Rechercher sur AfrikBlog

Noirs d'Amérique Latine

Textes traduits témoignant du passé et du quotidien des Afrodescendants des Amériques et des Caraibes

31 décembre 2007

L’art Afro-Portoricain célébré au Musée de Nuestra Raíz Africana

Depuis 1999, La Plaza San José dans le Vieux San Juan dispose d’un espace pour documenter, préserver et faire connaitre l’influence de la race noire à Porto Rico.

Le musée célèbre l’héritage africain de l’île de Borinquen à travers des peintures, des photographies, des documents et des artefacts qui évoquent différentes périodes historiques. Selon ce qui est indiqué sur la brochure du musée, l’un de ses objectifs est de préserver, de collecter, documenter et diffuser l’histoire et la culture de Porto Rico dérivée de l’expérience des habitants noirs de l’île.

Les expositions du musée ont été ordonnées chronologiquement, en documentant l’origine, l’histoire et l’arrivée des esclaves africains à Porto Rico. Le premier niveau dispose de diverses salles d’exposition qui permettent de connaitre la géographie, la structure sociale et la religion des groupes d’esclaves africains qui arrivèrent sur l’île en provenance de l’Afrique Centrale et de l’Ouest. Parmi les principaux groupes ethniques qui se distinguent, on retrouve les Ashanti, les Yoruba, les Bantus et les Congo.

Une des salles informe sur la terrible traversée des noirs esclaves vers le Nouveau Monde à travers des peintures et des photographies des 16ème et 17ème siècles. Elle compte également une reconstitution de ce trajet qui montre comment les esclaves étaient entassés et beaucoup d’entre eux périssaient. Deux témoignages impressionnants qui font foi de la terrible réalité qu’ils ont vécue.

Les salles du deuxième étage invitent à connaitre l’influence de la culture africaine dans la réalité de Porto Rico. De la rencontre des africains avec les indiens Taínos à la présence de la religion Yoruba que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Santería et qui fusionne la croyance en des dieux Yorubas  et des saints catholiques.

D’autres expositions illustrent la vie des noirs qui habitaient l’île depuis l’abolition de l’esclavage en 1868. Les africains et leurs descendants avaient peu ou pas d’opportunités d’évoluer et durent affronter la discrimination.

Une photo du célèbre afroboricua Rafael Cordero fait connaitre son combat pour offrir une éducation aux garçons et aux filles noirs et à tous ceux qui en avait besoin. Il donnait les cours de chez lui et allait finalement réussir à ouvrir une école dans la zone connue aujourd’hui sous le nom de Viejo San Juan (Vieux San Juan).

Il ne pouvait pas manquer une section dédiée à la musique et à l’art. Le musée conserve des tambours utilisés pour jouer la "Bomba", un style musical d’origine africaine, de même que des vêtements traditionnels des danseuses. De la même manière, des artefacts montrent comment les festivals, les coutumes et la nourriture typique de Porto Rico ont leurs racines en Afrique.

Une des expositions les plus festives montre l’art Afro-Portoricain de diverses localités comme les masques utilisés lors des festivals musicaux de Loiza, dont la population est en majorité noire. Des peintures de célèbres artistes portoricains comme Samuel Lind et Antonio Broccoli faisant allusion à des scènes de musique, de danse et de tambours de Bomba et de Plena sont également exposés.

Traduit de l‘Espagnol par Guy everard Mbarga

http://es.caoba.org/edicion8/cultureclub/arte/museo/article.html

http://www.seeingblack.com/2004/x021304/puertorico.shtml

Ximena Viáfara, une éducatrice afrocolombienne en Afrique

Elle fera un voyage en Guinée ou elle mettra en pratique sa méthode d'éducation basée sur la tradition orale.

Ximena Andrea Viáfara Mina, une enseignante du préscolaire et lauréate d'un concours passera le Noel prochain à mille kilomètres de sa terre natale. Elle voyagera en Guinée - Bissau, un petit pays d'Afrique isolé, à la recherche d'un rêve qu'elle a caressé pendant les 28 années de sa vie.

Les invitations répétées de ses frères John, joueur de l'équipe de Southampton en Angleterre et de Jaime Andrés, qui joue au volley-ball en Turquie n'ont pas réussi à la faire abandonner ses plans en allant habiter avec l'un d'eux en Europe.

Elle sent que son esprit ne peut trouver l'équilibre nécessaire que si elle se rend en mission sur la terre de ses ancêtres et met son grain de sable dans la formation des petits guinéens.

Même la possibilité de poursuivre sa brillante carrière en tant qu'enseignante ne l'a pas séduite, peu après avoir reçu un prix Secrétariat à l'Éducation de Valle, celui de gagnante du Concours des Enseignants réservé aux écoles qui accueillent des afro colombiens.

La fille de José Viáfara et de María Mina a appris de ses grands-parents Hercilia et Prudencio, de simples paysans que, par le biais de l'oralité, à travers la narration de contes, ils avaient l'habitude d'enseigner aux petits de leur village.

Ximena s'est nourrie de cette pédagogie ancestrale et l'a appliqué de façon remarquable comme étudiante avec les enfants de la région nord de Jamundí, à Puente Vélez, et pendant les quatre dernières années à l'école Alfonso López Pumarejo, à Robles, Valle del Cauca.

Ximena a obtenue un diplôme en Éducation Préscolaire, encouragée par la nécessité de sauvegarder le savoir ancestral en le transmettant aux enfants. Lorsqu'elle a été invitée en Afrique pour effectuer un travail similaire, elle n'a pas hésité un seul instant à accepter.

http://www.revistaebano.com/pages/comunidad.html

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

Posté par guyzoducamer à 01:48 - Portraits - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

93% de présentateurs de la télévision publique sont blancs au Brésil

Le pourcentage de journalistes travaillant devant les caméras de la TVE (Rio), de TV Cultura (SP) et de TV Nacional (DF) obéit au patron suivant : 93,3% sont blancs ou euro descendants; 5,5%, noirs (noirs + métisses) afrodescendants et 1,2% descendants d’amérindiens. On note également une sous représentation thématique de la communauté noire dans la programmation de ces émissions. Cette donnée fait partie de la recherche Onde está o Negro na TV Pública? (La place du noir dans la Télévision Publique) réalisée par la Fondation Culturelle Palmares. Cet aspect fut l’un de ceux débattus durant le séminaire TV Pública, Ação Afirmativa e Direitos Humanos (La Télévision Publique, l’Action Affirmative et les Droits Humains) qui s’est tenu le 11 décembre dernier à l’auditorium du Syndicat des Journalistes Professionnels de la Ville de Rio de Janeiro, et organisé par la Commission des Journalistes pour l’Égalité Raciale (Cojira-Rio).

Pour Délcio Teobaldo, journaliste de la TVE et professeur d’université, il est important que des femmes noires et des hommes noirs apparaissent devant les écrans, mais également, et plus particulièrement dans la production des programmes diffusés. “C’est important, car ces professionnels peuvent influencer le contenu de ce qui est transmis aux téléspectateurs”, affirme-t-il.

Le président du Syndicat des Artistes et des Techniciens de Spectacles et des Divertissements de Rio de Janeiro (Sated), Jorge Coutinho a révélé qu’au cours d’une réunion récente avec les dirigeants de TV Globo durant laquelle la question salariale fut débattue pendant six heures de suite, il a abordé le problème de l’insertion des noirs et de leurs communautés dans la programmation de l’émetteur.

Le communicateur  Marcio Gualberto, coordinateur du Collectif des Entités Noires (Coletivo de Entidades Negras) dans le Rio de Janeiro et éditeur du blog Palavra Sinistra a fait remarquer qu’il est faut créer des stratégies pour les femmes et les hommes noirs puissent se former pour affronter le marché du travail dans cette période de digitalisation de la télévision et de la radio au Brésil. Coutinho est allé dans le même sens et a ajouté qu’il s’agit de l’une des préoccupations de son administration au Sated.

Gualberto a également critiqué la façon de choisir la composition du Conseil d’Administration de Empresa Brasil de Comunicação (EBC), même s’il reconnait que les conseillers choisis ont une représentativité dans leurs champs d’action. “La société civile organisée devrait être entendue par le gouvernement fédéral avant toute définition sur le mode de constitution du Conseil d’Administration”, souligne-t-il.

La coordination de la table de conférences était à la charge de la journaliste Angélica Basthi, membre de la Cojira et conseillère de l’organisation non gouvernementale Justiça Global. Elle a rappelé que le Brésil a activement participé en 2001 à la Conférence Internationale de la lutte contre le Racisme organisée par l’ONU à  Durban, en  Afrique du Sud. “En signant le document final de cette rencontre officielle, il (le Brésil) s’est engagé à mettre en œuvre toutes ses résolutions, y compris la promotion de la communauté noire dans la communication sociale et sur le marché du travail”, a-t-elle observé.

Le journaliste Carlos Alberto de Oliveira, ou Caó, conseiller de l’Association Brésilienne de Presse (Associação Brasileira de Imprensa, (ABI), a affirmé que ce qu’on appelle la Télévision Publique doit avoir comme finalité principale de contribuer à l’organisation et à la mobilisation de l’opinion publique brésilienne pour mener le pays à une institution dans laquelle on vit une véritable égalité raciale. “Sans cela, si rien n’est fait, il n y aura pas de Brésil, il n y aura pas de civilisation qui puisse commencer et se terminer ”, affirme Caó, ex-président du Syndicat des Journalistes Professionnels de Rio et auteur de la loi qui criminalise le racisme au Brésil depuis 1989.

Le séminaire a été enregistré en vidéo par une équipe de TV Rocinha, représentée par le producteur Lindemberg Silva, et une autre de la Centrale Unique des Favelas (Central Única de Favelas, Cufa), représentée par les producteurs Carlos Saci et Clécio Gomes.
Un documentaire institutionnel de Antes das palestras foi exibido o documentário institucional da TV Rocinha.

L’événement a reçu le soutien de la Commission d’État de Lutte contre la Discrimination Raciale de la Centrale Unique des Travailleurs du Rio de Janeiro  (Comissão Estadual de Combate à Discriminação Racial da Central Única dos Trabalhadores do Rio de Janeiro,CECDR/CUT-RJ), representée par son coordinnateur Cláudio Vovô.

