De l'impartialité et de l’utilité du vote racial chez les Africains Américains
Par Tiffany Shorter Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga
Les Républicains Noirs sont extrêmement impopulaires en cette année d’élection étant donné que Barack Obama pourrait devenir le premier président Africain Américain. La politique américaine vivrait un épisode capital s’il venait à remporter la course à la Maison Blanche. Quelque soit celui qui deviendra Président en Novembre, cette campagne présente un paradoxe troublant. Certaines personnes souhaitent dénaturer l’élection en la présentant comme une image en noir et blanc indiquant que tous les individus ouverts d’esprit voteront pour Obama et les riches et les blancs soutiennent John McCain. http://hiphoprepublican.blogspot.com/2008/09/voting-by-race-is-it-fair-and-does-it.html
De nombreux Africains Américains affirment que chaque électeur noir devrait supporter Obama parce qu’il est noir. Et les Démocrates blancs devraient voter pour lui, malgré le fait qu’il est noir.
Dans le même temps, depuis des siècles, nous nous sommes battus pour un traitement égal dans ce pays. Nous voulons être jugés, comme le disait Martin Luther King Jr. selon le “fond de notre personnalité”.
Cependant, les supporteurs noirs de John McCain sont attaqués et étiquetés traitres pour leur race ou des Uncle Toms. Est-il acceptable de demander à la société de ne pas tenir compte de la race uniquement lorsque cela favorise les points de vue libéraux?
Je suis fière, comme de nombreux conservateurs noirs, de voir Obama écrire une page de l’histoire. Tous les américains devraient être heureux de voir un exemple vivant témoignant du fait que le leadership politique est possible pour toutes les races et pour tous les groupes ethniques. Sachant qu’il est simplement égal à n’importe quel autre candidat présidentiel blanc, le peuple Américain le jugera de la même manière que ses prédécesseurs ayant été candidats à la présidence.
Beaucoup de noirs et de blancs voteront Barack Obama car ils partagent sa vision politique. La race sera un facteur insignifiant. Ce vote éthique, consistant à choisir un candidat ou une candidate principalement en fonction de ses positions politiques représente l’épitomé de la démocratie Américaine.
En jugeant Obama de la même manière que je le ferais pour tout autre candidat, son inexpérience et son idéologie de gauche me poussent à ne pas lui accorder mon vote.
Comment se peut-il que des Africains Américains votent pour McCain plutôt que pour Obama?
McCain aura mon vote pour trois raisons; il est un conservateur modéré, il a un remarquable passé de leader et il maitrise la politique étrangère. En tant que Républicaine modérée, j’apprécie le fait que McCain sache comment travailler avec les Démocrates pour faire avancer la législation. Il est reconnu pour être capable de mettre de côté la politique partisane même lorsque cela lui coûte des votes conservateurs. Son soutien de l’intervention des Nations Unies au Darfour montre qu’il a de la compassion. Je me sens en sécurité en sachant qu’il mettra en place une stratégie de sortie de l’Irak qui nous évitera des risques pour notre sécurité nationale.
Du point de vue des problèmes touchant les Africains Américains de manière cruciale, je sais que ni John McCain, ni Barack Obama n’en feront leur priorité. Quelque soit celui qui remportera la Maison Blanche; la communauté noire doit être indépendante et rigoureuse dans la défense des problèmes qui ont une importance primordiale pour nous, comme nous l’avons fait tout au long de notre histoire. Il serait naïf et ridicule de soutenir que la couleur de la peau du prochain président améliorera définitivement (la situation de la) communauté noire sans un activisme de base. En outre, un grand nombre de nos défis ne peuvent pas être simplement résolus par l’intervention du gouvernement.
Une meilleure unité familiale, l’éducation et l’engagement à devenir des détenteurs de pouvoirs, sont les clés de notre progrès, mais ces actions sortent des compétences du gouvernement.
Certains Démocrates Noirs affirment qu’un vote contre Obama est égal à une trahison de notre race. Plusieurs pensent aveuglément qu’un Président Obama améliorera de manière significative la situation des communautés noires à travers la nation.
Si cela est vrai, alors le nombre important de Démocrates noirs qui travaillent actuellement dans l’administration publique peuvent être blâmés pour les problèmes que l’on rencontre dans nos quartiers. En tant qu’électeur de l’État de l’Illinois (où Obama est Sénateur), j’aimerais bien constater une montée soudaine du nombre de noirs déménageant des secteurs désavantagés du sud et de l’ouest Chicago pour habiter les maisons de banlieues.
Doit-on remettre la faute sur nos dirigeants pour le nombre si peu élevé d’entre nous détenant un diplôme universitaire et pour ce grand nombre de nos enfants qui grandissent sans leurs pères? Peut-être que ces politiciens devraient être tenus pour responsables des personnes qui ont des relations sexuelles sans protection, et qui rejoignent ainsi le nombre croissant d’Africains Américains infectés par le VIH?
En tant que conservatrice noire, je soutiens globalement nos dirigeants au gouvernement et les leaders de notre communauté sans tenir compte de ma vision partisane. Cependant, je suis en désaccord avec les moyens et les idées pouvant régler certains problèmes de la meilleure façon.
Je suis confiante qu’un jour, le Parti Républicain aura un noir ou une noire candidat/e officiel/le à la présidence que je pourrai voter parce que je partagerai ses idées politiques,plutôt que simplement sa couleur de peau. Le GOP a généré quelques uns des leaders noirs les plus recommandables tels que Martin Luther Kings Jr., Booker T. Washington, Colin Powell, Condoleezza Rice, Alan Keyes, J.C. Watts et Michael S. Steele. Si les Démocrates noirs décident de ne pas voter pour un candidat noir Républicain dans l’avenir, je ne me poserai pas de questions sur leur loyauté et leur soutien à notre communauté.
~Tiffany Shorter une blogueuse sur Hip-Hop Republicans et une activiste agissant dans le domaine des affaires internationales. Avant de se joindre à Hip-Hop Republicans, elle était membre des Républicains de l’Étranger / Belgique, responsable de la coordination de l’organisation des évènements et des débats politiques. Elle a déménagé à New York après avoir vécu en Belgique où elle a obtenu une maitrise en Droit International de la Brussels School of International Studies. En plus de bloguer pour for Hip-Hip Republicans, elle a récemment lancé son propre blog World Journal 360o qui présente des informations sur les affaires internationales et politiques
L’éducation ethnique appliquée par les Afroéquatoriens
jtapia@telegrafo.com.ec
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Sur les terres où ils sont arrivés en tant qu’esclaves, les noirs enseignent l’Ethno – Éducation, une matière qui contient leur histoire.
PHOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo Les élèves du collège Valle del Chota (Imbabura) assistent pour la première fois à un cours d’Ethno-Éducation qui aborde le thème des origines du peuple noir. Le collège national 19 de Noviembre est située sur un terrain plat entouré de grandes collines couvertes de végétation desséchée. Du haut des montagnes, on aperçoit à peine le petit centre éducatif en béton, situé dans la communauté de La Concepción (Province de Carchi), dont les habitants sont principalement des agriculteurs. Au collège 19 de Noviembre, contrairement aux institutions éducatives des grandes villes où la majeure partie des collégiens est métisse, les élèves afroéquatoriens prédominent. Sur les 170 inscrits, 99 % sont ‘afro’. Le cours d’anglais de l’enseignante Olga Maldonado fait partie de cette nouvelle philosophie d’enseignement appelée Ethno-éducation qui combine les matières du programme officiel d’éducation à la culture afroéquatoriene. Dans la classe, au fond de laquelle on distingue des sacs de riz remplis de pierres et des fenêtres cassées, il n y a aucune ressource technologique sophistiquée pour appliquer la méthodologie, mais avec un tableau et un marqueur, l’enseignante suit le projet pilote. Photo: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo La maîtresse Olga Maldonado, du collèege 19 de Noviembre (Carchi), enseigne à ses élèves à parler en Espagnol, en Anglais et en choteñismo.
Dans les textes d’histoire on parle des héros indigènes, métisses et blancs, mais pas des afroéquatoriens. De même, dans le parler appelé choteñismo, on désigne une nouvelle robe par le mot “cachina”; le bifteck par “charque e carne”; la salade, “jaucha”; le fait de ne pas regarder par “pescuezo”. Tout a une traduction. De plus, elle donne ce cours parce que ces expressions se perdent à cause de l’émigration massive des jeunes vers les villes. “Quand un jeune d’ici étudie dans la ville comme ils le font normalement, leurs camarades là-bas se moquent d’eux quand ils utilisent le choteñismo, ou alors les enseignants d’Espagnol leur disent qu’’ils parlent mal. C’est la raison pour laquelle les enfants le délaissent et l’oublient”, se lamente Madame Maldonado. Dans un autre cours, celui de Littérature, l’enseignante Madame Elvira Pozo ne leur parle pas de La Ilíada, La Odisea, El Quijote, Cien Años de Soledad... Elle leur apprend d’abord la Buena Mujer y El Chivo, qui est l’histoire d’un auteur anonyme que les adultes racontent aux enfants de génération en génération pour les divertir et entretenir leur mémoire. Photo: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo Iván Pabón, qui enseigne l'Ethnographie montre à ses élèves le livre Nuestra Historia, utilisé pour les cours. Le collège19 de Noviembre est un exemple des écoles qui travaillent sous la philosophie de l’Ethno-Éducation, mais dans ce cas, ils l’abordent dans un axe transversal. C’est-à-dire que l’on implémente des connaissances appartenant à la communauté dans certaines matières comme l’Anglais, la Littérature et l’Histoire. 
Mais la particularité de l’établissement réside dans le fait que ses enseignants utilisent comme matériel didactique les connaissances ancestrales du peuple afroéquatorien de la région ; les afrochoteños, un terme employé pour faire référence à la population noire des communautés de la Cuenca Chota-Mira et Valle de Salinas.
Les élèves de dixième année se lèvent et saluent l’enseignante qui est elle aussi noire. Puis elle administre son cours pendant une heure: “C’est un cours trilingue. Ici, nous apprenons l’anglais, l’Espagnol et le choteñismo”.
“Comment dit-on attendre en anglais”, demande madame Maldonado aux élèves. Il y a un silence. Puis un élève répond timidement : “Wait”. La maîtresse le félicite. Par la suite elle pose une nouvelle question. “Et comment dit-on wait en choteñismo?”. Les petits répondent très vite en chœur “Aguaitar”.
L’exercice de vocabulaire se poursuit : “Comment dit-on lent en anglais?”. “Slow”, répond un élève. “Et en choteñismo?”, demande-t-elle... Tous vocifèrent de nouveau en rigolant: “Entecado”.
Maldonado a ses raisons pour leur enseigner le choteñismo. Elle explique que cela fait partie de l’identité de cette communauté, et qu’en tant que tel, il faut la diffuser.
L’histoire de tradition orale aborde la vie d’une femme qui subit d’une série de péripéties après qu’un chevreau-animal qui jadis abondait sur ces terres- ait mangé son bourgeon de figues.
Les enfants, à mesure que l’histoire avance reprennent en chœur l’un de ses refrains. Le nombre de personnage augmente de même que les situations qui rendent difficile l’exercice de rétention par la mémoire. “Tulpa, tulpa, volved pejes, pejes no eran míos; pejes eran del río, río llevó cachos, cachos no eran míos, cachos eran de chivo, chivo comió tuno, tuno era mío...No, tuno, tuno si era mío”, scandent les élèves en chœur.
Dans le groupe, se trouve Flor León, qui récite l’histoire sans difficulté, même si elle ne se rappelle pas comment elle l’a apprise. Elle sait seulement que lorsqu’elle était gamine, comme un jeu, elle avait entendu le refrain quelque part à La Concepción. “Je l’aime bien parce qu’elle est à nous, elle parle de nous”.
La maîtresse Elvira explique que cette dynamique de cours rentre dans le cadre de la sauvegarde, de la récupération de la tradition qui caractérise la population et dont la revalorisation est “à mettre au crédit de l’école et de la communauté ”, indique-t-elle.
Sa directrice, Barbarita Lara, qui est également membre de la Coordination Nationale des Femmes Noires de l’Équateur, indique que l’initiative est une réponse aux injustices qui existent, y compris au niveau de l’éducation. “Dans les textes d’histoire, on parle des héros indigènes et métisses, des blancs, mais avez-vous entendu parler de héros afroéquatoriens? En vérité, la réponse est non. Nous travaillons donc dans le cadre de l’Ethno-éducation”, explique Lara, qui porte un fichu sur la tête comme la plupart des femmes afroéquatoriennes de La Concepción.
Depuis huit ans, la communauté travaille sur le thème, même si ce qu’on enseigne actuellement n’est que le premier fruit d’un travail entamé il y a une dizaine d’année lorsque fut formée la Commission d’Ethno-Éducation dont font partie 63 enseignants noirs.
Le premier centre à avoir implanté l’Ethno-éducation est le Collège Technique Valle del Chota, situé dans la communauté Ambuquí (Province de Imbabura). Là-bas, le maître ‘afro’ Iván Pabón, lors de son premier cours la semaine dernière avec les troisièmes du secondaire a capté l’intérêt des garçons ‘afro équatoriens’ avec son expérience personnelle.
Il s’est placé devant le tableau et leur a confié (80% des élèves sont afroéquatoriens) que jusqu’à récemment, il ne savait rien au sujet des noirs du pays. Il leur révéla qu’une fois, un afroaméricain qui faisait une recherche sur les afroéquatoriens l’avait contacté pour lui faire une entrevue et pour qu’il l’assiste dans ce sujet.
