Jimmy Tapia
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Reporter - Guayaquil

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Sur les terres où ils sont arrivés en tant qu’esclaves, les noirs enseignent l’Ethno – Éducation, une matière qui contient leur histoire.

PHOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

Los estudiantes del colegio Valle del Chota (Imbabura) por primera ocasión asisten a la clase de Etnoeducación, en la que se aborda el tema de las raíces del pueblo negro. | FOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

Les élèves du collège  Valle del Chota (Imbabura) assistent pour la première fois à un cours d’Ethno-Éducation qui aborde le thème des origines du peuple noir.

Le collège national  19 de Noviembre est située sur un terrain plat entouré de grandes collines couvertes de végétation desséchée. Du haut des montagnes, on aperçoit à peine le petit centre éducatif en béton, situé dans la communauté de La Concepción (Province de Carchi), dont les habitants sont principalement des agriculteurs.

Au collège  19 de Noviembre, contrairement aux institutions éducatives des grandes villes où la majeure partie des collégiens est métisse, les élèves afroéquatoriens prédominent. Sur les 170 inscrits, 99 % sont ‘afro’. 

Mais la particularité de l’établissement réside dans le fait que ses enseignants utilisent comme matériel didactique les connaissances ancestrales du peuple afroéquatorien de la région ; les  afrochoteños, un terme employé pour faire référence à la population noire des communautés de la Cuenca Chota-Mira et Valle de Salinas.

Le cours d’anglais de l’enseignante Olga Maldonado fait partie de cette nouvelle philosophie d’enseignement appelée  Ethno-éducation qui combine les matières du programme officiel d’éducation à la culture afroéquatoriene.

Les élèves de dixième année se lèvent et saluent l’enseignante qui est elle aussi noire. Puis elle administre son cours pendant une heure: “C’est un cours trilingue. Ici, nous apprenons l’anglais, l’Espagnol et le choteñismo”.

Dans la classe, au fond de laquelle on distingue des sacs de riz remplis de pierres et des fenêtres cassées, il n y a aucune ressource technologique sophistiquée pour appliquer la méthodologie, mais avec un tableau et un marqueur, l’enseignante suit le projet pilote.

Comment dit-on attendre en anglais”, demande madame  Maldonado aux élèves. Il y a un silence. Puis un élève répond timidement : “Wait”. La maîtresse le félicite. Par la suite elle pose une nouvelle question. “Et comment dit-on  wait en choteñismo?”. Les petits répondent très vite en chœur Aguaitar”.
La maestra Olga Maldonado, del colegio 19 de Noviembre (Carchi), les enseña a sus estudiantes a hablar en español, inglés y choteñismo. | FOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo
L’exercice de vocabulaire se poursuit : “Comment dit-on lent en anglais?”. “Slow”, répond un élève. “Et en choteñismo?”, demande-t-elle... Tous vocifèrent de nouveau en rigolant: “Entecado”.

Photo: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

La maîtresse Olga Maldonado, du collèege 19 de Noviembre (Carchi), enseigne à ses élèves à parler en Espagnol, en Anglais et en choteñismo.

Dans les textes d’histoire on parle des héros indigènes, métisses et blancs, mais pas des afroéquatoriens.  

De même, dans le parler appelé  choteñismo, on désigne une nouvelle robe par le mot “cachina”; le bifteck par “charque e carne”; la salade, “jaucha”; le fait de ne pas regarder par “pescuezo”. Tout a une traduction.

Maldonado a ses raisons pour leur enseigner le choteñismo. Elle explique que cela fait partie de l’identité de cette communauté, et qu’en tant que tel, il faut la diffuser.

De plus, elle donne ce cours parce que ces expressions se perdent à cause de l’émigration massive des jeunes vers les villes. “Quand un jeune d’ici étudie dans la ville comme ils le font normalement, leurs camarades là-bas se moquent d’eux quand ils  utilisent le choteñismo, ou alors les enseignants d’Espagnol leur disent qu’’ils parlent mal. C’est la raison pour laquelle les enfants le délaissent et l’oublient”, se lamente Madame Maldonado.