Source: Syndicat des Journalistes

Traduit du Portugais par Guy everard Mbarga

http://www.irohin.org.br/onl/new.php?sec=news&id=2540

27 décembre 2007

Carolina Maria de Jesus et Lélia Gonzalez, Afrobrésiliennes de caractère

Le racisme? C’est l’ensemble des idées basées sur la supposée existence d’une race supérieure.Carolina Maria de Jesus et Lélia Gonzalez ont vaincu, chacune à sa manière cette question.

Carolina par le biais de son œuvre majeure, Quarto de Despejo. Un Livre qui révèle les blessures, les préjudices et les discriminations soufferts par l’auteure parce qu’elle était noire et pauvre. Elle a commencé à consigner son quotidien d’habitante de favela dans un livret trouvé dans les ordures. Sous la forme d’un journal intime, le livre est devenu un important témoignage, par le biais d’une dénonciation sociopolitique d’une culture hégémonique qui exclut ceux qui sont différents. "J’ai nourris, éduqué et aimé mes trois enfants. J’ai fouillé le papier, j’ai inspecté les ordures. C’est également le papier qui m’a donné à manger grâce à l’écriture", disait-elle une fois.

Lélia par sa combativité. En 1978 plusieurs mouvements se sont retrouvés autour du débat sur l’action à mener le 13 mai. Le jour anniversaire  de l’abolition de l’esclavage. Alors qu’on était encore en plein régime militaire, le mouvement suggérait comme principale bannière la lutte contre la discrimination raciale. Malgré la dictature,  la confluence de certains débats et l’organisation de certains groupes permirent la fondation, le 18 juin 1978, du Mouvement Unifié contre la Discrimination Raciale. C’est seulement en décembre 1979 qu’il deviendra le Mouvement Noir Unifié (MNU), nom qu’il conserve jusqu’à présent. Lélia fut l’une des fondatrices du MNU et consacra sa carrière académique à l’étude des relations raciales au Brésil. "La politique et la théorie doivent se rencontrer, c’est pour cela que j’ai posé ma candidature aux charges électives. Je suis noire et femme, et cela ne signifie pas que je suis la mulâtresse savoureuse, la domestique esclave ou la mère noire au bon Coeur", indiqua-t-elle une fois.

Carolina Maria de Jesus (1914-1977) ILUSTRAÇÕES: ÉLCIO TORRES

Elle est née à l’intérieur de l’État de Minas Gerais, à Sacramento, le 14 mars 1914. Issue d’une famille extrêmement pauvre, elle avait plus de sept frères et a dû travailler très tôt pour soutenir le foyer.

Par conséquent, elle n’alla à l’école que jusqu’à la deuxième année du primaire. Dans les années 30, elle déménagea à São Paulo pour vivre dans la favela de Canindé. Elle gagnait son pain et celui de ses trois enfants en fouillant le papier. Dans les déchets, Carolina trouva un livret dans lequel elle commença à consigner son quotidien d’habitante de favela, sous la forme d’un journal intime. Découverte par le journaliste Audálio Dantas, reporter de la Folha da Noite, Carolina a vu ses annotations publiées en 1960 dans le livre Quarto de Despejo, qui s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires.

L’œuvre fut traduite en 29 langues. En 1961, le livre fut adapté en une pièce de théâtre par Edi Lima et mis en scène au Théâtre Nídia Lícia la même année. Un film a également été produit par la télévision allemande qui a utilisé l’auteure comme actrice de Despertar de um Sonho (inédit au Brésil). En 1963, Carolina publia chez l’éditeur Áquila, le livre Pedaços da Fome, avec une présentation de Eduardo de Oliveira. En 1965, elle publiera Provérbios. En 1977, au cours d’une interview accordée à des journalistes français, Carolina livra ses notes biographiques dans lesquelles elle racontait son enfance et son adolescence. En 1982, le matériel fut publié à titre posthume en France et en Espagne, et lancé au Brésil en 1986 sous le titre Diário de Bitita, chez l’éditeur Nova Fronteira. Carolina fut l’une des seules brésiliennes incluses dans l’Anthologie des Écrivaines Noires publiée en 1980 par la Random House à New-York. Elle est également incluse dans le Dictionnaire Mondial des Femmes Notables, publié à Lisbonne par Lello & Irmão. Carolina est décédée à São Paulo le 13 février 1977.

Lélia Gonzalez (1935-1994)

ILUSTRAÇÕES: ÉLCIO TORRES

Née à Belo Horizonte en 1935, fille d’un cheminot et d’une femme d’origine indigène, Lélia Almeida González est partie à Rio de Janeiro dans les années 40. Professeure dans diverses universités et écoles importantes, sa dernière charge académique fut celle de Directrice du Département de Sociologie et de Politique de la Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro (PUC-Rio). Elle a consacré sa carrière académique à l’étude des relations raciales dans le pays, étant responsable de l’introduction du débat sur le racisme dans les universités brésiliennes. Entre 1976 et 1978, elle administra en tant que pionnière des cours sur la Culture Noire au Brésil à l’École des Arts Visuels au Parque Lage, un espace culturel important de Rio de Janeiro. En 1976, elle adhéra au Grêmio Recreativo de Arte Negra et à l’École de Samba Quilombo, ce qui illustre de sa quête de l’élimination de l’opposition entre la culture et l’action politique. O enredo da Quilombo, en 1978, fut écrit par Antônio Candeia Filho, en se basant sur le travail de Lélia et d’autres noms reconnus dans les études sur les noirs – le développé par l’école fut les 90 ans de l’abolition. Parmi les fondatrices du Mouvement Noir Unifié, elle participa à la création de l’Institut de Recherche des Cultures Noires (Instituto de Pesquisas das Culturas Negras,IPCN-RJ), du Nzinga Collectif des Femmes Noires ( Nzinga Coletivo de Mulheres Negras-RJ) et du Olodum-BA. Elle présenta sa candidature à la députation fédérale aux élections de 1982 pour le Parti des Travailleurs (PT) à Rio de Janeiro. Elle milita au PT entre 1981 et 1986.

La même année, elle s’affilia au Parti Démocratique Travailliste ( Partido Democrático Trabalhista, PDT), et se présenta aux élections pour la députation de l’État. Jusqu’au milieu des années 80, Lélia fut peut être la militante noire qui participa le plus aux séminaires et aux congrès à l’intérieur et à l’extérieur du Brésil. Ses contributions ayant eu le plus grand impact furent celles qui cherchèrent à articuler les questions de genre et de racisme. Un de ces textes emblématiques est Racismo e Sexismo na Cultura Brasileira (Racisme et sexisme dans la culture brésilienne). Lélia Gonzalez fut victime d’un infarctus le juillet 1994 à Rio de Janeiro.

Traduit du Portugais par Guy everard Mbarga

“L’amiral noir ” João Cândido Felisberto devient Héros de la Patrie

Encruzilhada do Sul – Le Sénat a approuvé en séance plénière la semaine dernière le projet du sénateur Paulo Paim (PT/RS) qui établit l'inscription du nom de João Cândido Felisberto dans le Livre des Héros de la Patrie. Le militaire brésilien de race noire qui appartenait à la Marine de Guerre du Brésil et né à Encruzilhada do Sul a mené la Révolte de la Chibata (1910). Le projet se trouve désormais à la Chambre des Députés.

Le mouvement mené par João Cândido était opposé à la punition physique des marins par le biais de coups de fouet comme le prévoyait le règlement du régiment de la force navale de guerre, et fut déclenché après la mort d'un marin noir qui avait reçu près de 200 coups de fouet. La révolte se termina par une victoire et le gouvernement brésilien mis fin à ce mode de punition dans la Marine.

João Cândido est resté connu sous le nom de l' "Almiral Noir" ou "Navigateur Noir", et il a reçu un hommage des compositeurs Aldir Blanc et João Bosco dans la chanson O Mestre-Sala dos Mares. "En 2008, nous nous battrons pour que le marin João Cândido soit amnistié ", indique Paim.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

26 décembre 2007

L'histoire des Afroargentins(II)

Les noirs dans la formation de l’Argentine 

imagen nota

Malgré leur réduction à l’esclavage, des témoignages de l’époque soutiennent qu’à Buenos Aires et à Montevideo, les esclaves étaient traités avec moins de cruauté qu’à d’autres endroits. José Antonio Wilde, à Buenos Aires depuis 70 ans (1810-1880) disait ceci:

Citation:

Les esclaves avaient été traités avec beaucoup d’affection par leurs maîtres, et ça n’a rien à voir avec le traitement donné dans d’autres colonies.


Cela ne l’empêchait cependant pas de reconnaitre que :

Citation:

Les maîtresses tourmentaient plus ou moins cette portion malheureuse du genre humain (et qu’ils) étaient entre nous en général mal habillés.

Les étrangers qui venaient ont laissé la même opinion quant aux meilleurs traitements.
Par exemple, Alexander Gillespie, capitaine de l’armée britannique durant les invasions anglaises écrivit dans ses mémoires qu’il fut surpris par le bon traitement qu’ils recevaient contrairement à leurs planteurs et ceux d’Amérique du Sud et poursuivait ainsi :

Citation:

"Ces malheureux arrachés à leur terre, lorsqu’ils  sont achetés Buenos Aires, le premier soin du maître est d’instruire son esclave dans la langue maternelle de l’endroit, ainsi que dans les principes généraux et sur le credo de sa foi "...."Les maîtres, d’après ce qu’on peut voir, s’occupaient également de leur morale domestique. Tous les matins avant le départ de la maîtresse à la messe, elle les femmes noires en cercle sur le sol, jeunes et vieilles, leur distribuant pour leur tâche aiguille et tissu selon leurs capacités. Toutes semblaient joviales et je ne doute pas que la réprimande pénétrait également dans leur cercle. Avant et après le souper de même qu’au dîner, un de ces derniers se présentaient pour demander le bénédicité et remercier, ce qu’on leur enseignait à considérer comme des devoirs importants et ils les accomplissaient toujours avec solennité  ".
Mémoires d’Alexander Gillespie, Capitaine de l’Armée Britannique

En 1801 les premières milices de noirs s’organisèrent et réglementèrent la Compañía de Granaderos de Pardos y Morenos comme un corps militaire discriminé séparé du reste.