Lorsque l’étranger lui a demandé: “Quand les noirs sont-ils arrivés dans le pays? Et d’où proviennent-ils?” Pabón s’est tu, car il ne connaissait pas le passé de ses ancêtres. “J’ai ressenti une grande honte. On ne nous a pas enseigné cela à l’école ”, expliqua-t-il peiné. Dès lors, il commença à apprendre au sujet de ses ancêtres.
Pabón, pour distraire et éduquer les élèves, invite les jeunes à remonter le passé mentalement, dans une des embarcations dans lesquelles on emmena des esclaves au pays (Selon l’histoire, ils arrivèrent exactement aux endroits où se trouvent les deux établissements pionniers en Ethno-Éducation). Il leur demande de s’arrêter et de former un cercle.
Par la suite, il leur demande de constituer des groupes en nombre différents. Il leur dit par surprise: “Formez des groupes de un”. Puis il leur demande: “Formez des groupes de 8” et ainsi de suite. Celui qui n’a pas de groupe est éliminé”. Il les informe enfin: “Bien, les groupes de travail seront formés de cette manière dans cette classe”.
Pendant le cours qui débute avec de nouveaux bancs, certains élèves se montrent surpris lorsque Pabón, également coordinateur de la Commission d’Ethno-Éducation à Imbabura et Carchi, leur indique que le premier homme sur la terre était d’origine africaine.
Il leur donne un texte pour qu’ils lisent les trois théories: la paléontologique, qui analyse l’ancienneté des restes humains retrouvés; la génétique qui étudie l’ADN et la différence entre les humains; et la biblique, qui indique que Dieu a créé l’homme. Toutes convergent sur le fait que (le premier) homme a habité l’Afrique. Partant de là, une des élèves conclue : “Monsieur, Jésus était donc noir ”… Pabón sourit et garde le silence. Il n’affirme, et ne nie rien non plus, il trouve juste à dire. “C’est une bonne réflexion”. Ainsi réussit-il à éveiller la curiosité de certains.
Les collèges 19 de Noviembre et Valle del Chota sont les pionniers en Ethno-Éducation. Pour les deuxièmes, il s’agit d’une matière optionnelle que l’on donne pendant deux heures par semaine. Il y a deux ans, elle a été enseignée à la classe de dixième, mais cette année, les élèves de troisième l’apprennent.
L’école enseigne le cours en accord avec la Loi d’Ethno Éducation qui permet aux collèges d’implémenter une matière optionnelle qui s’ajuste aux besoins du centre.
Mais l’idée du projet d’Éducation Ethnique est d’aller au delà du collège et de l’école, selon Pabón, qui est à la tête de la proposition. “Le but est que l’on enseigne l’histoire des noirs dans toutes les écoles. On espère même que ce sera le cas jusqu’à l’Université”, songe-t-il.
Antécédents
Selon les historiens, la première embarcation d’africains esclavisés est arrivée à Esmeraldas en 1553. La Loi d’Éducation permet aux collèges de proposer des matières à titre optionnel comme l’Ethno-Éducation. L’article 68 de la Constitution indique que le système éducatif inclura des programmes conformes à la diversité du pays. On utilisera des stratégies de décentralisation administratives, financières et pédagogiques.
ARIRUMA KOWI
Sous secrétaire à l’éducation pour le Dialogue interculturel
‘Cette matière élimine le racisme’
La Constitution reconnaît le caractère multiethnique et pluriculturel du pays. Ce mandat est important pour l’impulsion de projets de grande démocratisation et d’humanisation de la société équatorienne. Nous avons vécu un processus qui soutient l’homogénéisation et l’exclusion, qui a enlevé la chance de nous connaître entre nous équatoriens. L’Ethno-Éducation est donc importante dans ce cens. On devrait l’enseigner dans les différents établissements pour faire connaître le processus historique et culturel du peuple afroéquatorien. La proposition aidera à diminuer la discrimination. Dans ce sens, le Ministère de l’Éducation tient à ce que les textes éducatifs soient en permanence améliorés pour refléter la réalité culturelle du pays. Le curriculum est flexible pour que l’on puisse intégrer certaines thématiques éducatives. Les ‘afroéquatoriens’ agissent dans ce sens. La Loi d’Éducation permet à chaque enseignant de mettre ses thèmes d’étude en adéquation avec l’endroit où il travaille. Même si des fois, c’est l’initiative de ces derniers qui fait défaut.
Les Afroéquatoriens touchés par un taux de chômage élevé
Par Jimmy Tapia
jtapia@telegrafo.com.ec
Reporter - Guayaquil
Traduit de l'Espagnol Par Guy Everard Mbarga
PHOTO: MIGUEL CASTRO / El Telégrafo

Cela fait un an que Janeth Peralta est sans emploi. Pour faire vivre ses trois enfants, elle a choisi de vendre de la nourriture devant sa maison dans le quartier Nigeria.
Il est 17 h 00 ce jeudi, et Janeth Peralta, 27 ans ravive le feu d’un vieux foyer au charbon avec un éventail. Elle place le premier le premier plantain de la journée sur une grille pour le faire rôtir.
C'est le deuxième jour qu’elle sort le fourneau devant sa maison –dans le quartier urbain marginalisé connu sous le nom de Nigeria- pour vendre des tortillas de légumes, des ailes de poulets et des corviches (sorte de chausson salé). Son but est de survivre avec les bénéfices de ce petit commerce de nourriture (ses produits coûtent entre 0,25 US$ et 0,50US$). Depuis un an, elle n’a pas plus d’emploi comme 604.000 afroéquatoriens.
À côté du foyer qui est placé à une distance prudente de sa maison faite de tiges, elle raconte qu’elle a entrepris cette activité car elle ne trouve pas d’emploi. Son dernier travail était celui de bonne d’enfants pour lequel on la payait 100 US$ par mois.
“Je continue d’écouter la radio, la télévision et je lis les journaux pour voir s’il y a quelque chose, mais rien ne se passe... Quand je me déplace, on me dit toujours : ‘On vous rappellera’. Et ils ne le font jamais”, affirme Peralta, une mère célibataire de trois enfants.
À quelques mètres de là, Julio Segura, 28 ans, apparait à une fenêtre d’une maison en planche, le regard mélancolique tourné vers l’horizon. Cela fait partie de la routine de ses soirées depuis un mois que s’est terminé son contrat de soudeur.
Le maigre afroéquatorien qui connait des soucis raconte qu’il a été victime de la réduction de personnel d’une entreprise. En plus de cela, le fait qu’il deviendra bientôt papa augmente son angoisse. Il a donc acheté quelques produits comestibles avec le peu d’argent qu’il avait et a monté ce qu’il appelle une boutique . “C’est ça qui nous permet de manger”, dit-il en montrant un perchoir presque vide.
11% : le taux de chômage des afro équatoriens en 2007 selon les statistiques.
