16 juillet 2007
Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe : Réponses aux lecteurs
"Des millions d'esclaves africains ont été forcés d'arriver sur notre sol d 'Amérique. De leurs vies, cultures et civilisations, on ne dit pratiquement rien dans les programmes officiels d'histoire.
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Beaucoup de nos adolescents et jeunes ne savent pas que leurs racines se situent dans un continent à l'origine du genre humain". |
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La citation provient du Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe ( Manual de los Afrodescendientes de las Américas y el Caribe,) publié en 2006 et fruit d'un projet élaboré avec l'UNICEF et Mundo Afro, une organisation de la communauté noire Uruguayenne.
Le Manuel a été écrit sous la coordination de l'historien uruguayen Romero Rodríguez, expert en esclavage dans la région.
Y avait-il une quelconque différence entre les expériences des esclaves aux Etats-Unis et ceux en Amérique Latine?
DMH, Séoul, Corée "

Romero Rodríguez
La présence des africains mis en esclavage aux Etats-Unis fut postérieure à celle en Amérique Latine, les premiers arrivèrent au début du 17ème siècle. Fondamentalement, il n y eut pas de différences substantielles, le principe est que des êtres humains furent privés de leur liberté, leurs droits furent niés et ils furent traités comme une marchandise, cela ne changea dans aucune région du continent.
Que signifie être afro descendant dans le contexte actuel. Avoir la peau noire ou être afro descendant ou peut-être aujourd'hui être afro c'est seulement une culture, des coutumes entre autres choses...être afro est-ce indépendant de la couleur de la peau? Je suis noire, mais je ne m'étais jamais identifié en tant que afro descendante, cependant cet article m'a donné à penser plein de choses...
ketty cordoba, Quibdo, Choco, Colombie
Chère Ketty, un des objectifs du Manuel est de faire connaître notre histoire et notre présent, nous comprenons le terme afrodescendant comme une conquête, étant donné que ce fut le colonisateur et esclavagiste qui nous a défini comme "noirs". Celui-ci prétendait nous homogénéiser, saboter notre identité, nous enlever notre sentiment d'appartenance. Le terme Afrodescendant porte implicitement notre provenance, revendique notre identité et nos droits.
Quelles ethnies, nations ou groupes tribaux prévalurent dans la migration forcée en Amérique Latine ? Merci et salutations.
Julio Cabrera, Caracas, Venezuela
Cher Julio, ce n'est pas facile d'arriver à établir, avec précision ce que tu demandes, cependant, il existe quelques travaux qui font la lumière à ce sujet. Cela ne fait pas partie des objectifs initiaux de notre projet.
Je voudrais vous demander si un travail a été fait pour savoir quelles étaient les ethnies africaines qui furent emmenées sur le continent américain et le chiffre de 10 millions n'est pas bas puisqu'il y en a qui parlent de plus d'une centaine de millions
Alberto, Mérida, Venezuela
Cher Alberto, effectivement, il existe des divergences en ce qui concerne le nombre d'africains arrachés à leur terre et ceux qui sont arrivés dans des ports américains. Certaines hypothèses indiquent que pour chaque africain arrivé à destination, trois sont morts, en partant du processus de capture jusqu'à l'arrivée à destination. Le concept de la "Route de l' Esclave", de l'UNESCO, fait référence à la difficulté de quantifier les victimes sur des bases scientifiques, mais a également indiqué de façon claire que parmi les facteurs permettant d'arriver à un résultat, il y avait le manque de volonté politique pour fournir les registres de la part de tous les pays impliqués.
A quoi est dû le fort pourcentage d' afro descendants au Brésil et dans les Caraïbes par rapport au reste des pays d'Amérique? Et le métissage qui s'est produit par rapport à d'autres pas comme les Etats-Unis ?
Begoña Merino, Madrid, Espagne
Chère Begoña, avant toute chose, on ne doit jamais oublier que le moteur du trafic transatlantique des africains mis en esclavages fut l'exploitation économique des colonies. Le type d'exploitation déterminait la demande de main d'œuvre en esclavage.
Dans les sud des Etats-Unis, les Caraïbes, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, l'Équateur et le Pérou, l'existence de nombreuses et immenses plantations et l'exploitation intensive des mines a défini le nombre d'africains emmenés de force.
AVEC QUELLE EXCUSE USA ON ARRACHAIT LES NOIRS DE LEUR TERRE? VOYAGEAIENT-ILS EN ÉTANT BERNÉS OU DE FORCE? LES RÉPONSES OFICIELLES NE ME SATISONT PAS. COMMENT FONCTIONNAIT EN RÉALITÉ CETTE MACHINE DE L'ESCLAVAGE? UN GRAND MERCI.
RODRIGO GARCÍA GORGA, SABADELL, ESPAGNE
Cher Rodrigo, il n y avait pas de tromperie. Cette idée, implicitement porte atteinte à la capacité intellectuelle des victimes. On arrachait les africains à leurs terres, on les pourchassait, on les capturait et on les transportait contre leur volonté. Le système disposait d'une ingénierie très complexe, avec une infinité d'acteurs. La définition du commerce triangulaire est celle qui synthétise le plus clairement la son fonctionnement.
Ils partaient avec des marchandises de l'Europe, ils les échangeaient contre des africains capturés, ceux-ci étaient transportés en Amérique et échangeaient des matières premières ou des produits de grande valeur sur le marché européen, en plus de ce qu'ils produisaient sur le sol américain. Le système a fonctionné à la perfection.