Pendant les Invasions Anglaises (1806), s’organisa à Buenos Aires un soulèvement d’esclaves noirs encouragés par la montée de l’abolition de l’esclavage en Angleterre. Ils pensaient que l’expédition anglaise venait principalement pour leur donner leur indépendance. Mais le général anglais William Carr Beresford ne considéra pas ce mouvement avec sympathie: le porte-parole des habitants créoles de Buenos Aires Juan Martín de Pueyrredón (qui organisa la reconquêtes quelques jours plus tard), affirmait que la ruine menaçait le pays si on n’enlevait pas l’illusion des esclaves, il lui réclama  des mesures en faveur de leurs haciendas et le général émit par conséquent un arrêté dans lequel il ordonnait que l’on fasse comprendre aux noirs que leurs conditions ne changerait pas (“On les a arrêté à temps se los atajó a tiempo”, écrivait Pueyrredón en juillet 1806 dans une lettre à son beau-père à Cádiz). Cette mesure contribua à la déroute des anglais, car elle incita les esclaves à combattre contre eux.

Après la défaite anglaise, le Conseil Municipal de Buenos Aires déclara comme principal objectif“de trouver le moyen de bannir l’esclavage sur notre sol ”. L’Assemblée de l’An XIII, le premier corps constituant d’Argentine décréta la liberté des ventres, mais ne reconnut pas le droit à la liberté des esclaves existants. Beaucoup d’entre eux intégrèrent les milices et les troupes irrégulières qui constitueraient possiblement l’Armée Argentine, toujours dans des escadrons séparés. Ils pouvaient, s’ils n’étaient pas bien avec leur maître, solliciter d’être vendus et même chercher eux-mêmes un acheteur.

Jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1853, la Ley de Rescate (Loi de Rachat) obligeait les propriétaires d’esclaves à céder 40% d’entre eux pour faire le service militaire. Ceux qui faisaient cinq années complètes de service  obtiendraient la liberté, mais ce fut rarement le cas.

Dans l’Armée du Nord, commandée par José de San Martín et Manuel Belgrano, les noirs affranchis représentèrent jusqu’à 65% des troupes. San Martín considéra même qu’il y avait 400.000 afroamércains qui pouvaient être recrutés dans les armées de la patrie.

Les armées de l’indépendance recrutèrent la grande majorité des esclaves qui se trouvaient sur les territoires conquis aux royalistes, en leur offrant la liberté en échanges. Beaucoup d’entre eux intégrèrent le Bataillon Nº8, qui faisait partie de la ligne de choc lors de la bataille de Chacabuco au cours de laquelle ils subirent de nombreuses pertes.

Sous le gouvernement de Juan Manuel de Rosas, la population noire de Buenos Aires allait atteignait 30%. De cette époque date la célébration des carnavals sous leur forme américaine, et le développement de rythmes comme le candombe et la milonga qui deviendront des parties intégrantes du folklore argentin.
On raconte que De Rosas appréciait beaucoup la population noire et qu’il assistait fréquemment aux candombes. De nombreux gaucho qui travaillaient à cette époque étaient afroargentins
.

En 1837 Rosas approuva une loi qui interdisait de manière explicite l’achat et la vente des esclaves sur le territoire national et en 1840, il rendit public sa déclaration d’abolition des esclaves du Río de la Plata dans toutes ses formes.
La Constitution Nationale de 1853 abolit l’esclavage, mais c’est seulement avec la réforme de la Constitution en 1860 que l’abolition sera légalement  totale avec l’établissement de la liberté des esclaves des étrangers introduits par leurs maîtres sur le territoire argentin.


Domingo F. Sarmiento, défendit des idées racistes et était président durant la période à laquelle on attribue la mort massive des afroargentins

Pendant la présidence de Domingo F. Sarmiento (1866-1872) allaient se produire des faits que l’histoire traditionnelle indique avoir causé la mort massive des afroargentins: la Guerre du Paraguay (1865-1870) et l’épidémie de la fièvre jaune (1871). Sarmiento avait exprimé de fortes idées racistes et pris clairement position quant à la nécessité d’éliminer la composante afroargentine de la population.


L’un des passages fondamentaux du Martín Fierro, écrit en 1872 et considéré comme le livre national de l’Argentine se résume à deux rencontres de l’acteur avec des gauchos noirs: il assassine le premier avec un évident dédain raciste dans la première partie du livre et il engage plusieurs années plus tard une célèbre payada (joute verbale) avec l’autre qui s’avère être le fils du premier, plusieurs années plus tard soutient une fameuse .

Après l’abolition de l’esclavage, les afroargentins vécurent dans des conditions misérables et discriminés. Une preuve de cela est que, parmi les quatorze collèges existants à Buenos Aires en 1857 seuls deux admettaient des enfants noirs, malgré le fait que 15% des élèves cette année là étaient de couleur. De même, 1829 à Córdoba, seuls deux afrodescendants pouvaient intégrer les collèges secondaires chaque année; et ils n’ont eu accès à l’université qu’en 1853.

Les afroargentins commencèrent à publier des journaux et à s’organiser pour la défense commune. Un des journaux, “El Unionista”, publia en 1877 une déclaration d’égalité des droits et de justice à toutes les personnes sans importer la couleur de la peau. Dans un de ses numéros, il était écrit:

Citation:

...la Constitution est lettre morte et les comtes et les marquises abondent, suivant l’ancien et odieux régime colonial essayent de traiter leurs subalternes comme des esclaves; sans comprendre que parmi les hommes qu’ils humilient, il y en a beaucoup qui cachent sous leurs grossiers vêtements une intelligence supérieure à celle de celui qui offense.

D’autres journaux furent “La raza africana, o sea el demócrata negro” et “El proletario” (tous de 1858). Jusqu’en 1880 dans la ville, il y avait environ vingt journaux de ce type.

Du fait cette activité organisationnelle, certains chercheurs spécialistes des mouvements sociaux ont considéré que afroargentins furent ceux qui introduisirent le socialisme et l’idée de justice sociale dans la culture argentine.


Le Génocide Noir en Argentine (LINK)

Ils ont également fait une incursion dans la politique. Par exemple José M. Morales, un colonel mitriste actif a réussi à devenir député provincial, membre de l’assemblée constituante et par la suite sénateur provincial en 1880, tandis que le lieutenant colonel parvint à devenir député à deux occasions et membre de l’assemblée constituante en 1853.

Catégories raciales coloniales

Pendant la Colonie, les autorités espagnoles qualifièrent comme "variétés" de "croisements" différentes les dérivations de l’union de personnes noires africaines avec des personnes d’autres origines ethniques. Les noms utilisés étaient les suivants:

Mulato (provient de “mula” : mule): croisement d’un(e) noir/e et d’un(e) blanc/he.
Tercerón: croisement blanc/he et mulata/o.

Cuarterón: croisement blanc/he et tercerona/o.

Quinterón: croisement blanc/he et carterona/o

Zambos: croisement noir/e et indien/ne

Zambos prietos: qui avaient une peu noire foncée.

Salto atrás (Saut en arrière littéralement): quand un enfant était plus noir que ses parents.

Avoir un "croisement" dans son arbre généalogique était du point de vue social une tache. Ces classifications, de même que d’autres fréquentes dans la culture coloniale comme "mestizo" ou cholo, étaient utilisées pour stigmatiser les gens et empêcher leur ascension sociale. Dans certains cas, des personnalités historiques connues se retrouvèrent dans cette situation, comme Bernardo de Monteagudo et Bernardino Rivadavia, furent qualifiés de "mulatos".

Qu’est-il arrivé à la population afroargentine?

On a traditionnellement affirmé que la population noire en Argentine a diminué dès le début du XIXème siècle jusqu’à disparaitre complètement. Cependant, le recensement pilote réalisé dans deux quartiers argentins en 2006 sur la connaissance des ancêtres en provenance d’Afrique Noire a permis de vérifier que 5% de la population sait qu’elle descend d’africains et un autre 20% pense qu’elle pourrait descendre, mais le sait pas avec certitude. Si l’on prend en compte le fait que l’immigration européenne expliquait plus de la moitié de la croissance de la population argentine en 1960, certains chercheurs soutiennent que avant leur diminution, il y eut un processus d’ "invisibilisation" de la population afroargentine et des ses racines culturelles. D’autres chercheurs ont soutenu qu’il a existé une politique délibérée de génocide des afroargentins, exprimée ouvertement par le Domingo F. Sarmiento, et qui s’est exécutée par le biais de politiques répressives en utilisant les épidémies et les guerres comme outils d’extermination de masse. Les théories qui soutiennent le génocide, de même que celles qui soutiennent la diminution de la population utilisent les mêmes arguments, mais ils se différencient par l’attribution d’intentionnalité que la première attribue aux classes dirigeantes. Parmi les causes exprimées se distinguent:
On a attribué à la sanglante Guerre du Paraguay (1865-1870) la diminution drastique de la population afroargentine

·les nombreuses pertes causées par les combats: les noirs faisaient partie de manière disproportionnée de l’armée argentine dans la longue et sanglante Guerre du Paraguay (1865-1870), au cours de laquelle les pertes des deux côtés durent élevées. L’historiographie officielle soutient que cette circonstance a produit la disparition de la population noire, tandis que celle qui soutient le génocide affirme que le recrutement disproportionné fut intentionnel.

·les épidémies, particulièrement la fièvre jaune de 1871: l’histoire traditionnelle soutient que les épidémies ont eu un grand impact dans les zones habitées par la population la plus pauvre, tandis que la  vision qui soutient l’existence d’un génocide met en avant les mécanismes répressifs  qui permirent au groupes de la classe bourgeoise de quitter les zones touchées alors qu’ils obligèrent dans le même temps les afroaméricains à rester enfermés et aggraver leurs conditions de salubrité.

