29 avril 2007

Bélo : « les Haïtiens sont aussi Africains »

Interview du chanteur haïtien

Bélo, jeune chanteur et musicien haïtien est le dernier lauréat du Prix Découvertes RFI. Il est en tournée en Afrique jusqu’au 11 mai.

Auteur, compositeur, interprète, Jean Bélony Murat dit Bélo est né en octobre 1979 à la Croix-des-Bouquets, en Haïti, et a grandi à Pétionville. Son style, très marqué par le reggae mêle aussi des influences soul et se veut ouvert aux autres musiques de la Caraïbe. Lauréat du Prix Découvertes RFI en 2006, il inscrit son nom aux côtés d’artistes que cette récompense a permis de révéler sur le plan international, tels que Tiken Jah Fakoly, Rokia Traoré, Sally Nyolo, Rajery, ou son compatriote Beethova Obas. Son premier album, Lakou Trankil, sorti en août 2005, raconte la vie et les problèmes que traverse son pays. Mali, Togo, Ghana, Niger, Burkina Faso et Sénégal... Il est depuis le 17 avril et jusqu’au 11 mai en tournée en Afrique.

Afrik.com : Comment êtes-vous devenu musicien ? Qui vous a influencé dans ce choix ?
Bélo :
J’ai choisi de faire carrière dans la musique à l’âge de 11 ans. A l’occasion de la Fête du livre, en Haïti. J’ai interprété une chanson de Buju Banton, l’un de mes artistes préférés. Il y avait là des chanteurs confirmés tels que Easy One qui m’ont conseillé de me lancer. Quelques temps plus tard, en 1994, j’ai formé un groupe avec des amis. Il s’appelait Méga Boys. En 1997, j’ai rencontré San, un artiste qui m’a conseillé d’apprendre à jouer un instrument. Je me suis mis à la basse, puis à la guitare, de manière autodidacte. Avec San, on a participé à beaucoup de concerts. On faisait les levers de rideaux de groupes comme Boukman Experyans. A cette époque, j’ai fait la connaissance de Fabrice Rosie et de Clément Belizaire, du groupe Haïtian Troubadour, qui m’ont abordé pour un projet d’album, en 1998. J’étais dans le secondaire, alors on s’est donné rendez-vous pour après les études. En 2001, je suis rentré à l’université pour faire des études de comptabilité, et en 2005 j’ai terminé. Là, j’étais prêt à me donner à la musique totalement. Et j’ai réalisé mon premier album solo, Lakou trankil, qui est sorti en août 2005.

Afrik.com : Dans votre musique, l’influence du reggae est très forte. En Haïti, la musique reine est le compas. Pourquoi ce goût pour celle de l’île voisine, la Jamaïque ?
Bélo :
Je fais toutes sortes de musiques, avec une originalité. Dès qu’on les entend, on sait que c’est Bélo. Dans mon album, il y a une variété qui met en évidence ma polyvalence et montre que je peux jouer certains styles musicaux tout en restant moi-même. De plus, nous Haïtiens, sommes caribéens, américains, africains, influencés par toutes sortes de styles, une mosaïque de couleurs culturelles. Le reggae est l’une d’entre-elles. C’est une musique à message. Et dans mon album, je fais passer des messages d’amour, de paix. Il y a aussi des chansons à caractère social.

Afrik.com : Haïti a connu ces dernières années des tensions politiques aiguës. Peut-on vous qualifier de chanteur engagé à l’égal de Wyclef Jean, par exemple, qui soutenait très clairement Jean-Bertrand Aristide et le parti Lavalas, puis René Préval, l’actuel président ?
Bélo :
Je suis politiquement très neutre. C’est surtout le social qui m’intéresse. Par exemple, Lakou trankil, qui est le titre de mon album ainsi que celui d’une chanson qui y figure, demande à tout le monde de respecter les règles. Ca s’adresse à tous les partis quelque soient leurs bords. Je lance des messages utiles à toute la société et pas qu’à une partie seulement.

Le clip de Lakou trankil

Afrik.com : Vous avez obtenu le Prix Découvertes RFI en novembre 2006. Que représente-t-il pour vous ?
Bélo :
C’est d’abord une fierté nationale. Je ne l’ai pas reçu en mon nom, mais avant tout en celui de mon pays. C’est la preuve qu’à Haïti, il n’y a pas que des barbares, de la violence. Il n’y a pas que Cité Soleil et les problèmes politiques. Pour moi, ce prix, c’est un moyen de faire rayonner l’image du pays à l’extérieur.

Afrik.com : Vous avez reçu votre prix à Douala, au Cameroun. Comment avez-vous vécu cette première rencontre avec l’Afrique ?
Bélo :
Avec RFI, c’était la première fois que je me rendais en Afrique, mais c’était aussi la première fois que je quittais mon pays. J’ai donc eu une double satisfaction. Pour tout Haïtien, aller en Afrique c’est quelque chose de très excitant. Parce que les Haïtiens sont aussi Africains malgré la distance, on se considère comme des petits-fils de Béninois, de Congolais, de Camerounais… Pour nous, c’est comme se retrouver en terre natale. Et j’ai eu le plaisir d’être bien reçu par nos frères.

Afrik.com : Quelles sont tes perspectives pour cette année 2007 ?
Bélo :
Après la tournée en Afrique, en avril-mai, j’irai en Amérique latine. Puis, le 19 mai, je serai aux USA, dans un grand festival haïtien. Les 20 et 21 mai, je serai au Festival des musiques métisses d’Angoulême, en France. Puis je serai au Québec en juin-juillet. En somme, je serai occupé jusqu’en septembre. Mon nouvel album était prévu pour le mois d’avril, mais avec cet emploi du temps chargé, ce sera pour 2008.

- Les prochaines dates de concert de Bélo en Afrique : Centre culturel franco nigérien de Niamey (30 avril), Centre culturel français de Ouagadougou (3 mai), CCF Bobodioulasso (07 mai), CCF Dakar (11 mai).

- Consulter le blog de Belo

Photo : RFI Musique

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Nègres Marrons, Rebelles esclaves

De nombreux afrodescendants ont honte de leurs racines, car ils pensent que leurs ancêtres se sont laissés vaincre facilement, que durant la période de l’esclavage, les africains furent choisis car ils étaient faibles ou dociles, et cette pensée reflète l’ignorance à laquelle nous avons été soumis, puisque les livres d’histoire manquent d’une version claire de ce qui s’est passé.

Cependant, comme l’indique l’écrivain Efraín Aldana, les afrodescendants représentent l’héritage d’une race noble, combattante, à la résistance indomptable, des marrons dans l’âme, tout cela leur ayant permis de survivre dans un environnement avec autant de châtiments inhumains, cruels qui constituent un crime de “lèse humanité”.

La résistance à l’esclavage des africains et de leurs descendants fut constante durant toute la période coloniale. Elle prenait par exemple des formes passives comme l’apathie dans le travail, la destruction des instruments de travail et la désobéissance collective. En plus, elle prenait des formes actives, comme la rébellion et l’affrontement. Toutes les formes de résistance à l’esclavage et à la discrimination prirent le nom de marronnage.

Les expressions du marronnage sont connues sous le nom de chapitres. Il s’agissait d’associations de personnes provenant d’un même endroit en Afrique, qui partageaient une histoire similaire. Ses membres se réunissaient fréquemment pour réaliser des danses, jouer au tambour et chanter les jours de fête. Les chapitres se déployaient également sous la forme de sociétés de secours : ils collectaient des fonds pour répondre aux besoins de leurs membres et assistaient les nouveaux arrivants en provenance de l’Afrique. À Cartagênes des Indes, les chapitres Arará et Mina furent célèbres jusqu’à ce qu’au 18ème siècle, leurs maisons furent fermées par les autorités. Cette attitude répressive du gouvernement espagnol était due au fait que les activités qu’ils y réalisaient permettaient aux africains de se rappeler de leurs coutumes considérées comme opposée à la religion catholique. Les personnes appartenant à une même culture avaient recours à des savoirs propres, décisions et des actions pour alléger leurs peines, soigner leurs maladies et théoriser des stratégies de récupération de la liberté. Les palenques, cependant étaient habités par des gens de diverses origines africaines. Le leadership politique, militaire et religieux fut une constante dans ce type de sociétés guerrières organisées par les groupes d’âge, c’est-à-dire par le biais d’un système qui séparait ses membres selon l’âge et le sexe. Cette manière d’articuler la collectivité était une réponse tactique à la nécessité de maintenir sur le pied de guerre une parties des soldats disposés à défendre le palenque.

