25 février 2007

Éducation : Afrocolombiens et Leadership

Anastasia Moloney

2007-02-16 

Toutes les deux semaines, dans un édifice colonial brinquebalant du district historique de Bogotá, quelques 30 afrocolombiens se réunissent pour participer à ces ateliers ayant pour but d’éduquer et de mobiliser les afrocolombiens sur les problèmes que doivent affronter ces communautés. Les participants réfléchissent sur leur identité tout en formant un réseau avec d’autres afrocolombiens intéressés à assumer un plus grand rôle de leaders.

"Nous aspirons à élever la conscience des afrocolombiens et les cultiver pour qu’ils soient professionnels avec une identité sociale et ethnique claires et que dans le futur ils s’engagent pour améliorer la situation des afrocolombiens ", indique Juan de Dios Mosquera, directeur de Cimarrón, importante organisation nationale des droits des afrocolombiens.(Movimiento Nacional por los Derechos Humanos de las Comunidades Afrocolombianas - Colombia , Mouvement National pour les Droits Humains des Communautés Afrocolombiennes).

Le message central sur lequel l’accent est mis durant ces ateliers est que par le biais de l’éducation le progrès et le changement puissent se produire. "On ne peut pas défendre ses droits si l’on ne les connaît pas", affirme Mosquera.

Pour promouvoir l’importance de l’éducation supérieure, Mosquera encourage les étudiants afrocolombiens de troisième cycle supérieur à aller jusqu’au bout de leurs doctorats pour donner des conférences sur leur recherche et promouvoir le débat au cours des réunions.

Fady Ortiz, inscrit à l’école de leadership et étudiant de troisième cycle à l’université National de Bogotá, dit que les ateliers lui ont fait rencontrer d’autres organisations d’étudiants afrocolombiens. "Avant d’assister à ces ateliers, je ne savais pas grand-chose de ce que les autres étudiants noirs des universités faisaient pour promouvoir un meilleur accès à l’éducation ", affirme t’il. "Cela m’a donné l’opportunité de rencontrer d’autres étudiants noirs qui se préoccupent de défendre ses communautés, ce qui m’a inspiré".

Mosquera termine en prévenant que l’éducation est la seule façon de rompre le cycle de la pauvreté et de la marginalisation que subit la communauté afrocolombienne.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=ES&cod=26309

http://tariacuri.crefal.edu.mx/crefal/noticias_eventos/noticia1.php?pagina=1&id=893

Adital – Les presque 11 millions de citoyens colombiens d’ascendance africaine représentent plus d’un quart de la population du pays. Mais ils manquent encore d’une représentation significative au niveau du gouvernement local et national, et ont un accès inégal à l’éducation et aux soins de santé. Certaines initiatives au niveau communautaire commencent lentement à aborder ce déséquilibre en éduquant et en formant les leaders du futur par le biais d’ateliers sur le leadership menés par Escuela Nacional de Liderazgo Afrocolombiano (École Nationale du Leadership Afrocolombien).

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18 février 2007

Littérature et tradition orale afrocolombienne

La diaspora africaine a été l'un des acteurs de la construction du patrimoine littéraire colombien. Dès l'arrivée des africains à Carthagène des Indes, la voix sacrée et profane des esclavisés a dialogué avec les langues indigènes et européennes.

Ce destin de rencontres a moulé des univers de création dans lesquels resplendit le déploiement poétique et narratif de la parole écrite, parlée, chantée ou récitée.

Les mémoires de l'Afrique recréées sur le sol américain scintillent dans la littérature et la tradition orale afrocolombiennes.

Selon Nina S. de Friedemann, les littératures afrocolombienes conservent l'héritage ancestral des valeurs faisant référence à l'individu (être individuel) et à l'être collectif.