Dans un autre cours, celui de Littérature, l’enseignante Madame  Elvira Pozo ne leur parle pas de La Ilíada, La Odisea, El Quijote, Cien Años de Soledad... Elle leur apprend d’abord la Buena Mujer y El Chivo, qui est l’histoire d’un auteur anonyme que les adultes racontent aux enfants de génération en génération pour les divertir et entretenir leur mémoire.

L’histoire de tradition orale aborde la vie d’une femme qui subit d’une série de péripéties après qu’un chevreau-animal qui jadis abondait sur ces terres- ait mangé son bourgeon de figues. 

Les enfants, à mesure que l’histoire avance reprennent en chœur l’un de ses refrains. Le nombre de personnage augmente de même que les situations qui rendent difficile l’exercice de rétention par la mémoire.
Tulpa, tulpa, volved pejes, pejes no eran míos; pejes eran del río, río llevó cachos, cachos no eran míos, cachos eran de chivo, chivo comió tuno, tuno era mío...No, tuno, tuno si era mío”, scandent les élèves en chœur.

   
Dans le groupe, se trouve Flor León, qui récite l’histoire sans difficulté, même si elle ne se rappelle pas comment elle l’a apprise. Elle sait seulement que lorsqu’elle était gamine, comme un jeu, elle avait entendu  le refrain quelque part à  La Concepción. “Je l’aime bien parce qu’elle est à nous, elle parle de nous”.   

La maîtresse  Elvira explique que cette dynamique de cours rentre dans le cadre de la sauvegarde, de la récupération de la tradition qui caractérise la population et dont la revalorisation est  “à mettre au crédit de l’école et de la communauté ”,  indique-t-elle.

La maestra Olga Maldonado, del colegio 19 de Noviembre (Carchi), les enseña a sus estudiantes a hablar en español, inglés y choteñismo. | FOTO: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

Photo: PAÚL NAVARRETE / El Telégrafo

Iván Pabón, qui enseigne l'Ethnographie montre à ses élèves le livre  Nuestra Historia, utilisé pour les cours.

Le collège19 de Noviembre est un exemple  des écoles qui travaillent sous la philosophie de l’Ethno-Éducation, mais dans ce cas, ils l’abordent dans un axe transversal. C’est-à-dire que l’on implémente des connaissances appartenant à la communauté dans certaines matières comme l’Anglais, la Littérature et l’Histoire.

Sa directrice, Barbarita Lara, qui est également membre de la Coordination Nationale des Femmes Noires de l’Équateur, indique que l’initiative est une réponse aux injustices qui existent, y compris au niveau de l’éducation. “Dans les textes d’histoire, on parle des héros indigènes et métisses, des blancs, mais avez-vous entendu parler de héros afroéquatoriens? En vérité, la réponse est non. Nous travaillons donc dans le cadre de l’Ethno-éducation”, explique Lara, qui porte un fichu sur la tête comme la plupart des femmes afroéquatoriennes  de La Concepción.

Depuis huit ans, la communauté travaille sur le thème, même si ce qu’on enseigne actuellement n’est que le premier fruit d’un travail entamé il y a une dizaine d’année lorsque fut formée la  Commission d’Ethno-Éducation dont font partie 63 enseignants noirs.   

Le premier centre à avoir implanté l’Ethno-éducation   est le Collège Technique Valle del Chota, situé dans la communauté Ambuquí (Province de Imbabura). Là-bas, le maître ‘afro’ Iván Pabón, lors de son premier cours la semaine dernière avec les troisièmes du secondaire a capté l’intérêt des garçons ‘afro équatoriens’ avec son expérience personnelle.

Il s’est placé devant le tableau et leur a confié  (80% des élèves sont afroéquatoriens) que jusqu’à récemment, il ne savait rien au sujet des noirs du pays. Il leur révéla qu’une fois, un afroaméricain qui faisait une recherche sur les afroéquatoriens l’avait contacté pour lui faire une entrevue et pour qu’il l’assiste dans ce sujet.

Lorsque l’étranger lui a demandé: “Quand les noirs sont-ils arrivés dans le pays? Et d’où proviennent-ils?” Pabón s’est tu, car il ne connaissait pas le passé de ses ancêtres. “J’ai ressenti une grande honte. On ne nous a pas enseigné cela à l’école ”, expliqua-t-il peiné. Dès lors, il commença à apprendre au sujet de ses ancêtres.