Ces communautés agricoles allaient s’installer dans des endroits difficiles d’accès, protégés par des fortifications sous forme de palissades et de tranchées dissimulées et défendus par des personnes équipée d’arcs, de flèches et des armes à feu. Dans les rapports du gouverneur de Carthagène, Gerónimo de Suazo, il est mentionné que lorsque les soldats espagnols réussissaient à les trouver pour les détruire, ils trouvaient en face d’eux des petits villages bien disposée dans lesquels prédominait la culture du maïs et du manioc et l’élevage de poulet.

Ce type d’organisation existait dans toutes les colonies, autant espagnoles que portugaises en Amérique Latine. Les quilombos, mambices, cumbes, ladeiras, etc., furent d’autres dénominations adoptées par les noirs rebelles. Le plus fameux  palenque du colonialisme en Amérique Latine fut le Quilombo de los Palmares, au Brésil (colonie Portugaise). Il avait une population de plus ou moins 15.000 noirs rebelles et s’est maintenu durant presque tout le 17ème siècle. Les troupes royales portugaises eurent recours à 6.000 soldats et il leur fallut 2 ans pour les soumettre. Dans certains de ces palenques, il y eut même des rois noirs. Par exemple Benkos Biohó, le Roi de Arcabuco près de Cartagènes des Indes en Colombie. Au Venezuela, le Roi Miguel fut célèbre. Au Panama, le Roi Bayano. Dans la Vice Royauté du Pérou, il y eut Huaura un roi marron au milieu du 16ème siècle. Le Vice-roi de l’époque envoya une troupe de 120 soldats espagnols qui pénétrèrent violemment dans le palenque, tuant tous les occupants.

La résistance s’est également manifestée dans le cadre des croyances et du langage. La spiritualité des Africains, leur interprétation du christianisme, la survivance des savoirs ancestraux et les techniques botaniques et médicales sont restées actives en Nouvelle Grenade. Ce qu’on appelait curandería (groupe de guérisseurs, charlatans), brujería (la magie noir) et hechicería (sorcellerie) étaient en réalité des pratiques liées aux méthodes curatives africaines qui circulaient dans toutes les villes du territoire espagnol ou non seulement on parlait des langues africaines, indigènes et européennes, mais les langues créoles étaient déjà nées, combinant les héritages d’origine africaine aux apports de l’espagnol et de l’anglais.

http://es.caoba.org/edicion6/cultureclub/cimarrones/article.html

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

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12 avril 2007

République Dominicaine, pas de droits pour les haïtiens et les noirs

Adital -

La discrimination raciale enracinée contre les immigrants haïtiens vivant en République Dominicaine donne lieu à des expulsions en masse et à la négation de certificats de naissance à des milliers  de filles et de garçons. L’information est de Amnistie Internationale publiée lors de la Journée Internationale pour l’Élimination de la Discrimination Raciale.

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"Des lieux de travail jusque dans les rues, les immigrants haïtiens qui vivent en République Dominicaine occupent l’échelon le plus bas dans l’échelle sociale. Les droits les plus fondamentaux leurs sont niés ainsi qu’à leurs enfants nés en République Dominicaine, sous le regard de l’État et de la société dominicaines", a déclaré Gerardo Ducos, enquêteur de Amnistie Internationale sur les Caraïbes.

Au moins un demi million d’haïtiens vit en République Dominicaine, ou ils travaillent dans l’agriculture et la construction. Fuyant la pauvreté de leur pays, ils font des travaux pénibles et mal payés. Chaque année, entre 20.000 et 30.000 haïtiens sont expulsés de la République Dominicaine, dans la majorité des cas sans supervision  judiciaire.

Les expulsions sont si arbitraires qu’on est allé jusqu’à expulser de leurs propres pays des citoyens dominicains car ils "semblent être haïtiens". Le 4 janvier 2006, Matilde, une fillette de huit ans fut appréhendée dans les rues de Santo Domingo par des agents qui la giflèrent deux fois, si fort qu’elle eut la bouche ensanglantée. Par la suite, ils la conduisirent dans un centre de détention pour immigrants illégaux sans lui permettre de contacter ses géniteurs et elle y fut retenue toute la nuit. Ce qui la sauva de l’expulsion vers le Haïti voisin fut l’intervention d’une organisation locale des droits humains qui démontra qu’elle était citoyenne dominicaine. Du seul fait qu’elle était noire, les agents avaient jugé qu’il était évident qu’il s’agissait d’une haïtienne et qu’elle était dans le pays sans autorisation légale.

Le rapport d’Amnistie Internationale a également révélé que la discrimination raciale empêche les dominicains d’ascendance haïtienne d’obtenir des certificats de naissance. Sans ce certificat, ces personnes ne peuvent pas faire des études au-delà du primaire ni obtenir un document d’identité lorsqu’ils atteignent les 18 ans, ce qui les empêche d’accéder au marché du travail et d’exercer le droit de vote.

Eduardo est né en République Dominicaine. Il a 42 ans, mais ne dispose pas du certificat de naissance ou de tout autre moyen d’identification, car son père et sa mère sont haïtiens. Ses quatre enfants ne disposent pas non plus d’aucun document d’identité, alors qu’ils sont nés en République Dominicaine. Pour pouvoir solliciter ne serait-ce qu’un acte de naissance, Eduardo devrait payer des droits de 147 dollars US (un montant supérieur aux revenus mensuels de la famille), et en plus de cela, le gouvernement pourrait le lui refuser.

"La République Dominicaine doit agir pour protéger les droits des immigrants haïtiens et de leurs fils et filles dominicains. C’est sa responsabilité légale", a indiqué Gerardo Ducos.

Amnistie Internationale a demandé aux autorités dominicaines de mettre fin aux expulsions arbitraires des immigrants haïtiens ainsi qu’aux politiques discriminatoires qui empêchent les dominicains d’ascendance haïtienne d’obtenir la nationalité dominicaine.

Traduit de l'Esapgnol par Guy Everard Mbarga

http://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=ES&cod=26797

Source: Amnistie Internationale

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11 avril 2007

Matilde Ribeiro : “Les noirs sont toujours les plus pauvres parmi les pauvres.”

La fonction de la ministre Matilde Ribeiro dans le gouvernement est de promouvoir l’égalité raciale entre les brésiliens. Mais elle a été accusée de prendre une autre direction, de stimuler le racisme en opposant les noirs aux blancs.

Il y a quelques jours lorsqu’elle avait affirmé qu’elle considérait “naturel” (elle a corrigé après par “explicable”) que les noirs n’aient pas la volonté  de vivre avec des blancs car ils avaient souffert dans le passé, elle avait provoqué une vague de réactions indignées. La politique du Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale (Seppir) a même été comparée à celle des nazis.


Dans l’entrevue qui suit, la ministre soutient que les noirs brésiliens ont été abandonné à leur sort après l’abolition de l’esclavage et n’ont jamais été inclus dans le nouvel ordre en tant que citoyens. L’État, selon Matilde doit mettre en place des politiques spéciales pour surmonter l’impasse qui persiste – et qui constitue le noyau de la question sociale. “Les noirs sont toujours les plus pauvres parmi les pauvres.”


Fille de parents agriculteurs et analphabètes de l’intérieur de São Paulo formée dans le Service Social par le PUC de São Paulo et étant l’auteure d’une thèse de doctorat qu’elle a arrêté à cause de son travail au ministère, elle affirme que personnellement, elle n’a aucun problème à vivre (coexister) avec les blancs: “La couleur de la peau et l’origine des personnes n’importe pas. Ce qui importe c’est qu’elles se respectent.

Dans une entrevue à Estado, l’historien Manolo Florentino a indiqué que la politique du Secrétariat est basée sur le concept racial. Il dit que si l’on change le mot ‘noir’ par ‘blanc’ dans les documents de l’organe, on aura l’impression de parcourir un document nazi. Qu’en dites vous ?


Au
Seppir nous ne parlons pas de racialisation, mais d’égalité. Ce qui est pris en référence pour l’action, c’est une analyse des conditions de la société brésilienne. Le programme du gouvernement présenté par le candidat Luiz Inácio Lula da Silva en 2002 et de manière plus emphatique, le programme de 2006 présentent les prémisses du développement économique avec la distribution de la rente, l’inclusion sociale et une éducation de qualité. Et c’est là qu’on entre en action avec des groupes qui ont toujours été en marge de la vie économique et politique, comme les noirs, les femmes, les indigènes, ceux qui n’ont jamais eu la visibilité dans la vie publique. Ce que nous sommes en train de faire répond aux revendications faites par le mouvement noir aux cours des trente dernières années.

Ce mouvement a t’il change? Toujours selon Florentino, au départ dans les années 30, le mouvement était fier du métissage au Brésil. On ne pariait pas sur pays divisé entre blancs et noirs.