Parmi elles se distingue l'amour profond pour la parole. Selon la même auteure, le baratineur et le ménestrel, les prieurs et les cantatrices rappellent le griot africain, narrateur des modes d'interprétations du monde, de l'histoire et des généalogies, de savoirs sacrés et profanes. Dans de nombreux milieux de Colombie, particulièrement ruraux, ces personnages entretiennent des halos similaires à ceux d'autres cultures afro-américaines dans lesquelles la parole est de plus séquentielle pour accéder au monde des divinités, comme le font les macumberos du Brésil et les santeros ( dévots) de Cuba.

Dans les cultures afrocolombiennes, les veillées funèbres des saints, les neuvaines pour les morts, les luminaires et de nombreuses autres célébrations sacrées et profanes sont les espaces culturels de l'évocation des mémoires ancestrales par le biais de la mise en scène de la parole.

En 1948, Rogerio Velásquez, anthropologue et écrivain de la région du Choco, a initié la recherche de l'expression traditionnelle des populations de sa région. Ses écrits permettent de percevoir la complexité de la narration et de la poétique, des symboles et significations, des personnages et situations qui expriment une forte influence africaine, totalement encadrée par le rythme du parler et par la théâtralité de l'expression.

Malgré les horreurs de la traite et de la traversée transatlantique, les images des divinités, les souvenirs des contes des aïeuls et les rythmes des chansons et des poésies ont traversé l'océan, ancrés dans l'âme des captifs.

Ce savoir social et culturel  a de nouveau fleuri de l'autre côté de la rive de cette mer qui les a vu pleurer leurs malheurs. Cette présence de l'Afrique en Colombie est perçue en Colombie de façon exceptionnelle dans la littérature et dans la tradition orale des peuples descendants des premiers africains arrivés sur ce territoire.

De Friedemann rapporte que même dans les blagues et devinettes, comme dans les scènes de parodie ou dans des contes de bonimenteurs, d'esbroufeurs, de fabulateurs, d'enjôleurs…, des personnages d'origine africaine évidente apparaissent. C'est le cas de Anansi, Anansito ou Miss Nansi, un personnage de la tradition akán, qui survit dans le récit oral des habitants de San Andrés et Providencia et dans les forêts du Pacifique.

Il s'agit d'une célèbre araignée qui adopte des formes et des comportements humains. Ces transformations s'opèrent également avec d'autres animaux qui peuplent les légendes des peuples afrocolombiens.

Parmi les plus remarquables, on trouve les tigres,  des lapins, les tortues et les couleuvres. Anansi est connue comme une héroïne culturelle de l'ancienne Côte d'Or ; de la Tortuga (La tortue) on sait qu'elle était très connue dans l'ancienne Côte des Esclaves ; On identifie Conejo le lapin comme étant originaire du Congo et de l'Angola.

Autrement dit, toutes des régions d'ou provenaient de nombreuses personnes qui arrivèrent au port Carthagène des Indes, des cultures yoruba du Nigeria, akán du Ghana et songo de l'Afrique Centrale.

Selon De Friedemann, anthropologue colombienne qui a dédié sa vie à l'étude de ces cultures, il existe des témoignages faisant allusion à la manière dont la faune africaine a peuplé les forêts et les côtes colombiennes. Elle rapporte que dans le village de Beté, sur le fleuve Atrato, à l'occasion d'une veillée funèbre, l'un des parents du défunt a raconté comment, très près du lieu de la veillée, les tigres avaient affronté les lions car Conejo le Lapin avait excité le chef des Tigres en lui racontant que dans cette forêt, il y avait des mâles plus virils que lui, car ils tuaient leurs proies en les affrontant de face et mangeaient leur chair encore vive sur place; ils ne l'attrapaient pas par surprise, ce n'étaient pas des lâches; c'étaient des lions au pelage et à la taille fins.

