence d'organes d'État tels que le Sepromi, et aussi municipales. On peut également souligner la promulgation de la loi rendant obligatoire l'enseignement de l'histoire des noirs et des populations indigènes dans les écoles brésiliennes. En matière de santé, des programmes spécifiques ont été adoptés pour la santé de la population noire, un combat de longue date du mouvement. En Mai 2009, le Ministère de la Santé a établi la Politique Nationale de Santé Intégrale de la Population Noire.

CLAUDIA - Le pays est-il moins raciste?

Luiza -- Le racisme est un phénomène élastique. Dans la mesure où lorsque des victoires sont acquises d’une part, il se transforme et se manifeste de nouvelles façons. Les Noirs sont majoritaires dans le pays et leur donner des pouvoirs peut signifier un renversement majeur de la distribution du pouvoir, aujourd'hui exercé par les Blancs. Et personne ne lâche le pouvoir de grâce. Les secteurs conservateurs de la société luttent pour éviter que cela se produise. C’est la raison pour laquelle j’affirme que le racisme est une question de pouvoir.

CLAUDIA – Le racisme crée-t-il des privilèges pour un groupe au détriment de l'autre?

La  supériorité d'un groupe par rapport à un autre est établie à partir des différences physiques - des traits corporels, la couleur de la peau –, en infériorisant et en stigmatisant les noirs dans le cas du racisme anti-noirs. Il existe des moyens sophistiqués d’empêcher les Noirs d'atteindre des postes de prestige, comme des positions politiques et économiques. On ne permet donc pas qu’ici émergent des personnalités comme Barack Obama (président des États-Unis).

CLAUDIA - Quelle est l'importance de la création d'un organisme tel que le Sepromi dans la lutte contre le racisme?

Luiza -- Le rôle des secrétariats spéciaux comme le Sepromi est de responsabiliser l’État pour qu’il adopte des politiques publiques en faveur des femmes et les hommes noirs du pays. Je crois que la création des secrétariats dans les États et dans les municipalités produira avec le temps des changements efficaces. Mais la résistance reste très  importante au déploiement effectif des politiques publiques déjà conquises.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

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15 septembre 2009

Colombie : Combattre la pauvreté plutôt que le racisme



Par Daniel Mera Villamizar*

Mera

Traduit de l'Espagnol par guy Everard Mbarga

Cela vaut-il la peine de débattre sur ce qui constitue le principal problème des Noirs de la Colombie?  Il y a peu de temps, le Conseil des ministres a répondu à cette question par la négative par 'correction politique'.

En droite ligne de la tendance actuelle consistant à ne pas être en désaccord avec ceux qui s’occupent de la problématique  des afrocolombiens, peut-être  en partie de peur d’être taxé de  «raciste», personne n’a rien dit au Vice Président Santos.

Cependant, les choses auraient été différentes si la question était posée comme suit : s'il nous était possible d'éliminer d'un seul coup un de ces deux problèmes qui touchent la population noire, lequel choisirions-nous  ", la pauvreté ou le racisme?
Parce que bien choisir le problème principal a son importance.

Presque tous les colombiens Noirs élimineraient la pauvreté, car leur combat quotidien porte un nom : la survie, le bien-être, le progrès. Ils savent qu’entre vivre bien tout en bataillant face aux préjugés raciaux (pas tous) ou rester pauvres dans une communauté sans préjugés raciaux, le premier choix est de loin le meilleur.

Chacun a pu constater que le respect des Noirs augmente proportionnellement à ses progrès socioéconomiques, même un chouya de  plus que ce qui se passe avec les autres. En fin de compte, il est presque inévitable de conclure que les Colombiens sont plus «classistes» que «racistes».

Le débat s’arrête-t-il donc là? Pas du tout. Certaines personnes influentes pensent que le "racisme structurel» est la cause de la pauvreté de la population noire.

Même si cela était vrai, il serait plus politique et pratique  de donner la priorité à la lutte contre les inégalités, plutôt qu’à la lutte contre le racisme, pour la même raison qu’il est plus facile d’invoquer les principes partagés qu’exiger des réparations pour le passé : parce que les gens seront réticents et n'accepteront (…)pas d'accusations ou la culpabilité historique, et la conversation sociale restera embourbée dans des termes négatifs ( "vous êtes racistes, non je ne suis pas raciste").


Encourager la société à avancer vers l'égalité en réduisant la (plus) grande pauvreté des groupes défavorisés peut par contre mener à un débat social plus productif.