M. Romero Rodríguez, avant tout, je suis très heureux de faire votre connaissance et de vous remercier pour votre travail historique sur l'Afrique et ses populations et le génocide produit par l'attitude impérialiste. C'est la même chose qui s'est passée avec les peuples originaires du continent Américain. Cette attitude correspond-elle au Monothéisme Impérial, ou est-ce un problème de testostérone ?
silvia, Capitale Fédérale , République d'Argentine
Chère Silvia, je voudrais avant tout vous féliciter pour votre sens de l'humour subtile, mais les hommes et les femmes sans distinction ont profité du processus de l'esclavage, de même que les victimes furent des hommes et des femmes.
Au delà de la culpabilité des descendants des esclavagistes pour la maltraitance de leurs ancêtres, des êtres humains d'une manière si irrationnelle, ma culpabilité en tant que afro descendant est d'imaginer que mes ancêtres se sont laissés dominer d'une telle manière que nous portons cette culpabilité dans le sang. Qu'est ce qui a empêché que contrairement à d'autres races qui ont préféré la mort plutôt que d'être dominés, une race aussi forte se soit laissée dominer ainsi?
SONIA SIFONTES, PTO. ORDAZ, VENEZUELA
Chère Sonia, si tu parcours le Guide des afrodescendants ( la Guía de afrodescendientes), tu pourras apprécier comment nos ancêtres se sont battus inlassablement pour résister à la situation à laquelle ils étaient soumis. Le racisme, en tant que système dominant a généré les mécanismes pour nous inculquer une culpabilité qui n'est pas telle, et cela ne passe pas par le sang, c'est culturel. Peut-être tu devrais savoir que après seulement 9 ans de présence des européens dans l'île la Española (1503), quand fut interdit l' entrée des africains qui incitaient les indigènes à se rebeller. Cette disposition fut abrogée face à l'extinction des natifs et la demande des colons qui voulaient disposer d'une main d'œuvre esclave.
Y a-t-il une autre explication, en plus de l'interdiction du Gral Martinez dans les années 1930, pour qu'il n y ait pas de noirs dans mon pays?
Geovanna Ulloa, San Salvador, El Salvador.
Chère Geovanna, nous sommes encore en train de travailler et d'enquêter sur le cas spécifique du Salvador, car nous ne disposons pas encore de données suffisantes.
Pourquoi au Salvador il n y a pas des personnes de race noire? On dit ici que un certain Gral. Maximiliano Hernandez Martínez (Président de la République dans les années 40 et sympathisant de Hitler) a chassé les personnes de cette race du pays en plus des chinois. Qu'y a-t-il de vrai dans tout cela ?
Francisco Santos, San Salvador, El Salvador
Lire la réponse à Geovanna
Dans presque toute la région de l'Amérique Centrale, on trouve des descendants d'esclaves africains ...ce n'est pas le cas au Salvador. Dans les écoles, on ne nous enseigne pas s'il y a eu une présence d'esclaves africains dans notre territoire, j'ai entendu que un général a interdit qu'on introduise des noirs dans notre pays. S'il y une histoire d'esclaves noirs au Salvador, j'aimerais que quelqu'un qui en sait quelque chose puisse éclairer mes doutes.
luis pacas, san salvador, el salvador
Lire la réponse à Geovanna
Pourquoi les noirs ont été choisis comme esclaves? (et on les traitait si mal), et en même temps ça leur convenait que ces mêmes femmes noires allaitent les enfants des blancs ? Ne devraient-ils pas être reconnaissant qu'une femme noire alimente leur enfant pour qu'il grandisse sainement ?
patricia, ituzaingo, argentine
Chère Patricia, le processus esclavagiste fut cruel en lui-même, le facteur fondamental de la relation maitre - esclave était d'établir une domination absolue sur l'individu, le réduire à la soumission. La sévérité de la traite était liée à ce fait. Concernant les femmes qui allaitaient, il faut tenir compte qu'elles étaient des "pièces d'ébène", biens utilitaires, personne ne remercie une table pour avoir soutenu un vase.
Si d'une manière quelconque on pouvait exprimer en nombre -chiffre (pourcentage %) l'influence et l'héritage africains sur la culture latinoaméricaine par rapport aux autres deux cultures par lesquelles nous sommes influencés (indigène et blanche européenne) en prenant en compte les aspects comme la langue – le langage, les arts, la musique, les coutumes et l' idiosyncrasie...Quels seraient ces pourcentages?... merci
Carlos Mendoza, caracas, venezuela
Lire la réponse à Juan Carlos de Guatemala.
Cher monsieur Rodriguez: Je suis étudiant en histoire de l'Université Central de Venezuela. J'aimerais savoir s'il existe des études sur la "carimba" ou "calimba" en Amérique. Récemment, j'ai découvert dans le Archives de l'Académie Nationale de l'Histoire du Venezuela, le sceau utilisé par les anglais sur les esclaves qui son t arrivés dans ce pays. Je suis en train d'écrire un article à ce sujet .Ou me conseilleriez-vous de le publier ? J'ai les photos du symbole et l'article est très avancé! J'aimerais rentrer en contact avec vous pour vous le faire parvenir. Pourriez-vous m'envoyer votre adresse électronique? Un bonjour du Venezuela
José Rafael Fagundez, Caracas, Venezuela
Cher Rafael, avant tout merci pour ta confiance. Des travaux existent dans la région qui mentionnent la "carimba", je n'en sais pas plus sur le cas spécifique du Venezuela. Le marquage au feu (au fer) était pratiqué dans toutes les colonies espagnoles, une façon de contrôler le paiement des impôts pour les esclaves et neutraliser la contrebande. Si cette pratique fut interdite à partir de 1784, il existe des indices démontrant qu'il fut pratiqué postérieurement.
