La recherche académique doit répondre aux besoins concrets de la population. Dans le cas de la population afrocolombienne, elle doit continuer à accompagner les expressions organisationnelles des communautés, contribuer à ses propositions politiques et organisationnelles et à soutenir la marche contre la discrimination, propose l’historien afrocolombien Alfonso Cassiani, membre du Groupe Barlovento
Le chercheur soutient que les afrodescendants sud-américains ont le droit de faire partie de la lutte du peuple noir dans le monde. Un défi, cependant, qui mérite des progrès dans tous les domaines, y compris académiques et politiques.
Dans cette interview, Cassiani affirme que les avancées sur le plan académique ont été réalisées grâce à l’impulsion et aux requêtes des populations. Et de fait, la Colombie, avec 40 millions d'habitants, est le pays hispanique ayant la population afrodescendante la plus importante.
Selon les statistiques, la population afrodescendante atteint les 10 millions, ce qui équivaut à 40% de la population totale.
À quel point la recherche historique en faveur de la population afrodescendante en Colombie a-t-elle progressée?
La recherche a avancé de manière significative de telle sorte que les diverses expressions de caractère national, régional et local ont fait un effort pour que leurs réclamations soient prises en compte et leurs droits soient respectés.
Aujourd’hui, on peut dire que le nombre d'étudiants et enseignants afrodescendants dans les universités et les institutions éducatives du secondaire ont augmenté. Cela a entrainé l'apparition de recherches, de groupes d'études, de foyers de recherche qui ont mis sur la table de nouvelles thématiques, qui ont repris des anciennes thématiques avec de nouvelles perspectives.
Et une chose qu’il faudrait souligner, c’est la présence de la population afrodescendante en Colombie, dans toute la géographie nationale, principalement dans la Caraïbe et dans le littoral Pacifique, ainsi que dans des capitales de département et de régions comme Antioquia, Pereira, Bogotá.
Dans certains cas, on a tendance à réexaminer le passé pour nous expliquer la situation actuelle, cependant, il est également important de jeter un regard sur les problèmes contemporains. Pour votre part, y a-t-il plus des regards historiques ou des études sur l’actualité?
Ce qu’il faut sauvegarder c’est le sens de la recherche historique, le sens du recours au passé, le sens du questionnement des événements présents. L'histoire nous intéresse pour répondre aux questions du présent, pour proposer des actions pour l'avenir, pour nous fournir toutes les raisons de ce que nous vivons aujourd'hui, pour connaître les causes des situations actuelles . En Colombie nous avons fait face à une situation dure, difficile, complexe, avec de l’appauvrissement, des déplacements de communautés entières, d'assassinats, cela nous empêche de nous éloigner de ce présent, mais il nous pousse de plus à faire appel au passé pour justifier nos réclamations d’aujourd’hui.
Il ne s’agit pas de réclamations dans le vide, elles ne sont pas nouvelles, ce sont des réclamations soutenues dans notre histoire. Et lorsqu’on parle de réclamations soutenues, ce que nous disons, par exemple, c’est que l'État colombien nous a refusé de façon répétée l'accès à l'éducation supérieure, à une éducation de qualité dans les établissements d’éducation secondaire.
Aujourd'hui cette réclamation a pour conséquence l’amélioration des conditions actuelles de l'éducation qui est offerte et de l'offre éducative pour nos communautés. Dans ce sens, j'insiste, faire appel à l'histoire, faire appel au passé a pour fondement de répondre aux questions d'aujourd'hui et construire des réponses pour l’avenir.
S’agit-il là des principaux défis?
Les défis se situent dans plusieurs cadres, l’un d’eux sur le plan académique consiste à continuer de fournir des éléments aux communautés, à continuer d'accompagner les expressions organisationnelles des communautés afrodescendantes, ce qui répond à la question du “pourquoi” de la recherche académique.
Un autre plan concerne la politique organisationnelle qui est liée à au fait de rendre visible la réalité afrodescendante, ce qui veut dire que nous devons continuer à progresser pour rendre visible nos contributions et notre présence qui ont historiquement été invisibilisées.
L'autre domaine est celui de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale; c'est l'autre pari que nous avons. Nous devons prendre tous les moyens possibles pour dire non au raciste, pour refuser et ne pas tolérer les expressions de racisme et de la discrimination raciale.
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
http://www.pieb.com.bo/sec_dossier.php?idn=3900&id=3909&c=2

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