·l’émigration en particulier en Uruguay, où la population noire avait été historiquement plus nombreuse et jouissait d’un climat politique plus favorable;

·l’immigration massive en provenance d’Europe entre 1850 et 1950, fomentée par la Constitution Nationale de 1853 qui multipliera rapidement la population du pays. Les immigrants européens auraient déplacés concrètement et symboliquement les noirs, en droite ligne du projet de la classe dirigeante d’européisation de l’Argentine.

Domingo F. Sarmiento, qui fut président durant la grande épidémie de fièvre jaune et la Guerre du  Paraguay, des faits auquel on attribue l’extermination des afroargentins, avait une position fortement raciste et soutenait la nécessité d’éliminer la population noire. En 1848, il écrivit dans son journal de voyage aux États-Unis :

Citation:

L’esclavage aux États-Unis est un problème – une question sans solution possible; il y a 4 millions d’esclaves noirs et dans 20 ans, ils seront 8 millions. Les récupérer ?qui payera les 1.000 millions de pesos qu’ils valent? Affranchis, que fera-t-on de cette classe noire détestée par la race blanche?... L’esclavage est une végétation parasite que la colonisation anglaise a laissée accroché à l’arbre luxuriant des libertés. Ils n’osèrent pas l’arracher à la racine quand ils ont élagué l’arbre, laissant le temps le tuer, et le parasite a grandi et menace d’arracher l’arbre entier...


Quelques années plus tard, le même Sarmiento écrivait:

Citation:

"J’arrive heureux dans cette Chambre des Députés de Buenos Aires, dans laquelle il n y a ni gauchos, ni noirs, ni pauvres"

Les déclarations de Sarmiento sont un exemple de l’attitude prise par l’État argentin après l’abolition de l’esclavage, en modifiant les classifications des recensements pour qu’aucun registre de leur (les afroargentins) présence disparaissent, en éliminant les catégories de population "noire" ou "morena", pour les fusionner avec d’autres groupes sous l’étiquette de "trigueña". 1. adj. De la couleur du blé; entre brun et blond.

2. adj. Hond. et Ven. Dit d,une personne: De race noire ou de peau sombre.



Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga
 

L'histoire des Afroargentins (I)

Traduction de Guy Everard Mbarga

Être Afrodescendant

Définir le concept d’"afrodescendant" n’est pas une tâche simple. Après des débats ardus autour des années 2003 et 2004 entre les représentants des organisations afro et les membres de l’INDEC, il a été déterminé que les aspects qui définissent une personne afrodescendante sont les suivants :


·Être descendant des africains emmenés en tant qu’esclaves en Argentine.

·Être africain ou descendant d’africain.

·Avoir des ancêtres noirs.

·Être ou se considérer comme noir ou afroargentin.

·Être africain dans la diaspora
 

Funeral en una iglesia. [Enterrement d'une femme negre]

Afroargentins, communauté invisible

La population noire en Argentine, issue de la traite des esclaves durant les siècles de la domination espagnole de la vice-royauté du Río de la Plata a joué un rôle important dans l’histoire argentine. Elle est allée jusqu’à former plus de la moitié de la population de certaines provinces durant les 18 ème et 19 ème siècles et a eu un impact profond sur la culture nationale. Même si elle a diminué en nombre de façon marquée tout au long du 19ème siècle, à cause de l’effet conjoint de l’afflux migratoire organisé par la Constitution de  1853 et le taux de mortalité élevé des morenos(bruns, sous entendu noir), son apparente disparition a plus été le résultat d’une représentation historiographique qui les donnait pour exterminés que d’une réalité empirique.

En 2006, un recensement pilote sur cette question, dans les quartiers de Monserrat à  Buenos Aires, et à Santa Rosa de Lima Santa Fe, a permis de vérifier que 5% de la population argentine sait qu’elle a des ancêtres originaires d’Afrique noire et qu’il y a 20% de personnes qui considèrent qu’elles pourraient en avoir, mais ne le savent pas à coup sûr.

Ce recensement vient en appui à l’étude du Centre de Génétique de Philosophie et de Lettres de l’Université de Buenos Aires qui a estimé que 4,3 % des habitants de Buenos Aires et de la banlieue  ont des marqueurs génétiques africains.

Histoire

Comme élément du processus de conquête, le régime économique des colonies européennes en Amérique développa différentes formes d’exploitation forcée du travail des natifs. Cependant, la faible densité de peuplement relative de certains des territoires américains, la résistance opposées par certains groupes aborigènes à l’acculturation et surtout le taux de mortalité élevé que la soumission, le type de travail et les maladies introduites par les européens provoquèrent sur la population native mènera les européens à compléter la main d’œuvre que cette population fournissait par des esclaves originaires d’Afrique subsaharienne.

Jusqu’à très loin dans le 19ème siècle, l’exploitation minière et l’agriculture constituèrent le gros de l’activité économique en Amérique. Une bonne partie de ce travail fut réalisé par une main d’œuvre en régime d’esclavage ou assimilé. Les africains offraient aux conquistadors l’avantage d’avoir déjà été exposés aux maladies européennes à cause de leur proximité (géographique) et en même temps d’être adaptés au climat des colonies.

L’entrée des esclaves africains a commencé dans les colonies du Río de la Plata en 1588, même si ces premières arrivées furent en grande partie l’œuvre de la contrebande, et le trafic prospéra à travers le port de Buenos Aires lorsque l’on concéda aux britanniques le privilège de faire entrer un quota d’esclave à travers ce port. Les rois d’Espagne España signaient, pour pourvoir en esclaves les Indes Orientales, des contrats d’ “ établissement” avec diverses compagnies, principalement portugaises et espagnoles. En 1713, l’Angleterre, victorieuse de la Guerre de Succession espagnole (la Guerra de Sucesión española) exerça le monopole de ce commerce. Le dernier établissement fut signé avec la Real Compañía de Filipinas en 1787. Jusqu’à la prohibition en 1784, les noirs étaient mesurés et par la suite marqués au fer.

En ce qui concerne leur provenance avant le 16ème siècle, il y avait eu un nombre relativement réduit d’esclave en provenance des îles du Cap Vert, mais la majorité des africains introduits en Argentine venaient des territoires de l’actuelle Angola, de la République Démocratique du Congo, de Guinée et de la République du Congo et appartenaient au groupe ethnique qui parle la famille des langues bantus. L’immigration des groupes yoruba et ewe introduits en grand nombre au Brésil fut réduite (en Argentine).



On estime que  60.000.000 d’africains furent emmenés en Amérique, parmi lesquels seuls 12.000.000 y arrivèrent vivant. Ils entraient par les ports de Buenos Aires, Montevideo, Valparaíso et Río de Janeiro.

Les esclaves étaient destinés aux travaux agricoles, l’élevage, au travail domestique et dans une moindre mesure à l’artisanat. Dans les zones urbaines, beaucoup d’esclaves développaient des activités artisanales pour la vente dont les intérêts étaient perçus par les patrons. Les quartiers San Telmo et Montserrat à Buenos Aires abritèrent un grand nombre de noirs, même si la majorité d’entre eux était destinée à l’intérieur du pays. Le recensement mené par Juan José de Vértiz et Salcedo en 1778 laissait apparaitre des résultats très élevés dans les provinces ayant une production agricole importante : 54% en la province de Santiago del Estero, 52% dans la province de Catamarca, 46% dans la province de Salta, 44% dans la province de Córdoba, 42% dans la province de Tucumán, 24% dans la province de Mendoza, 20% dans la province de La Rioja, 16% dans la province de San Juan,  13% dans la province de Jujuy, 9% dans la province de San Luis. Dans d’autres provinces, ils représentaient une partie importante de la population; un des quartiers situés au bas de la ville de Corrientes porte encore le nom de  Camba Cuá —du guaraní kamba kua, "refuge, tanière de noirs".

Quant à la ville de Buenos Aires, le même sondage chiffrait à 15.719 le nombre d’espagnols, à 1.288 celui des métisses et des indiens et à 7.268 celui des mulâtres et des noirs, tandis qu’en 1810, on comptait 22.793 blancs, 9.615 noirs et mulâtres et seulement 150 indigènes. La zone la plus densément peuplée de noirs était située dans le quartier de Montserrat, également appelé Barrio del Tambor (Quartier du Tambour), à quelques blocs de l’actuel Congrès de la Nation.

Les nations

Les noirs avaient l’habitude de se regrouper en sociétés qu’ils appelaient nation, parmi lesquelles Conga (de morenos), Cabunda, Africana argentina, Mozambique etc.


Leurs sièges avaient en commun le fait d’être des lieux ouverts aplanis artificiellement et sabler pour la danse; et d’autres étaient fermés avec un espace intérieur libre. Dans certains cas, les salles étaient recouverte d’un tapis et avait des rideaux grâce à la générosité d’un maître. La nation avait son roi et sa reine, (qui en réalité étaient élus démocratiquement et ne possédaient pas de cour) et disposaient d’un trône que l’on dressait dans le plus beau coin de la salle avec son drapeau, puisque chaque nation en possédait un.

Il y avait une estrade ou au moins un podium qui était utilisé entre autres choses pour recevoir les grands dignitaires, comme Juan Manuel de Rosas, épouse et fille comme on peut le voir sur un tableau de Martín Boneo. Des réunions et des danses étaient organisées au siège.

Les sociétés de noirs s’aggloméraient également dans les quartiers, comme celui de Mondongo ou del Tambor. Le premier (Mondongo) fut l’un des plus importants à Buenos Aires et était composé de 16 blocs dans le quartier de Monserrat. Son nom provenait du fait qu’ils en consommaient de grandes quantités que les vendeurs proposaient au cri de¡Mondongo, Mondongo! (Mondongo : les tripes). Quand au nom du deuxième quartier, Tambor, il était très commun qu’il y ait une ville ayant une nation qui portait ce nom, étant donné que le tambour était l’instrument préféré pour accompagner les danses et les chansons.


Des fois, les esclaves étaient achetés directement à l’extérieur par des particuliers par le biais d’un mandataire.
Une lettre envoyée de Rio de Janeiro disait par exemple

Citation:

Très cher Monsieur: je vous envoie par la goélette Ávila la petite négresse que vous m’avez demandé d’acheter ici. Elle a entre treize et quatorze ans, elle est née au Congo et s’appelle  María. Je vous signale que j’ai reçu les cinq cent pesos, le coût de l’achat. Un salut à vous. Affectueusement. 