L'esclavage c'est accepter les "normes" que dicte le "Maître "Martin Luther King et Gandhi étaient des esclaves et n'ont rien obtenu, car en Inde, on continue de pratiquer "la caste" et aux Etats-Unis, le Klu Klu Klan existe toujours. Si on ne l'abolit pas, pourquoi parler de liberté? C'est une supercherie.
Ángel V. Rivas, Caracas, Venezuela
Cher Ángel, avec tout le respect que je te dois, je pense que vous méconnaissez le fondement du combat de ces deux grands hommes. Gandhi a lutté pour l'indépendance de l'Inde de la domination britannique et il ne fut pas esclave. Le Dr. King ne fut pas non plus esclave, et son combat a consisté à obtenir la plénitude des droits civils pour les afro nord américains.
Les inégalités persistent, des groupes réactionnaires, racistes, xénophobes également. Mais personne ne peut nier que la lutte de ces hommes fut précieuse et a eu des résultats positifs.
Est-il vrai que la Banque de Londres et la Royal Insurance furent fondées avec l'argent qui provenait du commerce des esclaves?
Luis González, Belo Horizonte, Brésil
Cher Luis, je ne peux pas être catégorique dans cette réponse, mais l'accumulation de capitaux en Europe était due en grande partie à la Traite Transatlantique et ce qu'elle a produit.
La plus grande partie de la population noire à L.A. est pauvre. Est-ce dû au racisme ou à des problèmes qui proviennent de la période de l'esclavage?
Juan Carlos Cemborain, Caracas, Venezuela
Cher Juan Carlos, le racisme est la conséquence de l'esclavage et la pauvreté est due au racisme.
Cher monsieur Rodríguez. Je suis d'accord avec ce que vous dites, et je voudrais savoir: Quel est le degré d'influence de la culture africaine en Amérique Latine?
Francisco Javier Ruiz, Guatemala, Guatemala
Cher Francisco, l'influence est très large, peut-être qu'on ne peut pas la quantifier, mais vous en trouverez partout. Religion, art dans toutes ses expressions en passant par la cuisine, les vocabulaires, etc.
Ou l'esclavage fut il pratiqué pour la première fois ? Au cours des voyages criminels de vols et de spoliation des européens, les habitants des canaries ne furent-ils pas les premiers à être mis en esclavage? Merci pour vos réponses.
félix , Lieja, Belgique
Cher Félix, lors de l'expansion vers l'Atlantique, les premières victimes furent les habitants des Îles Canaries, cependant ils ne furent pas les premiers esclaves.
Pourquoi n y a t'il pas de noirs au Mexique?
Leoncio, Lima, Pérou
Cher Leoncio, je te recommande lire de lire la réponse à Arturo Quiroz.
Bonjour Monsieur Romero Rodriguez. Je voudrais que vous m'informiez plus sur les personnages illustres de la culture Afro en Amérique Latine. Des personnes qui se sont battues contre l'odieuse discrimination. Des personnages tels que Benkos Biojo qui ont mené leur lutte pour la liberté, en ce qui concerne la Colombie. Grand merci pour votre attention.
Jorge Andrés Cortés Velásquez, Manizales, Colombie
Cher Jorge, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, il y a eu de nombreux leaders qui ont combattu pour la liberté des africains, Zumbi au Brésil, Makandal et Louverture en Haïti, Miguel et Chirino au Venezuela, Alonso de Illescas en Équateur, Nanny en Jamaïque entre autres. Citer des personnages illustres de la culture afro de la région requiert un travail plus spécifique, étant donné l'amplitude du sujet.
Pourquoi n y a-t-il presque pas des personnes de race noire au Mexique? S'ils ont existé, où sont-ils ? Et pour quelle raison leur population n'a pas augmenté ?
Arturo Quiroz, McAllen , USA
Cher Arturo, avant tout, je dois dire que au début du 17ème siècle, un des principaux ports de destination des africains mis en esclavage était Veracruz.
Deuxièmement, il existe des afrodescendants mexicains, certains concentrés sur la Côte Chica (Oaxaca et Guerrero). Pour votre fierté, l'un des premiers groupes ayant obtenu l'autonomie et la reconnaissance de la Couronne Espagnole (1609), fut celui dont le leader était Yanga, dans les environs de Veracruz. Concernant la seconde partie de ta question, l'immigration européenne a joué un rôle important, en plus des unions avec d'autres secteurs de la population.
