Par Henry Mance - Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga

Bogota

La candidature de Barack Obama aux élections présidentielles américaines est perçue comme historique, non seulement aux États-Unis, mais également par certains leaders noirs en Amérique Latine, qui espèrent qu’elle incitera au changement dans leurs propres pays.

Ce n’est pas la première fois que les Afro Latinos Américains se tournent vers le nord de l’Amérique pour trouver de l’inspiration.

Le Sénateur Brésilien Paulo Paim

"Obama est un point de référence important pour nous," indique le sénateur Afro-Brésilien Paulo Paim.

"En Amérique Latine, le racisme a toujours été à moitié déguisé. On a toujours dit qu’il n’existe pas, alors que dans le même temps, les noirs ont été écarté des sphères de pouvoir."

On estime à au moins 110 millions le nombre de Latino Américains ayant des racines Africaines, contre environ 40 millions d’Africains-Américains aux États-Unis.

Le Brésil n’a jamais eu de président noir, malgré le fait que ses habitants ayant des ancêtres africains totalement ou en partie représentent près de la moitié de la population.

À part Haïti et la république Dominicaine qui ont des populations majoritairement noires, seuls le Venezuela et Cuba ont eu des leaders noirs au cours du 20ème Siècle.

Inspiration réaliste

Les Latinos Américains sont-ils pour autant prêts à élire des présidents noirs de façon régulière?

"Bien sûr, quand ils ont des candidates noirs ayant des qualités et du charisme," déclare Epsy Campbell, la présidente du Parti Action Citoyenne du Costa Rica.

"Ce ne sont pas électeurs qui constituent les obstacles, mais plutôt les médias et les structures des partis que l’on doit affronter pour devenir."

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Epsy Campbell Barr

Paulo Paim partage le même point de vue: "Les sommes dépensées pour la campagne en vue de l’élection d’un candidat noir sont beaucoup moins élevées que celles dépensées pour un candidat blanc. Mon cas personnel a été une exception – et c’est ainsi que je suis entré au Sénat."

Le vénézuélien Hugo Chavez est l’un des présidents Latino Américain ayant mis fin à de telles pratiques politiques traditionnelles.

"Selon les critères de nombreuses personnes, on peut qualifier Chavez non pas comme noir, mais comme une personne qui a des caractéristiques raciales mixtes," affirme George Reid Andrews, professeur d’histoire de l’Université de Pittsburgh.

Mr Chavez s’est présenté comme le représentant de la majorité non blanche de la population Vénézuélienne contre l’élite blanche et la classe, souligne-t-il.

Aspirations

Bien que l’identité raciale ne soit pas aussi explicite en Amérique Latine qu’aux États-Unis, les comparaisons entre les Africains Américains et les Afro Latinos Américains s’appuient sur le fait que les deux groupes sont en très grande partie descendants d’esclaves.

Par conséquent, lorsque les Africains-Américains ont poussé pour les Droits civils et que l’Affirmative Action a débuté en 1960, les leaders noirs en Amérique Latine en ont très vite pris note.

"L’exemple des États-Unis et de son mouvement des droits civils nous montre  que les questions de la conscience collective et la création des opportunités sont semblables", affirme la Ministre Colombienne de la Culture Marcela Paula Moreno.

Récemment, le  Black Caucus américain- le groupe des membres Africains Américains du Congrès – a mené campagne pour l’avancement des Afro Latino Américains, en rehaussant leur stature internationale profile et peut-être en influençant même des décisions politiques importantes.

La nomination de Paula Marcela Moreno en tant que ministre (de la culture) en 2007 avait été considérée comme un geste du gouvernement colombien pour calmer le Caucus en vue des discussions sur un accord de libre échange bilatéral.                                                                            

                                                                                                             

"La candidature d’Obama marque une nouvelle étape dans la reconnaissance et dans la participation politique. Cela donne l’espoir qu’en tant qu’Afrodescendant, on peut aspirer à la présidence," indique Epsy Campbell, qui est elle-même perçue comme une candidate potentielle à la présidence du Costa Rica en 2010.

C’est au Brésil que les politiciens noirs ont fait les incursions les plus importantes au cours des récentes années, où ils ont été élus comme gouverneurs d’État et maire de la plus grande ville du pays, Sao Paulo.

"Le niveau de conscience des relations raciales augmentant, pourquoi ne pourrions-nous pas élire un président noir dans un avenir pas trop lointain?" se demande Paulo Paim.

Cependant, Paula Marcela Moreno s’attend à une longue attente avant de voir un président Afro-Colombien. "Je pense que cela prendra plusieurs années et même des dizaines d’années avant que ça arrive," dit-elle.

Même sans des présidents noirs, les Afro-Latino Américains continueront d’exercer une influence électorale significative.

"Dans des pays comme le Brésil, le Venezuela et la Colombie, ils constituent une part très importante des mouvements populistes de gauche," indique le Professeur Andrews, qui compare leur rôle à celui des Africains Américains au sein du Parti Démocrate Américain.

Pour Epsy Campbell, la représentation politique permet l’avènement de "mesures sociales et économiques permettant de sortir les Afro Latino Américains de la pauvreté".

Voilà 10 ans que Paulo Paim essaie de faire passer une législation  au Congrès Brésilien. Il est également un pionnier dans les initiatives d’Action Affirmative.

Paradoxalement, Cuba, l’un des pays ayant fait les plus grands pas vers l’égalité raciale, l’a fait après avoir déposé lors de la révolution de 1959 le Président Fulgencio Batista qui avait une ascendance à la fois Africaine et Européenne

"Les politiques basées sur la classe sociale [sous Fidel Castro] ont grandement profité à la population noire, car étant donné l’ampleur avec laquelle ces politiques ont bénéficié aux pauvres, elles ont profité aux Afro- Cubains," explique le Professeur Reid.

"Par exemple, un bon accès aux soins de santé a immédiatement commencé à réduire les différences raciales au niveau de l’espérance de vie."

Les Afro Latino Américains feront la fête si Barack Obama gagne en Novembre

Mais rien ne garantit que la politique d’une administration Obama envers l’Amérique du Sud sera influencée par de tels sentiments de solidarité.

            

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/7596087.stm