Par Monica Carrillo

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Traduit de l'anglais par Guy Everard Mbarga

En tant que femme Afropéruvienne, je suis confrontée à la discrimination raciale et sexuelle chaque jour. J'aimerais vous raconter comment se déroulent deux heures de ma vie à marcher dans les rues au Pérou. À 17 h, je rencontre un père et son fils. Le père me montre du doigt. Il rigole et dit  “Un monstre, un monstre! Est-ce que tu vois le monstre?” L'enfant dit, “Sa peau est brûlée!” A 18 h, je rencontre deux hommes sur mon chemin. L'un d'eux me demande, “Madame, tu es Africaine? Mon docteur dit que tu es le meilleur remède, car tu peux rendre un homme très heureux.” À  18 h 10, un chauffeur de taxi se met à me suivre. Il me dit de monter dans sa voiture: “Négresse, allez.”Je m'énerve et je crie vers sa direction. Il dit, “Tu devrais même me remercier de te regarder.” Il ne s'agit pas juste d'une mauvaise journée. C'est pareil tous les jours. Imaginez donc ce qui arrive aux filles Afropéruviennes plus jeunes que moi, des fillettes qui vivent dans la ville pauvre d’El Carmen ou dans un port du nom d’El Callao, situé à Lima.

Les touristes ayant de l'argent les approchent constamment, leur demandant de danser pour des sous -ou pour avoir des relations sexuelles. Et ces filles pensent qu'elles doivent dire “oui.” Elles pensent que le sexe est la seule façon d’avoir une vie meilleure. J'ai créé mon organisation, LUNDU, il y a six ans, car je voulais que les jeunes Afropéruviens aient plusieurs choix. Depuis 2004, Coalition soutient notre travail auprès des jeunes  à El Carmen. Nous travaillons avec les enfants et les adolescents - le plus souvent des filles-pour développer les techniques de résistance au sexisme, au préjugé et à ce que nous appelons racisme internalisé qui nous fait haïr notre culture et nos propres corps.

Une des méthodes que nous utilisons pour aider les enfants et le les jeunes à apprécier leur identité Afro péruvienne est par le biais d'une activité appelée le Masque. On demande aux filles faisant partie de notre programme de fabriquer un masque de leurs visages en plâtre. On leur demande par la suite de porter le masque, de lui donner un nom, et de raconter une histoire imaginaire à son sujet.

Esmerelda, qui a 19 ans raconte l'histoire de son masque: “Je m'appelle Maria. Je suis blanche, et j'ai des cheveux bruns et raides. Mes yeux sont bleus. J'ai ma propre école de danse. Je voyage à l'étranger”. Comme beaucoup de filles faisant partie du programme, Esmerelda, qui est Afro-péruvienne a créé un personnage qui est blanc, ayant des cheveux raides et aux yeux bleus. Esmerelda enlève alors son masque, et raconte sa propre histoire:
Je m'appelle Esmerelda. Je suis noire. Je n'aime pas mon visage. Il est si gros. Je n'aime pas danser pour des sous. ”Quand les filles comparent l'histoire de leur masque avec la leur, elles deviennent en colère, et se mettent à pleurer-leur réalité est si différente de leurs rêves. Alors, en groupes de pairs et avec l'équipe de  LUNDU, nous travaillons à construire  leur estime de soi - pour qu'elles aiment réellement les personnes qu'elles sont, de belles jeunes femmes noires. Nous sommes en train d'établir un nouveau centre de jeune à  El Carmen. Avec ce centre, on pourra atteindre plus de personnes qui ont besoin de notre soutien. Avec Coalition, rendre plus de jeunes femmes plus fortes contre la violence, les abus, les relations sexuelles forcées, les grossesses non désirées et le SIDA. Nos filles croient que leurs vies ont une valeur. Lorsque les touristes leur demandent de danser, ou d'avoir des relations sexuelles, nos filles peuvent dire  “non”. Elles apprennent à vivre sans porter un masque.
www.racismonuncamas.com
and www.oruperu.com