Rodrigo Couto

 Cristovam Buarque (D) durante a reunião da comissão:

Le chiffre en lui même est impressionnant. Et on s’attend à ce qu’il génère une nouvelle polémique et de vastes débats à travers tout le du pays. La création de la Commission d’Indemnisation aux Descendants des Noirs Africains Esclavagisés au Brésil (Comissão de Indenização aos Descendentes de Negros Africanos Escravizados no Brasil) a été le thème d’une audience publique organisée ce jour (mercredi) par la Commission des Droits Humains et de Législation Participative du Sénat, avec une proposition prévoyant le paiement, en une seule tranche, d’au moins 200 000 Réal Brésiliens à toute personne ayant démontré un lien avec les esclaves. Si elle était approuvée aujourd’hui (mercredi) et en considérant que le territoire national abrite au moins 80 millions d’afrodescendants, la mesure coûterait au trésor public la somme impressionnante de 16 quadrillons de Réals Brésiliens (16.000.000.000.000.000 R$) ou environ 8 quadrillons* de dollars US$.

“Ce montant correspondrait à environ 600 fois le PIB américain)”, prévoit Mário Lisbôa, directeur de la Coopération et du Développement de l’Institut de Recherche Économique Appliquée (Ipea). Bien qu’ils soient favorables aux réparations de l’État à ce groupe social, les spécialistes qui se sont prononcés auprès du journal Correio se sont montrés prudents quant à un paiement pécuniaire.

Même s’il reconnait la résistance face à ce thème, surtout au sein du Congrès National, Humberto Adami, président de l’Institut de Plaidoirie Raciale et Environnementale ( Instituto de Advocacia Racial e Ambiental - Iara), rappelle que les juifs victimes de l’holocauste et les japonais emprisonnées ont reçu des indemnisations. “Pourquoi ils peuvent payer pour les autres et pas pour les noirs?”, se demande-t-il.

Défenseur des politiques publiques sociales en faveur des afrodescendants, Mário Lisbôa considère que la proposition est positive, car elle favorise le débat sur l’esclavage. Mais il admet que du point de vue de la capacité de l’État à payer ses valeurs, elle est irréalisable. “C’est un projet ambitieux, compte tenu du fait que la population noire représente plus de la moitié des brésiliens.”

Les indemnisations seraient payées aux noirs en contrepartie des près de 300 ans d’esclavage. “Sans risque de se tromper, le sujet est l’un des plus importants. L’idée de réparation financière est extrêmement polémique”, affirme le sénateur Cristovam Buarque (PDT-DF). Opposé au paiement des indemnisations, le parlementaire défend les avantages au niveau de l’éducation pour les étudiants afrodescendants, le financement de projets culturels liés à la culture noire, en plus de la reconnaissance publique du fait que l’abolition est inachevée.

Journaliste et publicitaire, João Roberto de Carvalho est allé plus loin en présentant une pétition en juin 2001 à la Commission Interaméricaine des Droits Humains relativement à la violation des Droits Humains par l’État Brésilien. “Si nous gagnons à l’OEA, l’argent de la réparation devra être déposé dans un fond dédié à l’éducation affirmative, et sera géré par un conseil de notables de la communauté noire brésilienne”, explique-t-il.

Ci-dessous, l’avis du sénateur
Cristovam Buarque et celui du recteur de l’Unipalmares José Vicente

Je pense que ce serait juste et cela récompenserait les noirs pour toutes les années d’esclavage au Brésil. Il s’agit d’un autre moyen pour que la société nous valorise pour les services forcés.
Joaquim Batista dos Santos, 29 ans, habitant de Santa Maria.


Point critique

Êtes-vous d’accord que l’on indemnise les descendants africains esclavagisés au Brésil?

OUI

José Vicente

“La proposition d’indemnisation financière pour les descendants d’esclaves est actuelle, opportune, juste et permettra de faire une correction du traitement injuste qui fut administré aux noirs pendant tout leur parcours dans ce pays. On a toute une série d’autres paradigmes ayant le même fondement, comme par exemple la réparation des amnistiés politiques ici au Brésil, la réparation aux juifs au niveau international, et même la réparation des maîtres (propriétaires) des esclaves au moment de l’abolition, et la réparation que l’on a faite aux immigrants qui sont venus dans ce pays. Il y a déjà un antécédent juridique au Brésil dans ce domaine et, d’un point de vue économique, il rentre dans les possibilités, en vertu de l’adéquation économique brésilienne. Il s’agit d’une mesure qui, indépendamment de tous les autres fondements de la présence de l’État dans la production de politiques publiques de toute nature, se présente comme une action spécifique, objective et juste visant à accorder à leurs descendants  des réparations pour tous les dommages subis par les noirs esclaves.”

Recteur de l’Université de la Citoyenneneté Zumbi dos Palmares


NON

Carlos Bacellar

“Toute tentative d’établir une politique visant à indemniser les afro-descendants produira, inévitablement d’immenses polémiques. Une fois de plus, comme dans le cas du système des quotas pour l’université, on entre dans le jeu dangereux de la définition de ce que signifie être descendant d’un captif africain. Dans le cas des indemnisations, la perspective de recevoir un quelconque montant renforcera la nécessité de chercher un critère solide, qui ne peut pas se réduire à la couleur de la peau. Celui qui avait un grand-parent libéré en 1888 aura de grandes possibilités de prouver son ascendance, mais les descendants d’un captif plus reculé dans le temps — disons au 18ème siècle — auraient d’énormes difficultés à prouver leur droits généalogiques, après deux siècles de métissage et d’oubli. D’autre part, comment en évaluer l’indemnisation? On paie une certaine valeur, et la question de l’esclavage est résolue? Ne doutons pas que les inégalités économiques qui prospèrent dans ce pays resteront intactes.”

Professeur au Département d’Histoire de l’USP

*1 quadrillon de dollars (1.144.000.000.000.000 $ )

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

http://www.correiobraziliense.com.br/app/noticia182/2009/07/09/brasil,i=125000/INDENIZACAO+PROPOSTA+AOS+DESCENDENTES+DE+ESCRAVOS+NO+PAIS+EQUIVALE+A+600+PIBS+DOS+EUA.shtml