Je comprends que le mouvement noir comme tout mouvement social se modernise, se modifie. Mais il existe des lignes communes dans leurs expressions et à des périodes  différentes de l’histoire.

Quelles seraient ces lignes ?
La première d’entre elles est l’affirmation du fait que, après l’abolition de l’esclavage en 1888, les noirs ne furent pas inclus dans le nouvel ordre en tant que citoyens. La deuxième est que cette population de citoyens libres réclame la citoyenneté  depuis cette époque, pour faire partie d’un pays qu’eux et leurs ancêtres ont aidé à construire. La troisième est la logique des politiques publiques, à la recherche d’une participation effective dans le travail, l’éducation, enfin, dans tous les secteurs. Ces trois aspects font partie de la construction de ces mouvements, même si la manière de s’exprimer et de s’organiser soit différente d’une époque à l’autre.

Où la secrétaire se situe-t-elle dans ces lignes?
Nous sommes en train de répondre à cette construction historique, en reconnaissant il revient au gouvernement, en tant que représentant de l’État, d’accueillir tous les citoyens qui composent le Nation – et la population noire, en additionnant les pardos et les pretos(métisses et les noirs), comme le fait l’ IBGE, cela fait presque 50% du total.

Êtes vous d’accord avec l’idée selon laquelle l’abolition fut l’un des moments pendant lequel l’État brésilien laisser passer l’occasion de promouvoir la déconcentration (de la propriété et de l’exploitation) des terres dans le Pays? Le pays se trouverait-il dans une meilleure situation si les esclaves libérés avaient obtenu un lot de terre?
Récemment, dans Sinhá Moça, une de ses telenovelas sur la période de l’esclavage, le cadre s’est avéré évident: Le moment de l’arrivée des travailleurs européens et asiatiques par la suite correspond au moment de l’avènement des noirs libérés. Le sociologue Florestan Fernandes a déjà affirmé que après l’esclavage, les noirs furent laissés à leur propre sort.

Est-ce ce cadre historique qui justifie l’existence d’une politique avec une attention spéciale portée aux noirs et aux métisses?
Effectivement. Ils doivent bénéficier d’une attention dirigée dont ils n’ont pas encore bénéficié. Je vais citer deux exemples. Le premier d’entre eux est celui des universités publiques brésiliennes. Elles n’ont pas encore rempli leur rôle historique, si l’on considère que le mot ‘public’ dans ce cas se traduit comme une institution qui doit s’occuper de tout le monde; ce sont des espaces élitistes, dans lesquels les pauvres n’entrent pas, les indigènes non plus. Les choses ne sont pas ainsi parce qu’ils sont moins intelligents, mais plutôt parce que durant toute leur vie, ils n’ont pas eu les opportunités d’étudier dans de bonnes écoles.

Quel serait le deuxième exemple?
Celui des  quilombos. Nous avons été éduqués pour croire que le seul quilombo existant au Brésil c’est celui de Palmares – comme référence historique. Cependant, nous avons 3000 quilombos identifies à ce jour par le gouvernement. Jusqu’à présent, ils n’avaient jamais reçu l’attention de l’État.

Il n y a pas que les métisses et les noirs qui n’entrent pas dans les universités publiques. Des personnes pauvres aux yeux bleus n’y sont pas non plus. Ne serait-il pas mieux pour le gouvernement d’investir plus dans le développement économique au lieu de mettre en place des politiques spéciales pour tel groupe ou tel autres ?
Tous les instituts d’enquête indiquent que parmi les pauvres, les noirs, les indigènes et les femmes sont toujours les plus pauvres. Il est possible de trouver dans n’importe quel endroit au Brésil un blanc aux yeux bleus et pauvre mais il est plus probable qu’on trouvera un noir ou un indigène dans cette situation. Je vais me référer ici aux sociologues Octavio Ianni et Florestan Fernandes, qui ont estimé que au Pays les inégalités raciales sont le centre de la question sociale.

Etes vous d’accord avec ce point de vue?
Oui. Les chiffres de l’ IBGE ou de n’importe quel quatre institut, lorsqu’ils analysent la pauvreté, montrent que il existe un noyau plus pauvre – et que ce noyau est noir. C’est la raison pour laquelle être pauvre et être noir se confondent.

Vous parlez tellement des mouvements qu’on a l’impression que ce sont eux qui dirigent le secrétariat.


Le gouvernement à une vie propre, tout comme chaque organe de sa structure
. Cependant, les secrétariats spéciaux du gouvernement, parmi eux celui des droits humains, celui de la politique pour les femmes et le Seppir sont liés dès leur origine à l’établissement d’un dialogue continuel entre le gouvernement et le secteur de la société avec lequel le secrétariat est le plus directement lié. Le gouvernement est intéressé par une relation, un dialogue continu avec les mouvements sociaux.

Au Seppir cette relation semble plus forte.
La différence réside dans le fait que ce fut le seul secrétariat qui fut créé dans ce gouvernement peu après l’accession au pouvoir du président Lula. Les autres existaient déjà dans les gouvernements précédents.

Aux Etats-Unis, ou jusqu’à présent persiste une séparation culturelle nette entre les blancs et les noirs des politiques spéciales furent nécessaires, comme les quotas universitaires. Mais au Brésil, il n y a jamais eu une distinction aussi nette. Ne serions nous pas en train d’importer mécaniquement des solutions américaines?
Dans n’importe quel des espaces de la vie politique brésilienne, on a des références et contre références provenant de l’extérieur. Le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis qui a connu son apogée dans les années 60 est une référence pour le mouvement noir brésilien. Mais seulement une référence, car la structure politique du Brésil n’est pas semblable à cette des Etats-Unis et il ne s’agit pas de prendre le modèle de là-bas pour l’appliquer ici. C’est la même chose en ce qui concerne la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Des expériences importantes dans la construction de l’inclusion des noirs existent, mais nous ne sommes pas en train de copier des modèles.

On vous accuse d’être raciste, entre autre raison pour avoir utiliser des expressions telles que ‘question raciale’ alors qu’on sait qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine.
Au Brésil, on conventionne certains mots. Le mot ‘noir’ est politique. Le mot ‘race’ est également une construction politique. Tout le monde l’utilise, dès l’université. Aux États-Unis, cependant, le mot‘noir’ est politiquement incorrect. Si on fait appel à des arguments scientifiques, on aboutira à la conclusion que l’espèce est humaine; et que dans une espèce on trouve des groupements distincts, dépendamment des territoires, des cultures, des mœurs , des développements locaux, qui sont appelés groupes raciaux. Les mots sont dynamiques et répondent à des constructions collectives.

Vous êtes également accusée d’opposer les noirs aux blancs.
La meilleure façon de répondre est de dire qui je suis. Je suis insérée politiquement dans le mouvement noir, dans le mouvement des femmes et mon grand apprentissage dans la vie fut sur l’importance des pouvoirs publics et de la société en tant qu’acteurs de l’inclusion de ceux qui ont toujours été exclus. J’ai appris que toute forme de discrimination doit être contestée, que toute violation de droits est un manque de respect. Ce dont il est question ce n’est pas l’exclusion de qui que ce soit mais plutôt l’inclusion du noir, de l’indigène, du gitan.

Ne vous considérez vous pas comme faisant partie de l’élite ? Vous avez tout même étudié au PUC, une université coûteuse et réputée.


Je ne me considère comme faisant partie de l’élite. Je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Je suis la fille de parents analphabètes et j’ai payé cher pour étudier. J’ai travaillé dès l’âge de 14 ans pour payer les études. Je n’ai jamais été en Europe avant d’être ministre.

Dans l’entrevue accordée au site BBC Brasil à l’origine des polémiques, vous dites que vous pensez qu’il est le fait que les noirs n’aiment pas vivre aux côtés des blancs est explicable. Avez-vous personnellement des problèmes à vivre avec les blancs?
Mes parents étaient des travailleurs agricoles en Flórida Paulista, presqu’à la frontière entre le Mato Grosso et São Paulo, et dans mon enfance, j’ai vécu avec des   italiens, des polonais, des asiatiques. Ma sœur a épousé un descendant de portugais, qui avait déjà été marié à une nissei*.
J'ai un oncle italien et un neveu japonais. Durant toute ma vie, j’ai vécu dans la diversité. Peut être est-ce cela qui m’a encouragé à lutter pour l’égalité. La couleur de la peau ou l’origine des gens n’est pas importante, ce qui l’est c’est qu’ils se respectent. Voilà pour quoi je me suis battu.