Je vous remercierai de m'informer du nombre d'esclaves aux Etats-Unis d'Amérique et le nombre actuel des afro descendants dans ce pays. Je n'ai pas pu trouver cette information, contrairement aux pays de l'Amérique Latine, ou j'ai les statistiques de presque tous les pays( sauf le Paraguay)
HUGO QUINTERO MIÑO, Valparaíso, Chili
Cher Hugo, l'UNESCO établit dans son programme "la Route de l'Esclave", que 10% des africains mis en esclavage sont arrivés sur des ports de l'Amérique du Nord. Notre travail se focalise préférentiellement sur l'Amérique Latine. Concernant le nombre actuel d'afro descendants aux Etats-Unis, les derniers chiffres du Census Bureau indiquent un total de 39,7 millions (estimation pour l'année 2005).
L'initiative du Manuel des Afro descendants ne s'est-il pas également fait avec le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol ?
Jesus Carrasco, Panama, Panama
Cher Jesús, nous avons effectivement pu compter sur le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol.
Ma question est : de quels pays africains provenaient les esclaves? – Pourquoi au Chili il n'existe pas de registres d'Esclaves?
Juana Salazar, santiago, chili
Chère Juana La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu'à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d'origine. L'une des méthodes utilisées pour cela est l'appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.
En ce qui concerne les registres d'esclaves, il en existe au Chili. Il n y a pas assez de recherches et la diffusion doit être plus grande. Dans le Nord (Arica), il y a deux organisations afrochiliennes qui travaillent actuellement.
Je voudrais savoir de quels pays d'Afrique provenaient la majorité des esclaves arrivés au Venezuela. Merci.
ana cordero, bogota, colombie
Chère Ana, je vous répond la même chose que à Juana du Chili. La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu'à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d'origine. L'une des méthodes utilisées pour cela est l'appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.
De quelle partie spécifique de l'Afrique arrivèrent les esclaves qui vivent actuellement sur la côte de Barlovento au Venezuela? Y a t'il eu des esclaves d'origine africaine au Chili? Merci et continuez votre précieux travail.
Rodrigo Frez, Stockholm, Suède
Cher Rodrigo, selon les enquêtes – les recherches effectuées à cet effet, au 18ème siècle, des africains de la région de Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or arrivèrent à Barlovento, lesquels furent enregistrés en tant que "Minas", leur port d'origine. Dans le cas chilien, il y a effectivement eu des esclaves mis en esclavage, il y a des afro descendants de nos jours localisés dans leur majorité dans le nord du pays.
Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga
http://news.bbc.co.uk/hi/spanish/specials/2007/esclavitud/newsid_6450000/6450263.stm
11 juillet 2007
Brésil : La représentation des noirs à la télévision

Paulo Rogério Nunes
Adital -
Dans une entrevue exclusive à l’Observatoire du Droit à la Communication (Observatório do Direito à Comunicação) le publicitaire et directeur exécutif de l’Institut Media Ethnique (Instituto Mídia Étnica) affirme qu’il faut décoloniser les media pour libérer les concepts et des valeurs présentes dans la culture noire. Selon lui, la structure des media et leur contenu sont extrêmement nocifs à la formation des jeunes et des enfants afrodescendents, puisqu’ils exercent une forte influence sur le mode de vie et de vision du monde. "La tendance est de nier sa propre identité", affirme-t-il. Selon l’activiste, les réflexions sur le racisme doivent nécessairement régler le problème de la conception de la TV publique dans le pays: "On peut tolérer qu’une chaine de télé commerciale ne représente pas le noir, mais il est innaceptable qu’une chaine publique, dont l’objectif est de donner la parole aux divers segments de la société fasse la même chose".
Ci-dessous les meilleurs moments de l’entrevue:
Observatório do Direito à Comunicação – Le Brésil est connu pour sa diversité, y compris raciale. Cette diversité est – elle présente à la télévision ?
Paulo Rogério Nunes – Cette diversité n’est pas représentée à la télévision car, on continue de valoriser la matrice de pensée et de comportement européenne à la télévision comme dans diverses sphères de la société brésilienne. Les noirs et les indigènes ne sont pas dignement représentés à la télévision : soit ils le sont de manière stéréotypée, soit ils n’apparaissent pas. En fait, une des principales caractéristiques du Brésil est sa diversité culturelle et les diverses contributions des peuples, mais la télévision ne représente pas ces groupes. Cela part de l’idéologie qui fait que les politiques publiques de l’État brésilien et toute la conception au sein de l’école, des universités et dans les médias valorise et privilégie cette matrice européenne. C’est la matrice du colonisateur. Et c’est le Brésil qui sort perdant dans cette histoire parce qu’il ne se connaît pas. En ne valorisant qu’un versant ethnique et racial dans les medias et dans d’autres sphères de la vie, le Brésil perd la chance de comprendre les autres contributions apportées par les africains et par ceux qui étaient déjà ici, c’est-à-dire les indigènes. C’est très grave, car cela donne une fausse image du pays. Le professeur Hélio Santos (économiste de l’USP) dit toujours qu’on voit plus de noirs sur les chaines de télé au Danemark et en Europe en général qu’au Brésil. Notre pays ne pratique pas la diversité, et les institutions comme l’école, l’église ou les media commettent ce racisme insitutionnalisé pour privilégier un type ethnique déterminé et un modèle de beauté, de comportement, et de vie.
ODC – Le racisme qui reste présent au Brésil a-t-il son reflet à la télévision ?
