Publié en 2005

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Il y aura des élections législatives et présidentielles au Costa Rica en  février  2006. Epsy Campbell est candidate à la vice-présidence du pays sous les couleurs du parti  Acción Ciudadana (Parti Action Citoyenne). Députée depuis 2002, Campbell est une militante active qui défend les droits de la population afrodescendante et des femmes.

(Mujereshoy) Sa première incursion dans le monde de la politique fut lors des élections présidentielles de février 2002 au Costa Rica, lors de laquelle elle fut élue députée à l’Assemblée Nationale, devenant ainsi la quatrième femme afrocostaricienne à obtenir un siège parlementaire.

Elle a été directrice du Centre des Femmes Afrocostaricienne jusqu’en Avril 2005 avant d’en devenir membre du directoire, en plus de coordonner le Forum des Femmes pour l’intégration Centroaméricaine.  Dans le passé, elle a occupé différentes charges au sein de la société civile, toujours liées au thème de l’inclusion sociale des afrocostariciennes, de la promotion des droits humains des femmes et de l’égalité des genres entre autres.

 



Cette économiste a décidé il y a de nombreuses années qu’il est possible de changer les choses par le biais de la politique, mais elle souhaitait le faire d’une manière différente.

 

Elle s’est donc unie au Parti Acción Ciudadana (PAC, Parti Action Citoyenne)qui a mis fin au bipartisme qui régnait au cours des dernières décennies au  Costa Rica.

Ce groupe politique forme désormais la troisième force politique du pays avec 14 députés —dont la moitié sont des femmes—, soit cinq de moins que le parti qui bénéficie de la majorité parlementaire.

 



Selon Campbell, au cours de la prochaine période parlementaire, 35% des sièges seront occupés par des femmes, un fait historique au niveau national et international, même si seulement trois d’entre elles seront afrocostariciennes. D’après Campbell, ce dernier chiffre devrait augmenter, puisque le nombre d’afrocaribéens dans son pays, officiellement estimé à quelque 120 000 oscille entre les 300 et 400 000, sur un total de quatre millions de  ticos”.

Campbell dénonce le racisme et le machisme et son objectif est que les minorités puissent jouir d’une égalité totale des opportunités. Aussi loin qu’elle se souvient, la nouvelle députée est  impliquée dans la revendication des droits. Elle a grandi avec des ressources très limitées, et est devenue mère très jeune. À 37 ans, elle a ainsi une fille de 18 ans et une autre de 13 ans. Comme elle l’affirme elle -même, l’esprit combatif dans ses veines.

Campbell, qui a été désigné à plusieurs reprises par ses pairs parlementaires comme la meilleure députée de son pays a accordé une entrevue à Oscar Núñez, de l’agence de nouvelles Informa-tico de Costa Rica en sa qualité de candidate à la vice-présidence du  PAC.

Traditionnellement, les vice-présidents n’ont pas joué un rôle très décisif dans les différents gouvernements, ils ont de plus eu tendance à être un peu décolorés. Si le PAC remportait les élections, dans quel secteur joueruez vous un rôle ?

Epsy Campbell: S’il y a une chose qui m’a toujours caractérisé dans mon travail politique, c’est bien le fait de ne pas être une “femme artifice”. J’ai bien réfléchi pour savoir si j’acceptais le poste, car dans un régime présidentiel, le président est le chef “par excellence” et le vice-président est définitivement le “deuxième” en tout. J’ai trouvé la solution en parlant beaucoup avec Ottón (Solís, candidat à la présidence du PAC), pour savoir  si on allait travailler en équipe ou s’il souhaitait seulement disposer de deux personnes qui lui couvriraient l’épaule. Ce qui m’a plu dans la proposition c’est justement qu’il s’agissait d’un travail en équipe.

 

Mon rôle dans un futur gouvernement serait celui de dialoguer avec les secteurs sociaux et les partis politiques, en faisant le lien entre l’économique et le social.

 

Il s’agit d’une nécessité, quelque soit le parti politique qui gouverne. Je me vois également jouer un rôle important dans certaines sphères internationales dans le cadre de mon travail de leader afrodescendante, car je pense que ce qui serait atypique ce ne serait pas le fait d’être une femme vice présidente, mais plutôt une vice présidente noire.