Posté par guyzoducamer à 23:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 décembre 2007

Adalberto Camargo le Premier Député Fédéral Noir pour São Paulo se raconte (II)

Edition: Antonio Lucio / Oswaldo Faustino
Collaboration et Copy desk: Izabel Cristina R. de Jesus
Texte final: Oswaldo Faustino

Traduction de Guy Everard Mbarga

Premier Député Fédéral Noir  pour  São Paulo dans les années 60, il a survécu à une enfance marquée par l’absence de ses parents, à l’intérieur de l’État, et la dureté des plus petits boulots, lorsqu’il s’en alla pour la capitale  pauliste,  avant de devenir un homme d’affaires à succès. Homme politique conscient de son rôle dans le processus de conquête socio-économique des communautés noires, brésilienne et mondiale, il encouragea le rapprochement du Brésil avec le Continent Africain. Adalberto Camargo nous raconte son histoire, une saga victorieuse.

Portal Afro – Au-delà de l’Afrique, quels autres objectifs visait votre projet politique?

Dep. Adalberto Camargo – L’Afrique a été le premier  thème de mon projet politique. J’ai par la suite également compris la nécessité de l’engagement de la femme noire dans le processus politique. J’ai donc également introduit l’ascension de la femme noire dans ce projet. Ainsi que la formation de la jeunesse noire, pour encourager la communauté à participer au secteur économique des affaires. Lors de ma première mission d’affaire sur le Continent Africain, j’ai emmené 10 noirs en Afrique pour visiter  neuf pays. Lors de la seconde, j’en ai emmené 10 de plus, puis  60. Je visais l’intérêt du Brésil comme un tout. À l’époque, le gouvernement m’a demandé quel était mon intention. J’ai répondu que nous devions avoir une représentativité au niveau de l’Afrique pour pouvoir agrandir notre marché  de consommation. Nous pouvons concurrencer les européens fournisseurs traditionnels de l’Afrique. J’ai  dis que nous avions besoin de bourses d’études. Le gouvernement m’en accorda  3000 pendant une période, et je les ai distribuées à la communauté, aux personnes qui étaient les plus proches de moi.

Portal Afro – Des bourses d’études?

Dep. Adalberto Camargo - Oui, des bourses universitaires. Beaucoup se sont formés grâce à l’obtention de ses bourses.
Certains ne le disent peut être pas pour s’auto affirmer  tout seuls. Mais c’est sans intérêt pour moi. Ce qui compte c’est ce que j’ai fait. Il y a un cas intéressant : j’avais un ami Hamilton Cardoso, un grand journaliste qui était de gauche. Nous nous sommes rencontrés et il m’a dit: “Écoutez Monsieur le député, je suis de gauche, mais j’ai besoin d’une bourse d’étude”. J’ai été franc avec lui. Il était de l’extrême gauche, il savait exposer ses points de vue pour atteindre ses objectifs. Je lui ai dit: “Je vais vous obtenir la bourse d’études. Mais cela ne veut pas dire que vous devez suivre ma ligne idéologique. Vous devez seulement  suivre la vôtre. Chercher, au travers de votre propre ligne idéologique, à travailler en vue d’honorer notre race. À quelque endroit que vous soyez, faites honneur à notre race, soyez au top”. Il y a beaucoup de gens qui ont témoigné de ma façon d’agir. Comme je me ressentais  de ne pas avoir (eu) un père ou une mère pour me guider,  je cherchais toujours à écouter les gens. Surtout, ceux qui étaient plus âgés, qui avaient plus d’expérience que moi.

Portal Afro – Cette pratique a-t-elle plus tard assuré le succès de votre première candidature?

Dep. Adalberto Camargo - Oui, cela a garanti le résultat de ma première élection. Et non seulement la mienne, mais également celle de la Professeure Theodosina Ribeiro qui a d’ailleurs rendu un grand service à la Nation. Sans aucune expérience politique, elle fut élue conseillère à São Paulo, avec un vote seulement dépassé par le journaliste Freitas Nobre. Elle fut la deuxième personne la plus votée par les  paulistains. Elle est devenue une référence et une source d’encouragement pour notre race. Après elle, d’autres femmes se sont engagées dans la vie publique. Et Paulo Rui de Oliveira, un autre grand  batailleur, comme conseiller et comme président du Conseil Municipal de São Paulo. Il fut le premier politicien noir à présider le pouvoir législatif de la ville.
Paulo Rui a embrassé nos idées, avec  Ronaldo Batista, Laércio de Moraes, Walter Nascimento. Je leur disais: “Nous pouvons gagner l’élection, car nous allons bénéficier des résultats de ceux qui nous ont précédé dans la lutte pour une charge représentative”.

Portal Afro – Malgré les divergences politiques, il existerait un courant politique des noirs  paulistains?

Dep. Adalberto Camargo – On peut dire que oui. Il y avait  Francisco Lucrécio,  Raul Joviano do Amaral,  Eduardo de Oliveira, qui fut candidat  au conseil avant moi, Ademar Ferreira da Silva, qui a posé sa candidature à la députation fédérale, la  Professeure Sofia, Leite,  Seu Roque.  Correia Leite fut un grand politicien.  José Pelegrini discutait et débattait pas mal. À mesure qu’ils essayaient d’obtenir l’engagement des noirs dans le processus politique-partisan - électoral, ils ont permis de faire murir l’idée selon laquelle notre communauté manquait de représentations politiques. Ils ont beaucoup aidé.  Geraldo Rodrigues dos Santos fut élu député fédéral pour Santos. Il était communiste, et ses droits politiques ont été révoqués et  il a dû s’exiler. Et Esmeraldo Tarquínio, un avocat spécialiste du Droit des Douanes. Il fut conseiller à Santos, puis député de l’état et il fut élu comme premier préfet noir de  Santos. Moi je suis entré dans le bal en 66. J’ai réussi à catalyser le produit engendré par la réflexion de tous ceux qui furent candidats avant moi Frederico Penteado Junior et quelques autres. Ils ont tous contribué en subsides et en encouragement pour que l’on puisse rassembler la communauté électorale noire. Le pouvoir politique est là pour garantir la représentation, ainsi que la structure socio-économique du Pays à la construction duquel nous contribuons.

TEMPOS E CONTRATEMPOS
Portal Afro – Racontez-nous l’histoire avec le politicien qui vous a incité à devenir député?

Dep. Adalberto Camargo - En 1956, je lavais les voitures sur la Rue Major Sertório et je voulais devenir vendeur d’automobiles. Il fallait que j’obtienne un permis de conduire. J’ai demandé mon acte de naissance et je l’ai emmené chez le mandataire Walter Selega, dont le bureau existe jusqu’à présent. J’ai demandé à Walter Durão de faire la demande pour moi pour que je puisse aller dans les Services sociaux  faire tirer ma carte d’identité. Pendant qu’il faisait la demande, le député  Arlindo Maia Lello qui avait une très forte représentation à l’époque est arrivé dans le bureau. Tout le monde l’a donc entouré quand il est entré. J’étais serré dans un coin, en attendant ma demande. Il m’a aperçu et il a pensé que je détonais dans ce cadre. Il sauta par-dessus le comptoir, arracha le papier de la machine de Durão et le déchira en disant : “Pourquoi le noir veut une carte d’identité?”

Portal Afro – À ce moment là vous êtes vous souvenus du conseil de  Tia Catina?

Dep. Adalberto Camargo – J’étais serein. Après cette scène, la réception a pris fin, le député est parti et tout le monde s’est dispersé. Je l’ai rencontré par la suite et il m’a demandé s’il m’avait blessé. Je lui ai répondu: “Non. Monsieur, vous ne m’avez pas  blessé, non”. J’ai soudainement donné un coup sur la table du bar, il a pris peur et je lui ai dis : “Un de ces jours je serai député fédéral”. Je me suis fait cette promesse à ce moment là. J’ai donc organisé ma structure sociale et relationnelle, pour démontrer ce que je pouvais faire pour la société. En 1966, j’ai récolté tous les efforts de ceux qui m’ont précédé et j’ai été élu député fédéral. Nous représentions 45% de la force électorale et nous n’avions aucun représentant au niveau national. J’ai été le premier pour São Paulo.

Portal Afro – Vous avez été élu Député Fédéral avec combien de votes?

Dep. Adalberto Camargo – Plus de  17 000 votes. Après,  Theodosina a été élue conseillère avec 21 000. Puis est venue ma réélection avec 41 000 votes. Le certificat est là sur le mur. Après cela, en 1974, j’ai obtenu  90 000 votes. En 78, quand je suis arrivé à mon quatrième mandat, j’étais déjà combattu électoralement par une partie de la société électorale. Mais j’avais déjà engendré beaucoup de choses.

Portal Afro – Que saviez-vous des lois, du processus législatif?

Dep. Adalberto Camargo – Quand j’ai travaillé  dans les automobiles, à Rio de Janeiro, chaque fois que je pouvais, je passais par le  Palais Tiradentes et j’écoutais les discours des députés. C’est ainsi que j’apprenais. Dans le Législatif, j’avais plusieurs amis, comme Arnaldo Cerdeira et Ulisses Guimarães, qui étaient liés à un grand nombre de mes clients. Après mon élection en tant que député fédéral, j’ai cherché à me faire conseiller par des personnes qui connaissaient le processus législatif, comme Orlando Costa, un noir qui était déjà  conseiller de la Casa, et Saturnino de Oliveira, qui m’ont apporté le soutien initial dans ma vie législative. Pendant deux ans, j’ai appris et fait connaissance avec les méandres du Congrès National. J’ai été membre des Commissions  des Transports et des Relations Extérieures et suppléant de la Commission de la Justice pour apprendre un peu sur l’élaboration des lois, la Constitution, le Règlement Interne et d’autres structures juridiques.

Portal Afro – Votre élection a prouvé qu’avec un grand engagement, on peut y arriver…

Dep. Adalberto Camargo – Effectivement. Au cours de mon premier mandat, il y a eu un  “réveil” des noirs pour la politique. J’ai lancé Theodosina pour le poste de conseillère pour São Paulo et plus de  40 candidats noirs dans l’intérieur de l’État, comme Laércio de Moraes, Genésio Arruda à Carapicuíba, Maria Helena Ferraz, à Bauru, José Camargo, à Araraquara, et beaucoup d’autres qui ont essayé d’emprunter le chemin politique.