*nissei : japonais né au Brésil

Qui est elle ?
Matilde Ribeiro

Née en Flórida Paulista (SP), le 29 juillet 1960
Formation en Service Social au PUC de São Paulo
Dans la capitale pauliste, elle a participé à la fondation de la Soweto Organização Negra et est entrée dans le Movimento Nacional de Mulheres Negras (Mouvement National des Femmes Noires).

En tant que Assistante sociale, elle a travaillé pour des ONGs et pour le service public.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

Source: O Estado de S.Paulo

http://afrobras.org.br/index.php?option=com_content&task=view&id=1509&Itemid=1

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09 avril 2007

Afrodescendants des Caraïbes et tourisme sexuel (Partie II)

Les femmes prostituées dans la Caraïbe espagnole par contraste ne te provoquent pas et n’en demandent pas non plus beaucoup aux touristes sexuels masculins. Un autre touriste sexuel, un policier Étasunien, m’a dit qu’il aimait se rendre en République Dominicaine car là-bas, il devenait un objet de désir en grande demande. “Aux États [Unis], il y a 20 hommes pour une fille, ici il y a 20 filles pour chaque homme, et elles toutes sont désireuses de plaire.” Deux mineurs de Yorkshire étaient également enthousiasmés par le fait que les filles avec lesquelles ils étaient n’avaient pas seulement des relations sexuelles avec eux, mais elles leurs lavaient aussi les pieds sur la plage, elles leur mettaient les lotions protectrices sur les épaules, elles nettoyaient leurs maisons et se les arrachaient, tout cela pour à peine US$25.

Ayant réalisé l’enquête par le biais d’entrevues avec des travailleurs sexuels mâles à Cuba, en République Dominicaine et au Venezuela en Août 1997, j’ai effectué une enquête préliminaire sur le tourisme sexuel féminin à Negril, Jamaïque. Des entrevues semi structurées à 45 personnes impliquées dans l’industrie sexuelle informelle et à des touristes sexuels féminins. On a également compilé un questionnaire réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 86 touristes.

L’étude a conclu que presque la moitié des femmes célibataires avaient eu une relation sexuelle ou plus, avec des hommes jamaïcains pendant qu’elles se trouvaient en vacances. Même s’il ne s’agit pas d’un échantillon composé au hasard, et pour cette raison on ne peut faire des généralisations, on pourrait conclure que certaines femmes voyagent pour le sexe de la même façon que le font certains hommes. De plus, il semble que les touristes sexuelles femmes sont très semblables aux touristes sexuels masculins en ce qui concerne les attitudes et des motivations, et la manière de raconter qu’elles utilisent pour justifier ses comportements. De même que le tourisme sexuel masculin, on pourrait le comprendre comme une tentative de confirmer une identité donnée en termes raciaux et de genre (sexe); le tourisme sexuel féminin semble également refléter une préoccupation d’inverser et de restaurer un ordre particulier et d’assurer sa propre position et son propre pouvoir dans cet ordre.

Les femmes ont traditionnellement utilisé le voyage comme une manière de masculiniser leurs identités plutôt qu’une façon de confirmer leur féminité. Actuellement, certaines touristes sexuels femmes voyagent pour pénétrer les domaines des hommes, réclamant des pouvoirs masculins traditionnels pour réaffirmer leur féminité. Il est important pour de nombreuses touristes sexuels femmes de confirmer leur sentiment d’être femme’ en étant désirée sexuellement par des hommes. Les femmes qui se sentent rejetées en Occident parce qu’elle sont ‘du genre rondelette et âgée, tu sais du genre 35 ans mais qui ont l’air d’en avoir 40′ trouvent que en Jamaïque tout cela s’inverse. Ici les hommes les draguent et elles ‘tombent en amour’, avec des paroles tendres et ‘aimées’ par des hommes et elles retrouvent leur existence en tant que objets sexuels. Le tourisme sexuel permet à certaines femmes occidentales de sexualiser leurs corps d’une manière qu’elles auraient du mal à faire dans leurs pays et d’être désirées par des hommes fortement désirables.

Lorsque dans le questionnaire on leur a demandé comment elles décriraient  leurs ‘amis’, la majorité des touristes sexuelles femmes ont souligné le fait que pour elles, les hommes noirs jamaïquain selon elles possèdent des corps de grande valeur sexuelle. Une femme a décrit son amant comme étant ‘tendre, amical, avec un corps magnifique’, et une autre comme étant ‘Élégant, en forme physique, de 27 ans, honnête, fier, sérieux, homme de famille, excellent amant’. Les corps de noirs deviennent des marchandises qui permettent à des femmes occidentales nanties (autant noires que blanches) d’expérimenter une forme alternative de pouvoir incarné. Dans ce cas, elles se laissent contrôler par des masculinités qui sont ‘nègres’, ‘hypersexuelles’ et ‘dangereuses’. Ce type de touriste sexuel féminin ne souhaite pas établir une relation amoureuse avec un homme de la Jamaïque et rentrer avec eux pour leur faire connaître leurs parents ou même qu’il soit confronté au racisme chez elles. Encore mieux, ces femmes acceptent la notion d’une hiérarchie raciale et elles apprécient leur position dans ce cadre. Les destinations touristiques devienne un environnement sûr dans lequel les touristes sexuels femmes peuvent exercer le contrôle sur une masculinité qui est imaginée d’une manière stéréotypée comme agressive et violente.

Mêmes les femmes occidentales qui cadrent avec les canons de beautés occidentaux participent au tourisme sexuel car elles peuvent utiliser leur plus grand pouvoir économique et/ou leurs identités racialisées pour exercer un contrôle sur les relations qu’elles établissent avec les hommes jamaïcains. Un jamaïcain, ayant entre 20 et 29 ans qui vendait des excursion en canot et qui s’approchait également des touristes femmes pour ‘amitié’, m’a parlé d’une relation qu’il a eu avec une femme divorcée américaine blanche, attirante et d’un certain âge (en sus 40): “Bien, d’entrée, elle m’a dit qu’elle avait trois enfants et qu’elle ne voulait pas s’engager. On pouvait faire ceci ou cela. Elle ne voulait pas une relation personnelle. Un jour elle m’oubliera, les choses passent, il faut le prendre ainsi, car ce n’est pas une relation à long terme, vous savez.”

Un tel contrôle signifie que ces femmes peuvent limiter le risque d’être rejetées ou humiliées. Comme une femme me l’a raconté sur la fin d’une de ses relations. “J’ai plus obtenu de lui que lui de moi.” Elles aussi elles transgressent les frontières sexuelles, de genre, de race et d’âge. Alors qu’elles seraient stigmatisées chez elles parce qu’elles auraient des relations légitimes ou occasionnelles avec des noirs, plus jeunes, ‘coureurs de jupons’ ou du fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, dans les lieux de vacance comme Negril, il leur est permis de ‘consommer’ l’homme noir, le jeune, le ‘playboy’ ou autant d’hommes qu’elles veulent du moment qu’elles conservent leur honneur et leur réputation chez elles. Le sentiment de leur supériorité raciale dans les pays caribéens, en plus de leur pouvoir économique les met également au niveau des hommes blancs et pour une fois, elles peuvent expérimenter le sentiment d’avoir plus de pouvoir qu’un homme.

Du point de vue théorique, la caractéristique la plus intéressante du tourisme sexuel est la façon dont l’engagement des habitants locaux repose sur l’utilisation de leur ‘négritude’ comme une partie d’un produit qu’ils vendent. En plus des véritables services, comme être guide, vendeur de fruits, artiste ou gigolo/prostituée, ils vendent une partie de leur propre personnalité. Alors que le fait d’utiliser la‘différence’ reste acceptable comme unique facteur de vente des Caraïbes, l’industrie touristique continuera de fournir un cadre dans lequel le tourisme sexuel est permis (on en fait même la promotion). Cela sert Cela sert pour sa part à renforcer non seulement les inégalités entre l’Occident et les pays en développement, mais consolide également les mêmes formes de racisme et de sexisme qui structurent des modèles d’exclusion et d’exploitation.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://sexualidad.wordpress.com/2006/07/26/turismo-sexual-en-el-caribe/

Jacqueline Sánchez Taylor

Édité et traduit de Sex Tourism in the Caribbean“, Jacqueline Sánchez Taylor: University of Leicester. Chapitre ‘Turismo, Viajes y Sexo’. Eds. Stephen Clift and Simon Carter (1999), Cassell.