Les vies de Janeth et de Julio résument celles des autres afro équatoriens. Cette semaine au cours de laquelle on célèbre la Journée du Chômeur dans de nombreux pays, ce groupe de population culmine en tête des statistiques de chômage en Équateur.
Selon les chiffres les plus récents présentés il y a un an dans le Plan National de Développement Social et Productif (Plan Nacional de Desarrollo Social y Productivo), les afro équatoriens connaissent un taux de chômage de 11%. Plus que les indigènes qui sont à 6%, la moyenne nationale se situant à 7,9%.
Et quand on parle de sexe, la situation est encore pire pour la femme Afro équatorienne puisque leur taux de chômage atteint 17.5%.
L’anthropologue John Antón appelle ce dernier phénomène la triple discrimination: “Elles sont discriminées parce qu’elles sont femmes, noires, et pauvres”, explique le chercheur qui a participé à la collecte des dernières statistiques officielles sur le groupe en question.
Pour Antón, globalement, les Afroéquatoriens sont ceux qui occupent le moins de place dans le monde du travail, car, historiquement, ils ont été déconnecté, ce qui les a empêché d’avoir accès aux droits citoyens, économiques, sociaux et culturels.
“Le principal obstacle est le racisme structurel qui représente la charge historique d’invisibilité et d’exclusion sociale que l’État et la société pratiquent contre les Afroéquatoriens, qui furent esclaves pendant plus de 300 ans et n’ont obtenu leur liberté qu’en 1854”.
Antón indique qu’en 1998, un certain nombre de droits ont été reconnus, même si des stratégies n’ont pas été mises en place pour combattre le racisme, la discrimination et le préjugé racial.
La tendance aux inégalités se maintient si l’on révise les chiffres vieux de cinq ans. Les Afro Équatoriens représentaient alors – déjà- le nombre de chômeurs le plus élevé avec un taux de 12%. Ce qui signifie que le taux a baissé de un point, mais les Afro équatoriens restent en tête de ce classement.
La pauvreté économique selon Mary Quiñónez, membre de la Confederación Nacional Afroecuatoriana, réside dans le manque de politiques d’État reconnaissant ce peuple. Elle ajoute que l’absence d’union regroupant ce secteur pour impulser ces propositions est lié à la désagrégation géographique des noirs, qui pour survivre émigrent dans les grandes villes.
“Donc, en conséquence de l’exclusion que nous avons subie, nous nous retrouvons avec une carence de certaines capacités. Et c’est de là que provient le chômage”, explique-t-elle
Juan Carlos Ocles, de l’Unité de Développement du Peuple Afroéquatorien de la Municipalité de Quito, soutient que le chômage qui touche les Afroéquatoriens se maintient car les institutions n’ont pas créé les conditions favorables pour ce groupe.
“Les Afropéruviens ont obtenu la liberté depuis 1854, mais pas les moyens de production, ce qui nous désavantage par rapport au reste de la société. Et cela reste effectif jusqu’à présent”, rappelle Ocles.
Il ajoute que les Afroéquatoriens présentent des taux de chômage plus élevés car ils sont considérés comme des étrangers et des envahisseurs de la société. “Avec le fait d’être étranger intervient le sentiment de xénophobie, et il y a un certain rejet”.
Edmundo Aguilar, qui enseigne l’Ethnographie et le Folklore à l’École Supérieure Polytechnique du Littoral (Espol) expose des raisons supplémentaires pour expliquer le chômage des Afroéquatoriens. Selon lui, cela est dû au peu de développement qu’a connu leurs terres d’origine, comme la province d’Esmeraldas. “Les initiatives productives qu’a connu la province ont manqué de force, au contraire (de celles)des autres groupes de population. “Il y a eu un boom de la banane qu i a eu un faible impact, mais il n y a jamais eu de développement industriel”.
Il reconnait que la discrimination est un facteur ayant joué dans la faible avancée économique de ce peuple, même s’il “n’est pas le plus déterminant, car il y a eu des personnalités comme Oswaldo Hurtado, qui ont pu émerger et ont gagné un espace de pouvoir”.
Pour colmater cette brèche économique, la Corporation de Développement Afroéquatorien (Corporación de Desarrollo Afroecuatoriano -Codae), un organisme public, lance une série de projets économique cette année. Selon Wilson Villegas, le chef de projets du Codae, à Esmeraldas, divers lieux de restauration seront ouverts . Les mêmes projets régionaux sont en cours d’élaboration pour d’autres secteurs de la population. “Nous travaillons à la génération de l’emploi car c’est la clé du développement”, dit-il.
La Municipalité de Quito, un exemple à suivre
La Municipalité de Quito est l’une des institutions d’état pionnière dans le pays qui a commencé a réaliser des actions de sa propre initiative pour diminuer les taux de discrimination raciale dans le pays.
Le Conseil Municipal a dans ce cadre a créé l’Unité de Développement du Peuple Afroéquatorien (UDPA) dont l’objectif est de générer des politiques publiques visant à améliorer les conditions de vie des Afro équatoriens.
Dans l’ordonnance, la ville garantit l’accès aux droits sociaux, culturels et économiques au peuple afro équatorien. En son article 11, au point 2, il est donné à cette unité le pouvoir de recevoir les dénonciations et de réaliser les enquêtes nécessaires visant à déterminer la responsabilité des personnes ayant participé à des actes discriminatoires.
Depuis la création de ce conseil en octobre de l’année dernière, 10 dénonciations ont été reçues. “Parmi elles, il y en deux liées à des problèmes d’emplois qui ressortent. L’un relatif à une agression verbale contre un employé municipal afroéquatorien et l’autre d’un employé remercié parce qu’il est noir”, indique Juan Carlos Ocles, de l’Unité de Développement du Peuple Afroéquatorien de la Municipalité.
Lois contre le racisme
•La Constitution politique de l’Équateur indique en son chapitre 2, relatif aux Droits Civils, que toutes les personnes seront considérées égales et jouiront des mêmes droits, libertés et opportunités, sans discrimination liée à la naissance, l’âge, le sexe, l’ethnie, la couleur, l’origine sociale, la langue, la religion, la filiation politique, la position économique, l’orientation sexuelle, l’État de santé, au handicap ou différence de tout autre nature.
•Le Plan National des Droits Humains en son article 10 sur les Droits des Peuples Afroéquatoriens établit comme objectifs généraux : L’amélioration de la qualité de vie du peuple afroéquatorien, le renforcement et la consolidation du mouvement afroéquatorien et l’obtention de la reconnaissance et la protection effective des droits individuels et collectifs du peuple afroéquatorien.