Portal Afro – Et qui vous guidait dans ce chemin?

Dep. Adalberto Camargo – J’ai beaucoup appris aux côtés d’un grand juriste noir,  Paulo Lauro, le premier préfet de notre race à  São Paulo. Il m’orientait. J’ai toujours  cherché à apprendre. On apprend sans cesse. Et on le transmet à celui qui y trouve de l’intérêt. Celui qui n’y trouve pas d’intérêt, on ne lui transmet pas
. Je ne parle pas comme un perroquet, car je ne je ne prends pas les devants.

Portal Afro – Vous avez également cherché des expériences au niveau international.

Dep. Adalberto Camargo – J’ai rencontré  Samora Machel, du Mozambique, Julius Nyerere, de la Tanzanie, Houphouët  Boigny, de la Côte d’Ivoire, Idi Amin de l’Ouganda, Kenneth Kaunda de Zambie, Léopold Senghor du  Sénégal pour m’informer de l’évolution du processus d’indépendance de ces pays, en Afrique.

Ce sont des références pour nous, descendants d’africains dans la diaspora. Connaître leurs expériences peut aider la communauté afrobrésilienne dans la conquête d’une meilleure place dans la société.  .Quand j’ai parlé en Afrique, je suis devenu la risée de la presse. Ils se sont fatigués de dire que j’allais chercher Tarzan. Mais l’Afrique, c’est 700 millions de consommateurs de produits et services. C’est un grand marché pour le Brésil. Aujourd’hui, ce continent représente 12 milliards de dollars dans le commerce bilatéral,  il peut offrir plus 100 000 emplois et permettre la valorisation des noirs dans le milieu d’affaires brésilien.

Portal Afro – Y t’il eut d’autres contacts de hauts niveaux comme ceux là?

Dep. Adalberto Camargo – J’ai également discuté avec des afro-américains aux  USA et ici au Brésil.
J’ai reçu chez moi celui qui était alors  président du Parti Démocrate américain et  Secrétaire du  Commerce du Gouvernement, Bill Clinton. Il y avait là plus de 30 noirs, parmi lesquels Eduardo Joaquim de Oliveira, Celso Pitta qui à l’époque était le Secrétaire aux Finances de la Municipalité de São Paulo, Hélio Santos et d’autres qui se sont joints plus tard aux conversations sur la relation commerciale  entre les afrobrésiliens et les afroaméricains initiées au cours de cette réunion.


Portal Afro – Quelles sont vos attentes en ce qui concerne les conquêtes politiques de la communauté?

Dep. Adalberto Camargo – Mes attentes sont des plus positives possibles. Quand j’ai commencé, nous n’avions pas de représentativité. Aujourd’hui, il y a plus de 50 000 noirs formés, dans les secteurs les plus variés de la société, qui attendent une opportunité et la reconnaissance de leur valeur. Nous avons des docteurs, des ingénieurs, des psychologues, des dentistes, des professeurs, des avocats, des journalistes, des économistes et autant d’autres professionnels. On doit arrêter de parler de l’esclavage, de rester dans les pleurnicheries, à se lamenter sur le passé. Nous devons nous battre, participer et nous intégrer au processus politique pour le développement du Pays, en s’asseyant à la table des grandes décisions nationales. Aujourd’hui, le Brésil a des ministres et des membres de notre race, dans les plus grandes sphères du gouvernement.

Portal Afro – Attendez-vous plus encore?

Dep. Adalberto Camargo – C’est évident. La vie est dynamique, elle n’est pas statique. Le temps de  “moi tout seul” est passé. Il y a eu une ascension politique,  avec les élections de  Carlos Santos au gouvernement de  Rio Grande do Sul, de la première sénatrice noire, la  docteure bahianaise, qui est enracinée dans l’État de l’ Acre, Laélia Alcântara, de Wagner Nascimento, à la préfecture de Uberaba, de Alceu Collares, à la préfecture de  Porto Alegre et au Gouvernement du Rio Grande do Sul, de Abdias do Nascimento, député fédéral et sénateur pour Rio de Janeiro, de João Alves, au  gouvernement de Sergipe, de Benedita da Silva, conseillère, députée fédérale , sénatrice, vice-gouverneure et gouverneure de  Rio de Janeiro, de Celso Pitta, préfet de São Paulo, de Jurema Batista, conseillère et première députée de l’état  à Rio de Janeiro et beaucoup d’autres qui ont surgi et se sont distingués depuis 1966. Sans compter ceux qui, parce qu’ils ont la peau un peu plus claire que la nôtre ne s’assument pas en tant que noirs. Nous devons à présent passer à des actions qui donnent des résultats plus importants.

Portal Afro – Ce que vous diriez aux noirs c’est de présenter leurs candidatures  aux charges publiques ?

Dep. Adalberto Camargo – Sans pouvoir politique, l’histoire ne change pas. Nous avons besoin de leaders qui ne sont pas éblouis par les charges qu’ils exercent pour acquérir encore plus d’expérience. Mais il ne suffit pas de faire acte de candidature. Il faut s’imprégner du
processus historique brésilien tel qu’il s’est déroulé jusqu’ici,  avoir un projet avec des objectifs à atteindre et bien se faire conseiller. La réussite personnelle dépend de la réalisation collective. Nous devons dialoguer avec d’autres communautés, nous projeter  par rapport à ce qu’elles ont déjà réalisé, pour le bien commun. Ne nous préoccupons pas des grands bavardages, du papotage, les médisances et d’autres  attitudes qui ne mènent à rien et qui ne font que nous faire retourner en arrière dans tous les sens.

Portal Afro – En résumé, qu’est ce qui est nécessaire pour une valorisation effective de nos populations?

Dep. Adalberto Camargo – Le respect et la reconnaissance de toutes nos valeurs, dans tous les secteurs. Savoir respecter la hiérarchie entre nous et nous former  à l’usage des mécanismes nécessaires à l’organisation. On trouve des personnes compétentes parmi nous dans tous les domaines. Nous devons discuter et matérialiser nos idées, pratiquer le respect réciproque, sans nous préoccuper du niveau social de notre interlocuteur. Et travailler sérieusement, sans, sans fascinations, pour que nous puissions , chaque jour de plus,  porter notre communauté sur la scène socio-économique brésilienne comme nous le souhaitons tant.

Posté par guyzoducamer à 21:20 - Entrevues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Adalberto Camargo le Premier Député Fédéral Noir pour São Paulo se raconte (I)

Edition: Antonio Lucio / Oswaldo Faustino
Collaboration et Copy desk: Izabel Cristina R. de Jesus
Texte final: Oswaldo Faustino

Traduction de Guy Everard Mbarga

Premier Député Fédéral Noir  pour  São Paulo dans les années 60, il a survécu à une enfance marquée par l’absence de ses parents, à l’intérieur de l’État, et la dureté des plus petits boulots, lorsqu’il s’en alla pour la capitale  pauliste,  avant de devenir un homme d’affaires à succès. Homme politique conscient de son rôle dans le processus de conquête socio-économique des communautés noires, brésilienne et mondiale, il encouragea le rapprochement du Brésil avec le Continent Africain. Adalberto Camargo nous raconte son histoire, une saga victorieuse. 

Portal Afro – Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire quelle fut votre plus grande motivation durant cette période de votre vie?

Dep. Adalberto Camargo – Je suis né à Araraquara et j’ai perdu ma mère alors que j’avais  entre 3 et 4 ans. Nous étions quatre frères et on nous a “donné” à des personnes proches de ma mère. Je suis allé dans une ferme, à São José de Rio Preto, pour être éduqué par un oncle marié à une italienne, Tante Catina, qui avait 14 enfants. Je faisais toutes sortes de tâches d’un travailleur rural et ma tante m’a appris à écrire mon nom. Puis, vers mes 13 ans, ils ont décidé de me faire retourner à  Araraquara. Je ne voulais pas et à la gare d’Araraquarense, je me suis mis à pleurer. Tia Catina m’a donné une tape dans le dos en disant: “Allez-y vivre votre vie. Ne vous abaissez jamais devant personne. Si un jour vous le faites, ne dites à personne que vous êtes mon neveu. Vous allez me faire honte. Vous devez être fier ”.

Portal Afro – Un conseil que vous n’avez jamais oublié?

Dep. Adalberto Camargo – C’étaient des mots d’ordre dans la formation de mon caractère et de ma personnalité. J’ai appris que l’on doit respecter et être respecté. À Araraquara, je vivais avec  tante “Nega” - Maria de Lourdes Gonçalves -, qui était  lavandière et je l’aidais. Je suis resté là pendant un peu plus de deux ans. J’ai été cireur et j’ai fait toute sorte de petits boulots possibles. Tout ce que je recevais passait entre ses mains.
Un jour, j’ai pris 2 000 réals pour m’acheter des vêtements. Elle s’est querellée avec moi, je lui ai répondu et elle m’a dit de prendre la porte de la maison. C’était au mois de juillet 1939. Elle avait parlé à 2 heures et à 6 heures,  je prenais le  train pour  São Paulo.

Portal Afro – Toujours à  Araraquara, y a-t-il eu une quelconque autre grande influence dans votre vie?

Dep. Adalberto Camargo – À l’époque il n y avait pas d’affiche publicitaire extérieure, ni télévision et la radio était  à galène. Mais il y avait le cinéma.  Je livrais des panneaux pour annoncer les films
et je gagnais des revenus par  séance. Il y avait un film en série, dont le titre était Sertão Desaparecido, dont un épisode était diffusé tous les vendredis. Il s’agissait de safari et de chasse  en Afrique. J’étais présent lorsqu’on diffusait ces films, toute la semaine  et j’étais  “troublé”: les blancs portaient des pantalons qui s’arrêtaient au genou   – qu’on appelle bermuda aujourd’hui –, des chaussettes trois quart, un casque et un  fusil au dos ; et les noirs, marchaient dans la forêt derrière les chasseurs, transportant les provisions – on appelle ça  “matula” (les provisions) à l’intérieur de l’État. Là je suis allé voir
tia “Nega” et je lui ai demandé: “Le Noir sert-il seulement à transporter les provisions?”. Elle résista le premier jour, mais au troisième ou au quatrième, elle me donna une réponse: “Si vous êtes correct, vous travaillez et que vous vous souciez de votre développement, un jour vous prendrez la carabine”.