Chica en la playa

“C’est drôle, mais en Angleterre, les filles qui m’aiment, moi je ne les aime pas, et celles que j’aime ne m’aiment pas. Elles ont tendance à être du genre rondelette et âgée, tu sais du genre 35 ans mais qui ont l’air d’en avoir 40. Mais à Cuba, j’aime des femmes vraiment belles. Elles sont sur moi. Elles me traitent comme une vedette. Mon amie est complètement noire, elle est belle. C’est une danseuse. Elle est tellement en forme en fait que j’ai honte de moi. Je ne fais pas beaucoup d’exercice… Je suis un commerçant sur le marché, mais j’ai vraiment réussi beaucoup par moi-même. J’ai acheté une maison dans les Îles de Dogs avant le ‘boom’ des propriétés, et j’ai gagné beaucoup d’argent dans ce cadre. Je réside donc maintenant à Wimbledon. Mais les filles anglaises désirent quelqu’un avec un bon emploi et qui a de l’argent. Elles ne veulent pas de quelqu’un comme moi. Elles veulent un avocat ou un docteur ou autre, elles veulent grimper dans l’échelle sociale, et je ne peux pas le leur reprocher… Les filles cubaines ne demandent pas beaucoup. Si tu sors dîner avec une fille cubaine, elle est reconnaissante, alors qu’une fille anglaise serait reconnaissante, mais elle veut vraiment plus.”

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Afrodescendants des Caraïbes et tourisme sexuel

Jacqueline Sánchez Taylor

Édité et traduit de Sex Tourism in the Caribbean“, Jacqueline Sánchez Taylor: University of Leicester. Chapitre ‘Turismo, Viajes y Sexo’. Eds. Stephen Clift and Simon Carter (1999), Cassell.

Chica en la playa

La Jamaïque, la République Dominicaine et Cuba comme d’autres destinations de vacances sous développées économiquement, sont vendus comme des lieux culturellement différents et on en fait la promotion de telle sorte que  tous les touristes perçoivent cette   ‘différence’ comme un élément qu’ils ont le droit de consommer durant leurs vacances. La construction de la différence tourne autour d’idées telles que ‘naturel’ vs. ‘civilisé’, repos vs. Travail et exotique vs. mondain, riche vs. Pauvre, sexuel vs. répressif, pouvoir vs. Sans pouvoir.

Les touristes sexuels occidentaux, blancs, hommes ont voyagé dans ces pays du ‘Tiers-monde’ durant de nombreuses années et il n y a rien de nouveau dans ce contexte en ce qui a trait à l’exploitation sexuelle des femmes locales. De fait, il existe une longue histoire d’exploitation sexuelle des femmes durant l’époque coloniale, et les hommes occidentaux, durant très longtemps ont projeté leurs fantaisies touristiques sur l’Autre ‘primitif’/naturel. Mais la grande avancée du tourisme est en train de transformer ce genre de fantasme post-colonial en un produit de consommation de masse.

Les guides sexuels écrits par des hommes blancs occidentaux exploitent l’idée de la ‘différence’ pour justifier l’exploitation de femmes noires dans ces pays. Ils disent aux touristes que la prostitution n’a pas le même sens aux Caraïbes que la prostitution en Occident. Les guides sexuels disent que les femmes caribéennes ne sont pas vraiment des prostitués mais des ‘filles aimables’ [’nice’ girls] qui aiment profiter d’un bon moment. Un élément clé du tourisme sexuel est la chosification d’un ‘Autre’ sexualisé et racialisé. Bruce Cassier, auteur et touriste sexuel avoué dit : “Tu penses à ces femmes … incroyables, qui vont en couleur du chocolat blanc au chocolat noir, disponibles au moindre mouvement affirmatif de la tête ou d’un simple toucher du sombrero.” Le stéréotype raciste de la femme noire, exotique et érotique est une image également utilisée pour vendre le tourisme sexuel dans les pays comme la République Dominicaine et Cuba. La‘Noirceur’, et l’idéologie qui en est la base fait partie du produit que les touristes sexuels achètent.

Les touristes sexuels ne constituent pas un groupe homogène: Il peut s’agir de femmes ou d’hommes, noirs, asiatiques ou blancs, homosexuels ou hétérosexuels, de classe moyenne ou des ouvriers. En nombre, le groupe principal des touristes sexuels est constitué d’hommes occidentaux, blancs  et hétérosexuels. Cependant, il est important de reconnaître que même dans ce groupe, il y a une diversité en termes d’intérêts sexuels et d’attitudes dans l’usage de la prostitution. Même s’il faut reconnaître les différences parmi les touristes quant à leurs pratiques sexuelles, je souhaite tenter une suggestion selon laquelle le tourisme sexuel offre à eux tous les opportunités pour affirmer une identité particulière basée sur la race et le sexe (genre).

En ce qui concerne les touristes sexuels hommes et blancs, ils ne recherchent pas que le sexe  pas cher. Ils aiment aussi voyager dans les pays du ‘Tiers Monde’ car ils perçoivent que l’ordre approprié est restauré d’une certaine manière entre les genres (sexes) et entre les ‘races’. Les femmes et les filles sont prêtes à satisfaire leurs désirs, les noirs, hispaniques et asiatiques les servent, cirent leurs chaussures, nettoient leurs habitations et autres. Tout est dans l’ordre des choses.

Dans leur foyer, l’activisme politique noir et la politique féministe ont défié et miné le pouvoir non remis en question qui donnait un sentiment d’auto estime à certains hommes blancs en ce qui a trait à leur sexe (genre) et à leur identité raciale. Dans ce sens, les touristes sexuels trouvent que leur masculinité et leur pouvoir racial s’affirme d’une façon différente que dans leur pays. Par exemple, les touristes sexuels décrivaient la République Dominicaine comme ils le voulaient parce que, en tant qu’occidentaux blancs, ils étaient placés au sommet de la hiérarchie sociale, économique et raciale. Deux canadiens expliquaient que au Canada, le système de bien-être social public pénalisait les personnes qui travaillent dur comme eux alors qu’il récompense les noirs fainéants et sans emplois qui vivent aux dépens de l’État.

Pendant qu’on discutait, deux enfants de huit et de dix ans se sont approchés pour proposer de cirer des chaussures. On se trouvait dans un bar et il était minuit passé, et malgré cela, ces gamins marchaient pieds nus à la recherche de chaussures de touristes à cirer pour obtenir un peu d’argent pour leurs familles. Un des touristes sexuels indiqua alors : “Au Canada, ces enfants seraient assis devant le téléviseur à regarder le câble. Leurs parents seraient au bien-être Social, et toute la famille serait devant la télé. Je le sais. Je travaille dans l’immobilier, et je vois comment ces gens vivent. Ils ne veulent pas travailler. Ils trouvent leur aide seulement dans le bien-être social, et c’est au frais du  contribuable.” Comme beaucoup d’autres touristes sexuels, ces hommes étaient vexés car les noirs au Canada profitent d’à peine quelques droits basiques et ils préféreraient voir les femmes et les enfants se prostituer plutôt que de “pomper” l’État. “Au moins eux, ils apportent quelque chose,” observèrent-ils.

Mais les touristes sexuels peuvent également exprimer des formes plus subtiles de racisme. Certains veulent également croire qu’ils sont en train d’inverser les ‘relations raciales’ hostiles existant dans leur propre pays en se mélangeant aux noirs à Cuba et en République Dominicaine. Leurs relations sexuelles avec des prostitués deviennent en partie une façon d’apprendre sur la ‘véritable culture’, de promouvoir l’harmonie raciale et d’inverser les peurs au sujet des conflits ‘raciaux’. Bien que dans leurs propres pays ils se sentent incapables d’approcher des hommes et des femmes noirs, lorsqu’ils voyagent, ils réussissent à  ‘s’approcher’ des ‘Autres’ et de réduire véritablement les différences. Un photographe de Londres se plaignait du fait que à Londres, “Les personnes de couleur restent séparées,” et que les filles noires “ne sortiraient” pas avec lui. Cependant, à Cuba son pouvoir économique signifiait que les femmes noires l’approcheraient, un fait qui impliquait pour lui qu’à “Cuba, il n y a pas de racisme.”

Les inquiétudes quant au pouvoir racialisé s’atténuent de même que celles liées au genre (sexe). Les touristes sexuels sont également très remontés par le pouvoir qu’ils perçoivent que les femmes ont en Occident. Ils craignent la capacité des femmes occidentales à repousser leurs avances sexuelles et sont alarmés par leurs demandes d’égalité. Un commerçant de 37 ans à Cuba soutenait que les femmes britanniques demandaient trop à leurs hommes.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://sexualidad.wordpress.com/2006/07/26/turismo-sexual-en-el-caribe

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07 avril 2007

John Thomas III : ‘‘Les afrodescendants du Canada à la Terre de Feu ont des choses en commun’’. (Partie 2)

John Thomas III

Parlons du cas étasuniens. Un des films créé par le cinéma nord américain en 1915 fut "La naissance d’une nation", de David Griffith, qui est le film plus raciste qui puisse exister.


