L'afroéquatorienne Irma Bautista Nazareno, membre du Groupe Barlovento, a exposé en Bolivie les expressions culturelles de l'africanité dans son pays et elle a exposé le difficile défi de la construction d’une identité après qu’elle ait été niée durant des siècles.

De quelle manière la population noire en Équateur s'identifie-t-elle?

Nous nous identifions comme afroéquatoriens. On nous demande toujours  “pourquoi vous ne vous désignez pas uniquement comme équatoriens”, mais on ne doit pas oublier ses racines, car en plus, notre arrivée ici ne fut pas volontaire volontaire, il s'est agi d'une séquestration de tout un peuple et d'un certain nombre de personnes qui sont venus à construire des nations, diffuser leurs savoirs et leur force de travail. à diffuser son

À partir de là,  nous nous devons de dire que nous sommes afrodescendants et équatoriens. L'Équateur est notre pays, parfois on nous dit,  “rentrez en Afrique”, mais il ne s'agit pas de cela.

Comment se passe la cohabitation avec les populations indigènes de l'Équateur, y a-t-il des accrochages ?
En général, il y a plus cohabitation que d'accrochages, bien qu'il y ait des moments ou à cause des intérêts et du contexte qui nous oppose, on est obligés de ne pas être d'accords sur certains points.

En Équateur il existe un  indigénisme très fort, il y a beaucoup de gens qui se consacrent à travailler pour les indigènes, il y a des organismes internationaux qui pensent que lorsqu'on parle d'inter culturalité,  ils ne se réfèrent qu’aux indigènes. C’est donc à nous d'être vigilant, en démontrant que nous sommes aussi là et que nous avons à être pris en compte. J'ai pensé que la même structure discriminatoire fait que nous nous affrontons, cela se produit lorsqu’il y a un budget pour un programme d'indigènes et que nous les afro équatoriens essayons de bénéficier de ce programme, les autres ressentent une frustration de leur intérêt.

Du point de vue des expressions culturelles, peut-on dire qu'il existe une création des afro équatoriens  dont les bases en question ont été emmenées d’Afrique depuis des siècles ?

Oui. Pas seulement basées sur les choses apportées. Bien que notre culture ait une base dans les racines africaines, il y a aussi une construction qui a été faite à partir du contexte dans lequel s'est développée la population. Ils ont adapté ce qu'ils avaient, en le récréant et en créant. Il ne s’agit pas de dire qu'ils ont tout apporté dans les bateaux : comment pouvait-il en être le cas, alors qu'on essayait d'acculturer la population pour qu'elle n'ait aucune référence ?

De plus, jusqu'à il y a un petit peu de temps, on nous disait que nous n'avions pas de culture, que tout avait été appris ici et parfois les indigènes réclamaient comme leur propriété des choses qui étaient nôtres.

C'est ce qui est arrivé avec le marimba (l'instrument musical) fabriqué à Esmeraldas  et sur la côte pacifique de Colombie. Les indigènes de Chachi et Tsachilas de Santo Domingo de Colorados utilisent le même marimba  avec les mêmes éléments, ils le jouent comme des débutants, nous nous l'avons fait évoluer et sophistiqué.

Le nom “ marimba“ vient de l'Angola, c'est un mot africain, il ne peut pas être indigène. Ce que je veux dire c'est que la culture n'est pas immobile, elle influence et elle est influençable, c'est là que réside la richesse de l'humanité.

Quels défis existent-ils actuellement que la recherche et l’académie doivent couvrir ?

Dans le Groupe Barlovento nous discutons ardemment chaque texte, le groupe apprend en avançant.

C'est la première fois que se réunissent des gens loin d'être des spécialistes de l'histoire, mais plutôt des personnes ordinaires, des gens ayant une sensibilité, des gens qui ont manifesté de l'intérêt pour la thématique, ce qui veut dire que celui qui en sait plus apprend à celui qui en sait moins et que nous nous soutenons les uns les autres.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.pieb.com.bo/sec_dossier.php?idn=3900&id=3911&c=2