Par René Villasboa (x)

Face à l’exclusion qu’ils subissent, les afrodescendants paraguayens se battent pour maintenir leur culture vivante de génération en génération. Ils sont regroupés au sein de l’Association Afroparaguayenne Kamba Cua. Ses dirigeants Lázaro Medina et José Medina expliquent la portée de l’organisation et sa vision de la politique locale et internationale, spécialement de l’accession de Barack Obama à la présidence des États-Unis.

RV.- Pouvez-vous nous indiquer brièvement les origines de l’Association Afroparaguayenne Kamba Cuá?

LM.- L’organisation Kamba Cuá a été constitué de manière légale en 1999. Suite à des problèmes de terre, nous avons dû constituer une commission pour nous battre et récupérer les terres que nous avions perdues, nous possédions beaucoup de terre ici. Nous sommes 150 familles actuellement dans cette zone. C’est là l’origine de l’Association Paraguayenne Afroparaguayenne. Nous sommes unis pour lutter et récupérer les terres. Par la suite, Kamba Cuá a dû traverser les frontières pour avoir des contacts avec d’autres organisations afrodescendantes.

RV- Avec quelles organisations?

LM.- Tout d’abord avec Mundo Afro en Uruguay, puis, par le biais de Mundo Afro et de nos relations, dans toute l’Amérique Latine, et nous sommes même allés jusqu’à établir des liens avec l’ethnie Zulu en Afrique.

JM.- Nous sommes également les fondateurs d’une Alliance au niveau régional, puisque nous sommes plus de 200 millions d’Afrodescendants en Amérique Latine.Nous sommes les plus pauvres et les plus exclus des points de vue de l’éducation, des services de base. C’est la raison pour laquelle les organisations d’afrodescendants ont constitué une alliance stratégique en 2001 avant d’être reconnus par les organismes internationaux. Récemment, lors du Sommet de Durban (Afrique du Sud) les organismes nous ont reconnus en tant qu’afrodescendants, nous sommes entrés à Durban-comme on le dit souvent- “nous y sommes arrivés noirs et nous en sommes repartis afrodescendants ”, une phrase politique pour nous en Amérique Latine. Dimanche dernier, je suis rentré d’une réunion à Saint Domingue au cours de laquelle nous avons discuté de l’inclusion du thème de l’afrodescendance au Premier Sommet qui se tiendra à Trinidad et Tobago.

RV.- J’aimerais aborder avec vous votre combat en tant qu’afrodescendants d’un point de vue International. Précisément ce jour (le 20 janvier 2009) est en train de se produire un fait événement historique : l’accession à la présidence des États-Unis de Barack Obama, déclaré et reconnu pour ses racines afroaméricaines et qui revendique le concept du changement. Que pensez-vous du premier président afroaméricain dans l’histoire des États-Unis ?

LM.- Pour moi et pour nous qui nous battons contre toute sorte de discrimination et pour ceux qui travaillent dans cette organisation, c’est une joie, un motif de fierté, un progrès qu’un afroaméricain puisse être le président des États-Unis. Il y a des compagnons qui le connaissent personnellement et qui l’ont rencontré, comme José Carlos il y a deux ou trois ans. J’ai même été présent à des discours qu’il a donné sur les afrodescendants à Atlanta. Par conséquent, pour nous et pour tous nos frères afrodescendants, on espère qu’Obama pourra assumer son engagement, nous sommes très heureux qu’un noir soit président des États-Unis.

JM.- Dans la région, on parlait souvent du processus dans lequel Obama était engagé - depuis 2004- lorsqu’il est entré au Congrès et lorsqu’il a fait son premier discours, il se profilait déjà comme un  futur Présidentiable. En 2005, je l’ai rencontré, nous avons parlé de la situation des afroaméricains, il a toujours soutenu toutes les initiatives des organisations en Amérique Latine, il a approuvé divers projets qui devaient passer au Congrès en faveur des organisations noires. Pour nous, il est un exemple de lutte, même s’il a subi l’exclusion à plusieurs reprises, il nous a rapporté son expérience au collège. Il faut continuer la lutte, comme il dit toujours.

Un autre exemple très valable et important, particulièrement pour les jeunes, qui montre que nous devons avoir des leaders afrodescendants, c’est Nelson Mandela.

C’est un très grand engagement pour les afrodescendants, car si Obama échoue, la société nous fera porter le blâme. Nous avons confiance en la capacité politique d’Obama de prendre de bonnes décisions que ce soit en ce qui concerne la guerre, l’économie et la situation en Amérique Latine.

RV.- Vous avez mentionné précédemment le fait que en tant qu’afrodescendants, vous ne disposez pas d’une Tribune,une Assemblée spécifique. Pensez-vous que cela sera possible avec un Président afroaméricain comme Obama, Président d’une puissance mondiale comme les États-Unis?

LM.- On espère, mais on doit attendre. Nous croyons qu’avec Obama comme président des États-Unis, les organisations d’afroaméricains d’Amérique Latine et du reste du monde vont davantage s’organiser, nous pensons qu’il aura un impact positif en faveur des afrodescendants.

JM.- Nous estimons qu’il aura une incidence, mais personne ne nous fera aucun cadeau, tout s’obtient en se battant. Nous allons également rester dynamiques dans notre politique pour atteindre nos objectifs. Jusqu’à présent, ce que nous avons obtenu a eu un coût et c’est parce que nous nous sommes battus. Concernat la Tribune, les Organisations comme l’OEA (Organisation des États Américains) négocient avec les pays et nous pourrions faire pression.

RV.- On parle là d’un événement historique du fait de l’accession d’un président afrocaméricain aux États-Unis. Et ici au pays , comment voyez-vous ce processus?

JM.- Nous faisons confiance à la nouvelle administration, mais si (Fernando Armindo) Lugo établit des situations tout seul, il est difficile pour lui de réussir. Il faut que le président Lugo donne des instructions à son cabinet pour que l’on nous donne un espace pour discuter avec eux, car, en réalité, les administrations précédentes nous ont fermé les portes, nous n’avons pu discuter en aucun moment comme nous dialoguons actuellement.

Nous allons et nous souhaitons réaliser quelque chose pour le développement de nos communautés, nous n’envisageons rien d’autre s, nous voulons parler avec les autorités pour résoudre les problèmes ensemble et nous allons y contribuer.

Nous attendons du président Lugo qu’il demande à ses ministres de nous ouvrir des espaces pour nous faire entendre et pour discuter pour trouver des Solutions aux problèmes. Nous faisons entièrement confiance à ce processus, mais il faut accorder du temps. Nous souhaitons appuyer toutes les initiatives contribuant au développement de ce pays.

Mais des fois, on revoit les mêmes personnes d’avant qui ont toujours volé en masse et qui sont encore en place, et cela nous décourage un peu.

NM.- Nous avons besoin d’être reconnus par l’État en tant qu’afrodescendants, en tant que minoricé ethnique pour pouvoir frapper à d’autres portes.

(x) Édité par l’Agence d’Information Publique du Paraguay (Agencia de Información Pública del Paraguay - Ipparaguay).

 

Publié le (Vendredi 23 Janvier 2009 )

Traduit de l’Espagnol Par Guy Everard Mbarga

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