Bien sûr. Quand on y pense, on se rappelle qui était Mussum? Un home noir ivrogne, stéréotype du noir en guenilles, vagabond sans perspective. Dans divers moments de la télédramaturgie et dans d’autres productions de la TV brésilienne, il y a une grande charge de stéréotypes et de préjugés. Il y a une action délibérée qui au-delà de les sous représenter, place les hommes et les femmes noires sommet de l’inégalité, de l’infériorité. Et cela est préjudiciable pour celui qui regarde. Pour le jeune ou l’enfant noir qui est dans un processus de formation identitaire, c’est extrêmement nocif, puisque que cela exerce une forte influence sur le mode de vie et sur la manière de voir le monde. Par conséquent, si nous n’attaquons pas le racisme dans ce cadre de la production, il va continuer à se reproduire à une grande échelle. Il est paradoxal de disposer d’autant d’organisations et des personnes qui parlent de l’inégalité raciale dans le pays et d’avoir une Télévision qui réaffirme les valeurs racistes.
ODC – À quel niveau le racisme se manifeste de la manière la plus évidente?
Il est impossible de dire ou il se manifeste le plus fortement . Il existe une situation institutionalisée de sous représentation du personnage noir. Des enquêtes récentes démontrent que les télévisions ont à peine 5,5% de présentateurs et de professionnels apparaissant dans les vidéos qui sont noirs. Il y a également une absence de discussion sur la culture noire. Pendant longtemps, on a appris à l’école que le noir fut passif durant le processus de colonisation et d’esclavage dans le pays, que la science et les arts et tout ce que l’être humain à réussi à produire l‘a été par les européens. C’est un mensonge que le Mouvement Noir et la société dénonce depuis les dernières années et que la Télévision doit également dénoncer . Il est nécessaire de raconter les histoires des grands leaders noirs, des scientifiques noirs, de montrer les contributions que les média ont très longtemps nié. Il faudrait qu’à un moment on pense à une décolonisation de la pensée et de la production du contenu pour relever les concepts et les valeurs apportées de l’Afrique.
ODC – Quelle solutions suggérez-vous contre l’invisibilité, la distorsion ce miroir infidèle que représente la télé pour cette population?
Au de-delà de la discussion sur la culture noire, il est important qu’il y ait des noirs qui en parlent ainsi que d’autres sujets, que nous soyons les sources, reporters , présentateurs. Même si on parle de physique quantique, il est important qu’il y ait un noir présent, qui exerce son droit à la communication. Ce sont deux versants de la solution. La première est la construction de véhicules de communication faits par les noirs, par des afrodescendants ; qu’il existe un media noir effectif au Brésil. Ce media représentera notre point de vue sur les sujets nationaux, il ne s’agira pas de parler uniquement du racisme ou de la culture noire. Il s’agira de notre point de vue sur l’éducation, la santé, le développement. Il y a déjà eu une presse noire au Brésil. Il y avait des journaux pour afrobrésiliens qui dénonçaient le racisme , mais qui évoquaient également la société brésilienne.
Le second point est celui de la représentation dans les véhicules (de communication)traditionnels. Il faut qu’il y ait des noirs dans les grands véhicules de communication traditionnels, car la communication qui parvient à tout le monde est fondamentale et il est fondamental de la modifier à partir de ces structures. Et tout cela doit être connecté avec la vsion future sur la convergence digitale et les nouveaux outils de communication. Dans l’occupation de ces nouveaux espaces, on doit donner la priorité aux groupes historiquement exclus, comme les noirs et les indiens.
ODC – Y at-il des indices montrant que nous sommes en train d’aller vers le meilleur? Est-i- possible de citer des exemples positifs?
La publicité, ici à Bahia, par exemple a changé en ce qui a trait à l’insertion des noirs. Ce n’est pas dû à la bienveillance, mais c’est plutôt à cause de l’aspect économique. On ne peut pas vendre un produit pour les classes C et D sans qu’il n y ait un noir qui en témoigne , par exemple. Cela a changé et la publicité reflète déjà plus la population noire, comme certains programmes de télévision et des films qui ont déjà abordé la culture noire. En politique en général, on peut voir qu’il y a certaines avancées, comme la création du secrétariat (Spécial des politiques de Promotion de l’Égalité Raciale - SEPPIR), les actions du MEC pour l’implantation de la Loi 10639 (qui a institué l’enseignement systématique de l’histoire et de la culture afro-brésilienne et africaine dans l’Éducation de Base). Ces avancées sont la preuve que le Mouvement Noir a réussi à intégrer un agenda de revendications et de transformation. Mais cela n’est pas reflété dans les média, conservateurs, avec un climat de renforcement du discours contre les quotas, et qui s’articule contre la légitimité des actions affirmatives. C’est normal, car il s’agit d’un combat politique présent dans la société brésilienne d’aujourd’hui. S’il y avait une proposition d’action affirmative dans les medias de communication, elle serait extrêmemment mise en question et rejettée par l’élite. Cette élite, en général reconnaît l’existence du racisme, mais ne reconnait pas la nécessité des mesures pour résudre ce problème.
ODC – De quelle manière la communication peut-elle aider à dépasser notre racisme historique?
