Par Cristina Fazzito



La capacité d’être créatif nécessite de la conviction, la méditation, l’inspiration mais au-delà de toute chose, elle nécessite la liberté. La création personnelle est nécessairement produit de la liberté intérieure. La création collective conjugue liberté intérieure et une fin commune. Dans ce sens, les mouvements de libérations au Brésil ont généré une culture aux racines douloureuses, au tronc solide et aux fruits joyeux et colorés.

Dans le cas de l’esclave brésilien, l’objectif commun était d’obtenir la liberté physique. Pour cela, ils durent trouver des solutions pour affronter leur ennemi. Ils créèrent des chemins alternatifs qui dans le processus de libération les aidèrent à conserver leurs racines.

Ils trouvèrent la liberté intérieure malgré l’esclavage physique et purent recréer la culture africaine au Brésil façonnant une nouvelle culture mixte qui allait inclure les traditions indigènes et européennes. La culture afrobrésilienne est basée sur la solidarité et le génie de ceux qui cherchèrent à conserver leurs racines et recréèrent leurs modes de manifestations dans une nouvelle réalité. 

Partant du fait que l’esclavage physique ne put jamais dominer la liberté intérieure de l’africain, on sait qu’ils ont trouvé ou créé des solutions authentiques et originales face aux adversités que le système leur imposait.

Beaucoup des mouvements créatifs qui se sont développés durant l’époque de l’esclavage ont servi de matrice aux mouvements de libération du 19ième siècle.

Les chemins vers la liberté

Liberté spirituelle
. Les africains arrivés au Brésil se virent obligés de lutter pour leur liberté spirituelle, expressive et physique. Face à l’imposition du catholicisme comme religion officielle et unique acceptée par les portugais, les esclaves créèrent un panthéon de dieux qui apprirent à vivre avec des entités des différentes ethnies (orixás, vodoo ou inquinces selon qu’elles provenaient des nations nagô, jejê ou bantu respectivement). Ayant la croyance en un Être Suprême en commun avec le catholicisme (Dieu – Olorum/Oloduare)
ils allaient réélaborer leurs traditions, en additionnant les divinités et les festivités des natifs et des catholiques.

Toutes les pratiques religieuses offraient aux esclaves une scène pour se réunir, s’organiser et résister.

Autour des religions, ils allaient concevoir des mouvements de libération. Celles incluses dans le candomblé et l’islamisme furent pour cette raison proscrits et pratiquées clandestinement (ce dernier favorisa les révoltes comme celle de 1835 au Salvador).

Dans les confréries catholiques allaient être élaborés des plans pour acheter la liberté des esclaves et elles servaient également de refuge pour vivre la nostalgie de l’Afrique et la transmission des valeurs et des traditions. Le remplacement intérieur du sens des images catholiques par celles des entités eut pour résultat le syncrétisme. On voit ainsi que la fête principale de Iemanjá (Yemaya)est célébrée en même temps que celle de la Vierge de la Conception ( Virgen de la Concepción), Oxalá est identifié au Señor del Buen Fin (Seigneur de la Bonne Fin), Xangô à San Jerónimo, Ibeji à San Cosme et San Damián, et beaucoup d’autres encore.

Liberté Expressive. À partir de la matrice nagô (yoruba) et la matrice bantu (congo-angola) se développèrent la majorité des mouvements artistiques. La première a modélisé la musique religieuse principalement et la seconde est devenue le rythme de base que l’on trouve dans  tous les styles de samba dans sa plus grande expression. Ainsi le chant, la danse et la musique constituent un trinôme indissoluble entre les africains, mais durant la période de l’esclavage, ils n’étaient admis que durant des fêtes comme Noël, le Nouvel An et les Carnavals même si ils restaient présents à l’insu de leurs maîtres.


Les chants atténuaient l’ennui du travail monotone agricole ou minier. Ils chantaient également durant leurs moments de détente et leurs rituels. Comme caractéristique générale, on peut dire que les chants étaient entonnés par un membre, puis les autres répondaient en choeurs; l’itération qui est une répétition incessante d’une phrase, généralement courte et simple. Au cours des manifestations populaires brésiliennes, musicales ou chorégraphiques, on retrouve toujours l’héritage rythmique et percussif africain. C’est ainsi que la culture folklorique africaine s’est transformée en la culture populaire du Brésil, reflétant le processus de créolisation vécu.

Liberté Physique. Obtenir la liberté physique était le plus difficile. Très souvent, ils devaient s’enfuir laissant derrière eux famille et amis, comme ils avaient déjà dû le faire lors du départ de l’Afrique. En fuyant la captivité,
en trouvant un lieu approprié et en le défendant à tout prix, ils étaient en train d’établir les bases caractéristiques du quilombo,  surgis en majorité entre le 17ième et le 19ième siècle. Ils y ont uni leurs forces, même avec des indigènes, et quelques blancs et métisses.

Le phénomène des quilombos est la plus grande référence de la résistance et la lutte pour la liberté dans l’histoire de l’esclavage au Brésil. Parallèlement au fameux quilombo de Palmares (Alagoas 1603-1693), il y eut entre autres Jaguaripe (1592), Río Vermelho (1629); et Santo Amaro, Buraco de Tatu, Itapoa, Santana, et Cachoeira, constitués au 18ième siècle.

La Capoeira fut un autre fruit de la liberté intérieure qui refusait de se faire dominer. Lutte, danse et art  afrobrésilien née en même temps partout ou il y avait des africains. Après le travail du lever au coucher du soleil dans les terres des maîtres, ils acquéraient un développement physique qui les transformaient en guerriers potentiels, excellemment préparés autant pour la résistance physique
, la force et l’agilité pour tout combat éventuel. Avec le développement des quilombos, la Capoeira a commencé à mûrir, à trouver une place, le temps et l’espace pour être pratiquées, jusqu’au développement maximum et optimum du corps. Mais ayant été reconnue comme un élément de cohésion qui mettait en danger la domination portugaise, sa pratique fut interdite au 19ième siècle, de même que toute autre manifestation culturelle liée aux africains.

C’est en admirant la liberté intérieure et la créativité des esclaves qu’a été conçue la série de sculptures “A liberdade do escravo”(La liberté de l’esclave). Elles seront exposées à l’Association Estímulo de Bellas Artes (Éveil Aux Beaux Arts) jusqu'
au 24 novembre avec des œuvres d’autres sculpteurs du GROUPE TAO www.grupotao.com.ar. Dans l’espoir qu’elles servent d’exemples à tous ceux qui vivent esclaves du système, de la routine, des peurs et des maladies, qu’ils puissent comprendre que la liberté commence à l’intérieur de chacun.



Cristina Fazzito est Prof. de Beaux Arts et sculptrice du Groupe TAO

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

Publié en fin 2006