Il est nécessaire de préciser que ces profonds et anciens legs d'Afrique en Colombie peuvent seulement être compris si l'on prend en compte les processus d'adaptation et de transformation qui se sont développés dans le cadre de la résistance à l'esclavage en Amérique. La créativité et la capacité d'innovation font de ces récits des témoignages directs de phases complexes de création et de récréation culturelle des descendants des africains dans notre pays. Il est indéniable que les contextes et les écosystèmes dans lesquels les conteurs oraux et les écrivains afrocolombiens d'aujourd'hui évoluent ne sont pas les mêmes que vécurent leurs ancêtres en Afrique.

Cependant, au delà des contenus idéologiques et des environnements survit la force de la parole qui la transforme en un véhicule de communication sacrée, toujours liée aux mémoires ancestrales. D'autre part, la théâtralisation particulière de sa mise en scène reste présente. L'expression corporelle qui accompagne toujours l'énonciation du récit, des contes, des mythes ou des poèmes est un autre des legs, cinétiques dans ce cas, de l'Afrique à la culture afrocolombienne et colombienne en général.

Au cours du 19ième  siècle émergèrent en Colombie de nombreuses œuvres dont les descendants des africains en furent les acteurs ou les auteurs. Eustaquio Palacios, Tomás Carrasquilla et Jorge Isaacs trouvèrent une source d'inspiration dans des individus d'origine afrocolombienne et les ont transformé en personnages de leurs écrits. En 1877 un natif de Mompox, Candelario Obeso, est devenu le premier poète afrocolombien à publier un livre : Cantos populares de mi tierra (Chants populaires de ma terre). Tout au long du 20ième siècle, de nombreux autres allaient prendre la plume pour raconter leurs expériences, leurs rêves et la condition sociale de leur peuple.

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.colombiaaprende.edu.co/html/etnias/1604/propertyvalue-30513.html

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11 février 2007

José Raimundo dos Santos Silva : Bahia, Une nation Africaine?

Publié le 8/février 2007 sur http://www.afropress.com/colunista_2.asp?id=269

Durant la période du trafic négrier occidental, le Brésil fut le pays qui reçut le plus la main d’oeuvre africaine esclavisée pour travailler sur ses terres. Bahia fut l’État qui concentra le plus ce contingent. A partir du 18ième siècle, le contingent de descendants africains était si grand que l’influence noire dans les différents secteurs de la “vie sociale” était ressentie par tous ceux qui fréquentaient ce lieu. Pour cette raison, Bahia a fini par être considérée comme la “Nouvelle Guinée” du nouveau monde.


José Raimundo dos Santos Silva

Panafricaniste
Cette forte présence africaine a transformé  Bahia en berceau de la culture noire au Brésil, et en l’une des principales régions du monde de préservation et de promotion de la culture africaine. L’influence culturelle des noirs de Bahia est si forte que toutes les manifestations afro culturelles du Brésil  proviennent de là. Par exemple, il y a la samba, la capoeira, le candomblé, etc. Dans divers aspects de son histoire et de sa culture, Bahia, a le peuple noir comme principal adjuvant. Même dans les multiples rebellions populaires qui l’ont parcouru.

Jusqu’à présent, Bahia est considérée comme la “terre de la négritude”.Le lieu ou la musicalité, les arts, la danse, l’alimentation, les vêtements, les parures, le parler, la conception du temps, et tout ce qui est lié à la façon d’être de son peuple est influencé par la forte et marquante présence noire.

L’attrait pour la “terre de la négritude” est si grand que de nombreux africains et afro diasporiques se rendent à Bahia pour apprendre sur une culture noire qui n’existe même plus en Afrique. Ou, qui à cause des circonstances n’ont pas été conservées à d’autres endroits ou se trouve la diaspora africaine. Bahia sans l’ombre d’un doute est l’un des principaux foyers de résistance et de préservation de la culture originale et /ou traditionnelle africaine. La ville a même mérité la dénomination de  “nation africaine”, de la part du bloc afro ilê ayê au cours d’un carnaval. Ainsi, on pouvait lire sur les T-shirt de ilê ayê la phrase suivante: Une Nation Africaine Appelée Bahia. Et c’est en réfléchissant à cette affirmation que m’est venue la volonté d’écrire cet article.