Portal Afro – En plus de vous ouvrir les yeux sur l’Afrique, ces films vous ont également encouragé à vouloir  “prendre le fusil”, n’est ce pas?

Dep. Adalberto Camargo – Pour ne pas continuer à porter les provisions du chasseur  (rires). Cela trottait déjà dans mon esprit, depuis mon enfance. Et je cherchais à obtenir les moyens de “prendre la carabine”, au sens figuré, évidemment. J’étais déterminé à atteindre cet objectif.

Portal Afro – La détermination est-elle la principale marque de votre vie?

Dep. Adalberto Camargo – Ça a toujours été le cas. Vous voulez un exemple? Jusqu’à ce que retourne à  Araraquara, je ne connaissais pas mon père. J’ai fait connaissance avec lui dans la rue quand j’avais 16 ans. C’était un avocaillon, un homme qui avait le permis d’exercer les fonctions d’avocat, il était autodidacte, très intelligent. Nous nous sommes rencontrés et il a dit: “Vous ne le savez pas mais je suis votre père.
Vous n’avez que le nom de votre mère, mais on va ajouter le mien. Vous vous appellerez désormais Adalberto Camargo Paulino. Ta pièce d’identité  va avoir le nom du père et de la mère”. Et je lui ai répondu: “Écoutez papa, je vous suis très reconnaissant, mais votre nom ne m’est pas utile. J’honorerai le nom de mère jusqu’à ma mort”. Et c’est ce que j’ai fait.

SÃO PAULO, 1939
Portal Afro –
Comment s’est passée votre arrivée à São Paulo, la terre des opportunités?

Dep. Adalberto Camargo – Je suis arrivé à la Station  Luz et j’ai eu là même ma première opportunité, dans le Jardin da Luz (rires). Je me suis couché là, sous la bruine, dans  un très grand froid. Il y avait un Bar, sur Bom Retiro, au coin des rues Prates et José Paulino, qui est encore là jusqu’à présent. Le propriétaire, à l’époque le “Portugais”, me permit de laver l’établissement en échange de la nourriture. Après, j’ai dormi là pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’apparaisse un meilleur emploi. Je suis resté au Bom Retiro pendant une année. Moi et  Zezinho - José Camargo -, qui était également d’Araraquara. Il fut  cireur avec moi, nous étions très unis, comme des frères. Après une année, nous sommes allés vivre dans la rue. J’ai eu un nombre d’emplois infinis à cet endroit.

Portal Afro – Une infinité d’emplois et de formes d’apprentissages, n’est-ce-pas? Comment avez-vous par exemple appris l’anglais?

Dep. Adalberto Camargo – J’ai fait divers emplois. L’un d’eux était en tant que vendeur de  vaseline pour les défrisants de cheveux. Celui qui me l’a appris était un grand ami noir Orlando Alves Lima, ou “Orlando Von Stuckerman” qui vendait des radios dans la communauté. J’ai également travaillé comme ouvrier dans une  menuiserie. Après, j’ai été  manœuvre au Collège des Sciences et des Lettres, à la Rue Beneficência Portuguesa. Là, j’ai eu un professeur d’espagnol et d’anglais, Manolo. Je balayais la cours pendant son heure de classe, et je restais  derrière la fenêtre, assistant de cette manière aux classes. C’est ainsi que j’ai appris quelques trucs, l’élémentaire.

Portal Afro – Et d’où est partie votre vision pour les affaires?

Dep. Adalberto Camargo – Quand j’ai quitté les Sciences et Lettres, je suis allé travailler en tant que livreur d’avis de réclamation pour le  Dr. Basílio Machado Neto, qui était propriétaire du  Cartório de Protestos. Puis j’ai été  gratteur de plancher et j’ai offert tout type de services jusqu’à entrer dans un groupe qui lavait des automobiles dans les magasins et j’ai appris à vendre des voitures. Je vivais dans une chambre, à la Rue Aurora, 409. J’étais au numéro  25. La propriétaire et son fils possédaient également le Curso de Madureza, au Collège Patriarca, sur la Rue São Bento. Il y avait de nombreux adultes à ce cours, et grâce à deux étudiants, j’ai réussi à bien connaitre le milieu des affaires. Je cherchais sans cesse une meilleure option.

LA DÉTERMINATION
Portal Afro – Peut-on dire que tout était prémédité: être laveur de voiture avant d’en devenir le plus grand vendeur?

Dep. Adalberto Camargo – Oui, pour connaitre les gens qui vivaient de ce  commerce automobile qui fonctionnait à l’époque dans ce qu’on appelle “esquina do pecado” (Coin du péché) sur l’Avenue São João avec les rues  Timbiras et Conselheiro Nébias. Là-bas, j’ai fait mes premiers pas dans la vente des voitures, et très vite, j’ai monté un magasin sur la Rue Marques d’Itu. J’ai emmené  avec moi “Guariba”, qui était un maitre dans l’art du polissage et dans la préparation du véhicule pour qu’il ait l’apparence optimale pour la vente.
C’est de là qu’est venue l’expression “donner une guaribada”. Par la suite, je suis devenu transitaire-expéditeur et, en janvier  1951, j’ai loué le magasin de la Rue dos Timbiras, au 484, avec un associé,  José Pires, dont le père était  inspecteur de la Guarda Civil. Le magasin pouvait contenir 26 véhicules, et au cours du premier mois d’activité, nous en avons écoulé  500, un record.

Portal Afro – Vous êtes devenu très célèbre. Comment avez-vous commencé à construire vos relations?

Dep. Adalberto Camargo – Il y a eu plusieurs étapes. Il y avait Abraão Cachoeira, qui était mandataire de plusieurs agences  Ford de l’intérieur de l’État et il vendait également les voitures dans la capitale. Il bougeait beaucoup et il était très connu, un leader sur le marché. Il m’a appelé pour être son  associé. L’un achetait et l’autre vendait et on partageait le bénéfice. Je ne sais pas si le bénéfice était bien partagé, mais j’ai travaillé une année avec lui.
Quand j’ai décidé d’installer le magasin sur Marques de Itu, je l’ai invité  pour être mon associé, mais il m’a dit ceci: “Non. Allez-y tout seul, car vous avez appris le travail. Vous avez été à bonne école, mais vous coûtez trop cher. Maintenant, vous devez en profiter”. Je lui ai répondu: “Je ne coûte pas cher, Abrão. Je vous dois beaucoup. Vous m’avez fait confiance et vous m’avez invité à être votre associé. Je vivais dans une cave et j’ai gagné plus que vous pensez”. Grâce à cette relation avec lui, j’ai connu beaucoup de millionnaires. Je pense que l’industrie du relationnel, lorsqu’il est pur, spontané et social est très important. Personne n’arrive à rien tout seul. Grâce à cette relation, j’ai ouvert le premier magasin, je suis devenu le plus grand vendeur d’automobiles au Brésil à l’époque.

Portal Afro – Combien d’automobiles êtes vous parvenu à vendre?

Dep. Adalberto Camargo – Près de 43 000.

Portal Afro – De nombreuses concessions d’automobiles vous appartenaient. Quelle était votre stratégie sur ce marché?

Dep. Adalberto Camargo – La première concession s’appelait A. Camargo Despachante, sur  Marques de Itu. La deuxième  Bambú Automóveis. Je me suis enregistré au DET en tant que transitaire, mais, comme je ne m’y connaissais pas dans ce service, j’ai fait appel à José Pires, un transitaire. Je payais le service, lui il exécutait et je gagnais la commission. Je me suis fait connaitre et j’ai commencé à fréquenter un nombre important de personnes de la société. Mais j’avais quelque chose de particulier: je notais les coordonnées de chaque personne qui venait au magasin, qu’elle achète ou non une voiture. À la fin de l’année, dans la mesure du possible, j’envoyais une carte de bonnes fêtes. C’était un traitement différencié. Ainsi, j’ai fait connaitre mon nom dans les classes moyenne et moyenne haute, consommatrices d’automobiles.

Portal Afro – Pourquoi avez vous choisi le marché de l’automobile?

Dep. Adalberto Camargo – L’automobile était un moyen de représentation sociale. J’utilisais alors  une série de stratégies pour convaincre les clients. Je suis en train de recueillir les donnés et des notes pour écrire un livre destiné aux prochaines générations.

Portal Afro – Qu’est ce qui a motivé votre voyage aux  EUA, dans les années  50?

Dep. Adalberto Camargo – Peu après la guerre, il y a eu une loi très restrictive qui réglementait l’importation d’automobiles. Mais, celui qui voyageait en dehors du Pays ou venait rendre visite au Brésil avait le droit de faire venir son auto, parmi ses biens personnels. Je vendais des véhicules que d’autres importaient. C’est ainsi que, en 56 je  suis allé aux USA pour les amener directement. À l’époque,  il y avait 25 000 domestiques noires qui travaillaient aux États-Unis.
En 57, j’en ai détecté quelques unes et j’ai pris un intermédiaire pour établir les contacts. Je suis resté  90 jours là bas et j’ai réussi à faire venir mes 500 premières et c’est ainsi que je suis devenu un vendeur notable.

Portal Afro – Est-ce de cette manière que vous avez conquis la célébrité?

Dep. Adalberto Camargo -  Tavares de Miranda, célèbre chroniqueur  social à São Paulo, m’aimait beaucoup et donnait chaque fois des infos sur mes activités. À Rio, Didú Souza Campos, chroniqueur  de society carioca donnait toujours des nouvelles de mes aventures dans les affaires. Je vivais ici à  São Paulo et également à  Rio.

Portal Afro – Grâce aux média,  a-t-il été plus facile d’augmenter autant votre clientèle que votre carnet d’adresses. Est-ce ainsi que vous êtes devenu politicien?

