"Yo te he visto cavar minas de oro
-negro sin tierra-". (Je t’ai vu creuser les mines d’or - noir sans terre)

Manuel del Cabral (République Dominicaine 1907-1999

La population afrodescendante, descendant des esclaves déportés par les commerçants anglais, français, hollandais, portugais et espagnols durant la colonie se concentre principalement dans les Caraïbes, au Brésil, mais est également importante au Mexique, en Amérique Centrale, au Venezuela, dans les Guyanes, en Colombie en Équateur, au Pérou et en Uruguay.

Les esclaves travaillaient principalement dans les mines ou les plantations de canne à sucre et de coton et en tant que domestiques dans toutes les grandes concessions coloniales.

Leur présence joue jusqu’à ce jour un rôle essentiel dans les constructions culturelles de l’Amérique Latine. À cause de leur conflit d’intérêt évident avec les colonisateurs, les esclaves participèrent activement aux processus d’indépendance des 18ème et 19ème siècle, mais furent par la suite méprisées car "incultes" par les gouvernants créoles, qui ne firent pas grand-chose pour améliorer la situation sociale des descendants des esclaves, même si peu à peu, ils déclarèrent la liberté officielle durant 19ème siècle. Il est nécessaire de souligner l’importance des l’indépendance haïtienne en 1791-1804, comme précédent de toutes les révolutions d’indépendance du reste de l’Amérique Latine au 19ème siècle. Dans toutes les colonies ibériques, il y eut également d’importants mouvements de rébellion d’esclaves dès le 16ème siècle qui ont contribué à créer le climat d’indépendance postérieur.

Un cas paradigmatique fut l’établissement du premier peuple libre d’Amérique au Mexique, "San Lorenzo de los negros" (Saint Lorenzo des noirs). En 1609, cette ville devient une enclave des esclaves affranchis grâce à la rébellion menée par Yanga, dont l’esprit et l’énergie sont si respectées que la ville reçut son nom (elle s’appelle aujourd’hui "Yanga", et se trouve dans l’État de Veracruz). De tels mouvements furent à l’origine de la déclaration de la liberté des esclaves dès 1829 au Mexique, plus de trente années avant les États-Unis. De plus, des généraux précieux dans la lutte indépendantistee mexicaine, comme José María Morelos et Vicente Ramón Guerrero avaient des ancêtres africains.

Dès le 19ème siècle, les constitutions nationales des pays hispano-américains décrétèrent l’égalité de tous les habitants quelque soit leur origine ethnique.

Plusieurs de ces pays ont éliminé les classifications raciales en mettant toute la population sous une seule étiquette officielle: tous les habitants étaient métisses.

Le cubain José Martí, dans son essai majeur intitulé "Nuestra América" (1891), affirmait que ici : "la haine des races n’existe pas car il n y a pas de races". La perception du racisme, est alors assez différente entre les États-Unis et l’Amérique Latine comme le démontre Peter Winn dans son livre Américas (Berkeley: U of California P. 1999): Comparé à l’Amérique Latine et aux Caraïbes, les Etats-unis ne sont pas seulement racistes, mais, ils ne voient pas non plus les couleurs : les gens sont soit blancs, soit noirs. Dans les autres Amériques, une conscience plus complexe de la couleur voit le noir ou le blanc, mais reconnaît plusieurs tons entre les deux. Mais la différence ne s’arrête pas là. Aux Etats-Unis, tout degré d’ancestralité  avec l’Afrique fait qu’on est noir, alors que [dans le cas d’une partie de] l’Amérique Latine et des Caraïbes, tout degré d’ancestralité non Africaine signifie que la personne n’est pas noire (277). Ce mélange marque une différence fondamentale dans les relations entre les groupes ethniques dans ces pays, et beaucoup de latino-américains affirment avec fierté qu’ils ne sont pas racistes.

Cependant, la mentalité hispanistes et européisante, qui privilégie les valeurs, coutumes et types physionomique caucasiens, considérant les traditions africaines et les populations à la peau sombre avec mépris. Comme le dit Winthrop R. Wright dans Café con leche : Race, Class, and National Image in Venezuela (Austin: University of Texas Press, 1990):"café au lait, oui, mais avec plus de lait que de café", ce qui veut dire que l’on célèbre le mélange des races et des pigmentations de la peau, mais on préfère les couleurs claires. Établir une identité nationale métisse fut un moyen utile d’éliminer les pratiques ségrégationnistes comme celles que l’on a connu en Amérique anglo-saxonne jusqu’au milieu du 20ème siècle, mais cela a rendu invisible la marginalisation pratique à l’encontre des personnes qui n’étaient ni blanches ni métisses. Les descendants d’africains appartiennent en général à la classe des prolétaires, comme conséquence des nombreux siècles durant lesquels les n’ont pas eu accès à l’éducation ni aux emplois qui leur auraient permis de recevoir des revenus plus élevés. Et pour empirer les choses, ceux qui conçoivent l’homogénéité comme base de l’unité nationale ("ici nous sommes tous métisses"), considèrent que les efforts d’affirmation ethnique ou les protestations contre la discrimination des groupes noirs ou indigènes représentent une menace pour la cohésion du pays.

Pour toutes ces raisons, les populations ayant un ancêtre africain ont dû produire des mécanismes de résistance culturelle et faire progresser des mouvements  de défense de leurs droits civils.

Parmi les manifestations importantes de leur spécificité et résistance culturelle, on retrouve la religion, la musique et les mouvements négristes ou des négritudes. [2]

1. La religion

Il est important de rappeler que, même si en général la religion catholique faisait la promotion du conformisme et constituait un moyen d’imposition des valeurs européennes, il y eut beaucoup d’efforts de la part des  prêtres des colonies pour améliorer la situation des africains et pour éliminer l’institution esclavagiste…

Par exemple le leader du mouvement indépendantiste mexicain, le père Miguel Hidalgo, décréta que tous les maîtres devaient libérer leurs esclaves dans un délai de dix jours sous peine de mort. Le commerce des esclaves en Espagne recevait la constante opposition des dignitaires ecclésiaux. De plus, de nombreux missionnaires jésuites, franciscains et dominicains en Amérique défendirent les droits des esclaves et dénoncèrent les mauvais traitements qu’ils subissaient.. En même temps, une des formes de résistance culturelle très importante pour les africains déportés en Amérique fut de maintenir leur religion d’origine. Étant donné qu’il était obligatoire de participer aux rites catholiques, dès l’époque de la colonie jusqu’à ce jour allait se produire une religion secrète combinant les croyances chrétiennes , africaines et indigènes .Parmi les plus répandues, se trouvent la santería (Caraïbes, particulièrement Cuba, la Floride, le Venezuela et l’Amérique Centrale), le candomblé (Guyanes et nord du Brésil), le vaudou (Haïti) et la macumba (Brésil). La préservation et la culture des traditions religieuses africaines furent un moyen de résistance importante et un refuge de poder pour combattre la domination socioéconomique.

http://www.bowdoin.edu/~eyepes/latam/africano.htm

Traduit de l'Espagnol et de l'Anglais par Guy Everard Mbarga