Cette présence marquante de la culture nègro -africaine est effectivement indiscutable dans le Bahia d’aujourd’hui. Jusqu’à présent, Salvador, capitale de cet État est une ville noire à majorité absolue, puisqu’elle a une concentration de population noire en dehors de l’Afrique, estimée à 82 % d’afrodescendants. De même, Salvador, par sa forte influence religieuse fut et reste considérée comme la “Rome Nègre” ou la “Mecque Nègre” de la diaspora africaine, étant de même considéré comme la cité de tous les rythmes et enchantements.


Cependant, tout cet enchantement pour la “terre de la négritude ” prend fin lorsqu’on remplace le point de vue historico-culturelle par le point de vue  critique politico-économique. Quand on considère les choses dans cette optique, des conditions politico-économique des noirs, nous verrons que Bahia ne peut pas être considéré comme une “nation” (africaine) dans son sens large, ou complet.

L’exclusion politico-économique historique des noirs à Bahia, et la conséquente et continuelle dégradation de leur situation sociale fait que la “terre de la négritude ” devienne un cauchemar pour le peuple noir lui-même. Une terre qui, du fait de la concentration du de pouvoir politico-économique entre les mains des blancs, ressemble plus à une “nation africaine” qui vit dans la terreur raciste de l’apartheid. Dans laquelle les conditions de Onde as conditions de logement, l’accès à l’éducation et à la santé, à la violence urbaine, au chômage, l’analphabétisme, le taux de mortalité infantile et autant d’autres indicateurs relatifs aux conditions sociales sont si inégales entre les blancs et les noirs, que l’expérience de vie des noirs, dans une région dans laquelle ils sont majoritaire soit similaire à celle des pays du continent africain.

En conséquence de l’exclusion des hommes et des femmes noirs des sphères de pouvoir politico-économique, il existe à Bahia une race noire opprimée intellectuellement, puisque l’oppression mentale exercée par les blancs empêche le surgissement de toute mentalité, ou prise de conscience révolutionnaire de la négritude.

L’usurpation de la culture, par exemple, par ceux-là qui détiennent majoritairement le pouvoir permet uniquement à la communauté noire locale d’avoir accès aux miettes données par les bourreaux du peuple noir. Ainsi, le statut quo persiste entre les blancs et les noirs, ces derniers restant au bas de la société. Par conséquent, pour que Bahia devienne une véritable “nation africaine”, dans laquelle la présence africaine est marquante dans tous ses aspects, il faut nécessairement que les noirs aient une plus grande présence dans les sphères de pouvoir  politiques et économiques de cet État, proportionnellement à son contingent au sein de la population.


Autrement dit,  pour que Bahia devienne une “nation africaine”, une véritable “terre de la négritude”, il faut que 82 % des sphères du pouvoir (exécutif, législatif et judicaire) soient occupés par les représentants du peuple noir. Que 82% du pouvoir politique et économique de cette région soit concentré réparti entre les 82 % représentant la population noire. Que les médias d’informations et de communication soient, légitimement, sous la garde de cette parcelle de la population. Et que les institutions sociales (écoles, églises, universités, etc.) soient noircis, proportionnellement, pour le bien de la population locale. Qu’enfin, tous les secteurs de la vie humaine soient proportionnellement représentés, quand elles ne sont pas appropriées par les hommes et les femmes noires. C’est en suivant cette voie, qu’à mon avis, nous légitimerons Bahia en tant que “terre de négritude”. C’est en tissant et en concrétisant ces objectifs qu’enfin nous pourrons, dans le futur traiter Bahia comme une véritable “nation africaine”.