La communication est stratégique pour l’avancée de notre combat, combat contre le racisme et pour le développement de la communauté noire dans le monde entier. Quand on pense d’une manière globale, en Afrique, dans les Caraibes, dans les pays ou les noirs sont présents, la communication permet que les groupes historiquement sans représentation aient voix au chapitre. Sans appropriation des media, nous ne réussirons pas à mettre notre combat, nos dicours à l’ordre du jour. La communication dans le pays a toujours été une communication dans laquelle peu de gens parlent et beaucoup écoutent . Nous devons construire au Brésil une autre communication, dans laquelle beaucoup de personnes parlent et peu écoutent. Il est impossible de démocratiser la communication et faire valoir le droit à la communication sans discuter de la représentation des peuples historiquement exclus dans ce cadre. Dans ce sens, la communication est la possibilité d’élargissement des horizons, la connexion avec d’autres communautés, l’articulation et l’élargissement de la vision du monde . Et les technologies sont des éléments importants dans cette lutte. L’inclusion digitale, par exemple est une nécessité pour le Brésil, mais le cadre d’exclusion, qui est compliqué pour tous est encore pire pour les noirs.
ODC – Les récents débats sur la TV publique devraient-ils aborder cette discussion, ne serait-ce que dans leur? Quel risque courons nous si nous ne le faisons pas?
Le débat sur la Télévision Publique est placé dans l’agenda national et il est d’une extrême pertinence. Discuter de la TV publique c’est discuter d’une communication qui puisse donner la parole à la société telle qu’elle est, qui ne soit pas une communication juste commerciale ou publique. C’est un élément fondamental pour la démocratie. Pour discuter de la TV Publique dans notre réalité politique, il faut discuter de la présence des noirs dans cette télévision. Une enquête récente effectuée par la Fondation Palmares démontre que aujourd’hui seulement 0,9% du contenu des télévisions publiques (TVE, Cultura et Radiobrás) aborde la culture noire. L’espace de la TV Publique doit alors nécessairement chercher à mettre fin à l’hégémonie des grands media de communication et réfléter la diversité que nous avons. C’est innaceptable qu’une chaine de télé publique, qui se propose de donner la parole aux différents secteurs de la société, présente un petit écran comme celui que nous voyons aujourd’hui. Il est donc fondamental qu’il y ait une articulation entre la société civile et les mouvements pour que nous fassions pression pour l’engagement des personnes de race noire dans ce débat, en terme de contrat et pour que le contenu relatif aux noirs y soit représenté. Ce serait au minimum contradictoire que les Tvs publiques et éducatives ne fassent pas une réflexion à ce sujet.
Traduit du Portugais par Guy everard Mbarga
Enquête : Trois sur quatre afrouruguayens sont pauvres
MONTEVIDEO(ANSA) – Trois noirs uruguayens sur quatre sont pauvres ou appartiennent aux classes sociales moyennes-basses selon une enquête de l’Institut National de Statistiques. L’enquête publiée le 5 juillet par le journal El Observador, révèle que seuls 6% des afro-uruguyens peuvent être considérés comme faisant partie de la classe socioéconomique haute, contre 22% des uruguayens de race blanche. Dans le même temps, le chômage touche 14,1% de la population noire et 10,5% de la population blanche. 279.429 noirs vivent en Uruguay et représentent 5% de la population. La même enquête affirme que les afrouruguayens sont le groupe ayant le plus fort taux de population jeune, mais seuls 7% d’entre eux atteignent l’âge de 65 ans. (ANSA) Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga Source : www.palmares.gov.br JOURNAL: Portail Ansalatina.com, Lisbonne, Portugal |
Portrait : Juliano Moreira, psychiatre noir face au racisme scientifique
Brasília- Juliano Moreira est né à Salvador, Bahia, le 6 janvier 1873 et est mort à Rio de Janeiro le 2 mai 1932. Docteur en médecine, il fut l’un des pionniers de la psychiatrie brésilienne.Malgré le fait qu’il était noir et issu d’une famille pauvre, en 1886, soit deux ans avant l’abolition officielle de l’esclavage, il entra à la Faculté de Médecine de Bahia en 1891 à ses 18 ans, dont il deviendra Professeur après sa formation. Dès 1900 il représente le Brésil à divers congrès internationaux : à Paris, cette année là– tout en étant également élu Président Honoraire du 4ème Congrès International de l’aide aux personnes souffrant d’aliénation mentale à Berlin; il représenta également le Brésil aux Congrès de Lisbonne en 1906; Milan et Amsterdam en 1907; Londres et Bruxelles en 1913. En 1903, après avoir exercé à la clinique psychiatrique de la Faculté de Bahia, il déménage à Rio de Janeiro.
Pendant qu’il occupait les fonctions à la direction de l’ Hospício Nacional dos Alienados (Asile Psychiatrique National) de Rio de Janeiro, il humanisa le traitement et mit fin à l’enfermement des patients.Il défendit l’idée selon laquelle l’origine des troubles mentaux était due à des facteurs physiques et situationnels, comme le manque d’hygiène et le non accès à l’éducation , contrairement à la pensée raciste en vogue dans le milieu académique (à cette époque) qui attribuait les problèmes psychologiques au Brésil au métissage. Il fut un représentant éminent de la psychiatrie brésilienne.
Parmi les instituions auxquelles appartenait Juliano Moreira on retrouve : Antropolegische Gesellschaft (Munich); Societé de Médecine (Paris); Medico-legal Society (New- York). Juliano Moreira fut membre de la Direction de l’Académie Brésilienne des sciences entre 1917 et 1929, occupant la charge de Président au cours des trois dernières années.