Au fait, c’est quoi le "racisme structurel" et explique-t-il la pauvreté? On dit qu’il s’agit de «l’effet social» du «racisme quotidien et diffus du citoyen ordinaire, silencieux, culturellement établi, non explicite qui n'est visible que dans les statistiques qui démontrent les désavantages des personnes discriminées.

Il est bon de nuancer : i) il faut être «Dieu» pour discerner et percer ainsi le coeur, la raison, les valeurs et les comportements quotidiens, ii) par conséquent, qu’est ce qui cause donc la pauvreté chez les Colombiens qui ne sont pas noirs ? ii) il existe d’autres réalités structurelles comme les régions en retard de développement et isolées, et iv) c’est être extrêmement pessimiste que d’ignorer l'impact de l'éducation et l'évolution culturelle sur le comportement social.

Le «racisme structurel» comme matrice d'un champ d'étude c’est bien, mais qu’un discours gouvernemental et des politiques publiques en découlent, sans plus, est une chose à laquelle il faut penser à deux fois.

Si le racisme est le second problème, il faut continuer à l’affronter, avec plus d'imagination et d'efficacité. Mais si la pauvreté est le problème, il faut examiner les propositions avec attention. On perd très vite le point central et elles deviennent insuffisantes.

* Conseil d'Administration de la Fondation Color de Colombia

http://www.elespectador.com/columna158611-pobreza-no-el-racismo

Mon avis sur le texte : L’auteur de ce texte ignore complètement l’histoire des noirs de son pays qui sont issus de la traite négrière de l’esclavage.  La société blanche colombienne a certes aussi des pauvres, mais elle a toujours eu des riches, des personnalités occupant les hauts rangs dans la société à tous les niveaux (politique, économique, dans la justice, au niveau des médias…etc…) Très peu de noirs proportionnellement à leur importance dans ce pays ont occupé ses positions. Les politiques publiques réparatrices (du type affirmative action) spécifiques  sont nécessaires pour la minorité afrocolombienne. L’État colombien a toujours lutté contre la pauvreté en général, mais très souvent et tout au long de l’histoire, les afrocolombiens se sont sentis lésés, marginalisés et le rattrapage social ne s’est jamais opéré. Si cette lutte contre la pauvreté en général avait été efficace, aujourd’hui les statistiques sur les afrocolombiens ne seraient pas disproportionnelles par rapport à celles des autres communautés.

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14 septembre 2009

Bogotá Afro : les noirs dans la capitale colombienne

bogoDepuis plusieurs décennies et pour diverses raisons, les Afrocolombiens ont tissé leurs réseaux dans la capitale du pays, une ville qui peut être écrasante et déconcertante. Toutefois, leur défi est de ne pas se laisser vaincre.

Par Diana Carolina Durán

Bogotá DC

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Doña Elsa de Vallecilla est arrivée à Bogota il y a plus de trois décennies lorsque, pour des raisons professionnelles, son mari a été transféré de Cali. Et même si elle avoue ne s’être jamais sentie victime de quelque forme de discrimination dans la capitale nationale, elle affirme que ce panorama a changé lorsque ses trois fils qui sont nés et ont grandi dans cette ville ont été la cible d’injures.

"Ici, à Bogota, si tu n’as pas de parrain politique, tu n’es rien", déclare Doña Elsa. Elle se souvient quand l’une de ses deux filles, diplômée en psychologie a posé sa candidature pour intégrer la police et s’est retrouvée parmi les 100 meilleurs candidats. Soudain,  sans explication, elle a été retirée du concours. Sa mère a appelé le directeur de l'époque de cette institution, le général Luis Alberto Gilibert, une connaissance. "Quand elle était à l'intérieur, on lui a dit qu'elle avait été mise de côté parce qu'il y avait déjà beaucoup de Noirs".

Son fils aîné, est cependant celui qui a personnellement connu le goût amer de l'exclusion. Elle a par exemple été témoin une fois à l'école d’un épisode lors duquel on l’appelait Le Gorille.

Il y a deux ans, après un match de football dans une salle de sport située à l'ouest de la ville, une voiture a renversé son fils. Dans la deuxième clinique qui le traitait,  ils ont mis un plâtre sur un de ses pieds, et bien que Dona Elsa, infirmière de profession, a demandé qu'il soit retiré immédiatement, on ne l’a pas écouté. Trois jours plus tard, les tissus de son pied sont morts et on a dû l’amputer.

Doña Elsa (en foulard sur la photo) indique qu’un tel malheur fut causé par l'entêtement d'un "orthopédiste raciste " qui a refusé de traiter son enfant comme il se devait.