Le groupe ‘afro’ est le plus touché par le chômage au pays malgré un léger progrès
Malgré les quotas, les Afrobrésiliens intègrent moins l’Université
Au cours d’une décennie durant laquelle 60 universités ont adopté la politique de quotas raciaux, la disparité entre la population blanche d’une part et la population noire et métisse d’autre part a augmenté au Brésil du point de vue de (l’accès à ) l’enseignement supérieur. Alors que la présence des blancs de 21 ans dans les universités a augmenté de 12,1 % entre 1997 et 2007, la croissance n’a été que de 6,2 % pour la population noire et métisse selon la Synthèse des Indicateurs Sociaux de l’IBGE (Institut Brésilien de Géographie et de Statistique), rendue publique mercredi dernier.
En 2007, il y avait 3,8 millions d’étudiants –étudiants et élèves compris - ayant entre 18 et 24 ans blancs, un nombre de peu supérieur aux 3,4 millions de la même tranche d’âge chez les noirs et métisses. Cependant, alors que plus de la moitié des blancs (57,9%) fréquentaient un établissement d’enseignement supérieur, à peine un quart des étudiants noirs ou métisses fréquentaient des universités.
Cette disparité s’est accentuée pendant dix ans. En 1997, le taux de fréquence au niveau supérieur était de 12,2% pour les jeunes blancs de 21 ans et de 2,6% pour les noirs et métisses. Les deux groupes ont augmenté leurs contingents en 2007, mais celui de la population blanche a grimpé à 24,2% du total, contre 12,2% pour les noirs et métisses.
La différence, selon l’ IBGE est la preuve qu’il existe toujours "un obstacle pour l’ascension sociale" de la population noire et métisse au Brésil. L’hypothèse pour expliquer cette lacune croissante entre blancs d’une part et noirs et métisses d’autre part est selon les enquêteurs est l’absence de politiques publiques au Brésil, à l’exception des"initiatives isolées" comme l’usage de quotas en faveur des noirs et des métisses adoptées par les universités publiques.
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga
Collection Afrique et Diaspora : Malunga Thereza Santos – histoire de la vie d’une guerrière
Obama stimule les politiciens Afrodescendants en Amérique Latine
Par Henry Mance - Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga
Bogota
La candidature de Barack Obama aux élections présidentielles américaines est perçue comme historique, non seulement aux États-Unis, mais également par certains leaders noirs en Amérique Latine, qui espèrent qu’elle incitera au changement dans leurs propres pays.
Ce n’est pas la première fois que les Afro Latinos Américains se tournent vers le nord de l’Amérique pour trouver de l’inspiration.

Le Sénateur Brésilien Paulo Paim
"Obama est un point de référence important pour nous," indique le sénateur Afro-Brésilien Paulo Paim.
"En Amérique Latine, le racisme a toujours été à moitié déguisé. On a toujours dit qu’il n’existe pas, alors que dans le même temps, les noirs ont été écarté des sphères de pouvoir."
On estime à au moins 110 millions le nombre de Latino Américains ayant des racines Africaines, contre environ 40 millions d’Africains-Américains aux États-Unis.
Le Brésil n’a jamais eu de président noir, malgré le fait que ses habitants ayant des ancêtres africains totalement ou en partie représentent près de la moitié de la population.
À part Haïti et la république Dominicaine qui ont des populations majoritairement noires, seuls le Venezuela et Cuba ont eu des leaders noirs au cours du 20ème Siècle.
Inspiration réaliste
Les Latinos Américains sont-ils pour autant prêts à élire des présidents noirs de façon régulière?
"Bien sûr, quand ils ont des candidates noirs ayant des qualités et du charisme," déclare Epsy Campbell, la présidente du Parti Action Citoyenne du Costa Rica.
"Ce ne sont pas électeurs qui constituent les obstacles, mais plutôt les médias et les structures des partis que l’on doit affronter pour devenir."

Epsy Campbell Barr
Paulo Paim partage le même point de vue: "Les sommes dépensées pour la campagne en vue de l’élection d’un candidat noir sont beaucoup moins élevées que celles dépensées pour un candidat blanc. Mon cas personnel a été une exception – et c’est ainsi que je suis entré au Sénat."
Le vénézuélien Hugo Chavez est l’un des présidents Latino Américain ayant mis fin à de telles pratiques politiques traditionnelles.
"Selon les critères de nombreuses personnes, on peut qualifier Chavez non pas comme noir, mais comme une personne qui a des caractéristiques raciales mixtes," affirme George Reid Andrews, professeur d’histoire de l’Université de Pittsburgh.
Mr Chavez s’est présenté comme le représentant de la majorité non blanche de la population Vénézuélienne contre l’élite blanche et la classe, souligne-t-il.
Aspirations
Bien que l’identité raciale ne soit pas aussi explicite en Amérique Latine qu’aux États-Unis, les comparaisons entre les Africains Américains et les Afro Latinos Américains s’appuient sur le fait que les deux groupes sont en très grande partie descendants d’esclaves.
Par conséquent, lorsque les Africains-Américains ont poussé pour les Droits civils et que l’Affirmative Action a débuté en 1960, les leaders noirs en Amérique Latine en ont très vite pris note.
"L’exemple des États-Unis et de son mouvement des droits civils nous montre que les questions de la conscience collective et la création des opportunités sont semblables", affirme la Ministre Colombienne de la Culture Marcela Paula Moreno.

Récemment, le Black Caucus américain- le groupe des membres Africains Américains du Congrès – a mené campagne pour l’avancement des Afro Latino Américains, en rehaussant leur stature internationale profile et peut-être en influençant même des décisions politiques importantes.
La nomination de Paula Marcela Moreno en tant que ministre (de la culture) en 2007 avait été considérée comme un geste du gouvernement colombien pour calmer le Caucus en vue des discussions sur un accord de libre échange bilatéral.
"La candidature d’Obama marque une nouvelle étape dans la reconnaissance et dans la participation politique. Cela donne l’espoir qu’en tant qu’Afrodescendant, on peut aspirer à la présidence," indique Epsy Campbell, qui est elle-même perçue comme une candidate potentielle à la présidence du Costa Rica en 2010.
C’est au Brésil que les politiciens noirs ont fait les incursions les plus importantes au cours des récentes années, où ils ont été élus comme gouverneurs d’État et maire de la plus grande ville du pays, Sao Paulo.
"Le niveau de conscience des relations raciales augmentant, pourquoi ne pourrions-nous pas élire un président noir dans un avenir pas trop lointain?" se demande Paulo Paim.
Cependant, Paula Marcela Moreno s’attend à une longue attente avant de voir un président Afro-Colombien. "Je pense que cela prendra plusieurs années et même des dizaines d’années avant que ça arrive," dit-elle.
Même sans des présidents noirs, les Afro-Latino Américains continueront d’exercer une influence électorale significative.
"Dans des pays comme le Brésil, le Venezuela et la Colombie, ils constituent une part très importante des mouvements populistes de gauche," indique le Professeur Andrews, qui compare leur rôle à celui des Africains Américains au sein du Parti Démocrate Américain.
Pour Epsy Campbell, la représentation politique permet l’avènement de "mesures sociales et économiques permettant de sortir les Afro Latino Américains de la pauvreté".