Enquête : Oscar Henrique Cardoso, ACS/FCP/MinC
Traduit du portugais par Guy everard Mbarga
09 juillet 2007
Brésil : La Ministre Matilde Ribeiro soutient la mobilisation en faveur du Statut Racial
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Matilde Ribeiro, Ministre du Seppir
Brasília – La ministre Matilde Ribeiro du Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (Seppir), s’est dite favorable à la mobilisation de la société pour la défense du Statut de l’Égalité Raciale et du Projet de Loi 73/99, enclenchée par des organisations telles que Educafro, le Mouvement Brasil Afirmativo (Brésil Affirmatif) et l’Institut du Noir Padre Batista, qui ont créé le Forum SP de l’Égalité Raciale.
Ces organisations veulent mettre la pression sur les députés pour emmener ces derniers à voter le Statut et le Projet de Loi qui crée de reserves de places pour les étudiants venant de l’école publique et des quotas pour les noirs et les indigènes, proportionnellement à la présence de ces communautés dans la population de chaque État. Pour ce faire, elles présenteront en août prochain 100 000 signatures aux présidents de l’Assemblée et du Sénat.
"Nous sommes favorables au texte du Statut de l’Égalité Raciale et nous estimons, compte tenu de la grande consultation nationale et des débats au sein de la société qu’il s’agit d’un instument essentiel pour la garantie de la démocratie dans le pays. Le racisme au Brésil a empêché et continue de conditionner les possibilités de progrès de la population noire , en la privant d’opportunités, de droits et de mobilité sociale. Nous manifestons notre soutien à cette initiative, dans les espaces publics et privés, car nous sommes convaincus de son impact positif pour toute la nation brésilienne”, a affirmé Matilde.
La manifestation de la ministre intervient à un moment ou le silence du Seppir(qu’elle dirige) au sujet du Statut fait grandir les rumeurs selon lesquelles le gouvernement serait en train de préparer une sortie de la politique de défense des quotas sociaux – une stratégie visant à ne pas déplaire aux secteurs opposés aux politiques d’action affirmative dans le pays.
Selon Matilde, même s’il n’est pas encore approuvé par le Parlement, la force du débat entamé au cours de la dernière décennie sur le Statut est à l’origine de changements significatifs “comme une présence des noires – encore timide - mais fréquente dans les spots publicitaires et dans la dramaturgie télévisuelle.”
“En fait, nous avons beaucoup de travail à faire jusqu’à ce qu’on arrive à une participation équivalente des groupes ethniques et raciaux qui composent le pays , mais nous devons néanmoins reconnaitre les quelques contriubutions du Statut de l’Égalité Raciale en tant que coaliseur des demandes et de solutions élaborées avec le Mouvement Noir ”, a-t-elle affirmé.
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Matilde a loué l’initiative de la société civile organisée pour réactiver la mobilisation en faveur de l’approbation du projet. “C’est une constante du Mouvement Noir de faire valoir la raison de son existence, c’est-à-dire, la lutte contre la racisme, contre toutes les formes de discrimination et la réalisation des droits constitutionnels. Le Seppir agit pour que le projet soit mis à l'ordre du jour (à l'Assemblée), car il comprend qu'il s'agit d'un mécanisme supplémentaire de combat contre le racisme, la discrimination et le préjugé racial au Brésil, qui renforcerait ainsi le travail effectué par le Secrétariat ", conclue-t-elle.
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga
Noirs dans l'élite brésilienne (I)
La présence des afrodescendants dans les classes sociales A et B passe de 9% à 15,8%. Faites connaissance avec certains des hommes qui ont conquis leur place au sommet de la pyramide.
Par Elaine Cotta et Adriana Nicacio
Traduit du Portugias par Guy everard Mbarga
Wanderlei Coelho a eu une enfance assez pauvre. Son frère et lui furent élevés par leur mère dans une baraque de bois de Vila Madalena, au cours des années durant lesquelles le réduit bohémien était encore habité par la classe moyenne basse de São Paulo.

Wanderlei Coelho, homme d'affaies à succès
Il fut cireur, vendeur de tapis, office boy, chauffeur de taxi et mécanicien. “Mon objectif était de gagner ma vie comme tout le monde”, dit-il. Et il a réussi.
Aujourd’hui, il est propriétaire d’une boite de nuit d’une capacité de deux mille places à São Paulo, d’un restaurant, d’une entreprise de Production événementielle et associé d’une entreprise de construction. Il a également investi dans l’immobilier et dans une école primaire.
Comment en est-il arrivé là? En plus de beaucoup travailler, il a fait des études de Droit. Une fois formé, il a monté un cabinet d’avocat, qui offrait également des services d'une agence immobilière et d’expédition, mais il a fini par se faire une place dans le monde des spectacles.
“Je savais que si j’étudiais et que je me battais beaucoup, je réussirais à sortir de cette misère ”, raconte-il. A 52 ans, il est fier d’être le propriétaire d’une maison évaluée à plus de R$ 1 millions à Alphaville, quartier noble de São Paulo, d’une Mercedes SLK 200, d’une Pajero Sport, d’une Montana et de 15 autres immeubles.
L’histoire de la vie de Joaquim Barbosa est similaire. Avec un salaire mensuel qui représente le plafond salarial dans la fonction publique –même le président de la République gagne moins que lui ( il gagne d’ailleurs trois fois moins), le premier ministre noir du Tribunal Suprême Fédéral débuta sa vie professionnelle en tant que balayeur.