Dans une scène du film, on montre une législature dominée par des noirs et ils apparaissent comme des singes. Et c’était parce les noirs voulaient épouser des blances. Mon pays avait peur du fait que le noir "veut être avec nous", il fallait donc le mettre en cage pour qu’il ne sorte pas, spécialement dans le sud ou la discrimination était forte.

Il y a deux icônes de lutte des noirs : le pacifique  Martín Luther King et la violente avec les Black Panthers. A quel point ont-elles été influentes selon vous, par le fait de réclamer une participation politique des noirs en plus de la participation culturelle?


Les gens traitent King comme un dieu, on oublie qu’il y avait un complexe d’organisation dans ce mouvement. Mais pour nous il représente un porte parole qui s’est levé pour dire stop à la discrimination d’une manière pacifique et qu’il fallait une action directe  ... On ne peut pas parler des 'black panthers' sans évoquer Malcolm X qui à la fin de ses jours s’était rapproché de King, qui avait dit que la lutte n’était pas seulement pour les noirs, sinon pour les pauvres, pour les chicanos; lorsque King est mort, il était en train d’organiser la marche des pauvres à Washington DC... Les 'black panthers' n’étaient pas aussi radicaux qu’on les dépeint, ils étaient gauchistes, mais le FBI a utilisé des groupes ultras comme les Esclaves Unis pour lutter contre eux, car il craignait que leur message communautaire soit accepté par la société.

Actuellement aux États-Unis, les noirs représentent la plus grande population carcérale.
Les noirs représentent  39% de la population pénitentiaire, les blancs un peu plus de 30%, les hispaniques 20%. Les noirs ne représentent pourtant que 12% de la population, de même que les latinos. Que se passe t-il dans mon pays? De plus, un noir va gagner 77% de ce gagne un blanc dans sa vie. C’est une statistique brute. En 2005, les revenus d’une famille blanche sont de 50 000 dollars, et ceux d’une famille noire sont de 30 000. Un noir sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, et je ne veux même pas parler des enfants noirs qui représentent 30% des pauvres. Quand on parle de discrimination, on ne nous lynche plus sur un arbre, mais elle s’est transformée en un certain type de discrimination latine, elle est plus subtile.

Considérez-vous comme des avancées le fait que l’ont mette en avant Halle Berry ou Denzel Washington comme vainqueurs d’un Oscar?
Je suis fier d’eux, de Forest Whitaker, qui va remporter un Oscar, que mon pays ait décidé que son représentant pour huit années soit  un noir, Colin Powell et après Condoleezza Rice. Mais que vont-ils faire pour ce gamin qui va dans une très mauvaise école publique, l’éducation pour les noirs est un échec, elle est en dessous de celle des blancs, il y a des problèmes d’équité. Les députés c’est bien, nous en avons 43, et Barack Obama, le démocrate qui est candidat à la présidence, mais les statistiques montrent qu’il y reste beaucoup à faire.

Existe-t-il toujours des groupes d’extrême droite, racistes et puissants comme le premier auquel nous pensons, le Ku Klux Klan,


Certaines personnes diraient qu’ils sont arrivés jusqu’au gouvernement. Le Ku Klux Klan est né dans mon état, au Tenessee. Aujourd’hui, il y a une organisation appelée le Conseil des Citoyens Conservateurs (CCC), certains députés républicains et aussi démocrates font partie de cette organisation, qui est là-bas pour que le pays reste conservateur. Il y a un sénateur en Virginie qui a appelé une personne "singe", il fait partie du gouvernement de mon pays. Ils sont déguisés, mais ils sont présents.

Avez-vous entendu la phrase idiote de Bush lorsqu’il a dit à Lula: "Donc vous aussi vous avez des noirs au Brésil"?


Le fait est que lorsqu’on imagine un latino, on voit un métisse mexicain, on ne croit pas qu’il y a des latinos noirs. C’est la raison pour laquelle je me bats pour que les gens comprennent que les afrodescendants du Canada à la Terre de Feu ont des choses en commun dont ils doivent discuter, du problème de la discrimination, de la revendication culturelle, du fait de ne pas être dans le milieu politique.

Vous avez également été en Espagne, qu’en est il de la discrimination en Europe?
Je n’oublierai jamais lorsque j’étais à Séville, alors que je parlais à un de mes amis du Maroc, tout à coup un policier espagnol est apparu et m’a demandé mes papiers et lorsqu’il m’a entendu, il m’a dit : ah, je ne savais pas. Et mon ami m’a dit : c’est ainsi qu’ils nous traitent toujours. L’Espagne va devoir être confronté à ce qui se passe. Sa démographie est en train de changer, il y a des latinos et des noirs qui arrivent, et l’Espagne est en train de se transformer. Le racisme contre les immigrants est présent. Mais les maures y ont été et ont eu un fort impact, puisque l’Espagne a été une colonie de l’Afrique pendant 700 ans, et cela ne s’efface pas.

L’Afrique est un continent très pauvre, très violent, il  y la Libéria, le pays formé par des anciens esclaves nord américains libres ou des atrocités sont commises. L’image d’ingouvernable a été prêtée au racisme d’extrême droite comme celui du français Le Pen.


Si l’Afrique ne peut pas être gouverné, il faut voir qui l’a gouverné en premier, comme le continent a été exploité pendant des années... Mon pays veut parler de démocratisation en Iraq, mais on ne parle pas de la Guinée Équatoriale, de Mobutu, de nombreuses choses qui se passaient dans ce continent ...

Vous êtes méthodiste, mais au niveau de la religion, les traditions africaines sont impressionnantes, les yorubas à Cuba, le candomblé au Brésil, ici le Señor de los Milagros (Seigneur des Miracles) fait partie d’un métissage religieux nègre.


Étant des personnes opprimées,
notre dernier recours fut la religion, l’église fut le cœur de la communauté noire dans mon pays. Si on était un pauvre ouvrier, là-bas on pouvait être un grand employé. La façon de pratiquer la religion est quelque chose que nous avons en commun avec nos frères de l’Amérique Latine, cette effervescence si caractéristique.

Regrettez-vous qu’au Pérou, il n y ait pas un mouvement aux couleurs politiques comme c’est le cas aux  États-Unis ? L’an dernier, il y a eu trois membres du congrès noirs, Risco, Moyano et Tait, mais sans qu’ils ne fassent une revendication spéciale.


Le mouvement noir du Pérou est le plus ancien en Amérique Latine, ils ont eu des organisations noires dès 1886, mais la maturité politique n’a pas jailli. – surgi.

SA FICHE
Nom: John Thomas III.
Äge: 25 años.
Profession: Études en Relations Internationales et un Master en Affaires Publiques à l’Université de Princeton. Il a travaillé pour la Banque Mondiale en République Dominicaine et a parcouru l’Europe, l’Amérique du Sud et les Caraibes. En tant que boursier et enquêteur de la Commission Fullbright, il a réalisé des études sur la communauté afropéruvienne en 2004.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.elcomercioperu.com.pe/EdicionImpresa/Html/2007-02-21/ImEcCronicas0675429.html

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John Thomas III : ‘‘Les afrodescendants du Canada à la Terre de Feu ont des choses en commun’’. (Partie 1)

REVENDICATIONS.

John Thomas III

Au cours du Mois de l’Histoire Afroaméricaine, le spécialiste étasunien  John Thomas III est venu au Pérou pour présenter des ateliers de politiques publiques aux communautés afropéruviennes de Lima, Chincha et Morropón. Il analyse la discrimination dans son propre pays.

Par Miguel Ángel Cárdenas M.

Son accent, su froncement de sourcil et ses gestes sont ceux d’un afro latino caribéen américain. Mais John Thomas III n’est ni latino, ni caribéen mais peut-être --de part sa formation et son combat—un des futurs leaders politiques de la communauté noire étasunienne. La superpuissance qui prétend représenter la liberté ne s’est pas affranchi selon lui de sa maladie germinale: le racisme.

Vous vous rendrez à  Chincha, un lieu qui symbolise la culture noire péruvienne.
C’est un symbole, mais les gens doivent se rappeler que la majeure partie de la population noire de ce pays vit à Lima, car à Chincha seul 40% de la population est noire. Je me souviens que le premier jour que je suis arrivé, on m’a dit: si tu veux voir des noirs, va à Chincha, cela m’enchante, ça me fait plaisir d’y aller. Mais c’est au nord, à Morropón, que se trouve la première communauté qui se déclare afrodescendante dans le pays.

La revendication ethnique est  controversé: être noir', 'être indien', ne s’agit-il pas d’une polémique à un moment ou on parle plus des droits citoyens ...?