C’est uniquement lorsque tous les aspects de la vie sociale, y compris politico-économique, seront imprégnés de négritude, ou d’africanité, é que nous pourrons affirmer qu’il existe “Une Nation Africaine Appelée Bahia”.


Par conséquent tout projet politique qui tend à rendre viable l’amélioration de la situation du peuple noir de Bahia doit avoir en vue la concrétisation de ces objectifs. Parce que la véritable démocratie s’est constituée jusqu’à présent par la concrétisation de la démocratie représentative. Autrement dit, par le fait que les différents segments de la société sont représentés proportionnellement dans les sphères du pouvoir. Dans ce cas, les noir(e)s occupant 82 % des espaces dans les sphères du pouvoir politique et économique de Bahia.


Il est donc nécessaire que nous, femmes et hommes noirs comprenions que les blancs de ne le souhaitent pas. Au bout du compte, Salvador est la capitale la plus inégale du pays du point de vue  socio-économique. Dans laquelle les indicateurs et les indices socio-économiques révèlent qu’il existe un racisme scandaleux, banalisé et brutal. L’élite blanche de cette région en étant les véritables bénéficiaires. Par conséquent, un nouveau projet politique pour le peuple noir doit avoir en vue, à court terme, la viabilité de l’autonomie politico-économique de notre communauté, pour que nous puissions avoir la liberté de concrétiser nos idéaux de société juste, égale et fraternelle à partir de nos expériences de vie. Il faut en finir avec cette notion illusoire de société nègre. Il faut que nous les hommes et les femmes noirs commencions à penser à assumer le pouvoir politique de notre État pour que nous puissions gérer les ressources économique et financières et subvenir aux besoins du peuple noir.



Traduit du Portugais par Guy everad Mbarga

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10 février 2007

Cimetière d'esclaves afrobrésiliens découvert à Rio

Publié le 28/12/2005

Ana de la Merced Guimaraes rénovait sa maison du 19ième siècle dans le quartier carioca de Gamboa, lorsque le travail fut brusquement interrompu. En excavant le jardin pour vérifier l’état des fondations, les ouvriers se trouvèrent nez à nez avec des ossements humains.

Miles de huesos.

Guimaraes découvrit que le terrain de sa maison correspondait au Cimetière dos Pretos Novos _Cimetière des Nouveaux Nègres_, un cimetière grossier pour les esclaves africains que les historiens croyaient perdu.

Dix années plus tard, la ville souhaite conserver la découverte, une des rares fenêtres sur le passé colonial du Brésil et une des pages les plus sombres de son histoire.

"Sans doute, il s’agit de l’une des découvertes les plus importantes de la ville", indiquait Andre Zambelli, directeur du Département du Patrimoine Culturel de la ville. "Cela prouve qu’un commerce des esclaves a existé, ça confirme ce que disent les livres, et met l’histoire entre nos mains".

5.563 fragments d’os et de dents ont été recueillis, certains taillés dans les styles propres des peuples qui habitaient les environs du fleuve Congo dans le Mozambique et l’Afrique du Sud d’aujourd’hui. Ont également été trouvés des pièces de porcelaine fine anglaise, des ustensiles de pierre et des pipes africaines en  argile, des assiettes et des décorations métalliques, tous jetés comme des ordures dans les tombes.

Rio a consulté des spécialistes  de New-York - ou un cimetière africain est apparu en plein centre de Manhattan au cours de la construction de grattes ciels en 1991 - avec les restes d’au moins 419 noirs esclaves ou libres enterrés en cet endroit durant l’époque coloniale. Le gouvernement étatsunien désigna l’endroit un Site Historique National en 1993.

"Il s’agit du même type de relation, des retrouvailles avec l’histoire, le travail et les cultures africaines", indique Zambelli.

Rio pense que son cimetière est plus grand que celui de Manhattan. Plus de 20.000 corps y furent enterrés entre 1769 et 1830, raconte Zambelli, mais on ne sait pas avec exactitude, car il n y avait pas de registres : c’étaient des corps d’esclaves qui sont morts avant d’être vendus.