Fils aîné d’une fratrie de huit enfants, d’un maçon et d’une maîtresse de maison, Barbosa avait l’habitude de nettoyer la salle de bain du Tribunal Régional Électoral du District Fédéral en chantant en anglais avec un accent parfait.
Il laissa bouche-bée le directeur du tribunal d’alors Luz Cunha, qui le prit sous son aile. Il obtint un meilleur emploi et entreprit dès lors de reprendre ses études. Aujourd’hui, à 52 ans, Barbosa qui parle quatre langues est titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en Droit Public de l’Université de Paris, titulaire d’une maitrise de l’ UnB, professeur diplômé de l’UERJ et professeur invité de l’Université de Columbia, à New-York, et de l’Université de Californie.
“Ma nomination est le couronnement d’une carrière ”, avait-il déclaré lors de sa prise de fonction. “J’espère que dans les prochains dix ou quinze ans, une indication comme celle-ci (d’un noir) deviendra une chose banale. J’accepte ainsi le fardeau, et c’est là le prix que je dois payer.”
Ce rêve de Barbosa a déjà commencé à donner des signaux de possible concrétisation. C’est pour le moins ce que démontre une recherche faite par l’Institut des Études du Travail et de la Société avec une base de données de la Pnad, de l’IBGE.
Les chiffres indiquent qu’en 2004, les afrodescendants étaient 15,8% dans l’élite (représentée par les 1% des plus riches du Pays), une évolution par rapport aux 9,1% confirmés par un indice similaire en 1992.
“C’est un résultat important qui doit être célébré”, indique Hélio Santos, professeur de la Fondation Visconde de Cairu ( Bahia) à DINHEIRO . Selon lui, ce changement a commencé à s’effectuer grâce à une série de politiques publiques orientées vers l’inclusion sociale des noirs qui ont commencé à être élaborées à partir des années 90.
“Mais l’idéal serait de représenter dans les 25%”, affirme-t-il. L’économiste Mário Theodoro, de l’Université de Brasília, va dans le même sens. À la demande de l’Institut Ethos, il a mesuré le coût du racisme pour l’État brésilien et est arrivé à un chiffre : R$ 67,2 milliards.
http://www.terra.com.br/istoedinheiro/455/economia/negros_elite.htm Traduit par Guy Everard Mbarga
Joaquim Barbosa, ancien balayeur qui gagne le triple du salaire du Président Lula
Noirs dans l'élite brésilienne (II)
La présence des afrodescendants dans les classes sociales A et B passe de 9% à 15,8%. Faites connaissance avec certains des hommes qui ont conquis leur place au sommet de la pyramide.
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Ce coût, selon lui, représente ce que le Brésil n'a pas investi tout au long de l'Histoire –et qu'il devrait investir dès à présent —pour réduire le fossé qui existe entre les noirs et les blancs quand on parle de l'éducation, du logement d'habitation, et du système sanitaire.

"Cest un débat qui commence à peine à affleurer. Il y a encore beaucoup à faire pour atteindre l'idéal", affirme-t-il. Hélio Santos rappelle que le Brésil compte 80 millions de noirs, soit le double de la population argentine, qui attendent une chance d'inclusion sociale.
Quand ils arrivèrent au Brésil fuyant les misères vécues dans leurs pays d'origine, les immigrants européens avaient déjà, presque tous un domicile et un emploi garantis. Un privilège qui ne fut jamais donné aux plus de 750 000 noirs qui pendant plus de 350 ans ont travaillé comme esclaves dans les exploitations agricoles éparpillées dans les Pays. "S'il y des noirs dans l'élite, cela a beaucoup à voir avec l'effort qu'ils ont fait pour conquérir leur place", affirme Santos. Aujourd'hui, même s'ils représentent 46,4% de la population économiquement active, les noirs gagnent la moitié des salaires payés aux blancs.
Même parmi ceux qui possèdent des niveaux de scolarité, le salaire est 30% moins élevé, selon une étude effectuée par l'Institut Ethos.
La situation est encore pire pour les femmes. Elles gagnent à peine 46% par heure de ce que gagnent les hommes. "Être noir m'a obligé à faire plus d'efforts. Je devais toujours prouver que j'étais au moins deux fois plus compétent, mais la charge (de travail) a toujours été supérieure", confesse Domingo Ramos, qui à à peine 30 ans coordonne le département de contrôle dépendant de la multinationale DuPont dans toute l'Amérique Latine.
Fils d'un électricien et d'une maîtresse de maison, l'administrateur d'entreprises , titulaire d'un MBA de l'USP a déjà mené des projets en Holande et vécu aux États-Unis. "Des fois, je me sentais une étoile solitaire, car j'étais le seul noir dans la salle à l'université", lance-t-il. Ressentait-il un sentiment de solitude? "Non. De frustration. Cela doit changer un jour."
Le directeur Commercial chez Siemens, César Almeida, a la même opinion. A 42 ans, il affirme être fier de pouvoir offrir une vie confortable à ses trois três filhos, mais se plaint du fait qu'il n y ait pas plus d'engagement du gouvernement pour amplifier les politiques publiques d'inclusion. "C'est triste de voir que le nombre de noirs dans la favela et dans la population carcérale grandit de plus en plus."

Osvaldo Nascimento,Cadre ingénieur chez IBM