Soyons honnêtes, car c’est vrai qu’on peut dire que nous sommes une race cosmique comme le disait Vasconcelos il y a des années; mais si nous nous jetons un regard sur cette race cosmique, on voit que les pauvres ont un teint un teint plus sombre, que les professionnels ont un teint plus clair que les autres. Nous devons nous débarasser de cette idée là que dire qu’on es noir ou indigène est polémique, je dis non.

Mais il n y a plus de pureté (des races), la réalité est métisse...
La pureté
? Je ne comprends pas cela. Le concept de race est social, par exemple dans mon pays, il est défini que un noir est descendant d’africains... Je regarde mon histoire : mon grand-père avait trois quarts de blanc et un quart de noir, mais lorsqu’il est venu dans mon pays, dans les années 50, on  a considéré qu’il était noir, car il s’était identifié ainsi, même s’il n’avait pas l’air noir. Donc, la pureté n’existe pas, ce qui existe c’est l’auto identification.

Dès lors, la communauté de  Morropón ne s’identifie pas à une race, mais plutôt à une construction sociale?
Génétiquement, seuel la race humaine existe, avec des groupes distincts, mais lorsqu’une communauté dit qu’elle est afrodescendante, elle réclame une identité culturelle, qui peut également  se transformer en une identité politique.  Car un fait dans ce pays est que les apports culturels des afro sont bien évidents, mais on ne le voit pas dans les sphères politiques, des affaires, du pouvoir.

Vous avez étudié au Morehouse College, une école historiquement nègre.


Effectivement. Elle a été crée en  1867, deux années après la guerre civile, à l’origine pour former des prêtres ou des curés  noirs  , mais par la suite, la mission a changé pour s’orienter vers une éducation normale. On n’y trouve que des hommes noirs, et malgré cela, ce n’est pas une prison, je le dis en blaguant. Martín Luther King, Samuel Jackson, et Spike Lee, le réalisateur y ont étudié. Elle a grandement contribué au leadership des noirs dans mon pays.

Puis, vous êtes partis en République Dominicaine pour étudier l’Espagnol. Pour quelle raison vous vous êtes intéressés à cette langue, à cette culture?

En quoi la discrimination des noirs en Amérique Latine ressemble et en quoi est-elle différente de ce qui se passe aux États-unis?

Tradduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.elcomercioperu.com.pe/EdicionImpresa/Html/2007-02-21/ImEcCronicas0675429.html

À l’époque de l’esclavage, les États-unis ressemblaient plus au Pérou. La plupart des noirs déportés d’Afrique l’ont été au Brésil et aux Caraïbes, les États-unis n’ont reçu que 6% de ce qui était la traite négrière. Les noirs arrivés dans mon pays ont toujours été la minorité, au Pérou c’est pareil, car même s’ils étaient une majorité à Lima au 18ème siècle, ils n’étaient pas la majorité dans le pays comme en Colombie, au Venezuela... Dans mon pays, nous avions la loi de la goutte, si tu as une goutte de sang (noir), tu es noir, la barrière avec les blancs était très forte; ici il y avait des variantes: zambo, mulâtre, saltapatrás... Il était plus facile de ne pas être noir au bout du compte. Selon la règle anglo-saxonne, non. Donc, dans mon pays, la discrimination était légale, les noirs doivent être mis en cage entre eux. Mais quelque chose qui s’est passé dans mon pays et qui ne s’est pas passé ici c’est que vous pouviez être un médecin noir, comme mon père, sorti de Harvard, et qui ne devait travailler que dans un hôpital pour noirs; mais nous avions au moins des médecins noirs, au Pérou quel médecin noir y a-t-il ? Dans mon pays, on pouvait voir les signes de la discrimination; elle y était forte, mais subtile.

Je viens du Tennessee, et au cours des dix dernières années, j’ai vu (arriver) une grande vague d’immigrants latinos, et je voulais mieux communiquer avec eux. De plus, ma mère vient de la Barbade, et elle était bien imprégnée par le fait caribéen. Une des choses que l’on pouvait noter était qu’il y existait une séparation entre les indiens clair de peau claire, ceux de peaux sombre, châtain clair, moi j’étais un indien à la peau sombre, mais personne ne voulait se dire noir. Et c’est là-bas que j’ai voulu le plus comprendre ce qu’était le sens de la race et le préjugé dans le contexte latino... l’an dernier j’y suis retourné pour travailler à la Banque Mondiale.

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06 avril 2007

José Leonardo Chirino, un marron précurseur du socialisme ?

BBC Mundo, Caracas

En mai  1795 dans l’ouest du Venezuela, un "zambo(1) libre" a pris la tête d’une insurrection d’esclaves considérée comme le premier mouvement indépendantiste du pays.

À tel point que lors du bicentenaire de ce soulèvement, José Leonardo Chirino a réussi à "entrer" de façon symbolique dans le Panthéon National à Caracas, aux côtés de Simón Bolívar et des autres Pères de la Patrie.

Aujourd’hui Chirino est l’objet d’un débat politique très actuel au sujet de la construction de ce qu’on appelle le "socialisme bolivarien" impulsé par le président Hugo Chávez, au point que certains le considèrent comme l’un des premiers "socialistes" vénézuéliens.

José Leonardo Chirino était le fils d’un esclave et d’une indienne, raison pour laquelle il jouissait de sa liberté. Il travaillait au service de la famille Tellería de Coro, une ville de la côte ouest du Vénézuela. À cette époque, il voyagea dans le Saint Domingue français, futur Haïti et dans l’île voisine de Curaçao.

Là-bas, il  s’informa de la révolution française et des luttes de la population esclave qui allait plus tard obtenir établissement d’une "république noire", en faisant de Haïti le premier pays indépendant de l’Amérique Latine en 1804.

Jugé et démembré

Ce contexte semble avoir influencé la sphère personnelle de Chirino dont l’épouse et les enfants eux étaient esclaves, propriété de propriétaires d’haciendas de la région.

En mai 1795, il lança l’insurrection qui obtint un succès initial en occupant plusieurs haciendas des montages du sud de Coro, mais qui ne put finalement pas s’emparer de la ville.

La supériorité militaire des miliciens de la colonie fut fatale pour les insurgés dont une centaine allaient mourir. Chirino fut emmené à Caracas pour y être jugé. Il fut accusé de trahison au Roi et condamné à mort. Son corps démembré fut exhibé à divers endroits du pays

"Le premier élément de base pour l’insurrection se trouve dans le désir de liberté. Ils voulaient éliminer l’esclavage", a indiqué à BBC Mundo la professeure Fulvia Polanco, présidente de l’Association Culturelle José Leonardo Chirino et membre de la Red Afrovenezolana (Réseau Afrovénézuélien).

Monumento a José Leonardo Chirino

Le "premier" socialiste

Pour Polanco, il y a là des éléments qui expriment le fait que le mouvement était revendicatif dans le cadre social et économique et non une rébellion contre l’autorité du Roi.

"José Leonardo incarne les valeurs de liberté, d’équité, de solidarité, car il ne s’est pas battu pour des intentions personnelles ni personnalistes, il l’a fait pour un collectif", explique la professeure Polanco, qui a expliqué à BBC Mundo la stratégie qui consiste à porter ce message aux enfants à travers du système éducatif.

Selon Polanco, ses valeurs démontrent qu’au "Venezuela, il y a une racine de ce qu’est le socialisme".

D’autres ne pensent pas que ce lien puisse être établi, comme Guillermo de León Calles, chroniqueur, historien et auteur d’une œuvre théâtrale inspirée des  événements menés par Chirino.

"Il n’avait pas le temps. Le socialisme utopique autant que le socialisme scientifique appartiennent au 19ème siècle et lui il appartient au 18ème siècle. Je pense qu’il ne pouvait pas être informé sur l’utopie (socialiste), celle de (Henri) de Saint-Simon, ou (Charles) Fourier ou Robert Owen"(2).

Revendication

L’insurrection de Chirino n’est pas seulement une histoire de patrie. Elle sert également aux groupes défendant les droits des afrovénézuéliens dans leur travail de sauvegarde de l’héritage nègre dans la société vénézuélienne.

Une partie de ce travail est en train d’être réalisé dans les écoles, comme l’a indiqué à BBC Mundo Reina Álvarez, du Réseau Afrovénézuéliens et membre de la commission présidentielle qui cherche à éliminer la discrimination raciale dans le système éducatif.

"L’idée est que nos garçons et nos filles n’aient pas honte de la terre qui les a vu naître, qu’ils n’aient pas honte de leur chevelure, qu’ils n’aient pas honte de leur culture  ", affirme Álvarez.

Certains sociologues et anthropologues affirment que, du fait de  son fort métissage, la société vénézuélienne n’a pas connu de manifestations de discrimination que l’on peut voir dans d’autres pays du continent.