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Malgré le drame que cette situation a causé à sa famille, elle refuse de se laisser vaincre par la discrimination: “C'est que moi aussi j’ai une formation, sociale et culturelle, pour pouvoir parler avec n'importe qui. Parce qu'au bout du compte, la Chaire Afro essaie d'expliquer que le même sang coule dans nos veines. Et tel est le message que nous devons transmettre. "

Son visage reflète la tranquillité et l'optimisme. Contrairement à celui de Martina Alvarez*, la femme qui se trouve à ses côtés. Elle est un leader social de la côte Pacifique du sud-ouest qui n’est pas venue à Bogota parce que son mari a été transféré, ou parce qu’elle était attirée par quelque chose dans la capitale.

Martina Alvarez n’a jamais voulu quitter sa maison ni sa terre, mais les violences lui ont enlevé la possibilité de décider et ne lui ont laissé d’autre choix que l'exode.

Son enfant devra bientôt quitter l'école, car il n'a ni uniforme, ni le matériel lui permettant d'y assister. Elle refuse pourtant de se considérer, ainsi que sa famille comme des personnes déplacées.

Dona Martina dit qu’elle est à Bogota parce que c’est dans la capitale colombienne que se trouvent tous les bureaux auprès desquels elle peut déposer toutes ses plaintes.

Elle grommelle contre le peu d'attention qu'elle a reçue, mais ses efforts, que l’on note lorsqu’elle prononce la moindre phrase l’aideront à poursuivre sa mission.

Même si ce n’est pas son souhait, cette femme incarne le drame des déplacements, l'une des raisons qui ont poussé davantage d’afrocolombiens à se rendre à Bogota au cours des dernières années.

“A quoi bon nous enraciner, si nous ne possédons rien?", se demande-t-elle avec le chagrin de savoir qu’en plus son cas n’est pas unique.

Selon les données officielles, 11% de la population déplacée est noire. Entre 2002 et 2007, selon le Conseil pour les Droits de l'Homme et le Déplacement, (Consultoría para los Derechos Humanos y el Desplazamiento )Codhes, Bogota a été la zone ayant reçu le plus de personnes obligées de quitter leur région à cause du conflit.

Dans le même ordre d’idées, il semble logique de dire que la majorité des déplacés afrodescendants viennent à Bogota.

La marginalisation

Laureano Garcia, seul Conseiller de race noire dans le Conseil Municipal de la capitale Colombienne reconnaît que le contexte dans lequel se trouvent les membres de sa communauté est assez complexe.

La plupart des Afrodescendants se sont installés dans les localités de San Cristobal, Uribe Uribe, Usme, Suba, Engativá et Ciudad Bolivar.

Comme nous le savons tous, les conditions de vie sont difficile à ces endroits. Il y a la marginalité, les gens vivent dans des taudis, les enfants n'ont pas accès à l'école ... En 2007, le nombre de déplacés à Bogotá était de 270.000 environ. 30% d'entre eux étaient des Afro-colombiens. Imaginez-vous ".

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Laureano Garcia, qui appartient au Pôle démocratique, est arrivé dans la capitale il y a 36 ans en provenance d’Andagoya dans le Choco, car sur sa terre natale, il n y  avait pas de travail.

Garcia avait une affectation de l’École Normale Supérieure qui le créditait du titre d’enseignant, mais même si les enfants nécessitant son enseignement étaient en grand nombre, son département ne disposait pas des ressources nécessaires pour qu’il puisse accomplir cette tâche. Garcia, comme beaucoup de ses collègues a fait  partie de la vague migratoire des enseignants du Choco vers le centre du pays.

En Janvier de l’année dernière, il a débuté son travail de conseiller, même s’il fut dirigeant syndical durant toute sa vie. "C'est la raison pour laquelle je ne me suis jamais laissé discriminer. Je reçois le traitement que j’exige, que je mérite, pour leque je me bats, dit-il gaillardement.  Garcia, qui a suivi de près les politiques publiques de Bogota au cours des quatre dernières années indique que l'inclusion des besoins des Afro-Colombiens est sporadique.

Doña Elsa, ancienne secrétaire des Consultiva Distrital de Comunidades Negras (Conseil Consultatif de District des Communautés Noires) ne partage pas cet avis. Elle affirme que les administrations comme celle de Luis Eduardo Garzon a donné de nombreux outils à sa communauté, mais que ce sont les Afro-Colombiens qui ont le devoir, toujours en vigueur, de s’en emparer.