Voilà 10 ans que Paulo Paim essaie de faire passer une législation au Congrès Brésilien. Il est également un pionnier dans les initiatives d’Action Affirmative.
Paradoxalement, Cuba, l’un des pays ayant fait les plus grands pas vers l’égalité raciale, l’a fait après avoir déposé lors de la révolution de 1959 le Président Fulgencio Batista qui avait une ascendance à la fois Africaine et Européenne
"Les politiques basées sur la classe sociale [sous Fidel Castro] ont grandement profité à la population noire, car étant donné l’ampleur avec laquelle ces politiques ont bénéficié aux pauvres, elles ont profité aux Afro- Cubains," explique le Professeur Reid.
"Par exemple, un bon accès aux soins de santé a immédiatement commencé à réduire les différences raciales au niveau de l’espérance de vie."
Les Afro Latino Américains feront la fête si Barack Obama gagne en Novembre
Mais rien ne garantit que la politique d’une administration Obama envers l’Amérique du Sud sera influencée par de tels sentiments de solidarité.
À lire sur Basango, le coin de convergence des cultures africaines
1 - Afrouruguayennes et émanicpation
2 - Les Afrocolombiens de Buenaventura
3 - Le prix del'espace conquis par les Afrobrésiliens
4- La capoeira, culture d'un peuple forgée dans la lutte
5 - Terres ancestrales + Conscience noire = Survie des Noirs d'Amérique Latine
Extrait de L'Amérique Latine Afro entre 1800 et 2000 (II)
Par George Reid Andrews Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga Les «réformes urbaines» de ce type ne visaient pas seulement à moderniser les infrastructures des villes, mais également à transformer leur composition raciale et sociale. Pendant le 19ème siècle les travailleurs s’étaient entassés dans des maisons et des habitations décadentes de l’époque coloniale divisées en compartiments, connues sous des noms différents dans les différents pays : conventillos en Argentine et en Uruguay, cortiços y cabeças de porco au Brésil et solares à Cuba. Comme le boom des exportations attira un nombre croissant de migrants dans les villes de la région, ces quartiers urbains pauvres connurent également une croissance. Leur surpopulation et les conditions sanitaires infrahumaines générèrent des taux élevés de mortalité urbaine, de délinquance et d’épidémies occasionnelles qui menacèrent toute la population des villes. A travers toute l’Amérique Latine, ces quartiers étaient peuplés dans leur grande majorité par des Noirs et des mulâtres. À Cuba et au Brésil, ou des milliers de personnes récemment libérées essayèrent d’échapper à la récente captivité en se déplaçant dans les villes, cette tendance fut réellement intense. Plusieurs études sur les solares de La Havane établirent que 95% ou plus de ses habitants étaient Noirs et mulâtres. À Río de Janeiro, les immigrants Noirs venus de Bahia s’établirent dans le voisinage du centre de la ville près des quais, qui très vite répondit au nom de «Petite Afrique». A mesure que ce voisinage se remplissait, d’autres immigrants bahianais construisirent la première favela de Río, un ensemble de cabanes et de baraques provisoires sur une colline située derrière le Ministère de la Guerre. Au cours du 20ème siècle, les favelas se disséminèrent dans toute la ville et devinrent un mode commun de foyer pour les pauvres, qui comme à l’époque du changement de siècle étaient en majorité afrobrésiliens.![]()
Ce fut en grande partie pour éloigner la pauvreté et la négritude du centre de la ville que le gouvernement fédéral allait démolir et reconstruire une grande partie du centre Urbain de Río au début de la décennie 1900, expulsant les habitants des cortiços dans des quartiers suburbains éloignés et sales autour de la ligne de chemin de fer, au nord de la ville. Les résidents du centre Urbain contrattaquèrent avec la Révolte du Vaccin (Revuelta de la Vacuna), une semaine de troubles urbains en 1904. La cause immédiate de la rébellion fut une campagne gouvernementale visant à faire vacciner toute la population contre la variole, dans laquelle les fonctionnaires du gouvernement entraient dans les foyers de la classe ouvrière souvent sans permission et inoculaient tous les membres de la famille.
Les familles pauvres réagirent avec furie contre cette intrusion agressive dans leurs maisons et protestèrent également à cause de la destruction des quartiers du périmètre urbain, qui leur avaient offert des logements accessibles proches de leur lieu de travail. Beaucoup, et peut être la majorité des personnes qui allaient intervenir dans les perturbations étaient afrobrésiliennes. Alors qu’on amenait l’un des manifestants en prison, celui-ci cria en direction de la foule qu’il se battait pour «démontrer au gouvernement qu’il ne peut pas piétiner le peuple avec ses bottes... de temps en temps, il est bon que la négraille démontre qu’elle sait mourir comme un homme !».
Les troupes fédérales et la Police réprimèrent de suite la Révolte du Vaccin, et le gouvernement alla de l’avant avec son programme de rénovation urbaine. Cependant, en derniers recours, la capacité des gouvernements latino-américains à reconstruire leurs centres urbains fut limitée. Même si quelques villes pauvres furent détruites, la majorité resta en place, constituant le foyer non seulement des problèmes de la vie urbaine, mais également celui de ces joies. Dans toutes les villes de l’Amérique Latine Africaine, une de ces joies fut la création d’une vibrante culture populaire basée sur le fait africain, qui avait commencé à prendre forme pendant l’esclavage et qui à présent —comme conséquence de la liberté, des migrations et de l’urbanisation accélérée — allait fleurir et donna lieu à des éléments nouveaux et créatifs. Cette floraison était surtout visible (et audible) dans la musique et la danse. Même à Buenos Aires et à Montevideo, où la population Noire était largement surpassée par le flux d’immigrants européens, la musique et les pas du candombe—d’origine africaine— s’incorporèrent aux nouveaux styles musicaux, la milonga et le tango, qui dominaient dans les bars et les salles de danse. Et au Brésil et à Cuba où les Noirs et les mulâtres formaient soit la majorité de la population (pour le premier) ou la minorité la plus large (pour le deuxième), et où les africains avaient continué à arriver en nombre important jusqu’au milieu du 19ème siècle, la musique et la danse populaire continuèrent d’être de base africaine.
À Cuba, les deux genres principaux de cette musique étaient la rumba et le son. Les deux furent développés par des musiciens Afro-Cubains au cours de la première moitié du 19ème siècle, la rumba dans les provinces occidentales de La Havane et de Matanzas, le son dans celle située à l’est. À la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, les musiciens de l’est se déplacèrent vers La Havane ou le son rencontra une audience importante et réceptive dans les quartiers des ouvriers de la ville.