Dep. Adalberto Camargo – J’étais déjà  un politicien né. ‘L’être humain est un être politique. Je n’avais simplement pas d’activité partisane. J’ai agrandi mon cercle relationnel ainsi que ma clientèle. J’ai commencé à vendre des voitures aux revendeurs de  Bahia, de Pernambuco, de Rio Grande do Sul, de Minas Gerais. Avant d’être député, j’étais déjà connu dans tout le Brésil.

POLTICIENS FORMENT D’AUTRES POLITICIENS

Portal Afro – Peut-on dire que la vente des automobiles  a constitué la sédimentation de votre trajectoire politique?

Dep. Adalberto Camargo – C’est cela même. Je pensais déjà à devenir  un homme public. J’ai compris et je comprends toujours que nous devons, grâce  au pouvoir politique, aller chercher nos origines. C’est pour cela que je suis allé les chercher en Afrique, car l’arbre sans racine ne donne pas de fruits.  J’ai compris que nous devions avoir le pouvoir politique pour changer l’histoire et nous situer dans une hiérarchie sociale, à tous les niveaux du pouvoir. Je suis arrivé à la conclusion que je devrais chercher à obtenir une charge de représentation politique.

Portal Afro – Cela a t’il un lien direct avec les films que vous regardiez à Araraquara?


Dep. Adalberto Camargo – C’est ainsi que je suis entré dans la vie publique, je me suis engagé à promouvoir le rapprochement entre le Brésil et l’Afrique. C’étaient les années 60, quand la plupart des pays africains sont devenus indépendants. Je vois le continent africain comme un grand consommateur, idéal pour l’écoulement  de notre production. Et celui qui veut vendre aux parents doit bien traiter les fils. Si le Brésil souhaite générer des ressources, des devises en Afrique, il doit ouvrir l’espace du marché du travail à  la communauté noire, qui est en train de se préparer. C’est ainsi qu’on pourra l’engager (la communauté noire) dans le processus socio-psychologique, dans les milieux de production, dans le développement du Pays.

22 décembre 2007

Carlos Moore : "Cheikh Anta Diop a provoqué une fissure irréparable sur la façade de la pensée unique"

Traduction de Guy Everard Mbarga


Sur le Projet d'un Centre International d'Études Avancées sur le Brésil, l'Afrique et les Diasporas


Mazza – Quels sont les objectifs du CIEABAD?

Carlos Moore – Ils sont divers. Premièrement, promouvoir l'établissement au Brésil de véritables institutions tournées vers les Hautes Études sur l'Afrique, les Relations Raciales et les Diasporas Africaines. Deuxièmement, accompagner les relations de l'État brésilien et des multinationales brésiliennes avec les pays du continent africain. Troisièmement, contrôler la manière dont l'Afrique est présentée par les média de ce pays, de même que les sujets faisant référence à ce continent; et fournir à la société civile brésilienne des canaux d'information alternatifs sur l'Afrique et ses réalités. Quatrièmement, encourager les recherches internationales et nationales autour de trois grands projets : a) la définition des bases structurelles qui pourraient faciliter, en Afrique, le projet de fédération du continent ; b) la définition des bases structurelles qui pourraient faciliter, au Brésil, la transition démocratique pour une société véritablement multiraciale; c) la définition des conditions stratégiques qui pourraient faciliter l'avènement, au 21ème siècle, d'une alliance des pays au Sud de l'Atlantique, autour d'un partenariat Brésil-Afrique.

En réalité, on considère cette possibilité comme un évènement capable d'influencer la démocratisation des relations internationales et consolider la tendance à la multiplication des centres de pouvoir. Une première conférence internationale des spécialistes désignés pour mener les groupes de recherche qui travailleront dans ce sens est prévue de se tenir à Salvador de Bahia en avril 2008.

Mazza – Comment l'idée de ce projet a-t-elle surgi?

Carlos Moore – En réalité, l'idée initiale vient d’Ivete Sacramento en 2000, alors qu'elle entamait son mandat de rectrice à l’Université de l’État de Bahia (UNEB), et de Hélio Santos. Ivete Sacramento a même essayé de transformer un organe qui existait déjà à l’UNEB – Le Centre des Études des Populations Afro-indigènes-Américaines (CEPAIA) – en un Centre de référence pour l’étude de l'Afrique, des diasporas africaines et des relations raciales. Je venais d'arriver au Brésil, mais j'ai accepté le défi. Je me souviens qu’Hélio Santos m'avait proposé la création d'un Institut des Hautes Études sur l’Afrique, les Diasporas Africaines et les relations Raciales et, il voulait même établir une Fondation pour le Développement Afro-Américain à ces fins. Ainsi, en 2006, après de nombreuses et longues conversations entre divers chercheurs et intellectuels, blancs et noirs, à la tête desquels Kabengele Munanga, Hélio Santos, Ivete Alves Sacramento et moi, il a été décidé en fin de compte la création du CIEABAD.

Mazza – Quelles étaient vos préoccupations en prenant cette initiative?

Carlos Moore – Elles étaient multiples. Premièrement, aider à consolider la Loi 10.639/03, que je considère personnellement comme l'une des initiatives les plus démocratiques entreprises par un gouvernement de cet hémisphère depuis la loi qui a généralisé les Droits  Civiques des noirs aux États-Unis au début des années 70. Il fallait l'appuyer et éviter qu'elle soit détruite par sa non-exécution, ou parce que certains groupes d'intérêt se la seraient appropriée pour en faire ce qu'ils font toujours : en tirer profit.

Deuxièmement, il fallait empêcher que les dispositions positives que l'État Brésilien prend depuis 2000 – introduction de la notion des actions affirmatives, des quotas raciaux dans les universités, du cadastrement et de l’immatriculation des terres quilombolas, etc –soient refrénées par la partie conservatrice de la société qui s'oppose à elles.

Et troisièmement, nous étions préoccupés à empêcher que la relation de l'État brésilien avec l'Afrique soit également séquestrée par les mêmes groupes d'intérêt, qui sont apparemment tentées d’emprisonner les différentes conquêtes démocratiques de la société civile brésilienne. On savait que seules l'organisation et la détermination pourraient aider à étendre l'action démocratique de l'État et protéger les conquêtes sociales du Mouvement Social Noir par exemple.

Mazza – Était-ce là le sens de votre idée de création d’un Centre International des Études Avancées sur le Brésil, l'Afrique et les Diasporas (CIEABAD) à partir de Salvador ?


Carlos Moore – Oui. Cela correspond à une demande qui ne cesse de grandir, non seulement au Brésil, mais aussi dans le reste du monde, en considérant la situation que vit le continent africain. Il y a une grande préoccupation autour de l'Afrique, particulièrement parmi les afrodescendants et les courants démocratiques de ce pays et du monde entier.


Mazza – Un grand problème auquel sont confrontés les mouvements sociaux pour la réalisation de leurs objectifs est celui du manque de ressources. D'où proviendront les ressources pour soutenir un projet aussi ambitieux que le CIEABAD?

Carlos Moore – Les ressources économiques jouent un rôle important pour la survie ou la non survie d'une institution. Cependant, les ressources humaines sont également vitales. C'est pourquoi nous souhaitons joindre à ce projet seulement des personnes idoines, dont la cohérence politique et la probité morale sont incontestables. Il s'agit d'un projet qui correspond aux meilleurs intérêts des sociétés civiles africaine et brésilienne.

Mazza – On remarque que très souvent, beaucoup des vieilles revendications du mouvement noir qui se concrétisent actuellement par des conquêtes sont immédiatement exploitées pour satisfaire des intérêts personnels des individus qui sont même parfois hostiles aux afrodescendants.

Carlos Moore – Les intérêts mercenaires existent depuis que Rome les a érigés en principe de gouvernement. Rome a étendu cette pratique de part l’ancien monde et aujourd'hui elle fait partie de nos vies quotidiennes. Mais, l'empire romain a disparu, face à la détermination des peuples agressés et colonisés.

Mazza – Que pensez-vous de la production des intellectuels noirs pour vaincre de la discrimination raciale et du racisme?

Carlos Moore – En général, les mouvements noirs de ce continent et leurs intellectuels présentent les mêmes forces et les mêmes faiblesses. Ils sont formidables dans la pratique de la dénonciation, dans l'action radicale directe, mais ils ont de grands problèmes dans la théorisation de leurs propres actions. D'autre part, la majorité des intellectuels noirs que je connais, semble encore hésiter entre la rupture franche avec les vieux schémas érigés par l'Occident comme supérieurs, et l'exploration pionnière, la seule qui ouvre les voix et dont l'horizon est sans fin. C'est comme s'ils hésitaient encore à contrarier les structures dominantes et à vouloir galoper sur deux chevaux en allant dans des sens inverses - Cheikh Anta Diop fut l'une des grandes exceptions. Il a provoqué une profonde rupture épistémologique dans les humanités lorsqu'il a introduit en Afrique les processus évolutifs et la question raciale comme données fondamentales de la production du savoir contemporain.
Il a provoqué une fissure irréparable sur la façade de la pensée unique promue par le monde académico-intellectuel occidental et a initié une véritable révolution dans la pensée de tous, blancs et noirs.

Mazza – Pensez-vous que quelque chose de semblable puisse arriver ici au Brésil ?


Carlos Moore – Heureusement, c’est ce qui est déjà en train de se produire sous nos yeux. Nous sommes actuellement témoins de l'existence d’une nouvelle génération de jeunes, blancs et noirs qui s’interrogent sur le racisme et la voix que devra prendre la Nation. Je ne pense pas que quelqu'un peut nous forcer à “fermer la bouche”. Quant aux manœuvres d'intimidations dont ils seront les objets dans le milieu académique ou intellectuel, ces jeunes devront se lancer par le seul chemin digne d’un vrai intellectuel– le chemin de la pensée critique, sans se préoccuper de l'opinion de ceux qui se comportent comme de véritables " embastilleurs " de la pensée.

Source: Mazza Edições LTDA
www.mazzaediçoes.com.br
edmazza@uai.com.br
Tel.: (31)34810591
Rua Bragança, 101 - Pompéia
30280-410 Belo Horizonte-MG

http://irohin.org.br/onl/new.php?sec=news&id=2546

« Accueil  1  2   Page suivante »