Sous le maire Luis Eduardo Garzon, plusieurs organisations afrodescendantes se sont engagées à s'unir pour soutenir des propositions ayant pour objectif la revendication des droits des communautés noires installées dans la capitale. Les efforts conjoints de ces organisations, comme la Consultoría Distrital de Comunidades Negras, ont influencé les politiques publiques de l’ancien maire Garzón et les a rendues plus sensibles à la situation des afrodescendants de Bogota.

Les succès remportés grâce aux revendications sont visibles dans le secteur économique, dans lequel la communauté afrocomlombienne du district a contribué à la création de restaurants, de centres de beauté, d’écoles et d’usines de produits de consommation pour la maison.

Plusieurs afrodescendants occupent des postes supérieurs dans des entreprises nationales et multinationales représentées dans la capitale colombienne.

Cependant, l’une des préoccupations majeures de Garcia est l'absence de données statistiques pour l’élaboration de politiques publiques en faveur de la population Noire.

À Bogota comme en Colombie, il n'y a aucun chiffre sur le nombre d’afrocolombiens, ni sur leur occupation du territoire, sur le fait qu’ils sont ou non inscrits dans le système de santé.

Faits et réalité

À Bogota, il n'y a pas un seul chiffre, du moins officiellement indiquant le nombre d’afrocolombiens qui y vivent. Le plus proche est celui de Mi gente en Bogotá, une étude menée par les chercheurs de l’Université Nacional sous la direction du professeur Jaime Arocha.

Selon ce document, près d’un million d’afrodescendants pourraient se trouver dans cette ville. Les chiffres officieux disent cependant autre chose: on parle même d’environ deux millions.

Le conseiller Garcia dit que même le ministère de la Santé n’est pas en mesure de donner un chiffre approximatif, car les dernières données que ce bureau a publié, c’est-à-dire durant l'administration de Luis Eduardo Garzon, parlait d'environ 30 mille afrodescendant affiliés au SISBEN.

L'an dernier, le ministère de l'Éducation a enregistré 2657 enfants afrocolombiens inscrits dans les collèges et les écoles du district. Garcia est convaincu qu’il y existe un abîme entre ces chiffres et la réalité.

Le conseiller Garcia partage, sans le savoir, de nombreux points de vue avec Juan de Dios Mosquera, leader du Mouvement National Cimarron pour les Droits Humains des Communautés Afrocolombiennes. Mosquera est grandement préoccupé lorsqu’il constate la marginalisation dans laquelle les membres de sa communauté vivent dans la capitale.

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On n’embauche pas les afrodescendants dans les banques. Si on ne les embauche pas à la caisse, c’est encore moins le cas pour des postes de plus grande responsabilité. On ne les embauche pas à l’aéroport, ni dans les grands centres commerciaux, ou dans les chaînes de supermarchés. Et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie, il est extrêmement difficile de trouver un homme noir ", explique Juan de Dios Mosquera.

Même si le leader de Cimmarron reconnait que le manque d’organisation est une des caractéristiques marquantes des Afrocolombiens depuis des décennies, il souligne que l’on trouve tout de même des exemples de réussite à Bogotá. Plusieurs afrocolombiens ont atteint les échelons supérieurs des organisations nationales et multinationales.

Sandra Hinestroza Mena, Directrice  des Affaires - Impression et Imagerie - de Hewlett Packard est l’une d'entre eux, elle qui apparait dans le numéro spécial de Semana de la semaine dernière sur les 100 entreprises les plus puissantes du pays comme l’un des leaders de l'exécutif de moins de 40 ans les plus remarquables en Colombie.

Alcibiade Hinestroza Cordova, natif de Pie de Pato dans le Chocó est un autre des talentueux entrepreneurs Afrocolombiens vivant à Bogota. Il dirige actuellement la Promotion et l’Assistance Technique au Développement de Fedepalma. Il avait présenté sa candidature au poste et a été retenu.

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Sandra Hinestroza Mena

Selon Alcibiade Hinestroza, “les gens qui étudient et qui sont formés ont de bonnes opportunités. Cependant, ceux qui n'ont pas les moyens d'étudier, comme moi qui ai étudié grâce à des bourses d'études, n'ont aucune possibilité d'emploi décent dans la capitale. "

Juan Sanchez, directeur du marketing régional d'une société produisant des consommables pour la chirurgie mini-invasive est né et a grandi à Bogota, mais son père est originaire du Choco. Il est titulaire d’un MBA obtenu au Canada. "Je pense qu'il y a de nombreuses opportunités pour les afrocolombiens. Toutefois, il faut être bien formé, avoir un bon réseau de contacts et être disposé à travailler dur pour atteindre les objectifs. En résumé, je pense que tout est possible ", affirme Sanchez.