Un processus similaire avait lieu simultanément à Río de Janeiro, où les musiciens et les percussionnistes en provenance de Bahia s’unirent avec les musiciens cariocas (nés à Río) pour créer un style de musique et de danse complètement nouveau, la samba. La samba brésilienne et la rumba cubaine ont des origines communes dans les religions d’origine africaine: la rumba dérivait en partie des rythmes et de la musique de la santería et des abakuá, et la samba du candomblé bahianais mélangé à la macumba carioca. Le résultat fut que les deux styles ont des éléments assez communs : leur rythme insistant 2/4; la manière de chanter en appelant et en répondant sur une base de «batteries» de percussion; et l’agilité des danseurs au niveau des genoux, des hanches et de la partie supérieure du corps, combinées avec un pas rapide et complexe.
Ils se ressemblent également du fait que les élites cubaines et brésiliennes s’opposèrent à ces styles et les repoussèrent, en voyant en eux l’antithèse de la civilisation et du progrès européen qu’ils essayaient d’imposer dans leurs sociétés si difficiles à gouverner. La civilisation et la modernité se basaient sur l’ordre, la rationalité, la discipline et le contrôle. Pour les élites de la fin du siècle, ces danses, et en général la culture de base africaine représentaient la négation de ces valeurs. Se faisant l’écho du racisme scientifique de l’époque, les élites et les autorités de l’État invoquèrent constamment la supposée dichotomie entre civilisation européenne et la barbarie africaine, et se positionnèrent en faveur de la suppression de la culture populaire d’origine africaine dans toutes ses manifestations.
George Reid Andrews: Afro-Latinoamérica, 1800-2000 (Iberoamericana Editorial Vervuert, 2007) NOM George Reid Andrews Professeur d'Histoire Latinoaméricaine et directeur du Département d’Histoire de l’Université de Pittsburgh (EE UU). Parmi ses publications antérieures se distinguent Los afroargentinos de Buenos Aires, 1800-1900 et Negros e blancos en São Paulo, Brasil, 1888-1988 http://www.ojosdepapel.com/Index.aspx?article=2748![]()
CURRICULUM
L’Opinion des leaders des communautés noire d’Amérique Latine sur Barack Obama
La possibilité que le prochain président des États-Unis soit noir remplit d’illusions les latino-américains d’origine africaine qui voient en Barack Obama l’occasion de mettre fin au racisme, ont déclaré à Efe certains de ses représentants.
'Sa possible élection en tant que président représente l’effondrement de nombreux stéréotypes, dont le principal est la discrimination raciale ', indique Zulu Araújo, président de la Fondation Palmares, un organisme de défense de la culture noire au Brésil.
Araújo, président de la Fondation Palmares
En moyenne, un latino-américain sur cinq est descendants des Noirs et seulement au Brésil, on prévoit qu’en fin 2008, la population métisse et noire dépassera en nombre la population Blanche d’une façon minimale sur le total des 185 millions d’habitants que compte le pays, selon l’Institut de Recherche Économique Appliquée (Instituto de Investigación Económica Aplicada - IPEA).
'Cela représente un progrès de la civilisation dans un pays où il y a 40 ans on assassinait Martin Luther King et le Ku Kux Klan agissait impunément', ajoute Araújo en référence au sénateur démocrate de l’ Illinois, qui est le premier noir à devenir candidat à la présidence des États-Unis, pays fondé en 1776.
Araújo, de même que les Afrodescendants au Mexique ont bon espoir que s’il est élu président Obama, qui a pour adversaire le républicain John McCain, mettra en place des politiques d’inclusion pour ce groupe.
Les Noris Mexicains sont présent dans de petites régions de trois des 32 états du pays (Guerrero, Veracruz et Oaxaca) et n’ont pas de leaders représentatifs au niveau national.
Pour Lucía Cruz, de l’Organisation de développement Ethnique Comumunautaire Afrodescendant (ODECA) de Oaxaca, Obama 'a déjà gagné du simple fait d’être candidat officiel'.
Sonia Pierre, d’origine Haïtienne, qui est Défenseur des droits Humains de la république dominicaine a une appréciation similaire, elle qui considère que la candidature d’Obama aux élections du 4 novembre reflète le fait que les sociétés changent et avancent.

Sonia Pierre
Haïti est deuxième pays à avoir obtenu l’Indépendance en Amérique (1804) et l’a justement obtenu en devenant la 'première république noire'.
Obama 'signifie qu’un nouveau leadership a surgi de la diversité de même qu’une nouvelle voie vers la sauvegarde des droits humains et de la démocratie', indique pour sa part Juan de Dios Mosquera, leader du Mouvement National Afrocolombien Cimarrón.
Le premier candidat noir au gouvernement de Puerto Rico, Rogelio Figueroa, affirme que le fait que les États-Unis 'aient dépassé le racisme dans la nomination à la Présidence ' permet d’aspirer à de meilleures conditions sociales.

Rogelio Figueroa
Douglas Quintero, leader fondateur de l’organisation Afroamérica 21, qui regroupe divers collectifs noirs d’Amérique Latine et de la Caraïbe et dont le siège se trouve en Équateur, indique pour sa part qu’avec la candidature d’Obama 'les barrières et les stéréotypes se brisent peu à peu.
'La candidature d’Obama reflète le fait que dans le monde actuel 'il suffit d’avoir la connaissance et l’attitude suffisantes ' pour exercer cette responsabilité, ajoute-t-il.

Douglas Quintero
Pour la député et présidente de la Table de Travail Afropéruvienne (Mesa de Trabajo Afroperuana -MTA) de Perú, Martha Moyano, 'si son élection dépendait de nous, on le voterait'.

Martha Moyano
Pour l’instant, le leadership d’Obama renforce la lutte des noirs américains pour mettre fin à la discrimination et occuper des espaces de pouvoir et de décision, comme l’estime la dirigeante du Mouvement Culturel Saya Afrobolivienne Marfa Inofuentes.
Si Obama devient président des États-Unis, dit-elle, ce sera un fait 'hautement historique' qui contribuera à changer l’image des descendants africains en Amérique.
Pour les centre américains, la candidature d’Obama 'est une reconnaissance du peuple afrodescendant', indique pour sa part le leader religieux du Nord de la Caraïbe au Nicaragua, le révérend Norman Bent.
Le révérend Norman Bent
Du côté du Panama, Barack Obama 'qui aspire à devenir Président de la République' représente un modèle d’inspiration pour la population noire, indique la secrétaire exécutive de la Coordination des Organisations Noires Panaméennes (Coordinadora Nacional de Organizaciones Negras Panameñas) Eunice Meneses Araúz.
Un peu loin de cet optimisme, le fondateur et ancien directeur du Réseau des Organisations Afrovénézuéliennes (Red de Organizaciones Afrovenezolanas), Jesús 'Chucho' García, signale qu’ 'Obama ne représente pas la position de la diaspora africaine aux États-Unis (et que) sa formation a plutôt des similitudes avec l’élite blanche'.

Eunice Meneses Araúz
Cependant, García reconnait qu’ Obama représente 'un discours de type nouveau' dans son pays et pour le reste du monde.