La majorité des partis politiques ont choisi d’inclure il y a un certain temps  dans leurs programmes présidentiels une ou deux femmes. Cette pratique signifie t’elle qu’il y a une avancée significative de la participation des femmes dans la politique?

Epsy Campbell: Je dirais que oui. Au cours des dix dernières années, dans toutes les enquêtes, les costariciens s’imaginaient que les femmes seraient bonnes pour presque tout, sauf pour la Présidence de la République. Depuis l’an dernier, plus de 70% des gens seraient disposés à voter pour une femme présidente. Peut être qu’il y a un changement culturel dans ce pays. Le Tribunal Suprême Électoral, si on interprète la loi, n’admet pas des programmes présidentiels qui ne comprennent pas au moins une femme, mais, même si ce n’était pas le cas, il me semble que un parti politique qui présenterait un programme présidentiel pour l’année 2006 sans une femme serait mal vu par les électeurs.

Je souhaite donc dire que nous les femmes nous avons fait un pas en termes du droit de faire partie de sphères dans lesquelles on était exceptionnellement considérées auparavant. Cela doit être lié au travail que certaines femmes ont fait en politique, mais également à l’objectif d’avancée en matière de droits.

 


Parlant des droits de la femme en politique, peut on dire qu’il y a encore un manque, des places à prendre?

Epsy Campbell: En réalité, il y en a encore beaucoup. Il y a des espaces dans lesquels il faut beaucoup forcer pour y accéder, par exemple, la présidence de l’Assemblée Législative. C’est incroyable qu’avec 35 % de femmes députées, au cours de ces quatre années, aucune d’elle n’a été présidente. De plus, il manque la participation des femmes à des postes qui continuent d’être “masculins”, comme par exemple, la présidence de la Banque Centrale ou le Ministère des Finances. La politique est le reflet de la société et nous vivons dans une société qui reste machiste, dans laquelle de nombreux hommes essayent toujours de maintenir certaines sphères de pouvoir et considèrent la femme comme une menace. Certains se battent pour nous exclure, les plus intelligents font des alliances.

 

Le PAC  a déjà présenté sa proposition de gouvernement, mais la question s’adresse à Epsy Campbell en tant que individu : quels aspects aimeriez vous le plus impulser si vous réussissez à devenir vice présidente?

Epsy Campbell: Je dirais tout ce qui est lié au développement humain ; je serais ravie de faire avancer une réforme fiscale structurelle, qui permet de générer les ressources suffisantes pour que les gens qui vivent dans la misère dans ce pays aient l’opportunité d’accéder à ce que nous avons appelé les cannes à p
êche
. Nous avons des propositions très bien préparées, mais il nous faut de l’argent pour cela. Je m’engagerais à fond dans ce projet.

Une rumeur selon laquelle vous aspirez à devenir la première femme présidente au Costa Rica court. Est elle vraie et pensez-vous que cela est possible dans le contexte d’un pays qui reste machiste et raciste?

Epsy Campbell: Je n’écarte rien dans ma vie, mais je n’ai aucun plan machiavélique pour devenir présidente. Je suis arrivé où je suis par ce que j’ai construis, donc je ne l’écarte pas, mais il ne s’agit pas non plus d’un plan personnel. Certaines personnes sont allées jusqu’à prétendre sarcastiquement que je ne vais pas soutenir la candidature de Ottón car mon intention est que le Parti grandisse jusqu’à un certain point pour présenter ma propre candidature en  2010, La vérité c’est que ce sont des gens qui ne me connaissent pas.

Je crois que les pays ne se préparent pas avec le temps, mais qu’ils affrontent les possibilités de voter ou de ne pas voter quelqu’un. Et je pense que ce pays est machiste, mais qu’il continue à donner des signes d’une envie de changement si grande qu’il serait disposé à voter pour une femme noire à la Présidence.
C'est-à-dire, que la transition politique est si profonde, qu’on pourrait faire quelque chose d’absolument atypique pour sentir qu'il y a un véritable changement.


Mais bon, il faudra l’évaluer le moment venu. Je travaille actuellement dans le parti en tant que présidente et pour une vice présidence à partir de 2006.

 


Fuente: Informa-tico, BID.

 

 

 

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

 

http://www.mujereshoy.com/secciones/3437.shtml