Académie pour les Afro

En plus du problème des possibilités d'emploi, l'accès à l'enseignement supérieur est une préoccupation sérieuse pour les Afrodescendants qui sont installés à Bogota. Dans la capitale colombienne, la plupart des étudiants proviennent d'autres régions du pays, et par conséquent, en plus de financer leurs études, leurs familles doivent également payer les frais liés au fait qu’ils vivent hors du domicile.

Cette seule contrainte contribue à ce qu’un grand nombre de bacheliers afrocolombiens soient obligés d’abandonner avant l’obtention d’un diplôme professionnel, d'entrer dans des institutions de moindre qualité ou encore à ce qu’ils ne puissent même pas accéder à une formation technique, technologique ou universitaire.

Les chiffres sur l'accès à l'enseignement supérieur des Afrodescendants africains à Bogota ne sont disponibles.

Claudia Mosquera Rosero-Labbé, originaire de Buenaventura, est professeure associée au département du Travail Social et directrice du Groupe de Recherche sur l'Égalité Raciale, la Différence Culturelle, les Conflits Environnementaux et les Racismes dans les Amériques Noires ( Idcaran), de l’Université nationale de Colombie.

Claudia Mosquera croit que, pour les Afrocolombiens, l'enseignement universitaire est le fruit de la persévérance personnelle et familiale: “Ceux d’entre nous qui possèdons ce capital éducatif illustrons les grands efforts de nos familles élargies, de nos relations familiales et de nos amis pour nous emmener là ou nous nous trouvons actuellement ”.

En plus de l'effort économique, pour Claudia Mosquera, il y a d'autres problèmes liés à la qualité de l'éducation dans d'autres régions du pays habitées par des afrodescendants :

"Le principal problème que je vois chez les étudiant(e)s noirs dans une université comme celle pour laquelle je travaille, c’est que arrivant des régions où la qualité de l’enseignement n'est pas comparable à celui d'un étudiant qui a fait ses étude à Bogota, ils présentent des difficultés prononcées dans la rédaction de textes académiques, et dans l’utilisation d’une deuxième et d’une troisième langue dans le cadre de la lecture".

Toutefois, dans la capitale du pays, certaines universités telles que Los Andes ou la Distrital ont montré l’exemple en octroyant des bourses aux bacheliers afrocolombiens ayant obtenus des résultats remarquables à l’ICFES.

Ce groupe d'étudiants présentait des situations qui ont dû être réparées très vite. Par exemple, une grande partie d’entre eux ne savait pas comment utiliser un ordinateur. On leur a donc assigné des tuteurs chargés de leur apprendre les systèmes. L’Université Distrital, a quant à elle une politique d'inclusion des étudiants noirs. Parmi les Universités officielles, il s’agit de l’Univesité à la pointe de cette initiative.

Les entrepreneurs afrocolombiens  partagent le même avis : sans éducation, il est difficile d’être compétitif pour des emplois de haute responsabilité. "Le pourcentage de ceux parmi nous qui avons accès à un bon emploi est faible, et les opportunités proviennent de notre expérience de travail et de la formation que nous avons eu", dit Alcibiade Hinestroza.

Pour sa part, Juan Sanchez déclare : “Mon conseil aux afrodescendants n’est pas quelque chose de nouveau et qui consiste essentiellement à préparer le mieux possible, autant la partie formelle de ses études que ses études supérieures, de même que dans les langues et ensuite de travailler dur et en obtenant les meilleurs résultats. Cela ouvrira de nouvelles possibilités. "

Les Afro-Colombiens vivant dans la ville ne souhaitent pas baisser les bras. Selon Claudia Mosquera : “Quand on fait partie d'un groupe ethnico-racial, on s’attend toujours à ce qu’on échoue. Si cette illusion appelée le succès se produit, il faut se demander: “Pourquoi ce succès?".

Notre tâche quotidienne consiste à démontrer que les préjugés et les stéréotypes raciaux sont de lamentables caricatures qui ne nous ressemblent pas, et nous réduisent à des personnes et des membres d'un groupe ethnique-raciale de valeur. Nous devons les faire tomber chaque jour par les pratiques quotidiennes concrètes, par la qualité de tout ce que nous faisons et que nous entreprenons ", conclut la professeure Claudia Mosquera Rosero-Labbé.

*Nom modifié à la demande de l’intéressée.

Source : _bano

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