Même l’ancien président cubain Fidel Castro a écris dans l’une de ses tribunes que 'du point du vue social et humain (Obama est) le plus avancé des candidats à la présidence ' et qu’il 'n’est pas responsable des crimes commis (par Washington) contre Cuba'.

Edgardo Ortuño
De son côté, le député afrodescendant uruguayen Edgardo Ortuño, membre du parti au pouvoir Frente Amplio a bon espoir que les États-Unis avancent 'vers le dépassement de siècles de préjugés et d’affrontements provoqués par le racisme'.
Traduit de l’espagnol par Guy Everard Mbarga
EFE
À la découverte de Sessilee Lopez, Top modèle et star montante
Par SANDRA GUZMAN
Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga
SESSILEE LOPEZ a gravi les célèbres marches du Metropolitan Museum of Art la semaine dernière, sa robe flottant sous la brise de fin d’été, ressemblant plus à une ballerine - agile, élancée et gracieuse - qu'à un top modèle. Un attroupement d'habitants de la ville et de touristes impressionnés regardaient le spectacle.
Ils étaient tout simplement émerveillés par la beauté saisissante de Sessilee - pensez à Grace Jones dans sa jeunesse et à Veronica Webb - La jeune bombe de 19 ans originaire de Philadelphie planait en se balançant dans les airs sur des talons de 6 pouces (un peu plus de 15 cm).
"C'était comme si elle courait pieds nus," indique Serena French, l’Éditrice de la section Mode du New York Post.
Si votre première réaction est de vous dire : "Eh bien, c'est ca que les tops modèles sont sensées faire," cela signifie que vous ne comprenez pas vraiment la boule d’énergie qui est en Sessilee Lopez. Bien sûr, la plupart des tops modèles se déchainent sur les podiums en immenses talons, mais cette beauté sprinte et en donne une impression de facilité. Pensez juste au doux swing de Tiger Woods, Big Papi ou Carlos Beltran et vous aurez saisi l'essentiel.
Lors de la séance de prise du Post, Sessilee démontra qu’elle pourrait être tout simplement la Michael Phelps en talons.
"Je me sens plus confortable sur les talons qu’avec des chaussures basses ou en baskets," explique le mannequin de 5 pieds et 10 pouces.
Et ce fut une paire de talons malades qui donna d’abord l’envie de vouloir faire carrière dans la mode à la petite Sessilee qui grandissait dans l’Ouest de Philadelphie.
"Ma maman et moi étions en train de regarder des extraits défilés de mode consacrés aux chutes sur le podium et Naomi Campbell en a fait une atroce," se souvient-elle. "La caméra a fait un zoom sur les chaussures et j’ai vu ses géantes Vivienne Westwoods . . . ma maman était horrifiée, mais je me souviens avoir pensé, 'Elles semblent amusantes. Je veux les porter!'"
Cette semaine, Sessilee – qui a des origines d’un formidable mélange d’Africain Américain, de Dominicain, de Portugais et de Cubain – porte plus que des talons.
C’est une beauté occupée qui a participé à au moins une dizaine de défilé pour quelques uns des designers les plus en vogue ; de Diane Von Furstenberg à Brian Reyes en passant par Givenchy ou Halston.
Elle est actuellement la muse de Steven Meisel. Et Kanye West l’a personnellement choisie pour l’adaptation du clip vidéo/film noir de sa chanson "Flashing Lights". Le printemps prochain, Sessilee fera ses débuts en tant que nouveau visage du parfum CK 1 pour la campagne publicitaire sur affiche et à la télévision.
"La vie de Sessilee s’est déroulée comme un conte de fée," raconte sa mère, Janice Celeste, en retenant des larmes. "Pas du tout facile, mais certainement avec un objectif bien défini."
Sa maman raconte qu’elle a su que le destin de sa fille serait lié au podium dès le bas âge de Sessilee.
"J’avais l’habitude de l’appeler ma petite super modèle," indique Celeste, une cinématographe de mariage. "Les enfants peuvent être cruels, et étant noire, grande, avec des cheveux crépus et un look exotique en troisième, elle se faisait beaucoup taquiner. Je devais donc lui rappeler qu’elle était splendide."
Encouragée par les standards de l’industrie (et la ténacité constante de Sessilee), Celeste s’est finalement permise de croire au rêve de sa fille et quitta Port St. Lucie en Floride avec elle et sa sœur pour s’installer dans la ville de New York. Alors qu'elle venait donc de perdre son emploi, Celeste allait devoir utiliser toutes ses économies.
"C’était risqué et effrayant, mais quand vous savez qu’une action est la bonne, il faut être audacieux et intrépide," confirme-t-elle.
Ce déménagement s’avéra payant.
Sessilee signa immédiatement pour une agence de mannequin importante à 14 ans (elle mentit pendant deux ans en disant qu’elle était plus âgée). À 16 ans, elle défilait sur les podiums de Paris et de Milan et se faisait saisir par le photographe de mode Steven Meisel.
Ce printemps, Meisel a de nouveau fait appel à elle. Sessilee qui appartient à Major Models, faisait partie des 18 Top modèles triées sur le volet par l’icône pour le numéro avant-coureur100% black du Vogue Italien. Elle adorna 27 pages d’éditorial et était parmi les quatre mannequins en couverture exclusive en compagnie de Naomi Campbell, Liya Kebede et Jourdann Dunn.
Le numéro était la réponse de Meisel et du Vogue Italien à la disette de mannequins noires sur les podiums au cours des dernières années. Si son succès prouve quelque chose – la totalité des exemplaires s’est vendu en 72 heures -c’est bien que black est beautiful.
Cela a également permis de démontrer que les noirs peuvent faire vendre. Et en réalité, ce numéro a même été re-imprimé à plusieurs reprises.
"Je ne comprends pas pour quelle raison il y a toujours seulement un ou deux mannequins noirs alors que l’on voit des dizaines de filles Russes ou de l’Europe de l’Est, ou des Brésiliennes ayant la peau claire," indique Celeste.
Puis, il y a le fait que Lopez est à la fois noire et Latina.
"Vous êtes doublement invisible," affirme Celeste, "et c’est compliqué d’expliquer les choses en détail aux gens qui ne comprennent pas. Je n’explique donc pas," ajoute-elle en parlant de la race et des cultures métissées qu’elle partage avec ses filles.
"Quand les gens ne voient en moi qu'une poulette dominicaine, ça m'affecte en quelque sorte – c’est tellement simple d’esprit," raconte Sessilee, qui fait du kick boxing pour le fun et se retrouve souvent à The Met avec sa grande sœur qui étudie au FIT.
Et jusqu’à présent, la demoiselle à la beauté classique est a fidèlement suivi la leçon essentielle de sa mère: Trouver de la fierté d’où l’on vient et dans notre propre unicité.
"Je me vois comme une forme d'art, et pas juste un portemanteau," affirme Sessilee.
À voir : http://sessileelopez.blogspot.com