Pabón, pour distraire et éduquer les élèves, invite les jeunes à remonter le passé mentalement, dans une des embarcations dans lesquelles on emmena des esclaves au pays (Selon l’histoire, ils arrivèrent exactement aux endroits où se trouvent les deux établissements pionniers en Ethno-Éducation). Il leur demande de s’arrêter et de former un cercle. 

Par la suite, il leur demande de constituer des groupes en nombre différents. Il leur dit par surprise: “Formez des groupes de un”. Puis il leur demande: “Formez des groupes de  8” et ainsi de suite. Celui qui n’a pas de groupe est éliminé”.  Il les informe enfin: “Bien, les groupes de travail seront formés de cette manière dans cette classe”.   

Pendant le cours qui débute avec de nouveaux bancs,  certains élèves se montrent surpris lorsque Pabón, également coordinateur de la Commission d’Ethno-Éducation à  Imbabura et Carchi, leur indique que le premier homme sur la terre était d’origine africaine.

Il leur donne un texte pour qu’ils lisent les trois théories: la paléontologique, qui analyse l’ancienneté des restes humains retrouvés; la génétique qui étudie l’ADN et la différence entre les humains; et la biblique, qui indique que Dieu a créé l’homme. Toutes convergent sur le fait que (le premier) homme a habité l’Afrique. Partant de là, une des élèves conclue : “Monsieur, Jésus était donc noir ”… Pabón sourit et garde le silence. Il n’affirme, et ne nie rien non plus, il trouve juste à dire. “C’est une bonne réflexion”. Ainsi réussit-il à éveiller la curiosité de certains.

Les collèges 19 de Noviembre et Valle del Chota sont les pionniers en Ethno-Éducation. Pour les deuxièmes, il s’agit d’une matière optionnelle que l’on donne pendant deux heures par semaine. Il y a deux ans, elle a été enseignée à la classe de dixième, mais cette année, les élèves de troisième l’apprennent.


L’école enseigne le cours en accord avec la Loi d’Ethno Éducation qui permet aux collèges d’implémenter une matière optionnelle qui s’ajuste aux besoins du centre.   

Mais l’idée du projet d’Éducation Ethnique est d’aller au delà du collège et de l’école, selon Pabón, qui est à la tête de la proposition.  “Le but est que l’on enseigne l’histoire des noirs dans toutes les écoles. On espère même que ce sera le cas jusqu’à l’Université”, songe-t-il.

Antécédents


Selon les historiens, la première embarcation d’africains esclavisés est arrivée à Esmeraldas en 1553.   La Loi d’Éducation permet aux collèges de  proposer des matières à titre optionnel comme l’Ethno-Éducation. L’article 68 de la Constitution indique que le système éducatif inclura des programmes conformes à la diversité du pays.  On utilisera des stratégies de décentralisation administratives, financières et pédagogiques.

ARIRUMA KOWI

Sous secrétaire à l’éducation pour le Dialogue interculturel

‘Cette matière élimine le racisme’

La Constitution reconnaît le caractère multiethnique et pluriculturel du pays. Ce mandat est important pour l’impulsion de projets de grande démocratisation et d’humanisation de la société équatorienne. Nous avons vécu un processus qui soutient l’homogénéisation et l’exclusion, qui a enlevé la chance de nous connaître entre nous équatoriens. L’Ethno-Éducation est donc importante dans ce cens. On devrait l’enseigner dans les différents établissements pour faire connaître le processus historique et culturel du peuple afroéquatorien. La proposition aidera à diminuer la discrimination. Dans ce sens, le Ministère de l’Éducation tient à ce que les textes éducatifs soient en permanence améliorés pour refléter la réalité culturelle du pays. Le curriculum est flexible pour que l’on puisse intégrer certaines thématiques éducatives. Les ‘afroéquatoriens’ agissent dans ce sens. La Loi d’Éducation permet à chaque enseignant de mettre ses thèmes d’étude en adéquation avec l’endroit où il travaille. Même si des fois, c’est l’initiative de ces derniers qui fait défaut.