Le concept même de "l’afrovénézuélien" peut s’avérer être un fait nouveau pour de nombreux vénézuéliens, pas très habitués au langage politiquement correct.

"Au jour d’aujourd’hui, on semble continuer de se délester de ses motifs pour lesquels José Leonardo s’est soulevé et que nous voyons de la même façon, mais qui dans leur essence avaient le même fond", répond Reina Álvarez.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://news.bbc.co.uk/hi/spanish/specials/2007/esclavitud/newsid_6474000/6474479.stm

1 - Zambo : Métisse fils d’un noir et d’une indienne

2 - José Leonardo Chirino a mené son insurrection dès 1795, et les utopistes socialistes sont nés et morts aux années suivantes : Saint-Simon (1760-1825),

Owen (1771-1858), Fourier (1772-1837). Chacun pourrait juger du commentaire de Guillermo de León Calles.

José Leonardo Chirino

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Le Roi Nègre Miguel, esclave rebelle

Juan Marguch

José Gabriel Condorcanqui (Túpac Amaru) (1738-1781) ne fut pas le premier ni le seul à se soulever contre la domination et l’exploitation des espagnols en Amérique. Le cacique péruvien a prolongé dans le temps une constante historique qui  débute au  16ème siècle et s’étend, puis s’amplifie tout au long des siècles, au point d’aboutir à la libération au 19ème siècle. De fait, Condorcanqui a pris le nom du vrai Túpac Amaru, dernier souverain  inca (1571-1572), qui a mené une révolte armée contre les conquistadors hispaniques  et qui par le biais d’une guerre de guérilleros va étendre la libération des régions andines, jusqu’à ce que le Vice-roi du  Pérou Francisco de Toledo envoie une puissante expédition armée qui allait mettre fin à la rébellion avec la mort de Túpac Amaru (1572), dernier empereur inca.

Cependant, même avant le premier  Túpac, il y eut une autre grande insurrection menée par des esclaves africains. Une image fossoyée des noirs chassés comme des bêtes en Afrique et déportés dans le Nouveau Monde pour être exploités jusqu’à la mort a été propagée. Cette image est celle d’une résignation face à ce destin cruel. Il n y a cependant rien de plus loin de la réalité. Les africains ne se sont jamais résignés face à un avatar supposément inéluctable. Bien au  contraire.  Malgré les répressions sauvages des espagnols, qui réprimaient grandement la plus petite tentative de révolte contre les conditions inhumaines auxquelles étaient soumis les esclaves, les noirs se soulevèrent plusieurs fois pour revendiquer la dignité de leur condition humaine.

La première grande révolte éclata en 1533 dans les mines de  Buría sur le territoire actuel du Venezuela. La sous-alimentation, les journées de travail interminables dans les  mines, le traitement impitoyable des gardes espagnols, la terrible mortalité résultant de l’exploitation même des femmes, des personnes âgées et des enfants ont peu à peu créé le climat de rébellion.  Il ne manquait plus alors  qu’émerge un leader qui allait prendre la tête du soulèvement. Ils le trouvèrent en un jeune messianique, le Nègre Miguel, également mentionné dans l’historiographie vénézuélienne comme San Miguel (Saint Miguel), car il est encore vénéré comme un saint quatre siècles après son épopée dans des régions peuplées par les descendants des premiers esclaves,.


Lorsque l’or fut découvert dans ce qu’on croyait être la première veine du mythique  Eldorado, le besoin d’une main d’œuvre esclave se fit sentir et en 1532 un grand contingent d’africains fut déporté de Puerto Rico. Parmi eux se trouvait  Miguel, qui depuis son adolescence avait démontré un inébranlable amour-propre, malgré les flagellations et les pièges avec lesquelles les maîtres tentaient  de faire fléchir leur esprit.

L’exploitation atroce à laquelle il fut soumis à la  Real de Minas de San Felipe de Burías fit le reste. Il supporta très peu les châtiments et les vexations, et quelques mois seulement après son arrivée au gisement, dans lequel il avait été intégré dès 1533, il réunissait un petit groupe d’esclaves avec lesquelles il allait s’échapper. Les Espagnols initièrent une chasse qui ne donna aucun résultat; et ils ne réussirent pas à obtenir de l’information leur permettant de s’orienter jusqu’au refuge des évadés,  même pas en soumettant à la torture les esclaves qui n’avaient pas pu s’enfuir.

De toute façon, il ne fut pas nécessaire qu’ils aillent à leur recherche, car Miguel démontra une plus grande audace que l’auraient imaginé ses exploiteurs. Il attaqua la Real de Minas par surprise, régla ses comptes avec les gardes vésaniques, en faisant assassiner certains d’entre eux, il collecta des armes et des munitions et s’enfuit en emportant également avec lui des dizaines d’esclaves qui s’ajoutèrent aux rebelles. Les indiens qui souffraient aussi de la violence de l’exploitation s’ajoutèrent aux noirs africains, et petit à petit le caudillo rebelle étendit ainsi sa domination sur une importante région montagneuse. Ses réduits, dénommés palenques étaient semblables aux  quilombos établis de leur côté par les esclaves noirs du Brésil. Ou aux cumbes qui allaient jaillir des décennies plus tard au Venezuela. Ils étaient situés dans des lieux pratiquement inaccessibles ; leurs défenses pouvaient s’effectuer avec des forces réduites et permettaient d’exécuter des embuscades sanglantes.

Renforcé dans sa position, Miguel décida de se proclamer roi et couronna Guiomar, son épouse en tant que reine. Il fit quelque chose de plus : il créa une église qui fusionnait l’animisme africain à la religion catholique et désigna son propre évêque. Les missionnaires espagnols se plaignirent contre ce noir démoniaque qui était en train d’aller trop loin dans le défi qu’il lançait à Christ et à Felipe II. L’instigation du clergé n’était pas vraiment nécessaire, puisqu’il était suffisant pour mobiliser les forces espagnoles le fait intolérable que l’extraction de l’or avait diminué de façon importante depuis le soulèvement du Nègre Miguel.

Le règne défiant de Miguel et Guiomar et de l’évêque de son église dura deux ans. Cela ne pouvait plus durer, car c’était un mauvais exemple qui pouvait se propager dans d’autres communautés d’indiens et de noirs. Le roi africain ne se contentait pas de rester dans son réduit, mais il  mais il avait parfaitement compris la nécessité de la propagande armée (comme on le proclamait en Argentine de années plomb des années 70 du siècle passé, comme s’il s’agissait d’une découverte géniale du marxisme-léninisme ou de son versant guevariste). Les incursions contre les établissements espagnols s’intensifièrent et devinrent plus fréquents au point de perturber totalement les extractions minières et les activités agricoles. Miguel était en train de créer un double problème  politique et économique aux conquistadors espagnols.

Évidemment, le militantisme féminin dans les organisations guérilleros n’est pas non plus une création du 20ème siècle. La reine Guiomar et des dizaines de femmes se battaient coude à coude avec leurs maris. Elles combattirent en les soutenant par dizaines et démontrèrent qu’elles possédaient autant de valeur et d’audace que leurs hommes. Les femmes qui ne combattaient pas restaient dans l’arrière-garde pratiquant des rituels magiques et chantaient pour renforcer le courage des guerriers (L’imagination de Alejo Carpentier et d’autres auteurs de ce qu’on appelle le "boom" littéraire latino-américain du siècle passé n’a pas eu besoin d’être encore plus activée; la lecture attentive de l’histoire de l’Amérique Latine fut suffisante).

Des ordres drastiques arrivèrent de l’Espagne. Il fallait que cela prenne fin. Le Nègre Miguel ne connaissait pas les instructions envoyées par la Corte, décida de lancer un défi plus grand en attaquant la ville Nueva Segovia de Barquisimeto qui venait d’être créé. Ce fut une terrible erreur stratégique, car la garnison espagnole avait été renforcée par c des contingents venus de la ville voisine de El Tocuyo. Les rebelles noirs furent décimés.

Le capitaine Diego García Paredes se dit un plaisir d’égorger Miguel, tandis que d’autres capitaines décapitaient les principaux collaborateurs du caudillo noir qui n’étaient pas morts sur le champ de bataille. Les africains et les indiens survivants eurent les tendons des pieds, la narine et les oreilles coupés, avant d’être bafoués et en signe d’avertissement à ceux qui essayeraient de défier une nouvelle fois le pouvoir espagnol. Guiomar fut emprisonnée et soumise à des tortures et d’autres formes de sévices qui causèrent sa mort des mois après la défaite de Barquisimeto.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.lavoz.com.ar/suplementos/temas/07/03/25/nota.asp?nota_id=55979

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