Le Brésil fut le plus grand marché des esclaves africains dans le Nouveau Monde. Des près de 10 millions d’africains apportés dans les Amériques, presque la moitié est arrivé au Brésil pour travailler dans les mines d’or et de diamants ou dans les plantations de café de cane à sucre.

En 1763, quand Rio est devenu la capitale du Brésil, les voisins se plaignaient du sordide marché des esclaves dans les rues du centre, près du palais de la famille royale portugaise.

Pour cette raison, le marché allait être construit dans le quartier cenagoso de Gamboa, qui allait devenir le cimetière non officiel des esclaves quand il n y avait plus de place dans un cimetière franciscain. Les corps étaient empilés dans la rue, puis brûlés avant d’être enterrés sous une poignée de terre.

Cela révolte encore les activistes pour les droits humains.

"Ce fut l’holocauste de  Rio", indique Marcelo Monteiro, du Conseil Municipal de la Défense des Droits des Noirs. "Peu de gens savent ce qui s’est passé. Nous sommes en train de redécouvrir un événement  qui fut effacé de l’histoire".

Haidar Abu Talib, de la Société Caritative Musulmane signale que beaucoup des esclaves enterrés dans le cimetière étaient musulmans. Il affirme que les anciens esclaves restèrent "invisibles" après l’abolition de l’esclavage en 1888, et que certains brésiliens préfèrent que les choses restent de même.

"Lorsque l’esclavage a pris fin, le gouvernement _aux mains des élites qui s’étaient enrichies sur le dos de la main d’œuvre esclave_ n’était pas intéressé à convertir les anciens esclaves en citoyens à part entière", raconte Talib au cours d’une cérémonie le 20 novembre, Jour de la Conscience Nègre. "Leurs descendants sont encore victimes de l’injustice sociale".

Malgré le fait que presque la moitié des 183 millions de brésiliens sont noirs et métisses, l’image de "démocratie raciale" que le pays se complait à présenter est un mythe. La majeure partie des brésiliens les plus pauvres est noire.

Le nombre de brésiliens qui gagnent jusqu’à 75,50 réals (34,47 dollars) par mois a diminué de 5 millions entre 1992 et 2001, mais le nombre de noirs dans cette tranche a augmenté d’un demi million, selon un rapport récent du PNUD.

Les noirs représentent 70% du dixième des plus pauvres de la population et à peine 16% du dixième des plus riches , selon le rapport. Les afrobrésiliens gagnaient en moyenne 74 dollars mensuels en 2000, moins de la moitié du salaire des blancs en 1980.

"Les coordonnés confirment simplement ce qui est visible pour n’importe quel observateur : plus tu montes dans la hiérarchie du pouvoir, plus la société brésilienne est blanche", indique le rapport.

Face à cette injustice, Rio souhaite créer une promenade et inclure le cimetière dans le circuit touristique.

"Nous voulons construire un musée à ciel ouvert, avec une promenade partant des quais jusqu’au cimetière, avec des brochures bilingues et une carte indiquant les lieux de vente des esclaves", explique Zambelli. "L’Afrique a contribué à la fondation de la ville".

Mais Guimaraes doute que la ville investisse dans le cimetière. Les autorités n’ont pas essayé de conserver les ossements, et les pluies ont emporté certains d'eux. Ses propres voisins lui gardent rancune car elle a dénoncé l’existence de l’ancien cimetière.

"Personne ne me soutient", indique t’elle. "Les gens me demandent pourquoi je le fais. Plus j’en apprends sur les abus subis par les africains et je vois comment cela est passé à l’oubli,  plus je m’engage à ne pas permettre que l’on l’oublie, tant que j’ai des forces".

Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.terra.com/noticias/articulo/html/act305399.htm

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